DU BRESIL AU NIGERIA, DE LA FRANCE A L’ESPAGNE : QUATRE EXPERIENCES DE GESTION URBAINE DIFFERENTES, UNE MEME REAPPROPRIATION DE LA VILLE PAR SES HABITANTS

7 juin 2001
AG/1157

DU BRESIL AU NIGERIA, DE LA FRANCE A L’ESPAGNE : QUATRE EXPERIENCES DE GESTION URBAINE DIFFERENTES, UNE MEME REAPPROPRIATION DE LA VILLE PAR SES HABITANTS

07/06/01
Communiqué de presseAG/1157

Assemblée générale

25e session extraordinaire

Commission thématique

4e séance – après-midi

DU BRESIL AU NIGERIA, DE LA FRANCE A L’ESPAGNE : QUATRE EXPERIENCES DE GESTION URBAINE DIFFERENTES, UNE MEME REAPPROPRIATION DE LA VILLE PAR SES HABITANTS

Après avoir examiné hier la participation de tous les acteurs concernés lors des projets d’amélioration des conditions de logement, la Commission thématique d’Istanbul+5 s’est, cet après-midi, penchée sur la participation des populations à la gestion de leur ville.  Ce thème de la participation citoyenne, du partage des responsabilités, a été illustré par quatre exemples de “bonnes pratiques”, deux mis en oeuvre dans des villes de pays en développement (Brésil et Nigéria), et deux autres réalisées dans des centres urbains de pays industrialisés (Espagne et France).  La bonne gouvernance est apparue comme le maître-mot de tous les projets présentés.

C’est par exemple par un programme de citoyenneté visant à améliorer la communication entre la municipalité et les résidents, et notamment les plus pauvres que la municipalité de Santo Andre, située dans la métropole de Sao Paulo, s’est efforcée depuis Habitat II d’intégrer les membres de la société traditionnellement exclus des activités et du dialogue urbains.  Les 16 000 habitants de quatre favelas ont été les principaux bénéficiaires de cette initiative, ainsi que l’a expliqué le maire de la ville, M. Celso Daniel.  Leurs logements ont été réhabilités et grâce à l’approche intégrée axée sur l’inclusion sociale qui a été adoptée, ils ont désormais accès à de meilleurs services, de même qu’au crédit et à des formations professionnelles.  A Brasilia, autre exemple présenté aujourd’hui par la délégation brésilienne, la situation était quelque peu différente.  Ainsi que l’a expliqué le Gouverneur du district, M. Joaquim Roriz, le défi était de régler la question des quelque 64 bidonvilles qui avaient envahi la ville depuis sa création dans les années 60.  Or, conçue comme capitale administrative du pays, la ville n’avait pas les infrastructures nécessaires pour faire face aux importants flux de population.  Au début des années 90, il a donc été décidé de supprimer les bidonvilles et de reloger les personnes y vivant sur de nouveaux terrains à la périphérie.  Un droit de propriété a été octroyé gratuitement aux bénéficiaires, de préférence des femmes, qui en échange devaient participer à la construction de leur logement.  Dans le même temps, des initiatives ont été prises en faveur de la création d’emplois et ces zones ont depuis donné naissance à de véritables villes.

Au Nigéria, c’est grâce à un vaste processus de décentralisation et de délégation de pouvoir consentie aux autorités locales que la participation des citoyens de base aux affaires de leur cité et de leur ville a été rendue possible.  Après plusieurs décennies de régime centralisé et militaire, le nouveau gouvernement fédéral du Nigéria cherche, à présent, à accorder aux gouvernements

des 36 Etats et des 774 autorités locales du pays une plus grande autonomie politique et fiscale.  Une politique de développement urbain reposant sur les principes de la bonne gouvernance, et notamment de la transparence de la gestion des affaires publiques, a pu être élaborée à l’échelle nationale.  Comme l’ont précisé le Ministre du logement, M. Ali, et le Directeur du développement régional urbain et foncier, M. Okunfulure, les projets mis en oeuvre encouragent les efforts visant à améliorer les quartiers délabrés et insalubres, à favoriser la participation des citoyens et à instituer des mécanismes de démocratie locale.

Pour Barcelone et Lyon, il s’agissait plutôt, selon les termes du maire de cette dernière, M. Gérard Collomb, de “se chercher un avenir” et d’éviter que ces cités au riche héritage culturel et historique ne se transforment en “villes-musées”.  C’est à cet effet qu’a été lancé à Lyon, deuxième ville de France comptant plus 1,2 million d’habitants, le projet “Millénaire3”.  Cette initiative qui rassemble également les 55 municipalités de l’agglomération lyonnaise vise à mobiliser la population autour d’un plan futur pour leur ville.  L’enjeu est d’assurer la croissance souhaitée pour Lyon sans que se creuse le fossé entre la ville-centre et ses banlieues, résidentielles ou populaires.  Les délibérations qui ont eu lieu pendant trois ans entre des groupes de travail thématiques et divers partenaires ont abouti à l’adoption d’un plan stratégique qui comporte 21 priorités pour le XXIème siècle.  Un des aspects les plus intéressants de cette stratégie réside dans la refonte complète du système de transport mettant l’accent sur le réseau de transports publics.  La démarche participative a été pérennisée par la création du Conseil de développement chargé de réfléchir en permanence aux moyens d’assurer le développement global et durable de l’agglomération.  Ce Conseil regroupe aujourd’hui 350 personnes représentant les principales institutions et volontaires et constitue un lieu de débat.

A Barcelone, le défi, lancé suite à la candidature de la ville pour accueillir les Jeux Olympiques de 1992, était également de transformer la ville et de répondre aux nouvelles exigences économiques sans rompre pour autant la cohésion sociale ni la qualité de vie urbaine.  Pour y parvenir, les autorités municipales ont mis en oeuvre un accord industriel pour la région métropolitaine.  Ce pacte, a expliqué le maire de la ville, M. Joan Clos, a été négocié dans un esprit consensuel en consultation avec les divers acteurs de la ville : le secteur privé, les ONG, les groupes de femmes et les simples citoyens.  La division de la ville en 10 districts décentralisés, prévue par le Pacte, a eu pour effet de renforcer la démocratie participative et d’améliorer la délivrance de services.  Les modifications ont obéi à un modèle égalitaire et durable de développement urbain, ayant notamment pour principe le maintien de toutes les personnes dans leur quartier d’origine après rénovation.

Les questions abordées lors du dialogue qui a suivi chaque présentation ont plus particulièrement concerné les stratégies de décentralisation utilisées, la réplicabilité des initiatives, et l’importance de la volonté politique des autorités centrales et locales.

Demain, à partir de 9 heures, la Commission thématique tiendra sa cinquième et dernière réunion qui sera plus particulièrement consacrée à l’élimination de la pauvreté, thème qui sera illustré par les expériences de la Thaïlande, du Pérou, et du Maroc.

BRESIL : INSERTION SOCIALE A SANTO ANDRE (BRESIL)

Présentant le programme de citoyenneté mis en oeuvre dans sa ville, le maire de Santo Andre, M. CELSO DANIEL, a rappelé que sa municipalité se trouve dans la partie sud-est du Brésil, dans l’Etat de San Paulo.  Située en bordure de la zone métropolitaine de Sao Paulo, Santo Andre compte 650 000 habitants.  La ville illustre les inégalités profondes qui partagent l’ensemble du Brésil, le taux de chômage y est très élevé, l’exclusion sociale est une réalité quotidienne et 13% des habitants vivent dans des bidonvilles.  Au fil des ans, les collectivités locales ont compris que l’amélioration des moyens n’est pas suffisante et qu’il faut développer des stratégies de moyens de substance à plus long terme et durable.  C’est dans ce contexte qu’a été élaboré en 1997 un programme intégré d’insertion sociale.  Le programme à proprement parler concerne 16 000 personnes résidant dans quatre bidonvilles.  Toutefois, le programme va au-delà de la seule amélioration des conditions de logement et il repose pour cela sur une intégration intersectorielle forte.  Les projets sont mis en oeuvre en même temps, au même endroit, par différents acteurs et ils sont soutenus par plusieurs partenariats, financiers et techniques. 

Trois dimensions sont prises en compte, la dimension économique (revenu minimum assuré et formation), la dimension urbaine (travaux d’assainissement, espaces verts et plan d’aménagement des zones) et dimension sociale (alphabétisation, programmes spécifiques ciblant les femmes).  Sauf lorsqu’il n’y a pas d’autres options, les bénéficiaires peuvent eux-mêmes participer à la construction de leur maison et reçoivent pour cela une formation.  La Commission européenne, la Banque de développement interaméricaine ainsi que les gouvernements central et régional participent au financement de ce programme de 15 millions de dollars.  La municipalité de Santo Andre assure toutefois 50% du financement.  Concrètement pour la mise en oeuvre du programme, une carte d’inclusion et d’exclusion sociale a été dressée.  Les premières évaluations ont permis de constater que les mêmes programmes développés dans d’autres zones de la ville mais de manière isolée et non intégrée donnent de moins bons résultats.  En outre, 66% du total des familles ayant bénéficié du programme de revenu minimum confirment que leurs conditions de vie se sont améliorées.  Pour l’instant, ce sont 50% des taudis qui ont été rénovés grâce à cette stratégie de participation communautaire directe.

Le défi qui se pose désormais concerne la possibilité de reproduire ce programme sur toute la ville.  Pour y parvenir des changements institutionnels sont prévus, un Secrétaire pour l’inclusion sociale et le logement devrait notamment être nommé.  La ville s’intéresse aussi aux problèmes de la violence urbaine et de la faim.  Grâce à de bons instruments de gestion urbaine, des ressources suffisantes et une volonté politique réelle, les villes comme Santo Andre peuvent effectivement lutter contre l’exclusion sociale.

De son côté, le Gouverneur de Brasilia, M. JOAQUIM RORIZ, a indiqué que récemment l’UNICEF, Habitat et l’Organisation internationale du Travail (OIT) ont procédé à des évaluations très positives des conditions de vie à Brasilia.  Ceci est le résultat des efforts importants qui ont été consentis en faveur de la population et plus particulièrement des femmes.  Seulement 30 ans après sa création, la ville de Brasilia, classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, avait déjà plus de 64 bidonvilles dans lesquels s’entassaient plus de 600 000 personnes.  Au début des années 90, on a décidé de déployer des moyens gigantesques pour remédier à cette situation.  De nouveaux terrains ont été trouvés et choisis pour reloger les habitants des bidonvilles.  L’un des aspects novateurs de la politique mise en place est que ce sont les femmes qui sont devenues propriétaires des terres redistribuées car les études révélaient que dans ce domaine, elles avaient une attitude plus responsable.  Des initiatives ont aussi été lancées pour créer des emplois et ces zones de relogement ont donné naissance à de véritables villes, comme par exemple à Samambaia.  En outre, une aide alimentaire supplémentaire a été mise en place.  Aujourd’hui, Brasilia s’attache à accorder une aide scolaire à toutes les familles qui en ont besoin.

Dialogue

L’animatrice du dialogue, Mme AYDAN ERIM (Turquie) a estimé que l’aspect le plus important de cette présentation est que l’on est parvenu à surmonter les obstacles et à assurer une bonne coopération entre toutes les institutions concernées.  Elle s’est dite impressionnée par l’idée d’établir une carte d’inclusion/exclusion sociale.  Il semble que tous les éléments aient été présents au bon moment pour assurer le succès du projet de Santo Andre et il sera peut-être difficile de le reproduire aussi efficacement ailleurs.  L’un des enseignements à tirer est qu’il faut impérativement que toutes les institutions concernées oeuvrent de concert.  S’agissant de Brasilia, elle a demandé si la décision de reloger tant de personnes était liée au plan initial prévu pour le maintien de la ville.  Est-ce en fait un nettoyage de Brasilia ou bien une reconstruction des bidonvilles?

Répondant au représentant de l’Inde qui s’interrogeait sur la possibilité de reproduire l’initiative dans d’autres endroits, M. CELSO DANIEL, a estimé qu’avec la volonté politique suffisante, les fonds nécessaires et des instruments de bonne gouvernance, il est possible de le faire.  Aux questions sur le financement, il a indiqué que les coûts sont pris en charge par la municipalité, le pays et l’aide internationale.  Mais parallèlement, l’épargne est encouragée chez les bénéficiaires afin qu’ils puissent prendre en charge une partie des coûts de postconstruction et de postinstallation.  C’est à partir de la construction que la participation des personnes est recherchée, le secteur public se chargeant de tout ce qui concerne les infrastructures.  S’agissant de la budgétisation axée sur la participation, qui intriguait la représentante de l’Allemagne, M. Daniel a précisé qu’il s’agit d’un processus très important qui permet aux différentes zones de la ville de décider de manière ouverte des priorités. 

Aux commentaires formulées sur le programme réalisé à Brasilia, le Gouverneur RORIZ a expliqué que la ville avait accueilli un flux important de personnes alors qu’elle n’avait pas été conçue pour cela.  Capitale administrative du pays, elle ne devait pas atteindre les dimensions de grande ville.  Ce sont les mauvaises conditions économiques du pays qui ont conduit un grand nombre de familles à s’expatrier vers la capitale à la recherche d’un emploi.  Il a fallu réagir à cet engorgement, effacer les taudis et réinstaller les personnes y vivant dans des zones appropriées.  Tous les investissements nécessaires ont été effectués grâce au financement de l’Etat.  Toutefois ce sont les familles elles-mêmes qui ont construit leur maison, l’Etat s’est limité à fournir les terrains et l’infrastructure.  Des villes ont ainsi été constituées et aujourd’hui elles se développent et créent des emplois.  Aux observations de l’animatrice et des représentants du Ghana et de l’Inde qui se demandaient comment l’on pouvait empêcher que les bidonvilles continuent de se créer, il a reconnu qu’il était difficile de modifier les flux migratoires, d’autant que la situation économique du Brésil continue d’être difficile. 

Concluant la discussion, Mme ERIM a insisté sur l’importance de la volonté politique pour la gestion urbaine.  Partant, elle a engagé les participants à ne pas négliger non plus les droits démocratiques des habitants des villes et surtout leur droit à voter. 

Pour obtenir de plus amples informations sur le projet de Santo Andre contacter : Celso Daniel ou Jeroen Klink à mabelchior@santoandre.sp.gov.br.

STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT DE LA VILLE DE LYON (FRANCE) DANS LE CONTEXTE DE LA MONDIALISATION

Riche d’une histoire prestigieuse, Lyon se cherchait un avenir, a expliqué M. GERARD COLLOMB, maire de Lyon et Président du Grand Lyon, après que la projection d’un documentaire sur la ville ait rappelé qu’elle a été qualifiée par l’Unesco « d’exemple éminent d’établissement humain ».  Le lancement de la démarche Millénaire3, en 1997, a-t-il indiqué, répondait à une première préoccupation : s’assurer que la deuxième ville française figure parmi les grandes villes européennes en termes économique, universitaire et culturel.  La deuxième préoccupation visait à éviter que la croissance souhaitée pour Lyon ne se brise pas sur un fossé qui se creuserait entre la ville centre et ses banlieues résidentielles d’une part, populaires ou pauvres d’autre part.  Une enquête commandée au début de Millénaire3 montrait qu’il convenait de dépasser les cercles institutionnels traditionnels et que les forces de changement et de créativité les plus fortes se trouvaient chez ceux qui étaient le plus éloignés du pouvoir : les jeunes, les femmes, les employés et les populations des banlieues populaires.  Près de 2000 personnes venant du monde économique mais aussi social, culturel, associatif furent ainsi amenés à travailler dans le cadre des journées de prospective et des groupes de travail. 

Cette démarche a été pérennisée dans le Conseil de développement, placé auprès du Conseil de la communauté urbaine, pour réfléchir en permanence aux moyens d’assurer le développement global et durable de l’agglomération.  Il regroupe aujourd’hui 350 personnes représentant les principales institutions et volontaires et constitue un lieu de débat dont le travail s’est matérialisé dans la publication de plus de 20 Cahiers de prospective, de Lettres Millénaire3 et la création d’un site Internet : www.millenaire3.com sur lesquels sont rassemblées toutes les informations disponibles sur cette démarche.  La municipalité a également joué un rôle de pont dans l’élaboration de partenariats dans le cadre de projets économiques (Plan d’actions pour une métropolitaine technopolitaine) ou culturels et sociaux (Contrat de ville, Défilé de la Biennale de la danse).  Au niveau européen, une réflexion dans le cadre d’Eurocités, association des villes européennes de plus de 250 000 habitants, a donné lieu notamment à la publication d’un rapport discuté dans un colloque qui a réuni plus de 350 personnes venues de plus de 50 villes européennes en septembre 2000.  Ce travail va se poursuivre sur le thème des stratégies de développement dans le cadre d’un réseau INTERACT regroupant 13 villes, des chercheurs, des formateurs et des représentants de la société civile.

Dialogue

Au cours du débat qui était animé par M. Wakely du Royaume-Uni, M. COLLOMB a expliqué, en réponse aux questions des représentants de la Belgique, de l’UNESCO, du Royaume-Uni et de la Finlande, que la question du renouvellement urbain était l’une des plus épineuses.  L’urbanisme des années 60 a vu se construire à l’écart de la ville historique des quartiers composés de barres et de tours qui se sont dégradés au fur et à mesure que les couches moyennes s’en allaient et que demeuraient les couches les plus pauvres ou s’installaient celles venues de l’immigration.  Un processus de reconstruction de ces quartiers a été lancé à Lyon, a-t-il indiqué.  Cela va être un des principaux et l’un des plus coûteux chantiers des années qui viennent.  Sur les processus participatifs, nous sommes au milieu du gué, a-t-il poursuivi.  Nous avons essayé d’être à l’écoute de ce qui pouvait bouger dans l’agglomération.  Il s’agit maintenant d’articuler une construction globale de l’agglomération avec la participation des quartiers.  Il y a un retard en France en matière de structures intercommunales et le débat aujourd’hui porte sur les manières de respecter les particularités de chaque commune tout en ne bloquant pas le fonctionnement de l’agglomération. 

Sur les mesures à prendre pour éviter que la croissance urbaine ne porte atteinte à l’environnement, il a estimé qu’il fallait dépasser un cadre institutionnel étroit et raisonner en termes de région.  C’est à ce niveau-là que l’on peut éviter par exemple que deux agglomérations comme Lyon et Saint-Etienne ne finissent par se rejoindre, « mitant » et endommageant définitivement le pays ; il faut réfléchir au niveau régional à la protection d’espaces naturels, a-t-il fait valoir. 

Dans ses commentaires de conclusion, l’animateur, M. WAKELY a fait observer que le cas de Lyon illustrait la dynamique de la régénération après une histoire de 2000 ans et que le partenariat public/privé est amené à s’affirmer dans le contexte de la mondialisation.

Pour plus d’informations sur ce projet d’agglomération, contacter Philippe Dhenein, tel. 04 72 04 77 69, fax. 04 72 04 62 54, courrier électronique : dhenein@entpe.fr ou Joëlle Bourgin, tel. 04 72 00 88 10, fax. 04 72 00 80 27, courrier électronique : j.bourgin@free.fr 

NIGERIA : DEVELOPPEMENT URBAIN DURABLE ET BONNE GOUVERNANCE

M. J.O. OKUNFULURE, Directeur du développement régional urbain et foncier du Nigéria, a expliqué qu’avec une population de plus de 120 millions d’habitants, le Nigéria doit faire face à des problèmes de croissance urbaine très complexes.  Plus de 43% de la population vit en effet dans les villes et d’ici 2010, cette proportion devrait être de 50%.  Contrairement à d’autres pays de développement similaires, la population ne se concentre pas dans une seule ville mais dans une multitude de villes couvrant l’ensemble du pays. 

Les stratégies pour promouvoir le développement durable des villes reposent sur un Fonds de développement des infrastructures urbaines, bénéficiant d’un don de la Banque mondiale.  Les investissements portent surtout sur les routes et les réseaux électriques.  Une banque pour le développement urbain du Nigéria a également été créée.  Plusieurs initiatives concernent les services urbains de base et doivent fournir les moyens de mettre en place les services essentiels que sont les routes ou les réseaux d’assainissement.  Pour rendre ce programme plus efficace, on a procédé à une certaine décentralisation.  Ceci permet aussi une participation des masses aux affaires publiques.  Une révision constitutionnelle est en cours et elle prévoit une autonomie politique plus poussée des autorités locales, surtout en matière de gestion des ressources.  L’engagement de la population dans les affaires publiques devrait donc être encore encouragé.  Depuis l’arrivée du gouvernement démocratique au pouvoir, un processus de réforme des lois sur l’aménagement et le développement du territoire a été enclenché.  L’accent est mis aussi sur l’engagement du secteur privé pour la fourniture des services urbains.  En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, les programmes visent le développement économique des familles, en ciblant plus particulièrement les femmes et les jeunes.  En 1999 et en 2000, cet effort a été financé à hauteur de 170 millions de dollars.  Des programmes spécifiques d’encouragement de la participation de la population aux affaires publiques et au développement ont aussi été mis en place.  Ils s’effectuent en partenariat avec la Banque mondiale, le gouvernement central, les autorités locales et les municipalités bénéficiaires.  L’un des résultats concrets de cette initiative est que des forums publics pour promouvoir le dialogue direct ont été créés dans chaque quartier des villes bénéficiaires.  La bonne gestion des affaires publiques est prise très au sérieux et l’administration civile actuellement en place au Nigéria s’attache à combattre la corruption.  D’ailleurs le Programme Habitat basé à Nairobi a choisi le Nigéria pour lancer officiellement sa campagne mondiale en faveur de la bonne gouvernance. 

Dialogue

Poursuivant son rôle d’animateur, M. WAKELY (Royaume-Uni) a expliqué que le Nigéria offre un exemple remarquable d’un très grand pays se développant très rapidement et profitant des changements institutionnels et démocratiques pour promouvoir la bonne gestion des affaires publiques et le développement urbain.  Le processus de rééquilibrage du développement urbain dans tout le pays repose sur une démarche faisant intervenir la subsidiarité et la dévolution de pouvoirs jusqu’aux niveaux les plus bas de la société.  Cette initiative pose bien sûr les questions fondamentales de l’éducation, civique ou civile, des populations, de la lutte contre la corruption, et de la transparence.

Interrogé par le représentant du Kenya sur la politique adoptée pour garantir la sécurité de l’occupation des sols, M. OKUNFULURE a indiqué qu’il existe un système de certificats d’occupation des terres urbaines et un droit d’occupation des terres rurales.  Par conséquent, le Nigéria n’a pas trop de problèmes.  A l’égard des personnes qui occupent des terres sans droit d'occupation ou de propriété, même si le Gouvernement essaie de faire preuve de souplesse, il faut néanmoins se montrer strict si l’on ne veut pas que les zones dégénèrent en bidonvilles.  C’est pourquoi, les zones de Lagos, la capitale, qui était occupée ainsi de manière illégale ont été nettoyées.

Aux représentants du Burkina Faso et du Venezuela qui s’inquiétaient d’un certain risque de “balkanisation” du Nigéria suite à la réforme constitutionnelle envisagée, M. GARBA MADAKI ALI, Ministre du logement du Nigéria, a expliqué que l’on s’est rendu compte que la question de la gestion des ressources devait être contrôlée de manière participative.  La passation des pouvoirs devra se faire sans rupture et il faudra du temps.  Le représentant de l’Allemagne lui ayant demandé des précisions sur les stratégies pour la transparence de la gestion des affaires publiques et de lutte contre la corruption, il a indiqué qu’une Commission de lutte contre la corruption a été mise en place dans le pays.  Il faut toutefois bien comprendre que cela ne fait que deux ans que le gouvernement élu démocratiquement est en place après plusieurs décennies de régime militaire.  Le facteur le plus important est la volonté politique et aujourd’hui le Gouvernement du Nigéria a toute la volonté nécessaire de lutter contre un problème qui toutefois ne sera pas résolu du jour au lendemain.  Le représentant de l’Iran ayant demandé des précisions sur les zones géopolitiques créées, il a rappelé que six zones ont été instaurées rassemblant plusieurs départements afin de rétablir les déséquilibres économiques et de développement existants.  On espère ainsi que les mouvements de population seront en partie contrôlés et que l’on empêchera des afflux majeurs vers les grands centres urbains.

Reprenant la parole sur ce dernier point, M. OKUNFULURE a ajouté que le Gouvernement s’efforce d’équilibrer les dépenses en faveur des infrastructures entre chaque zone.  Ainsi, si 1 million de dollars sont dépensés à la construction d’une route dans une zone, une somme à peu près équivalente devra être dépensée dans les cinq autres zones.

En guise de remarques de conclusion, l’animateur du dialogue, M. WAKELY, a estimé que l’exemple présenté constituait le fondement de l’établissement d’une nouvelle société au Nigéria.

Pour plus d’informations, contacter M. J.O. Okunfulure, Tel. : 09-5211632

TRANSFORMATION ECONOMIQUE ET DEVELOPPEMENT DURABLE A BARCELONE (ESPAGNE)

M. JOAN CLOS, maire de Barcelone, a présenté sa ville comme constituant le cœur d’une région métropolitaine de 4,3 millions d’habitants au rythme de croissance soutenu et au taux de chômage qui, à moins de 6%, est inférieur au niveau européen et espagnol.  Les clefs du modèle que constitue Barcelone en matière de transformation urbaine, ne peuvent se comprendre que dans le contexte national.  La fin de la dictature a permis la tenue en 1979 des premières élections démocratiques depuis 1936; c’est de cette époque que date la renaissance spectaculaire de la ville.  La crise du pétrole a toutefois plongé la ville dans le désarroi et entraîné une augmentation du chômage.  Barcelone est devenue candidate aux Jeux olympiques et a mobilisé toute son énergie à cet effet.  Elle a lancé également un processus de réconciliation des différents tout en réorganisant la gestion municipale.  La ville a été découpée en dix districts qui ont permis d’être à l’écoute des besoins de la population.  Cet ensemble de facteurs a permis d’aboutir au programme « Barcelone vers l’avenir ». 

La réhabilitation du coeur de la ville du XIVe et XV siècles bâti sur l’ancienne ville romaine a été un des principaux défis à relever, a-t-il poursuivi.  Réalisée grâce à un processus de coopération mixte avec une participation publique s’élevant à 45%, le solde étant apporté par le privé à l’exception des sociétés immobilières qui n’étaient pas autorisées, elle a mobilisé 800 millions de dollars d’investissement.  Le résultat est le centre que nous connaissons actuellement et qui est le fleuron de Barcelone et l’un de ses quartiers les plus vivants et les plus actifs.  Une partie de la ville olympique de 1992 a été mise en vente et vendue en neuf mois. 

Le maire a également évoqué les projets sur lesquels travaille actuellement la municipalité : la rénovation d’un quartier insalubre où vivent un peu plus de 13 500 personnes et un projet de réhabilitation de 14 km de bord de mer.

Dialogue

Barcelone sait relever les défis, a commenté Mme Aydan Erim de Turquie, en ouvrant le débat.  Aux précisions demandées par les représentants de l’Indonésie, de l’Italie, du Maroc, de Chypre, du Burkina Faso, M. CLOS a répondu en indiquant notamment que la ville avait pris l’engagement, en cas d’expulsion, de reloger toutes les personnes topuchées dans le même quartier.  Sans ce principe, nous n’aurions pas pu procéder à la transformation de la ville.  Nous avons toujours préféré rénover que raser et reconstruire, a-t-il également précisé.  Il est absurde de se défaire d’un patrimoine historique.  C’est la démarche que nous avons adoptée pour la réhabilitation du centre ancien où nous n’avons démoli que le strict minimum en rejetant totalement le parti pris rationaliste moderne; il y a d’autres endroits pour créer des villes nouvelles.  Sur le partenariat avec les entreprises privées, le maire de Barcelone a indiqué que le premier partenaire privé a été un groupement de commerçants de proximité qui a réussi à réunir

100 millions de pesetas. 

Barcelone a entrepris de se doter d’une planification stratégique lorsqu’elle s’est portée candidate aux Jeux olympiques de 92.  La ville avait eu dans le passé des expériences d’expositions universelles dont elle avait eu du mal à se relever.  Alors la ville et plusieurs centaines de partenaires locaux se sont mis à réfléchir à ce que serait sa situation le jour qui suivrait la fin des jeux.  Nous avons aujourd’hui 129 installations sportives et 350 000 membres permanents les fréquentent, a fait valoir le premier magistrat barcelonais. 

M. Clos a expliqué la baisse du nombre de jeunes dans la population de la ville, par le déclin général du taux de fertilité de l’Espagne, l’un des plus bas d’Europe.  Il a toutefois indiqué qu’un renversement de tendance s’était produit depuis quatre ans avec un taux de croissance économique élevé, de 4% annuel, et un taux d’immigration redevenu très important.  Il a toutefois fait part d’un sujet de préoccupation : l’expansion de la ville dont la surface a doublé sans augmentation de la population.  C’est un processus excessif, coûteux en termes de prestations de services.  C’est pour cela que nous œuvrons à la densification du centre historique et que nous venons d’approuver un plan favorisant l’implantation des jeunes dans le centre.  Le marché immobilier ne doit pas contrôler une ville, a-t-il affirmé.

Pour plus d’informations, contacter Mme Margarita Obiols, Directrice des relations internationales, Conseil municipal de Barcelone, tel. 34-93-4027882, fax. 34-93-4027877, courrier électronique : mobiols@mail.bcn.es

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Des documents détaillés sur les expériences présentées peuvent être consultés sur le site www.istanbul5.org.

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