REGLEMENT DES CONFLITS ET ALLEGEMENT DE LA DETTE DES PAYS EN DEVELOPPEMENT SONT DE NOUVEAU EVOQUES DEVANT L'ASSEMBLEE DU MILLENAIRE

21 septembre 2000
AG/1067

REGLEMENT DES CONFLITS ET ALLEGEMENT DE LA DETTE DES PAYS EN DEVELOPPEMENT SONT DE NOUVEAU EVOQUES DEVANT L'ASSEMBLEE DU MILLENAIRE

21 septembre 2000

Communiqué de PresseAG/1067

REGLEMENT DES CONFLITS ET ALLEGEMENT DE LA DETTE DES PAYS EN DEVELOPPEMENT SONT DE NOUVEAU EVOQUES DEVANT L’ASSEMBLEE DU MILLENAIRE

20000921

Outre la question des effets délétères de la mondialisation et celle de la dette extérieure, différents processus de règlement des différends ont été évoqués, ce matin, dans le cadre du débat général de l’Assemblée du Millénaire. Ainsi le Ministre des affaires étrangères des Comores a affirmé qu’aujourd’hui plus que jamais, un espoir est né, quant à la possibilité de régler la crise séparatiste de l’île d’Anjouan et de planter les jalons d’un Etat démocratique. Le ministre a fait état de la signature, le 26 août 2000, de la Déclaration commune de Fomboni, qu’il a qualifiée de cadre approprié pour préserver l’unité et l’intégrité territoriale des Comores. Un calendrier a été établi pour l’organisation d’un référendum sur l’Acte fondamental qui régira le futur ensemble comorien, a expliqué le ministre des affaires étrangères avant de lancer un appel à la France pour qu’elle envisage l’ouverture d’un dialogue direct et constructif devant permettre la réintégration de l’île comorienne de Mayotte dans “son giron naturel”. Le conflit en Abkhazie a été évoqué par le Ministre des affaires étrangères de la Géorgie qui a plaidé pour que ce différend ne devienne pas un conflit gelé. Le ministre a, à cet égard, dit son intention de soumettre au Conseil de sécurité un document sur le partage des compétences entre Tbilisi et Sokhumi. Il a fait état des réticences de l’ONU à tenir compte des conclusions d’une mission d’enquête de l’OSCE et a souhaité une meilleure collaboration entre le Conseil de sécurité et des organisations régionales.

Rappelant, pour sa part, la présence de “98 000 colons turcs” à Chypre, le Ministre des affaires étrangères de ce pays a indiqué que la menace des troupes turques se manifeste régulièrement par des provocations sur le terrain. Il a appelé la partie turque à un règlement global de la question, fondé sur les résolutions 750 du Conseil de sécurité, afin de promouvoir une coexistence pacifique entre deux communautés politiques égales. Le Ministre des affaires étrangères du Tadjikistan s’est pour sa part félicité du succès du processus de paix dans son pays avant de relever le danger que représente pour la sécurité régionale, la situation en Afghanistan. Qualifiant le pays tenu par les Taliban de “bastion du terrorisme international” et “de premier producteur mondial de drogue”, le Ministre des affaires étrangères a déclaré qu’il espérait que le Conseil de sécurité et la communauté internationale permettront de mettre fin à cette guerre qui dure depuis 20 ans.

La question des effets délétères de la mondialisation a également été évoquée aujourd’hui notamment par le Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine qui a estimé que certains aspects de la mondialisation et la question de la dette extérieure ne sont que les deux faces d’une même pièce. La Vice-Ministre des affaires étrangères de l’Equateur faisant écho à ces propos a indiqué que la crise grave qui frappe son pays a profondément modifié les conditions dans lesquelles il avait autrefois négocié sa dette. La Vice-Ministre a invoqué la compréhension et le souci d’équité de la communauté internationale pour demander la recherche d’une solution définitive au fardeau de la dette, obstacle à la mise en oeuvre des politiques sociales et au développement.

Ont également pris la parole les Ministres des affaires étrangères du Yémen, de la Mongolie, de Chypre et des Etats fédérés de Micronésie.

Au cours de la réunion, l’Assemblée générale a été saisie d’un document contenant son programme de travail partiel et le calendrier de ses séances plénières A/ING/55/3. L’Assemblée générale a également été informée du fait que la Conférence d’annonces de contributions de l’an 2000 pour l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) se tiendra le mercredi 1er novembre. Celles des activités des Nations Unies pour le développement pour l’an 2000, les mercredi 1er et jeudi 2 novembre; celle du programme pour l’an 2001 du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) le vendredi 10 novembre; et celle de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de la Palestine dans le Proche Orient (UNRWA), le lundi 4 décembre.

L’Assemblée du millénaire poursuivra son débat général cet après-midi à 15 heures.

Suite du débat général

M. ABDALLA S. AL-ASHTAL, (Yémen): Chaque société doit prendre ses responsabilités pour parvenir à un développement durable, y compris en éliminant la pauvreté, en fournissant nourriture et abri, santé et éducation, et en garantissant les libertés fondamentales pour tous. La République du Yémen appuie les efforts du Secrétaire général pour développer le rôle des Nations Unies et appuie les initiatives en faveur de la démocratie, des droits de l’homme ainsi que celles visant à faire de la mondialisation un processus profitable à tous. Le Yémen réitère son invitation à accueillir la cinquième conférence internationale des démocraties nouvelles ou restituées, qui doit se tenir en 2003.

Le monde est aujourd'hui comparable à un petit village où la dépendance mutuelle est la règle. Une bonne gouvernance doit exister dans chaque pays et au niveau international. Les pays industrialisés les plus avancés doivent donner suite aux engagements qu’ils ont pris d'apporter une aide officielle au développement aux pays en développement, d'alléger les dettes publiques des pays pauvres et d’effacer les dettes publiques bilatérales. Nous avons commémoré cette année le dixième anniversaire du retour à l'unité bénie du Yémen, qui a mené à un processus démocratique, à la liberté, à la justice, au respect des droits de l'homme et qui a permis aux femmes de jouer leur rôle dans la société. Toutefois, notre peuple supporte le fardeau financier et les tensions sociales qui découlent des mesures de réforme préconisées par les institutions financières internationales. Les pays industrialisés doivent comprendre que le développement durable des pays en développement est une garantie de sécurité et de stabilité.

La République du Yémen est fière d'avoir résolu les problèmes avec trois pays voisins, le Sultanat d'Oman, l'Erythrée et le Royaume frère d'Arabie saoudite. Le 12 juin dernier, un traité a été signé avec ce dernier, relatif au territoire international et aux frontières maritimes. C'est un événement véritablement historique, après de longues années d'instabilité, qui ouvre des passerelles de fraternité et de coopération. En ce qui concerne la Somalie, après la Conférence d'Arta, l'élection d'un Président et la mise en place d'une Assemblée nationale, nous espérons que les peuples de ce pays trouveront la stabilité, dans une atmosphère de concorde nationale. La corne de l'Afrique va s'en trouver plus stable. Des centaines de milliers de réfugiés somaliens et d'autres pays se trouvent au Yémen et j'en appelle à la communauté internationale pour qu'elle nous aide à trouver une solution à ce problème.

La paix au Moyen-Orient doit passer par la création d'un Etat palestinien indépendant sur ses terres, avec Jérusalem comme capitale et le retrait d'Israël des territoires occupés dans le Golan syrien. Nous transmettons au Liban notre estime du fait de la libération du Sud. La région du Moyen-Orient doit être débarrassée des armes nucléaires et des armes de destruction massive, conformément aux résolutions de l'Assemblée générale. Des pressions doivent aussi être exercées par la communauté internationale pour qu'Israël adhère au Traité de non- prolifération. Nous prions pour qu'un terme soit mis aux embargos subis par l'Iraq, le Soudan et la Libye.

M. LUVSANGIN ERDENECHULUUN, Ministre des affaires étrangères de la Mongolie: Le concept de solidarité et de responsabilité partagée, réaffirmé dans la Déclaration politique du Sommet du millénaire, est, pour la communauté internationale, une donnée essentielle qui lui permettra de répondre aux formidables défis du siècle nouveau. Le défi le plus important, dans ce contexte, sera de faire de la mondialisation un processus équitable pour tous. La Mongolie estime que les Nations Unies sont particulièrement bien placées pour mettre la dimension humaine au centre de ce processus de mondialisation. Au nom de la solidarité et de la responsabilité partagée, les pays les plus influents doivent mettre tout en oeuvre pour ouvrir leurs marchés, adopter des mesures plus rapides et plus efficaces d’allègement de la dette, accorder une assistance mieux ciblée au développement et prendre des mesures incitatrices pour encourager les flux d’investissements directs étrangers vers leurs partenaires moins fortunés. Dans ce contexte, la Mongolie attend beaucoup des réunions telles que la Conférence internationale sur le financement du développement, la troisième Conférence sur les pays les moins avancés et le nouveau cycle de négociations commerciales. La Mongolie attend de ces réunions des engagements fermes et des calendriers de mise en oeuvre précis.

La Mongolie attache beaucoup d’importance aux résultats de la dixième Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, qui ont notamment souligné la nécessité de créer un environnement juridique pour faciliter le transit dans les pays en développement sans littoral, d’améliorer les infrastructures de transit et d’accroître l’efficacité du commerce en désengorgeant les voies de transport et en allégeant les procédures bureaucratiques. Donnant suite à ces recommandations, la Mongolie, la Fédération de Russie et la Chine ont tenu une réunion tripartie, au début de l’année, à Ulan-Bator pour discuter d’un accord-cadre sur le transit. La Mongolie estime, par ailleurs, que des réunions telles que la cinquième réunion d’experts gouvernementaux des pays en développement sans littoral et de transit, des pays donateurs et des institutions financières et de développement, ainsi que la réunion ministérielle sur les questions de transport, qui doit se tenir en 2003, joueront un rôle essentiel dans le renforcement du cadre d’action commune pour alléger le fardeau des pays sans littoral en développement.

Compte tenu de son histoire et de sa géographie, la région de l’Asie du Nord-Est est probablement la seule sous-région qui ne dispose toujours pas d’un mécanisme intergouvernemental chargé des questions de sécurité. Le moment est venu d’envisager la mise en place d’un tel mécanisme. En effet, au cours des dernières années, un accent particulier a été placé sur le danger que représente le rôle donné aux armes nucléaires dans les doctrines militaires. La Mongolie se félicite de la proposition du Secrétaire général de convoquer une conférence internationale pour identifier les moyens d’éliminer le danger nucléaire. S’étant déclarée zone exempte d’armes nucléaires en 1992, la Mongolie vient d’adopter une loi sur son statut d’Etat non nucléaire. Elle attend, au cours de cette session, des garanties fermes de la part des Etats dotés de l’arme nucléaire. Dans le cadre de ses réformes politiques et économiques, la Mongolie est confrontée à de nombreux défis. La Mongolie est convaincue que ses partenaires de la huitième réunion du “Groupe d’assistance à la Mongolie” lui apporteront l’appui et la coopération requises pour l’aider à relever les défis du processus de transition.

M. MOHAMED EL AMINE SOUEF, Ministre des affaires étrangères et de la coopération des Comores: Au moment où le monde évolue et se globalise, les Etats insulaires et les pays pauvres aux ressources limitées, s’interrogent sur la menace de marginalisation qui pèse sur eux. Les conséquences immédiates et à terme des conflits, l’intensification du terrorisme, les violations flagrantes des droits de l’homme, les dangers liés aux catastrophes naturelles et à la dégradation de l’environnement, les graves maladies et les dangers d’exclusion des pauvres appellent une action de soutien et d’aide et surtout de sensibilisation. Sur le plan économique, la situation que le monde connaît appelle un examen sérieux et une action conjuguée des partenaires du développement, en appui aux efforts nationaux, sous-régionaux et régionaux. Le sort de l’Afrique est particulièrement préoccupant dans la mesure où elle se trouve marginalisée, et presque exclue des circuits commerciaux du monde, de la révolution au niveau de l’information, et confrontée à des fléaux de toute sorte. Il est nécessaire que le continent puisse, en plus des efforts que les pays engagent individuellement et dans le cadre d’une intégration régionale, bénéficier de la bienveillance des institutions financières internationales. A ce sujet, nous réitérons notre appréciation à l’action du programme des Nations Unies pour le développement. L’effort engagé en vue d’assainir les finances publiques, de redresser et de restructurer l’économie nationale, atteste de la détermination du gouvernement comorien à améliorer la situation socioéconomique de la République fédérale islamique des Comores. Il importe de rappeler ici l’importance qu’a pour nous le renforcement de l’assistance que nous prodiguent nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, afin de nous aider à relever le défi majeur du sous-développement et surtout de ne pas devoir subir les effets pervers de la mondialisation.

Il importe d’insister sur l’impérieuse nécessité de se pencher sur la question de la paix dans le monde, car sa remise en cause compromet tout effort en vue d’un réel développement humain durable. A ce titre, je tiens à faire état de la situation qui prévaut dans mon pays et combien la menace à la paix préoccupe le peuple, confronté à une crise séparatiste de l’île soeur d’Anjouan depuis environ 3 ans. L’intransigeance de la partie anjouanaise après les déclarations faites, lors des conférences inter-îles organisées à Abbis-Abeda et à Antananarivo avait conduit l’Organisation de l’Unité africaine à prendre des mesures de coercition qui devaient lui être appliquées de manière graduelle. En imposant l’embargo économique à l’île d’Anjouan, l’objectif était de ramener les anjouanais à la raison. La situation n’ayant guère évoluée et conscient de ce que la situation rendait victime la population anjouanaise, et convaincu qu’une solution autre que militaire pourrait être trouvée entre les Comoriens, le Gouvernement actuel de mon pays a insisté pour engager des discussions directes avec la partie anjouanaise dans le but de parvenir à une réconciliation nationale. Les tentatives de dialogue initiées ont ouvert la voie à la signature d’un premier texte le 1er juillet 1999 à Fomboni. Les négociations ayant été poursuivies ces derniers temps, celles-ci ont abouti à la signature d’une Déclaration commune à Fomboni, le 26 août dernier, un autre cadre approprié pour préserver l’unité et l’intégrité territoriale des Comores. Cette Déclaration précise que le nouvel ensemble comorien est seul sujet de droit international, dans les frontières des Comores reconnues par la communauté internationale. Un calendrier a été établi, fixant les étapes devant faire aboutir à la soumission à référendum, l’Acte fondamental qui régira le futur ensemble comorien. Je voudrais préciser que la Déclaration commune de Fomboni tient compte et respecte l’essentiel et l’esprit de l’Accord d’Antananarivo rejeté par la partie anjouanaise.

Aujourd’hui plus que jamais, un espoir est né, quant à la possibilité de régler ce malheureux contentieux par la voie pacifique et poser les jalons d’un Etat démocratique. Je voudrais, en conséquence, faire appel à la bonne compréhension de tous nos partenaires qui nous ont toujours accompagnés dans la recherche d’une solution négociée et durable à cette crise. C’est la raison pour laquelle, tout en respectant la position de l’OUA et celle de tous nos partenaires, au nom du Gouvernement comorien, nous réitérons notre volonté de continuer ce combat engagé avec eux, en vue de préserver l’unité et l’intégrité territoriale de notre pays. Nous souhaitons vivement que la raison finisse par l’emporter chez nos frères anjouanais et qu’ils aient réellement compris que la rupture du pacte d’unité et de fraternité qui nous lie et liera pour toujours, nous Comoriens des quatre îles de notre Etat-archipel, ne nous sera d’aucun service. Nous lançons un appel à la communauté internationale pour qu’elle soutienne le programme de reconstruction et de réconciliation nationale que le Gouvernement comorien a élaboré avec la Banque mondiale. C’est dans le profond respect des principes de la Charte de l’ONU que le Gouvernement comorien lance un appel à la France afin qu’elle envisage l’ouverture d’un dialogue direct et constructif pouvant permettre d’aboutir à une solution rapide et négociée par rapport à la réintégration de l’île comorienne de Mayotte dans son giron naturel.

M. IRAKLI MENAGARISHVILI, Ministre des affaires étrangères de la Géorgie: Beaucoup d'idées sur la mondialisation et la gouvernance générées par le présent débat me rappelle le concept de "la gestion des interdépendances" avancé par notre président E. Chevardnadze à la quarante-septième session de l’Assemblée générale en 1992. La fin des régimes totalitaires a lancé un processus de changements progressifs, mais nous luttons encore contre l'héritage néfaste du totalitarisme. Les conflits internes aux Etats constituent une menace sérieuse à la paix internationale et particulièrement dans la région que je représente, méritant donc une attention plus soutenue de la part de la communauté internationale. Les défaites régulières des Nations Unies dans les efforts de paix, par exemple dans le nettoyage ethnique des populations géorgiennes lors des développements tragiques en Abkhazie, en Géorgie, ont mis en évidence les imperfections des opérations de maintien de la paix sélectives. Nous devons empêcher que ces conflits deviennent des conflits «gelés». Il faut appliquer de façon plus ferme les mécanismes d'exécution prévus par le chapitre VII de la Charte.

Par ailleurs, nous nous félicitons de l'amélioration du système des forces et moyens en attente et de l'accroissement de l'efficacité des Nations Unies. Nous sommes d’accord avec l’initiative des Etats-Unis visant à réviser le barème des quotes-parts pour le maintien de la paix. Nous sommes reconnaissants aux Nations Unies et particulièrement au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour leur aide aux réfugiés et aux personnes déplacées. En Abkhazie (Géorgie), une solution pacifique est la seule acceptable. Pour l'instant, il n'y a pas de résultat tangible. Récemment, un document sur la répartition des compétences constitutionnelles entre Tbilisi et Sokhumi a été rédigé. Ce document devrait être soumis au Conseil de sécurité sans délai, pour une avancée de la paix dans cette région où les personnes vivent dans des conditions difficiles et voient leurs droits violés. Il est urgent que le Conseil de sécurité règle ces questions. Une meilleure collaboration avec des organisations régionales comme l'OSCE et d'autres structures européennes serait décisive. Mais l'OSCE a demandé l’envoi d’une mission d’enquête pour promouvoir le processus de paix. Mais il semble que les Nations Unies sont encore réticentes à accepter les conclusions de l’OSCE. Il est donc nécessaire que les Nations Unies et les organisations régionales mènent des actions concertées en matière de résolution des conflits.

Nous sommes partisans d’un ordre mondial fondé sur les valeurs de droits de l'homme et de sécurité. Nous faisons donc confiance à la communauté internationale afin qu’elle crée des mécanismes préventifs efficaces contre les violations grossières des droits de l'homme. La Cour pénale internationale jouera un rôle indispensable à cet égard.

Il faut alléger les dettes des pays en développement afin que ces pays puissent vraiment s'ancrer dans la démocratie. L'objectif que les Nations Unies doivent envisager est d'encourager le développement du processus démocratique par des mesures financières, économiques et politiques. Dans le contexte de soutien aux nouvelles démocraties, le nouveau groupement créé par l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l'Ukraine et l'Ouzbékistan, le GUUAM, est d'une importance capitale. La Géorgie est disposée à jouer un rôle actif pour faciliter le dialogue entre les civilisations. Nous appuyons le principe de l'élargissement de la compétition du Conseil de sécurité et d'une plus grande transparence de ses délibérations. Un siège de membre non permanent pourrait être alloué à un pays de l'Europe de l'Est. Nous sommes aussi en faveur de la représentation de l'Allemagne et du Japon en tant que membres permanents. Pour conclure, les défis à relever étant nombreux et complexes, nous ne pouvons qu'être unis pour y faire face.

M. HUGO TOLENTINO DIPP, Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine: Le pays est convaincu que la liberté et l’égalité de tous les Etats et de tous les êtres humains constituent les fondements d’une paix véritable et d’un développement harmonieux et démocratique de la communauté internationale. Or, malgré les progrès technologiques et la multiplication des richesses dans certains pays, les deux tiers de l’humanité vivent dans des conditions telles que cette liberté et cette égalité ne sont toujours pas le dénominateur commun du monde. La mondialisation n’est pas un phénomène nouveau. Elle est la poursuite d’un processus vieux de plusieurs siècles qui contribue d’une part au progrès et à l’enrichissement de certains et d’autre part, à la coexistence d’un monde développé et d’un monde sous-développé. En raison de ces effets inégaux, le Sommet Sud-Sud de la Havane et le Sommet du millénaire ont revendiqué avec plus de force encore la liberté et l’égalité. Une rébellion pacifique se fait jour pour protester contre ce que l’on perçoit comme la domination traditionnelle des puissants sur les faibles. Face aux effets de cette mondialisation, les peuples des pays en développement réagissent de façon critique et sont déterminés à mettre fin à leur marginalisation et à accéder à un meilleur avenir. La mondialisation doit se fonder sur le précepte selon lequel il faut mettre un terme aux injustices qui frappent l’humanité et instaurer une interdépendance équitable. Ce qui présuppose une lutte contre les déséquilibres engendrés par les exigences des organismes internationaux, une libéralisation graduelle des marchés des pays en développement et l’élimination du protectionnisme. Un seul exemple suffit à illustrer les conséquences de l’ouverture tous azimuts d’un pays sous-développé. En République dominicaine, des milliers de petites entreprises ont fait faillite faute de pouvoir faire concurrence aux produits venus des pays hautement industrialisés.

Les peuples du monde en développement ne peuvent devenir des bénéficiaires de la mondialisation s’ils ne bénéficient pas d’abord de l’appui qui leur permettra de réaliser les objectifs économiques et sociaux. C’est une plaisanterie cruelle que de parler de la mondialisation tout en laissant aux pays pauvres tout le fardeau de l’effort à faire. Aujourd’hui ce n’est pas seulement la question de la mondialisation qui est préoccupante mais aussi celle de la persistance de la dette extérieure. La République dominicaine est convaincue que certains aspects de la mondialisation et la question de la dette sont les deux faces d’une même pièce. L’indifférence devant ces faits laisse penser qu’il existe effectivement un manque de solidarité et de volonté sincère de coopération. Seule l’annulation de la dette donnera aux pays en développement l’élan dont ils ont besoin pour rattraper le temps perdu. Lorsque les Dominicains parlent de solidarité, ils ne peuvent pas ne pas faire référence à Haïti. Le pays mérite un appui généreux et soutenu de la communauté internationale car la République dominicaine ne peut seule supporter le fardeau social que lui impose l’immigration de centaines de milliers d’Haïtiens. La République dominicaine souhaite une solution respectueuse des droits de l’homme et fondée sur une bonne politique migratoire.

Le libre jeu des forces qui contrôlent le marché, le protectionnisme, les subsides à la production et les réglementations techniques ne doivent pas devenir les caractéristiques de la mondialisation.

Mme PAULINA GARCIA DE LARREA, Vice-Ministre des affaires étrangères de l’Equateur: Le monde d’aujourd’hui est caractérisé par de nouvelles structures et de nouveaux processus qui sont fondés sur une base géopolitique modifiée et formée de grands ensembles économiques et la prédominance du marché. Dans le nouveau contexte planétaire les pays sont appelés à s’intégrer à la mondialisation à partir de niveaux de développement très différents. Il s’ensuit que les possibilités qu’offre la mondialisation sont très différentes et inégales suivant le niveau de développement, et les inégalités s’aggravent d’autant plus que la coopération diminue. Aucun pays ne doit rester en marge et tous doivent parvenir à s’intégrer à ces nouveaux processus mondiaux et avoir un partage équitable des avantages de la mondialisation. L’ONU a la responsabilité primordiale d’engager la coopération internationale sur la voie du développement durable et de l’élimination de la pauvreté. L’Equateur croit qu’un système multilatéral efficace et démocratique peut atteindre ces objectifs essentiels. Les problèmes internationaux désormais interdépendants représentent un défi complexe qui doit être étudié par l’Organisation afin de formuler une méthodologie qui lui permette de jouer son rôle en matière de maintien de la paix et de développement. Je souhaite souligner la contribution faite à l’occasion du Sommet du millénaire par les Etats d’Amérique latine en ajoutant la Déclaration de Carthagène, et celle du Sommet Sud et du Mouvement des non alignés. L’ONU doit bénéficier des ressources nécessaires pour répondre aux nouveaux défis auxquels elle est appelée à faire face. La pauvreté et le développement doivent se voir accorder la priorité qu’ils méritent afin que puisse être réalisé un réel développement humain durable.

L’Equateur traverse l’une des plus graves crises de son histoire qui a déstabilisé le processus de stabilisation démocratique. Des facteurs internes et externes se sont conjugués et ont durement frappé la société équatorienne et ont profondément modifié les conditions dans lesquelles l’Equateur avait négocié sa dette. Il faut que la communauté internationale prenne conscience du fardeau que représente la dette pour les pays en développement face aux contraintes qui pèsent sur l’accès de leurs produits d’exportations aux marchés internationaux. Nous espérons que la compréhension et le souci d’équité permettront de trouver une solution définitive au fardeau de la dette qui empêche la mise en oeuvre des politiques sociales et retarde le développement. Les pays de petite taille doivent pouvoir compter sur un ordre politique et institutionnel qui facilite les conditions de leur participation. L’Equateur appuie les efforts visant l’élimination de la pauvreté et la promotion du développement durable. Le Programme des Nations Unies pour le développement est appelé à jouer un rôle central d’appui aux efforts de démocratisation, de lutte contre la pauvreté et de développement humain. Il convient que l’ONU accorde son appui politique au PNUD comme instrument central pour le développement et mette à sa disposition les ressources dont il a besoin pour accomplir sa mission. Nous insistons sur la nécessité de privilégier le développement durable en raison de son importance économique, sociale et environnementale. Le Gouvernement équatorien a intégré la notion de développement durable dans ses politiques. Le phénomène du trafic de drogues, qui ne connaît ni frontières ni nations, a donné lieu à la mise en place d’un système supranational et aucune nation ne peut être tenue pour responsable de ce phénomène. Il faut reconnaître le principe de la responsabilité partagée dans la lutte contre ce fléau mondial.

L’Equateur proclame son attachement au désarmement et au règlement pacifique des différends. Dans la poursuite des objectifs que sont la paix et la sécurité, l’Equateur estime qu’il faut réformer le Conseil de sécurité afin de le rendre plus représentatif, plus transparent et plus efficace. Il convient également de renforcer les opérations de maintien de la paix ainsi que les actions conjointes de façon à ce que tout recours à la force se fasse dans le strict respect des principes de la Charte. La question du respect des droits de l’homme incombe à chaque Etat mais aussi à la communauté internationale. Il faut que la communauté internationale réagisse à chacune de leurs violations. Il est inacceptable qu’une seule nation ait recours à la force sous prétexte de menace à la paix ou d’urgence humanitaire. En tant que pays hautement vulnérable aux catastrophes naturelles, l’Equateur attache une grande importance au rôle des Nations Unies dans le domaine de la réduction de leurs conséquences, notamment à son rôle dans le cadre de la catastrophe El Niño.

M. RASHID ALIMOV (République du Tadjikistan): Je souhaite tout d’abord faire part de notre appréciation pour l’énorme contribution des Nations Unies et autres organisations au succès du processus de paix dans mon pays. Le peuple tadjik n’oubliera pas les quelque 30 pays qui ont participé à la Mission d’observation et les noms de ceux qui ont donné leur vie pour la cause de la paix dans mon pays seront à jamais gravés dans nos mémoires. Nous sommes pleinement conscients de l’ampleur de la tâche de reconstruction et espérons que le bureau des Nations Unies à Douchanbé continuera à fonctionner efficacement, compte tenu notamment de la sécheresse qui frappe la région.

La situation dans plusieurs régions requiert que les Nations Unies mobilisent de façon plus active les efforts au niveau international pour combattre les phénomènes tel que le terrorisme international, le commerce de la drogue et le crime organisé.

La situation en Afghanistan met en danger la sécurité régionale et internationale. Le pays s'est transformé en un bastion du terrorisme international, et est devenu le premier producteur mondial de drogue. L'Afghanistan a été un sujet de discussion au niveau ministériel lors d'une rencontre du groupe 6+2. Le Tadjikistan est fermement convaincu qu'il n'y a pas de solution militaire à la crise afghane. La victoire d'une partie du conflit sera temporaire et ne permettra pas de restaurer la paix et la stabilité dans le pays.

Seules les Nations Unies en coopération avec l'Organisation de la Conférence islamique, sont capables de dénouer la crise afghane. Le Tadjikistan approuve les activités de la mission spéciale du Secrétaire général et de son chef M. F. Vendrel. Nous espérons que des mesures supplémentaires du Conseil de sécurité et de la communauté internationale permettront éventuellement d'éteindre le feu de la guerre qui a été allumé il y a 20 ans.

Notre devoir est d'aider la population afghane à retrouver une vie digne et pacifique et d'ériger une barrière pour empêcher l'agression de l'héroïne et le développement du terrorisme international encouragé par les Taliban. Ces phénomènes constituent une menace non seulement pour les pays voisins de l'Afghanistan mais aussi pour les pays situés plus loin au-delà de la région. Nous sommes convaincus qu'il sera possible de parvenir à une formule permettant de restaurer la paix en Afghanistan, à travers nos efforts et sous la direction des Nations Unies.

M. IOANNIS KASOULIDES, ministre des affaires étrangères de la République de Chypre: Chypre réaffirme son engagement envers les Nations Unies, notamment pour la réforme de l'Organisation et de ses principaux organes. Chypre accueille particulièrement les efforts déployés en matière de désarmement et félicite la Fédération de Russie pour sa récente ratification du Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires et du Traité START II. Nous soutenons aussi les efforts faits par la communauté internationale pour lutter contre le trafic des petites armes. En matière d'environnement, nous avons besoin de politiques mondiales. Les petits Etats insulaires sont particulièrement vulnérables sur les questions du réchauffement de la planète, de la montée du niveau de l'eau et de la diminution des réserves d'eau. Nous sommes heureux de l'organisation, à Chypre en janvier prochain, d'un atelier sur le développement durable de l'énergie. En ce qui concerne les effets de la mondialisation, je me limiterai à un seul aspect qui est l'éradication de la pauvreté. C'est un des plus grands défis auxquels fait face la communauté internationale et les efforts de celle-ci devraient être centrés sur l'allègement de la dette.

Les instruments internationaux de protection des droits de l'homme se sont élargis. Nous sommes satisfaits des conclusions de la session spéciale de l'Assemblée générale sur les femmes et de la Conférence sur le développement social qui a suivi. Nous attendons avec impatience la prochaine conférence mondiale sur le racisme, la xénophobie et l'intolérance, ainsi que la session spéciale de l'Assemblée générale consacrée aux enfants. Une question qui préoccupe beaucoup Chypre est le nombre croissant de populations déplacées et de réfugiés, qui voient leurs droits violés. Le retrait d'Israël du Liban doit permettre de retrouver la paix dans cette région. Au Kosovo, Chypre appelle au respect des droits de l'homme. En ce qui concerne la Corée du Nord et la Corée du Sud, nous sommes encouragés par la perspective de réunification.

Chypre appuie et a été un des premiers signataires du Traité de Rome. Nous nous félicitons du récent consensus sur les règles de procédure et de preuve et les éléments constitutifs des crimes. Chypre a été victime de tels crimes et connaît l'amertume liée à l'impunité. Depuis 26 ans, la question de Chypre est à l'ordre du jour de l'Assemblée générale. Sa résolution 3212, appelle au retour à l'intégrité territoriale et au retrait des troupes turques qui occupent 37% du pays depuis 1974. Il ne faut pas oublier l'insurrection armée qui eut lieu contre le gouvernement légitime. Chacun sait que le nettoyage ethnique subi par Chypre en 1974 a entraîné le déplacement d'un tiers des Chypriotes de façon violente. Il est temps de se tourner vers l'avenir dans un esprit de pacification, sans armée d'occupation, sans barbelés et sans souffrance. Le Conseil de sécurité appelle à la sagesse collective en exhortant constamment au retrait des troupes turques. Il faut rappeler des réalités telles que les suivantes : 98000 colons turcs sont présents sur l'île et la menace des troupes turques se manifeste régulièrement par des provocations sur le terrain. Nous en appelons à la partie turque pour parvenir à un règlement global, conformément à la résolution 750 du Conseil de sécurité, avec deux communautés ethniques égales. Les générations futures seront alors fières de vivre en harmonie et en coopération.

M. MASSAO NAKAYAMA (Micronésie) au nom du Groupe d’Etats du Forum des îles du Pacifique (SOPAC): Le Groupe des Etats du Forum des îles du Pacifique réaffirme son engagement à jouer un rôle significatif dans le programme des Nations Unies pour la décolonisation en ce qui concerne les territoires du Pacifique non encore autonomes. L’océan occupe une place centrale dans la vie des populations des îles du Pacifique. La Convention sur les stocks de poissons grands migrateurs dans le Pacifique Ouest et Central est une réalisation majeure qui contribuera à la protection des plus grandes pêcheries de thon. La première réunion du processus consultatif informel des Nations Unies sur l’océan et de droit de la mer (UNCLOS) promet de jouer un rôle crucial dans le processus préparatoire à l’examen par l’Assemblée générale des questions maritimes. Les priorités de l’océan identifiées par le Forum des îles du Pacifique incluent la ratification de la Convention sur le droit de la mer et de l’Accord sur les stocks de poissons, la recherche scientifique marine et l’assistance technique, et la délimitation des zones maritimes et des plateaux continentaux. Compte tenu de la crise politique à Fidji et de la crise sociale dans les îles Salomon, le Forum des Ministres des affaires étrangères s’est rencontré en août à Apia aux Samoa. Ils ont reconnu la nécessité d’une action régionale de la part de tous les membres de la famille des îles du Pacifique. Nous avons décidé de recommander que les dirigeants s’engagent en faveur des principes de la liberté des individus garantie par le droit, de l’égalité, des institutions et des processus démocratiques, l’importance et l’urgence d’assurer un développement économique et social. Des propositions seront examinées par les dirigeants à Kiribati. La menace de la propagation des armes dans la région renforce la nécessité de mettre en place une coopération régionale et un cadre juridique pour contrôler le trafic illégal d’armes légères

dans la région. Ces efforts sont liés aux efforts internationaux dans ce domaine notamment dans la perspective de la Conférence des Nations Unies de 2001 sur le trafic illégal des armes légères. Un projet de loi devrait circuler parmi les membres du Forum d’ici à la fin de l’année.

Nous sommes très attachés au développement d’un indice de vulnérabilité environnemental par la Commission de géologie appliquée du Pacifiqe Sud. Nous remercions les différents gouvernements qui ont engagé des ressources financières substantielles dans la réalisation de cette étude et nous encourageons son adoption par les Nations Unies afin que les risques environnementaux et naturels auxquels nous faisons face soient reconnus et pris en compte dans le processus d’allocation d’aide, de traitement commercial et de statut de pays le moins avancé. Des progrès sont nécessaires dans le processus de préparation de la Conférence décennale d’examen de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement en 2002. Nous encourageons les efforts internationaux visant l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto le plus tôt possible. Nous sommes par conséquent engagés à ce que la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques en novembre soit couronnée de succès. Nous nous félicitons de la formulation d’instruments spécifiques tels que le mécanisme de développement écologiquement sain.

Le Forum des îles du Pacifique a établi une délégation auprès de l’Organisation mondiale du commerce à Genève et un Groupe de travail sur le commerce pour améliorer sa coopération avec l’OMC. Nous reconnaissons l’importance d’une réforme du commerce qui devra contribuer à la croissance économique mais aussi au progrès dans le domaine du développement et de l’équité sociale et de l’environnement. Les Nations Unies continuent à jouer un rôle vital dans la protection des intérêts des petits Etats insulaires. Il est nécessaire que l’ONU reste forte en s’adaptant aux nouveaux défis de la mondialisation. Le rôle de l’Assemblée générale devrait être renforcé. Le Conseil de sécurité doit être plus représentatif, plus transparent et démocratique. La capacité des Nations Unies en matière de maintien de la paix doit être renforcée pour lui permettre de remplir ses responsabilités collectives.

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