CLOTURE DU SOMMET DU MILLENAIRE : LES DIRIGEANTS DU MONDE RECONNAISSENT LEURS DEVOIRS E L'EGARD DE TOUS LES CITOYENS DU MONDE

8 septembre 2000
AG/1049

CLOTURE DU SOMMET DU MILLENAIRE : LES DIRIGEANTS DU MONDE RECONNAISSENT LEURS DEVOIRS E L'EGARD DE TOUS LES CITOYENS DU MONDE

8 septembre 2000

Communiqué de PresseAG/1049

CLOTURE DU SOMMET DU MILLENAIRE : LES DIRIGEANTS DU MONDE RECONNAISSENT LEURS DEVOIRS À L'EGARD DE TOUS LES CITOYENS DU MONDE

20000908

Ils réaffirment que l'ONU est le lieu de rassemblement indispensable pour concrétiser les aspirations à la paix, à la coopération et au développement

"Nous, chefs d'Etat et de gouvernement, nous reconnaissons que, en plus des responsabilités propres que nous devons assumer à l'égard de nos sociétés respectives, nous sommes collectivement tenus de défendre, au niveau mondial, les principes de la dignité humaine, de l'égalité et de l'équité. En tant que dirigeants, nous avons donc des devoirs à l'égard de tous les citoyens du monde", ont affirmé ce soir les dirigeants du monde, rassemblés à New York depuis mercredi pour le Sommet du millénaire. Ils font part de leur volonté de faire de la mondialisation une force positive pour l'humanité tout entière. Dans leur Déclaration, ils réaffirment qu'ils "n’épargneront aucun effort pour faire de l’Organisation des Nations Unies un instrument plus efficace aux fins de la réalisation des objectifs prioritaires". Ils insistent sur la liberté, l'égalité, la solidarité, la tolérance, le respect de la nature et le partage des responsabilités qui doivent sous-tendre les relations internationales au XXIème siècle. Le Secrétaire général, M. Kofi Annan, s'est réjoui du mandat glorieux qui a été aussi confié au Secrétariat : préparer l'ONU à son rôle dans le XXIè siècle. Mais, a-t-il répondu, "en définitive les Nations Unies c'est vous. Il est de votre pouvoir et, par conséquent de votre responsabilité, de réaliser les objectifs que vous avez posés. Vous et vous seuls pouvez décider si les Nations Unies sont à la hauteur du défi".

Cette Déclaration du millénaire adoptée par acclamation qui vient, ce soir, couronner les travaux du plus grand rassemblement de dirigeants jamais organisé, contient l’engagement des Etats Membres à accorder un soutien indéfectible à la réalisation d'objectifs communs particulièrement le développement; la lutte contre la pauvreté, l’ignorance et la maladie; la lutte contre l’injustice; la lutte contre la violence, la terreur et la criminalité; et la lutte contre la dégradation de notre planète. Les chefs d'Etat et de gouvernement s'y engagent à accroître l'efficacité de l'ONU dans le maintien de la paix et de la sécurité, en lui donnant les moyens et outils dont elle a besoin pour mieux assurer la prévention des conflits, le règlement pacifique des différends, le maintien de la paix, la consolidation de la paix et la reconstruction après les conflits. Ils décident de créer - aux niveaux tant national que mondial - un climat propice au

développement et à l'élimination de la pauvreté. Ils font part de leur résolution à appréhender de façon globale et effective le problème de la dette des pays à faible revenu et à revenu intérimaire. Ils décident de mettre fin à l'exploitation irrationnelle des ressources en eau et d'intensifier la coopération en vue de réduire le nombre et les effets des catastrophes naturelles et des catastrophes dues à l'homme; d'assurer le libre accès à l'information relative au génome humain.

Ils décident aussi de travailler ensemble à l'adoption dans tous les pays de processus politiques plus égalitaires, qui permettent la participation effective de tous les citoyens à la vie politique. En ce qui concerne l'ONU, ils réaffirment le rôle central de l'Assemblée générale en tant que principal organe délibérant et représentatif de l'Organisation et s'engagent à redoubler d'efforts pour réformer les procédures du Conseil sécurité sous tous leurs aspects.

Au cours du Sommet présidé conjointement par Mme Tarja Halonen, Présidente de la Finlande, et M. Sam Nujoma, Président de la Namibie, 191 personnalités se sont succédées à la tribune dont 99 chefs d'Etat, 3 Princes héritiers, 47 chefs de gouvernement, 5 Vice-Présidents, 3 Vice-Premiers Ministres, 23 Ministres, 8 chefs de délégations et 3 hauts dignitaires, représentant les 6 milliards d'habitants de la planète. En fin de séance, M. Nujoma a invité les Etats Membres à mettre en ouevre les engagements pris, tandis que Mme Halonen concluait : "Ce Sommet a été un succès et nous a apporté un nouvel espoir."

Le Sommet du millénaire a aussi été l'occasion de répondre à l'invitation du Secrétaire général de signer, ratifier ou adhérer aux traités multilatéraux dont il est le dépositaire. Au moins 85 Etats ont répondu à cet appel et plus de 300 traités ont été signés. 48 Etats membres ont signé le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés. Le Protocole facultatif concernant la vente d'enfants, la prostitution des enfants, et la pornographie impliquant des enfants l'a été par 47.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que les personnalités des pays suivants ont terminé le débat : République tchèque, Erythrée, Bahamas, Kiribati, Somalie, Grenade, Vanuatu, Guinée, Tchad, République démocratique du Congo, Bahreïn, Guinée-Bissau, Palaos, Tuvalu, Fidji. Ont également pris la parole les représentants du Saint-Siège, de la Communauté européenne, de l'Organisation de la Conférence islamique, du Secrétariat du Commonwealth, de l'Organisation de coopération économique, de l'Ordre souverain de Malte, de l'Union interparlementaire, et du Forum du millénaire des ONG.

Allocutions à l'occasion du Sommet

M. VACLAV HAVEL, Président de la République tchèque : Les Nations Unies devraient se transformer rapidement d’une scène de lutte entre les intérêts particuliers des divers Etats en une plate-forme de prise de décisions communes fondées sur la solidarité, décisions prises par l’humanité tout entière sur la meilleure façon d’organiser notre vie sur la planète. Elles devraient également se transformer d’une large communauté d’Etats, de diplomates et de fonctionnaires en une institution commune pour tous les habitants de la planète. Une telle Organisation des Nations Unies devrait reposer sur deux piliers : une assemblée de représentants exécutifs égaux des pays, ressemblant à l’Assemblée générale, et d’une autre comprenant un groupe élu directement par les populations du monde, dont les membres représentant les régions du monde reflèteraient la taille des différentes nations. Ces deux organes créeraient et garantiraient la législation mondiale. Le Conseil de sécurité ou son successeur, serait l’organe exécutif et serait saisi quotidiennement des problèmes majeurs du monde. Sa composition serait différente de celle du Conseil de sécurité actuel. Les membres du Conseil auraient des compétences et des personnalités de poids et aucun membre ne pourrait exercer le droit de veto. Les Nations Unies devraient avoir leur propre force militaire et de police. L’organe exécutif devrait contrôler le respect des lois et décisions de l’Organisation et oeuvrer à leur mise en oeuvre notamment dans les domaines de la sécurité, des droits de l’homme, de l’environnement, de l’alimentation, de la concurrence économique, de la santé et du développement local.

Dès que j’examine un problème de notre civilisation, j’en arrive inévitablement au thème de la responsabilité humaine. Cela ne signifie pas seulement la responsabilité de chacun envers sa vie en tant qu’individu ou envers sa famille ou sa communauté, mais également envers le monde. Par conséquent, il me semble que la chose la plus importante que nous devrions chercher à faire avancer à l’ère de la mondialisation est le sens de la responsabilité de portée mondiale. Toutes les religions du monde ont les mêmes impératifs moraux qui les sous-tendent. C’est dans ce constat que nous devrions trouver la source, l’énergie et l'éthos pour le renouvellement d’une attitude réellement responsable à l’égard de la Terre, de sa population et des générations futures. Sans l’éthos émanant d’un sens renouvelé de la responsabilité de portée mondiale, toute réforme des Nations Unies est impensable et vide de sens.

M. ISAIAS AFWERKI, Président de l’Erythrée : Peu de temps après avoir accédé à l’indépendance, mon pays a été contraint une fois de plus à défendre sa souveraineté, son intégrité territoriale et son indépendance. Cette guerre inutile a occasionné des souffrances humaines indescriptibles, la destruction de biens et d’infrastructures et a été l’occasion de déplacements forcés de personnes ainsi que de violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international. Les conflits ont un impact sur les principes fondamentaux énoncés par la Charte des Nations Unies et réaffirmés par la Déclaration du Sommet du millénaire, concernant le respect de l’intégrité territoriale et la souveraineté des Etats, la non-ingérence et le règlement pacifique des différends. L’Erythrée exprime sa gratitude à l’Algérie et à tous les gouvernements africains impliqués dans le processus de paix de l’OUA, ainsi que les Etats-Unis et l’Union européenne pour leur contribution à la promotion de la paix.

L’élimination de la pauvreté et la création d’un climat propice à un développement durable constituent les tâches les plus difficiles auxquelles nos sociétés doivent faire face. L’appui multidimensionnel apporté par les partenaires pour le développement et les ajustements institutionnels appropriés qui sont actuellement envisagés sont vitaux pour surmonter ces difficultés. A ce sujet, l’Erythrée estime qu’une attention prioritaire doit être accordée au développement des ressources humaines, au sens large du terme. Ces objectifs ne peuvent être réalisés qu’avec des efforts vigoureux de la part des gouvernements. Ces mesures doivent comprendre une décentralisation visant à renforcer la participation de la population au processus décisionnel, une lutte efficace contre les maladies infectieuses comme le sida et la malaria, et la lutte contre la corruption.

M. ORVILLE TURNQUEST, Gouverneur général du Commonwealth des Bahamas : aujourd’hui, il est indéniable que les chances de vivre en bonne santé et de vivre plus longtemps, les chances de recevoir une meilleure éducation ou d’atteindre un degré plus élevé de bien-être économique sont plus importantes que par le passé. Mais il s’agit d’espoirs, car si ces différents facteurs ont permis d’améliorer les conditions d’existence de certains, ils ont aussi provoqué l’entrée de millions d’autres dans la pauvreté et la marginalisation. Ces facteurs, qui ont servi le développement d’une partie de l’humanité ont provoqué de graves dégradations de l’environnement et ont même été parfois jusqu’à mettre en danger la paix et la sécurité dans certaines régions du monde. Cela est pour le moins ironique lorsque l’on songe aux nobles idéaux qui sont à l'origine de la création des Nations Unies.

Pourtant, la Charte des Nations Unies jette les bases de la création d’un monde de dignité et d’égalité. Il est possible, avec l’ONU, de s’attaquer à la myriade de défis auxquels sera confrontée la communauté internationale au cours du prochain siècle.

Les Nations Unies du XXIème siècle devront s’attaquer à la question de l’iniquité de l’économie mondiale. Elles devront faire en sorte que les dépenses mondiales dans ce domaine soient mieux réparties au profit de ceux qui en ont désespérément besoin. Les Nations Unies du XXIème siècle devront traiter des questions de la dégradation de l’environnement, de la violation des droits de l’homme, du trafic de drogues, du crime organisé, du commerce des armes, des conflits internes qui sont autant de sources de déstabilisation de nos sociétés et de notre monde.

Les Bahamas insistent sur la nécessité de réaliser, dans le cadre des Nations Unies, une discussion plus approfondie sur l’ensemble de ces questions qui s’accompagnerait de prolongements concrets sur le bien-être des populations. Ce Sommet s’achèvera certainement par l’adoption d’une Déclaration. Conduira-t-elle à une gestion plus responsable des Nations Unies ? Permettra-t-elle le renforcement de la coopération internationale et le respect par les Etats de toutes les décisions prises au sein de l’Organisation, quelle que soit leur nature ? Les Nations Unies ne peuvent pas laisser passer une telle opportunité.

M. TEBURORO TITO, Président de Kiribati : Nous ne pourrons parvenir à un monde meilleur que par le biais d'un engagement et d'une responsabilité partagés de tous les Etats Membres des Nations Unies. Les Etats Membres doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir dans le cadre de leur mandat pour améliorer la vie et alléger les souffrances de leurs peuples. Les Nations Unies, de leur côté, se doivent d'appuyer les Etats Membres par tous les moyens, en s’attaquant aux dimensions internationales des problèmes qui sont hors de portée des Etats pris individuellement. Je proposerai de plus que les objectifs et la structure de cette Organisation soient remis à jour pour mieux refléter le contexte actuel, très différent de celui qui prévalait lors de la création de l'Organisation. Le Kiribati appuie fermement le mouvement visant à démocratiser et rationnaliser la structure organisationnelle des Nations Unies, et plus particulièrement, l'augmentation du nombre de membres du Conseil de sécurité, la création d'un groupe régional du Pacifique et la présence d'au moins un représentant de chaque groupe régional au Conseil.

Le Kiribati estime par ailleurs que les modèles économiques et financiers prônés pour améliorer la croissance du Produit national brut et rehausser le niveau de vie de tous tendent, le plus souvent, à avantager ceux qui sont le plus à même de concourir pour un territoire, des marchés et des ressources limités, indépendamment de leurs systèmes politiques et de leurs valeurs culturelles. C'est pourquoi, nous soutenons l'idée selon laquelle les théories économiques et financières actuelles qui ont leur origine dans les pays industrialisés supportent les structures urbaines de ces sociétés, leurs institutions et peuples, fondés sur l'individualisme et une accumulation de richesses illimitée. Par de nombreux aspects, de tels modèles ne sont pas compatibles avec les besoins et les croyances de nombreuses sociétés, et notamment ceux du peuple de Kiribati. On assiste, de plus, à une érosion incessante des liens familiaux et culturels qui sont pourtant des éléments essentiels à l'intégrité humaine et à la paix, réduisant ainsi le respect pour la vie humaine et amenant conflits et instabilité dans nos régions du monde. C'est pourquoi, j'apprends avec satisfaction que les Nations Unies et les autres organisations régionales mettent actuellement au point un modèle de développement plus adapté aux sociétés communautaires, tout en demandant qu'un appui plus ferme y soit apporté.

Du point de vue de l'environnement, par ailleurs, la mondialisation a des effets qui peuvent s'avérer irréparables s'ils ne sont pas corrigés rapidement. C'est pourquoi, je me joins aux autres petits Etats insulaires qui ont lancé un appel en faveur des peuples touchés par ces problèmes.

M. ABDIKASSIM SALAD HASSAN, Président de la Somalie : C'est pour moi un honneur de rendre la Somalie aux Nations Unies. Il a nous fallu dix ans pour enterrer la hache de guerre et commencer à guérir les plaies que nous nous sommes nous-mêmes infligées. Lorsque le Président de Djibouti m'a soumis son initiative de paix au cours de la dernière Assemblée générale, je ne vous cacherais pas le pessimisme avec lequel j'ai accueilli cette initiative. Tant d'initiatives avaient déjà échoué se heurtant à l'intransigeance des seigneurs de la guerre, à leur incapacité à s'élever au-dessus de leurs ambitions. Grâce à la persévérance du Président de Djibouti, la société civile s'est réunie à Arta à Djibouti. Plus de 2500 personnes se sont ainsi penchées sur les causes du conflit, l'ampleur de son impact et les moyens de sortir de cette tragédie. Ces personnes ont ensuite chargé 600 des leurs comme représentants qui, à leur tour, ont confié à un petit

groupe le soin de rédiger une charte nationale consacrant la règle du droit, la décentralisation comme mode de gouvernement, les droits de l'homme, de la femme et des minorités, et l'économie de marché. L'étape suivante a consisté à sélectionner 245 personnes pour former un parlement qui a eu pour tâche d'élire le Président de la République. Cette élection s'est faite de manière libre, juste et transparente.

Elu Président, j'ai conduit une délégation de 90 membres du Parlement et d'autres personnalités à Mogadiscio et à Baidoa. Leur réception a été mémorable. Une de mes responsabilités étant de nommer un Premier Ministre chargé de former un gouvernement, je peux vous dire qu'avec la formation prochaine de ce gouvernement, la Somalie pourra enfin prendre la place qui lui revient de droit sur la scène internationale. Il est vrai qu'il reste encore à convaincre ceux qui n'ont pas participé à la Conférence pour la paix et la réconciliation nationale d'Arta. Mais, un gouvernement somalien sorti de la société civile est à même de répondre aux exigences d'une Organisation des Nations Unies renouvelée, démocratisée et redynamisée. La nouvelle Somalie entend notamment s'intégrer au cadre juridique international et apporter son ferme appui à l'institutionalisation de la Cour pénale internationale.

M. KEITH C. MITCHELL, Premier Ministre de la Grenade : La pauvreté extrême, des services de la dette paralysants, les maladies, dont le VIH/sida, et le manque de respect de la vie humaine et de l’environnement, continuent de poser des menaces aux progrès de l’humanité. L’annulation de la dette pourrait apporter un certain soulagement aux pays pauvres, tout en ne constituant pas forcément une perte financière pour l’économie mondiale. L’annulation de la dette serait une opportunité de stimuler les économies déprimées des parties stagnantes de l’économie internationale. C’est une condition nécessaire si l’on veut faire avancer la mondialisation et le développement. La Grenade demande aux pays créditeurs, aux institutions financières internationales et aux agences d’assistance, de proclamer l’annulation totale de la dette de tous les pays en développement, et notamment celle des pays pauvres très endettés. La Grenade demande aussi la création d’un Fonds d’assistance en cas de catastrophes pour faciliter l'acheminement de secours rapides vers les victimes des ouragans, des tremblements de terre, des éruptions volcaniques et autres catastrophes naturelles qui nous frappent fréquemment et avec férocité. Nous voulons aussi exprimer le soutien de notre gouvernement à la proposition avancée par la Commission sur la gouvernance mondiale en vue de la création d’une Force de volontaires de l’ONU.

Le fossé grandissant entre pays en développement et pays développés en cette période de percées technologiques doit être réduit. Le peuple de la Grenade lance en cette ère des technologies de l’information et de la communication un appel aux Nations Unies pour qu’elles créent grâce à des consultations des programmes et des activités qui aideront les pays en développement à combler la “fracture numérique”.

Un cartel de pays à lourde fiscalité comprenant les plus riches et les puissants du monde a lancé des attaques destructrices contre les nations à faible fiscalité, nous accusant de “pratiques fiscales anti-compétitives”. Des menaces, des pressions impérialistes et des actes d’abus de pouvoir au sein d’organismes multilatéraux sont en train d’être utilisés pour obliger les petits pays, dont la Grenade, à abandonner leur souveraineté fiscale. Ils utilisent des méthodes de publicité négative pour condamner et menacer nos économies et nous menacent de

sanctions diverses visant à nous interdire tout accès aux capitaux dans les organisations multilatérales, et à imposer le protectionnisme financier et des formes d’ostracisme. C’est là un impérialisme fiscal qui empiète sur le principe de souveraineté et est contraire au droit international. Cet impérialisme mine la liberté de compétition, les investissements globaux et la libéralisation. Chaque pays a le droit d’user de ses politiques fiscales pour attirer des investissements, sauver des industries chancelantes et stimuler son développement. Si une forme de coopération fiscale doit s’instaurer entre les pays, elle doit être atteinte par la négociation au sein d’un forum de toutes les parties prenantes. Petite économie sans grand moyen de pression, la Grenade lance un appel à cette auguste assemblée pour qu’elle demande au G7 et aux pays de l’OCDE d’adopter une approche multilatérale sur la question, qui inclut le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en vue de servir les intérêts de tous.

Je ne quitterai pas cette tribune sans rendre hommage au gouvernement de Taiwan pour l’assistance qu’il apporte à la Grenade dans les domaines de l’agriculture, de la pêche, de la santé, de l’éducation, de la culture et des équipements et infrastructures. Taiwan respecte pleinement les mots de ce grand sage et philosophe que fut Confucius, quand il disait: “si vous donnez un poisson à un homme vous calmez sa faim d’un jour; mais si vous lui apprenez à pêcher, vous lui aurez donné à manger pour toute sa vie”. C’est pourquoi le gouvernement de la Grenade continuera de soutenir l’entrée de la République de Chine à Taiwan comme membre à part entière des Nations Unies.

M. MAAUTAMATE B. SOPE, Premier Ministre du Vanuatu : Lorsque la République du Vanuatu a été admise au sein de l'Organisation des Nations Unies en 1981, les principes de la Charte sont devenus les fondements de la nation, afin de construire un monde meilleur pour les futures générations. Aujourd'hui, l’Organisation des Nations Unies doit subir quelques changements afin de s'adapter au XXIe siècle. Il sera important par exemple de repenser la structure, le processus de prise de décisions, les plans d'action, les orientations afin qu'elle réponde davantage aux préoccupations quotidiennes des plus défavorisés et non plus seulement aux attentes de ses membres les plus puissants. A ce titre, le Rapport du millénaire présenté par le Secrétaire général constitue une base intéressante de réflexion quant aux changements et réorientations à opérer au sein des Nations Unies. Pour notre part, nous pensons que les défis qui nous attendent sont l'accès à l'éducation pour le plus grand nombre, l'accès aux services de santé, l'égalité des chances entre les sexes, une rationalisation des échanges entre les Nations Unies et les organisations multilatérales telles que l'Agence de la Francophonie et le Commonwealth, le développement d'opportunités économiques pour les pays les plus pauvres par le biais des investissements dans des secteurs tels que les énergies renouvelables ou les technologies de l'information, un meilleur partage des bénéfices de la mondialisation et du commerce international. Par ailleurs, les pays riches doivent s'engager à ratifier les traités visant à protéger les ressources naturelles des pays insulaires et reconnaître également le droit à l'autodétermination de ces Etats.

Au cours des cinquante dernières années, de nombreux progrès ont été enregistrés au plan économique et social et le rôle des Nations Unies et d'autres organismes multilatéraux ont été déterminants. Cependant, il reste énormément à faire en terme de développement et les Nations Unies auront un rôle essentiel à jouer. L'importance croissante des pays du Pacifique nécessiterait la création d'un Groupe du Pacifique au sein des Nations Unies. En effet, la récente

admission de Tuvalu comme 189ème Membre des Nations Unies est une preuve de l’importance accrue de cette région au sein du système. La reconnaissance des droits de petits Etats du Pacifique nous permettrait de nous affirmer face à de grandes puissances qui entendent utiliser les institutions régionales à des fins propres. Notre rôle au sein des Nations Unies ne fait que se développer comme le démontre notre participation, malgré nos faibles moyens, au sein de missions de maintien de la paix, aussi bien au Timor oriental qu'en Bosnie.

Nous avons, en tant que dirigeants, déploré à de nombreuses reprises que les décisions prises par les Nations Unies ne soient pas toujours conformes aux objectifs de la Charte. Nous devons reconnaître ici que, lorsque ce genre de situation se présente, nous devons nous assurer que tout est entrepris pour éviter ces erreurs. C'est pour cela que nous tenons, en tant que pays leader du Groupe d'Etats Mélanésiens ayant pour but de préserver l'identité culturelle, les valeurs, les droits et les traditions des populations mélanésiennes, à interpeller les Nations Unies sur la nécessité de respecter les engagements pris dans les années 1950 et 1960 relatifs aux droits fondamentaux et au sort des frères et soeurs mélanésiens vivant dans la région d'Asie pacifique et plus particulièrement en Papouasie occidentale. Les discussions incessantes sur la validité des textes tels que l'Accord de New York de 1962 ou encore l'Acte de libre choix qui ont pourtant été validés par les Nations Unies constituent une pure moquerie et un défi aux règles d'autodétermination contenues dans la Charte. Les Nations Unies ne peuvent plus tourner le dos à leurs responsabilités concernant les populations de Papouasie occidentale. Il serait judicieux de soumettre cette question à l'appréciation du Comité des 24 ou à la Cour internationale de Justice. Les Pays- Bas, qui ont une responsabilité historique en tant qu'ancienne puissance coloniale devraient également participer à la recherche d'une solution pour la population de Papouasie occidentale. Les résolutions que nous adopterons pour les Nations Unies en ce nouveau millénaire auront à coup sûr un impact significatif sur le cadre de vie des populations, particulièrement dans les pays pauvres.

M. LAMINE SIDIME, Premier Ministre de la République de Guinée : Je tiens à vous informer qu’au moment où je vous parle, les combats se poursuivent aux frontières de la Guinée. Je saisirai le Secrétaire général de l’Organisation et l’Organisation de l’Unité africaine pour une condamnation de l’agression perpétrée par le Libéria et la Sierra Leone aux frontières de mon pays.

Le temps est venu de réajuster les missions et les structures de notre Organisation commune. La Guinée plaide pour plus d’humanité et moins d’exclusion au sein des Nations Unies. Il est temps que les différentes parties du monde soient équitablement représentées au sein du Conseil de sécurité, et remédier notamment à la sous-représentation de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine, parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. L’Organisation des Nations Unies doit être dotée de moyens suffisants pour lui permettre d’intervenir dans la lutte contre la pauvreté et la souffrance des peuples et des Etats d’une bonne partie du monde. Les Nations Unies doivent être habilitées à impulser le mouvement humanitaire et salvateur devant permettre de réaliser au sein de la communauté des nations, ce qui a été le moteur de la diffusion du progrès dans les nations du Nord, à savoir la libération des énergies, au moyen de l’accès du plus grand nombre au savoir, à l’emploi et à la consommation. Les moyens existent aujourd’hui et le Secrétaire général les a relevés dans son rapport : l’épargne accumulée par les nations et disponible, l’avancée de la technologie, de la

science et de l’humanisme renouvelé et largement partagé par les hommes de notre temps pour la sauvegarde et la promotion de la dignité humaine. Ces acquis de l’humanité et de toute l’humanité doivent aider à améliorer le sort des démunis de la terre.

Dans la communauté des nations, l’Afrique et ses problèmes ne semblent pas être une grande préoccupation malgré les professions de foi. En dépit de tout, l’espoir est permis, car les idées et les solutions généreuses, contenues dans le rapport du Secrétaire général sont totalement soutenues par mon pays qui collaborera avec ceux qui partagent ces valeurs et ces démarches pour leur mise en oeuvre.

M. NAGOUM YAMASSOUM, Premier Ministre et Chef du Gouvernement du Tchad : Notre monde du nouveau millénaire a pour nom la misère. Il est constitué de deux versants : une pauvreté extrême d’une part et une opulence insolente de l’autre. Ceux qui ont le plus besoin de sollicitude sont les plus nombreux. Ce sont les pays en développement et en particulier ceux d’Afrique dont la situation ne cesse de se dégrader, alors que les autres avancent toujours vers plus de croissance et plus de prospérité. La seule volonté des dirigeants suffira-t-elle dans un univers où tous les pouvoirs économiques, financiers, industriels, technologiques et politiques nous échappent et transcendent les frontières des Etats nationaux, voire leurs regroupements? Que peuvent faire ces pays lorsque leurs propres ressources, aussi importantes soient-elles, ne leur permettent pas, en raison de l’égoïsme des plus riches, de répondre aux attentes légitimes de leurs concitoyens?

A défaut d’enrayer définitivement les fléaux dont souffre la grande partie de l’humanité, essayons de les réduire ou du moins, d’en atténuer les effets. Le présent sommet offre une occasion historique de poser les jalons d’un nouveau monde. Le Gouvernement tchadien tente depuis près d’une décennie de répondre aux exigences de liberté et de bien-être dont le peuple a été privé depuis l’indépendance. A ce sujet, le projet pétrolier de Doba traduit bien le grand dessein que le gouvernement a pour le Tchad. Ce projet pilote de développement établi avec le Cameroun et la coopération des institutions financières internationales et de la société civile constitue l’exemple type du nouveau partenariat qui devrait sous-tendre les relations internationales.

Les prochaines élections présidentielles et législatives marqueront, par la transparence et leur régularité, la détermination du Tchad à ancrer davantage la pratique démocratique dans la société tchadienne. Pour ce faire, le Tchad aura besoin de l’appui de ses amis et de ses partenaires pour maintenir le cap et résister aux éventuels tumultes que peuvent provoquer la misère et la pauvreté dans toute démocratie naissante. Dans ce contexte, le Tchad demande aux parties en conflit en Afrique de penser aux millions de femmes et d’enfants, chaque jour terrorisés, qui ne demandent ni or, ni diamants, mais seulement la paix. Il invite également l’ONU et l’OUA à agir avec fermeté pour mettre fin à ces dérives ruineuses et meurtrières pour l’Afrique. L’Afrique est en train d’assister, impuissante, à l’épuration de sa jeunesse et de ses forces vives du fait du VIH/sida. L’Afrique ne doit pas être abandonnée à ce sort. Le Tchad sollicite de la communauté internationale et des pays industriels plus de compréhension dans leur approche des difficultés économiques de l’Afrique, notamment en accordant un traitement particulier au problème de la dette. Les palliatifs consistant à rééchelonner ou à alléger cette dette ne sont pas de nature à régler le fond du problème.

Mgr le Cardinal ANGELO SODANO, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège : La première tâche des Nations Unies est de maintenir et de promouvoir la paix dans le monde. C’est le but essentiel des fondateurs de l’Organisation et il reste actuel. Trop souvent encore la guerre endeuille et fait souffrir les peuples. Face à la recrudescence des conflits, en particulier les luttes civiles et ethniques, l’ONU a le devoir d’intervenir dans le cadre de la Charte des Nations Unies pour ramener la paix. La paix est toujours fragile et il convient de veiller à éteindre les foyers de guerre aussi bien qu’à en éviter l’éclosion; c’est pourquoi, l’Organisation doit développer ses capacités de diplomatie préventive. Pour sa part, le Saint-Siège approuvera toujours les initiatives en faveur de la paix, entre autres celles destinées à renforcer le respect du droit international et à limiter les armements.

Aujourd’hui encore, une part importante de la population mondiale vit dans des conditions de misère qui sont une atteinte à la dignité humaine. Ceci est d’autant plus inacceptable que, dans le même temps, la richesse se développe rapidement et que l’écart entre les riches et les pauvres ne fait que s’accroître, à l’intérieur même des nations. De plus, d’autres maux sont bien souvent associés à la pauvreté, comme la guerre, la dégradation de l’environnement et les catastrophes naturelles, ainsi que les épidémies. Cette situation, en particulier en Afrique, exige donc une mobilisation morale et financière, qui comprend des objectifs précis en vue d’une diminution substantielle de la pauvreté, entre autres la remise de la dette des pays pauvres selon des modalités plus courageuses, un renouveau de l’aide au développement et une généreuse ouverture des marchés. En outre, des programmes devront être lancés afin que le progrès social aille de pair avec la croissance économique. Le développement est une notion globale, qui a pour objectif la promotion du bien et de la dignité de la personne, considérée dans son intégralité. Et les moyens pour y parvenir se résument en un mot : solidarité.

Il faut continuer à garantir les droits de l’homme car ce combat n’est jamais terminé et à cet égard, le droit à la vie – si souvent mis en péril – doit être constamment défendu. Le Pape Jean-Paul II exprime déjà son appui à la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, qui se tiendra l’année prochaine en Afrique du Sud.

M. SABO NASSIROU, Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de l’intégration africaine du Niger, au nom de M. MAMADOU TANDJA, Président de la République du Niger : Le problème de la pauvreté représente l’un des défis majeurs que les autorités nigériennes sont résolues à relever tant il vrai qu’il sape le fondement de toute politique et stratégie nationales de développement économique et social. Des enquêtes menées au plan national, il ressort que 63% de la population nigérienne vit dans la pauvreté et 34% dans l’extrême pauvreté. La grande majorité des pauvres vit en milieu rural. Ainsi une personne sur trois accède à un centre de santé, un enfant sur trois est scolarisé, un adulte sur cinq est alphabétisé, et 50% seulement de la population a accès à l’eau potable. S’ajoute un taux élevé d’accroissement naturel de la population et un faible revenu par habitant. Ainsi l’écrasante majorité des nigériens figure au nombre du milliard d’habitants de notre planète vivant avec moins d’un dollar par jour. Les secteurs les plus affectés sont ceux de l’éducation de base, de la santé, de la population, de l’hygiène, de l’assainissement et de l’habitat. Les groupes cibles les plus vulnérables sont constitués de femmes et de jeunes. Au total, tous ces aspects contribuent, dans une large mesure, à hypothéquer les politiques et

stratégies de développement, à rendre l’économie nationale peu performante et à accentuer la dégradation d’un environnement déjà trop fragilisé par les aléas climatiques propres aux régions sahélo-sahariennes, comme la notre. Nous fondant sur nos diverses expériences en matière de gestion des ressources naturelles, nous avons élaboré un Plan national en la matière axé sur la lutte contre la désertification, l’eau et le développement durable, l’énergie, l’environnement urbain, la diversité biologique et les changements climatiques. Le Niger a adhéré au nouveau cadre stratégique de lutte contre la pauvreté proposé par les institutions de Bretton Woods lors du Sommet sur la croissance et la pauvreté en Afrique, tenu à Libreville les 18 et 19 janvier 2000 et qui a examiné les perspectives du continent à l’orée du nouveau millénaire et les défis à relever pour accélérer la croissance économique et éliminer la pauvreté. Le Niger a engagé un processus participatif très ouvert en vue de l’élaboration à très court terme de son Document stratégique de lutte contre la pauvreté, démarche plus dynamique et plus efficace de lutte contre la pauvreté. Notre stratégie accorde la priorité à la recherche d’une meilleure adéquation entre une saine gestion économique et un développement humain durable qui se fonde principalement sur le secteur agro-pastoral. Elle constitue l’épine dorsale du futur Plan de développement économique et social 2000-2004 que le gouvernement vient de mettre en chantier. Dans cette démarche, nous avons pleinement conscience de ce que l’effort extérieur ne saurait suppléer l’effort interne. Nous sommes fermement convaincus, en ce début du XXIe siècle, qu'une attention particulière doit être consacrée à la concrétisation de la vocation à l’universalité de l’Organisation. La paix, la sécurité et le développement durable sont des notions trop importantes qui nécessitent l’élargissement tant souhaité du Conseil de sécurité, pour ne relever que de l’unique responsabilité d’un club de puissances militaires, économiques ou financières. L’Afrique, parce qu’elle occupe aujourd’hui une large part des initiatives internationales et qu’elle compte bien en devenir aussi un sujet actif, doit prendre une place significative au sein d'un Conseil de sécurité réformé.

M. YERODIA ABDOULAYE NDOMBASI, Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la République démocratique du Congo : Un malaise existe toujours dans la civilisation et il se traduit toujours par un phénomène où les semblants vacillent et où les signifiants entrent dans une ronde folle. La civilisation, en effet, ne débarrasse pas du malaise puisque le signifiant "ONU" connaît, à l'instar du signifiant "SDN", la vacillation des semblants et la chute infernale des signifiants. Le signifiant que constitue le respect des frontières nationales devient aujourd'hui une chose violable comme en témoignent les frontières de la République démocratique du Congo. Des hordes apparemment civilisées ont entrepris de fouler du pied les signifiants "respect des frontières", "souveraineté nationale" et "richesses nationales". Ces gens, présents dans cette Assemblée, sont chez nous depuis deux ans. Ils restent dans le pays et personne, je dis bien personne, ne les oblige à partir. Ces gens, qui proclament avec outrecuidance qu'ils ne sont pas disposés à partir, se heurtent au patriotisme congolais commandant de mettre un terme à cette situation, conformément d'ailleurs à la Charte des Nations Unies et à celle de l'Organisation de l'unité africaine. Je dis bien OUA, mes frères africains car demain, avec ces nouveaux Huns, cela peut se passer chez vous parce que décidément la civilisation ne débarrasse pas du malaise.

Que faut-il dire à l'ONU pour que dès maintenant elle ne se contente plus d'observer et aille jusqu'à l'application de ses propres résolutions. Nous n'attendrons pas 40 ans comme ce fût le cas des Palestiniens avec la résolution 242. Nous n'attendrons pas 40 ans pour voir un président américain tenter de régler le problème. Notre patriotisme commande de mettre un terme à cette violation du droit international entrepris par des occupants qui se sont désormais rendus indignes de participer à la célébration du millénaire. Heureusement le millénaire ne commençant que le 1er janvier 2001, l'ONU a encore le temps de proclamer que la République démocratique du Congo n'entrera pas dans le troisième millénaire occupée et humiliée. A l'instar des oraisons mythiques, je vous fais aujourd'hui l'oraison du bord de l'Hudson et vous invite tous à faire en sorte que les occupants retournent chez eux et nous laissent réparer les dégâts du satrape qui pendant plus de 32 ans a délabré la conscience et la morale de notre peuple.

Aidez-nous à mettre fin à la guerre par des pourparlers directs comme cela a toujours été le cas pour toutes les guerres. Un recours à des subterfuges ne pourrait que traduire une volonté de continuer une guerre rentable pour des agresseurs qui entendent bien grappiller davantage, dans le sol et le sous-sol du pays, les diamants, le bois précieux, l'or ou le cobalt qu'ils ne possèdent pas. Oui, c'est une guerre de rapines. Alors comment rendre efficace l'action de l'ONU. Rien ne sert de psalmodier ou de diagnostiquer les maux qui créent le malaise dans la civilisation. Cela ne sert à rien, en effet, si l'on ne prend pas la résolution de respecter les principes de l'ONU. En ce qui nous concerne, nous sommes déterminés à défendre nos droits et à bouter les intrus dehors.

CHEIKH MOHAMMED BIN MUBARAK, Ministre des affaires étrangères de Bahreïn : Il incombe aux dirigeants et aux représentants des Etats Membres participant à ce Sommet du millénaire de saisir cette occasion pour réfléchir sur la situation actuelle et sur les défis que posent les changements politiques, économiques, scientifiques et culturelles. Cette évolution et ces nouveaux défis ne comportent pas seulement des aspects positifs, ils créent également de nouvelles préoccupations et appréhensions, notamment du fait de la mondialisation de questions telles que la paix et la sécurité internationales, la lutte contre la pauvreté, la criminalité organisée, le terrorisme, l’extrémisme et les menaces à l’environnement. L’Assemblée du millénaire doit permettre de déterminer les priorités futures de ce nouveau siècle, et en particulier les questions du maintien de la paix et de la sécurité internationales, le règlement pacifique des différends régionaux et internationaux, en raison des conséquences négatives de ces conflits sur les progrès internationaux et la prospérité. Les conflits et les guerres qui ont marqué le Moyen-Orient pendant plus d’un demi-siècle ont eu pour conséquence d'épuiser les ressources des Etats et des peuples de la région et d'empêcher la concrétisation des projets de développement. Aujourd’hui, tandis que les efforts continuent de porter sur la recherche d'une solution de ce conflit, nous espérons que l'engagement des co-parrains du processus de paix et celui des Etats-Unis en particulier, de même que l'action des autres partenaires régionaux et internationaux seront couronnés de succès et mèneront à l'instauration d'une paix juste, globale, tout en garantissant les droits légitimes du peuple palestinien au sein de son Etat indépendant, avec Jérusalem pour capitale. Les négociations et les contacts entre les parties au processus de paix ont montré que Jérusalem est la pierre angulaire du processus de paix, en

raison de son statut fondamental pour les Arabes et les Musulmans. Le retrait des territoires syriens occupés depuis 1967 est essentiel pour parvenir à une paix globale, juste et durable. Les buts et les objectifs énoncés dans la Charte des Nations Unies en vue de parvenir à la justice, à la paix et à la stabilité et la sécurité exigent que les Etats Membres renforcent le rôle des Nations Unies et procèdent à la restructuration et à la réforme de ses organes et de ses méthodes de travail, en particulier le Conseil de sécurité.

M. MAMADU IAIA DJALO, Ministre des affaires étrangères et des communautés de la Guinée-Bissau, au nom de M. KUMBA YALA, Président de la République : L’esprit de responsabilité partagée qui inspire notre Organisation et son travail est une conquête précieuse que nous devons préserver, renforcer et adapter pour cette nouvelle époque. Il est impératif que soit renforcée la capacité des Nations Unies de toujours mieux remplir son rôle dans les relations internationales. A cet égard, nous attachons une grande importance à la revitalisation de l’Assemblée générale et à la rationalisation de son ordre du jour, et nous appelons de nos vœux la réforme du Conseil de sécurité dans le sens d’une augmentation du nombre de ses membres, permanents et non-permanents, afin de lui assurer une meilleure représentativité et plus de transparence dans les processus démocratiques de son travail. Avec la mondialisation, l’interdépendance et l’interconnexion des destinées humaines favorisent l’émergence des conditions de la participation effective de tous les membres de la communauté internationale dans la recherche de solutions aux problèmes du monde contemporain. Les efforts visant la paix et la stabilité ne doivent pas être dissociés des efforts visant le développement économique et social des plus vulnérables. Ces efforts devraient être entrepris comme une action mondiale, cohérente, unie, fondée sur la transformation des structures économiques des pays en développement, des pays les moins avancés, visant l’établissement des bases du développement socio-économique durable. Cela devrait reposer sur nos propres efforts mais également sur la réorientation des politiques de développement vers plus de rationalisation et d’efficacité ainsi que dans la recherche de solutions durables aux conflits dans le monde.

M. HERSEY KYOTA, Chef de la délégation de la République des Palaos : La République des Palaos croit fermement et espère que les Nations Unies s’efforceront d’inclure les pays qui ne sont pas encore Membres de l’Organisation, et permettront que “Nous, les peuples” puissent ensemble forger une solide volonté internationale et s'engager à affronter tous les défis du nouveau siècle. Nous en sommes venus à la conclusion, comme tous les acteurs internationaux, gouvernementaux et non gouvernementaux, que le système le plus stable, le seul capable de s’adapter aux bouleversements, est un système qui offre les plus grandes opportunités de participation à la plus large majorité possible de ses membres. La participation aux Nations Unies doit donc être aussi ouverte que possible. D’une manière très pratique, il n’existe rien, aujourd’hui, tel qu’un état totalement indépendant. Partant, les critères régissant la participation à cette Organisation doivent être révisés pour inclure davantage de membres. Taiwan, qui répond à ces critères de définition, à la définition traditionnelle d’un Etat, n’est toujours pas reconnu par les Nations Unies. Les Palaos estiment que les décisions à tous les niveaux de l’Organisation doivent être ouvertes à une véritable participation sur la base d’une représentation équitable de tous les membres.

L’un des premiers enjeux du travail des Nations Unies est la question de l’environnement. Nous devons tous faire preuve individuellement de la volonté nécessaire pour la résoudre efficacement et une fois pour toute. Dans de nombreux pays en développement, la déforestation excessive, des méthodes d’agriculture néfastes et une urbanisation incontrôlée sont les principales causes de dégradation de l’environnement. Aux Palaos les champs de taro ont été inondés à cause de la montée du niveau de la mer et une de nos premières sources de nourriture a été ainsi détruite. Certains de nos voisins du Pacifique ont eu des expériences plus désastreuses avec ce phénomène. Il est urgent que nous remplissions nos responsabilités respectives au titre du Protocole de Kyoto de 1997. Les pays industrialisés sont appelés, encore une fois, à s’engager envers une limitation vérifiable de leurs émissions et les objectifs fixés par le Protocole.

M. PANAPASSI NELESONE, Secrétaire permanent, Ministère des affaires étrangères de Tuvalu, au nom du Premier ministre de Tuvalu : Sans paix, il n’y a ni développement, ni progrès. Comme les autres îles du Pacifique et d’autres régions, les capacités limitées et l’extrême vulnérabilité en matière d’économie et d’environnement aux forces extérieures menacent au plus haut point notre survie. Nous accueillons avec satisfaction les opportunités de la mondialisation, cependant l’indifférence internationale à la situation de nos sociétés qui se trouvent à l’intérieur du Pacifique sape nos petites économies. Par conséquent, Tuvalu appuie l’adoption d’un indice de vulnérabilité environnementale pour mieux refléter la capacité limitée et la vulnérabilité des petits Etats en développement. Les conséquences du réchauffement de la planète, notamment la montée des eaux, est une préoccupation majeure de Tuvalu et d’autres petits Etats insulaires en développement. Nos populations font face au risque d’être immergées. Conformément à l’esprit du Protocole de Kyoto, Tuvalu lance un appel aux Etats Membres et à la communauté internationale de tenir compte des préoccupations des petits Etats en développement en matière de changements climatiques et de prendre des mesures pour le combattre. En ce sens, nous soutenons les initiatives telles que l’Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS).

En tant que nouveau Membre des Nations Unies, Tuvalu estime que l’Organisation ne peut pas être universelle et représentative des peuples du monde sans représenter la République de Chine.

M. AMRAIYA NAIDU, Représentant permanent de Fidji : Les Nations Unies continuent de redéfinir leurs objectifs qui s’inscrivent dans les valeurs et principes figurant dans la Déclaration finale de l’Assemblée du millénaire. L’Organisation s’efforce aussi de redéfinir son mandat, ses structures, ses méthodes de travail et ses ressources pour mieux répondre aux nouveaux défis et mieux s’armer pour aborder l’avenir. Fidji se déclare convaincu que ces objectifs sont réalisable grâce aux réformes proposées par le Secrétaire général. La famille des Nations Unies a permis à des petits pays, les moins avancés ou en développement tel que Fidji, de contribuer à la paix mondiale, même de manière très modeste. Fidji a fourni des contingents militaires et de police civile aux opérations de maintien de la paix pendant plus de deux décennies, notamment au Liban, en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en Iraq-Koweït et au Timor oriental. Dans ces opérations, nous avons perdu 35 soldats de la paix. Comme tout membre d’une famille, Fidji a connu ses propres difficultés et ses succès. La noble vision du Secrétaire général “Nous les peuples...” est le phare qui guidera les Nations Unies et embellira son chemin pour la réalisation d’un objectif holistique et commun au XXIème siècle.

M. AHMED ESMAT ADBEL MEGUID, Secrétaire général de la Ligue des Etats arabes : Le Sommet du millénaire est un évènement historique qui marque une nouvelle ère pour les relations internationales. La réforme et la restructuration des Nations Unies, en particulier du Conseil de sécurité, devraient intervenir de sorte que le principe de répartition géographique équitable soit pleinement garanti. Les Nations Unies ont accompli des progrès considérables, notamment en jouant un rôle crucial dans les efforts de paix au Moyen-Orient. La Ligue des Etats arabes appuie la création d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale, tout en appelant Israël à se retirer des territoires arabes occupés depuis 1967. La Ligue des Etats arabes espère que le Sommet du millénaire sera couronné de succès et qu’il contribuera largement à améliorer la situation de tous les peuples du monde.

M. ROMANO PRODI, Président de la Commission : Pour répondre aux problèmes d’échelle mondiale, comme la pauvreté, le développement durable, la paix et la sécurité et le respect des droits de l’homme, il faut des solutions basées sur la coopération mondiale. Les Nations Unies sont le lieu unique pour cette action commune. Comment répondre au défi que constitue le fossé entre les riches et les pauvres ou à ceux posés par la mondialisation ? La mondialisation est une opportunité à exploiter et, en ce sens, je me félicite des quatre principes qui sous-tendent le nouveau cycle de négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à savoir, la libéralisation, avec un meilleur accès aux marchés pour les pays en développement, des règles renouvelées et plus fortes, le développement durable et la réponse aux préoccupations de la société civile.

L’OMC à elle seule ne peut pas réaliser l’objectif d'un meilleur partage des bénéfices de la mondialisation. Les autres institutions multilatérales, notamment celles responsables des questions sociales et environnementales, doivent être renforcées. Au niveau national, aucune alternative à la démocratie n’existe. Au niveau international, il n’y a pas d’alternative à la mise en place d’institutions multilatérales renforcées, transparentes, fondées sur la légitimité démocratique et assurant la participation directe de la société civile. Nous avons besoin d’un commerce plus ouvert mais nous devons accroître les flux financiers vers les pays en développement et renforcer nos engagements en matière d’aide au développement.

Dans les circonstances actuelles, la lutte contre la pauvreté et la marginalisation nécessitent de nouvelles approches. La contribution de l'Union européenne est le nouvel Accord de Cotonou avec les pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. La coopération est la clef du succès. L’Union européenne est le plus grand contributeur aux pays les plus endettés et en mai prochain, la Troisième conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés se tiendra à Bruxelles. Le développement économique et social du Sud est vital à notre stabilité et à notre prospérité. Le développement social va de pair avec les droits de l’homme. Ce siècle doit se construire sur notre capacité à agir dans ces domaines. L’Union européenne a oeuvré en faveur de l’abolissement de la peine de mort et a demandé un moratoire sur les exécutions. L’ONU peut jouer un grand rôle dans ces domaines.

M. AZEDDINE LARAKI, Secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique : La notion de Dialogue entre les civilisations, introduite par son Excellence Seyed Mohammad Khatami, Président de la République islamique d’Iran et Président de la Conférence du Sommet islamique, et adoptée par l’Assemblée générale devrait nous conduire vers les nobles objectifs de paix et de prospérité, si elle est comprise dans un esprit constructif et de respect mutuel. Je souhaite

que l’année du dialogue, qui sera commémorée en 2001, inaugure une ère de compréhension mutuelle, de contacts sains et fructueux et de partage de la connaissance et des capacités dans toutes les activités humaines. Nous devons porter toute notre attention et nos soins à garantir que la mondialisation mène à l’équité, garantisse l’égalité des chances, renforce la transparence et favorise la confiance et le respect mutuel entre les peuples et les nations du monde.

Tous les être humains méritent de respirer l’air de la liberté et d’être en position d’exercer leur rôle pour le bénéfice de toute la société. Ceci suppose la fin de l’occupation étrangère et l’exercice du droit à l’auto-détermination dans les endroits où il fait défaut. Je me réfère particulièrement au droit à l’auto-détermination des peuples de la Palestine et du Cachemire. Il appartient aux Nations Unies d’aider ces membres de la société humaine à se défaire de leurs souffrances et à recouvrir la dignité et l’estime d’eux-mêmes. Ils pourront ainsi devenir des partenaires libres et égaux dans la mission de développement qui nous attend.

M. DON MCKINNON, Secrétaire général du Commonwealth : Mon Organisation rend hommage à tout ce que les Nations Unies ont accompli depuis leur création. Le Secrétariat du Commonwealth rend également hommage aux milliers de fonctionnaires qui s’acquittent de leur mandat à travers le monde. De toute évidence, ces personnes sont entièrement dévouées. La mort récente d’employés humanitaires au Timor en témoigne. Mais le succès des Nations Unies – de même que celui des autres organisations internationales – doit commencer avec des décisions politiques claires, sans ambiguïté et réalisables, ainsi qu’avec la volonté de les mettre en oeuvre. Regroupant 54 pays dont la population totale est de 1,7 milliard, le Commonwealth souhaite améliorer la situation de tous ceux qui vivent dans la pauvreté, qui ne connaissent pas la paix, qui ont faim, qui ne peuvent garantir une éducation à leurs enfants et qui assistent à la mort d’amis privés de soins et qui ne peuvent compter que sur leurs familles pour leurs vieux jours. Aujourd’hui, le “fossé numérique” se creuse davantage.

Lorsque vous voyagez d’une partie à l’autre du globe en 24 heures, lorsque vous déplacez en quelques secondes des milliards d’images, de mots ou de dollars dans le monde, plus personne ne vit aussi loin et personne n’est en même temps votre voisin. Ce voisinage mondial signifie que nous avons tous un intérêt à aider nos voisins. Il nous coûte d’avoir des voisins qui sont malades, mal éduqués ou incapables de travailler car les coûts de l’assistance que nous leur apportons sont encore plus élevés. Dans le Commonwealth, nous ne sommes pas en mesure de nous attaquer à ces problèmes, mais nous sommes convaincus qu’il faut y faire face.

M. ABDOLRAHIM GAVAHI, Secrétaire général de l'Organisation de coopération économique : La région de l'Organisation de coopération économique (OCE) englobe un territoire de plus de 7 millions de kilomètres carrés, habité par plus de 300 millions de personnes unies par de forts liens culturels et historiques et qui constituent une ressource et un potentiel humain considérables. L'OCE, dont le siège se trouve à Téhéran est une organisation à caractère purement économique qui a pour objectif de promouvoir une coopération régionale multidimentionnelle afin d'accélérer le bien-être économique de ses Etats membres. L'Organisation compte dix membres dont six républiques indépendantes de l'ex-Union soviétique.

Depuis que l'OCE s'est vu octroyer le statut d'observateur permanent lors de la 48ème session de l'Assemblée générale, son travail mené conjointement avec les institutions spécialisées et programmes du système des Nations Unies a fortement contribué à promouvoir le développement socio-économique de la Région de l'OCE. Dans les dix dernières années, l'OCE a signé des Memoranda d'accord avec plus d'une douzaine d'institutions spécialisées et a, depuis, entrepris divers missions, projets et activités avec elles, en vue de servir nos objectifs communs pour la région. L'OCE s'est également vu attribuer le statut d'observateur auprès de l'OMC.

Par ailleurs, la Déclaration de Téhéran publiée à l'aube du nouveau millénaire par nos dirigeants à l'occasion de leur 6ème Sommet a réaffirmé notre engagement collectif en faveur de la prospérité de la région de l'OCE. Elle aborde nos préoccupations relatives aux domaines prioritaires du commerce, des transports, des communications, de l'énergie, de même que l'environnement, la santé, et le contrôle des drogues.

M. Jakob Kellenberger, Président du Comité International de la Croix Rouge : Avec un effectif de 12.000 personnes, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) intervient dans pratiquement tous les conflits armés pour protéger et assister les victimes. Ces interventions font toutefois du CICR un témoin gênant dans certains conflits. Compte tenu du fait que le nombre des victimes civiles- surtout les femmes et les enfants- ne cesse d’augmenter et que les civils sont devenus la cible de certains conflits, le rôle du CICR sera de protéger les femmes et les jeunes filles. Les règles du droit humanitaire sont violées en permanence dans des conflits destructeurs qui éclatent le plus souvent dans des Etats en décomposition. Je remercie le Secrétaire général d’avoir souligné, dans son rapport, l’urgence à résoudre la question de la prolifération des armes légères. Par ailleurs, il y a un lien évident entre la pauvreté et la violence et c’est la raison pour laquelle l’éradication de la pauvreté revêt une importance majeure dans la prévention des conflits. Les dangers inhérents à l’action humanitaire nécessitent que des actions soient entreprises en vue de protéger les personnels.

La Convention de Genève de 1949 et les Protocoles additionnels de 1977 protègent, en principe, les populations civiles en cas de conflit armé. Cependant, des efforts supplémentaires doivent être déployés afin de garantir un meilleur respect de ces règles. C’est pourquoi le CICR poursuivra ses efforts de mobilisation et de sensibilisation en faveur du droit humanitaire international. Nous tenons à saluer ici les efforts des Nations Unies visant à renforcer la protection des populations civiles dans les conflits armés. Une meilleure application des règles existantes demeure une des priorités du CICR. Le CICR est également convaincu de l’importance d’une meilleure coordination de l’action humanitaire afin de rationaliser l’assistance aux victimes et de la rendre plus efficace. Le CICR est prêt à s’investir davantage dans la protection des civils en situation de conflits armés internationaux ou nationaux, mais cela suppose que l’ensemble des Etats s’engage, au sein des Nations Unies, à protéger davantage les populations civiles en cas de conflit.

Le Comte CARLO MARULLO DI CONDOJANNI, Grand Chancelier de l'Ordre militaire souverain de Malte : l'Ordre militaire souverain de Malte saisit l'occasion offerte par le Sommet du millénaire pour saluer le rapport du Secrétaire général. Nous souhaitons vivement, à l´instar du Secrétaire général, qu'une fois rentrés chez eux, les représentants des Etats oeuvreront sincèrement à la mise en oeuvre des recommandations du rapport. Nous devons unir nos efforts pour qu'à l'heure de la mondialisation, les pauvres ne deviennent pas plus pauvres encore.

Notre futur dépend en partie des biotechnologies et de leur utilisation dans l'agriculture: elles peuvent nous aider à résoudre le problème de la faim. Nous devons également nous attacher à améliorer la qualité de vie, qu'il s'agisse de la santé, de l'éducation et ne pas négliger d'autres dimensions du développement humain: épanouissement intellectuel, fin de toute discrimination. Enfin, la justice, dans tous les sens du terme, doit être une priorité. Malheureusement, à l'aube du troisième millénaire, trop nombreux sont les Etats qui bafouent les droits les plus élémentaires et qui ne respectent ni la présomption d'innocence et ni le droit à une défense digne de ce nom. Afin d'améliorer la justice, nous appuyons le Secrétaire général dans son invitation aux Etats à signer le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

En conclusion, nous souhaitons que les recommandations du Secrétaire général se traduisent effectivement en nouvelles formes de coopération entre les Etats qui pourront déboucher sur une meilleure maîtrise des incertitudes induites par la mondialisation.

M. NAJMA HEPTULLAh, Président de la Conférence des présidents des parlements nationaux, au nom de l’Union interparlementaire : Du 30 août au 5 septembre s’est déroulé dans cette salle, avec la coopération des Nations Unies, un événement sans précédent : la réunion de quelque 150 présidents de parlements de 140 pays. Cette première Conférence des présidents des parlements nationaux de l’histoire témoigne de l’engagement des représentants de peuples, les parlements, à travailler toujours plus étroitement avec les Nations Unies pour faire en sorte que le XXIème siècle soit un siècle d'où seront absents la peur et le besoin, un siècle qui autorisera le meilleur développement du potentiel inhérent à chaque être humain.

Après d’intenses débats, nous avons adopté une déclaration résumant la vision parlementaire de la coopération internationale, qui énumère les grands défis auxquels nos sociétés devront faire face et exprime notre volonté de les surmonter grâce à la coopération internationale. Les parlements constituent un soutien indéfectible, tant politique que pratique, aux Nations Unies. Membres de la majorité ou de l’opposition dans nos parlements nationaux, nous nous sommes engagés à fournir aux Nations Unies le soutien qui leur est nécessaire en tant que clef de voûte du système international de coopération.

Nous sommes unanimes pour constater un déficit démocratique dans le système des Nations Unies, et dans le système international au sens large. Si les décisions des Nations Unies doivent effectivement frayer leur chemin jusqu’à nos réalités nationales, le parlement, en tant qu'institution représentative de la société dans sa diversité, doit pouvoir mieux faire entendre sa voix dans le processus de coopération internationale. Certes, il vous appartient à vous, gouvernements de négocier aux Nations Unies. Mais notre rôle principal en tant

que législateur est de traduire dans des dispositions législatives et budgétaires les dispositions des accords conclus par vous au plan international. Il est donc de l’intérêt de tous, et certainement de la démocratie, que les parlements soient impliqués dans le processus de négociations dès le début et non seulement au stade de la mise en oeuvre des décisions.

Nous constatons avec satisfaction que la Déclaration du millénaire appelle à un renforcement de la coopération entre les Nations Unies et les parlements nationaux. Au plan international, l’Union interparlementaire (UIP) représente un instrument unique pour relayer les vues des parlements nationaux. C’est pourquoi nous ne pouvons pas accepter plus longtemps d’être considérés comme une organisation non gouvernementale et nous souhaitons définir avec vous, pour l’UIP, un statut qui soit adapté au statut constitutionnel des parlements et à la mission de l’UIP.

Nous sommes enfin préoccupés par le fait que deux présidents de parlements ont été empêchés de participer à ce Sommet à cause du refus de leur accorder des visas, ce qui est contraire au principe de démocratie qui est à la base de l’UIP et des Nations Unies et contraire au principe de démocratie des parlements. En outre, cette décision met en cause notre capacité de nous réunir à New York. J’en appelle donc à chacun d’entre vous et au pays hôte pour que nous puissions trouver une solution à de tels problèmes.

M. TECHESTE AHDEROM, Coprésident du Forum du millénaire : Le Forum du millénaire a réuni la société civile et les organisations non gouvernementales et examiné les questions de l’élimination de la pauvreté, du développement durable, de la protection de l’environnement, des droits de l’homme, et la meilleure façon de répondre aux défis de la mondialisation. Le Forum du millénaire a adopté une ambitieuse Déclaration finale et un Plan d’action qui offrent une vision audacieuse du futur de l’humanité et formulent une série de mesures concrètes que les Nations Unies, les gouvernements et les membres de la société civile devraient prendre pour répondre aux problèmes auxquels l’humanité fait face.

Constatant que vos interventions et vos préoccupations coïncident avec celles dégagées lors du Forum, je considère que le Sommet ouvre une ère de paix, de justice et de prospérité longtemps attendue pour l’humanité. La société civile a toujours joué un grand rôle sur la scène internationale et nous nous félicitons des efforts du Secrétaire général pour renforcer le partenariat entre les Nations Unies et la société civile. Nous demandons que vous examiniez attentivement la Déclaration du Forum du millénaire et nous, organisations non gouvernementales, demandons un meilleur accès à l’Assemblée générale et aux travaux des Comités. La Déclaration du Forum du millénaire appelle une annulation immédiate de la dette des pays pauvres et l’établissement d’un “fonds pour l’élimination de la pauvreté à l’échelle mondiale” afin de permettre aux pauvres d’accéder au crédit. La Déclaration lance un appel aux gouvernements afin qu’ils s’engagent à restructurer l’architecture financière mondiale sur les principes d’équité, de transparence, de responsabilité et de démocratie, et ce, dans un contexte où l’ONU, organisation internationale prééminente, contrôlerait la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce.

La Déclaration lance également un appel pour le renforcement et la démocratisation des Nations Unies afin de lui donner la capacité de faire face aux défis actuels. Le Forum a en particulier lancé un appel pour un régime de maintien de la paix renforcé avec l’établissement d’une police permanente et d'une force de paix permanente. Elle demande de réformer le Conseil de sécurité en élargissant sa composition, en instaurant des procédures plus démocratiques, et éventuellement, en éliminant le droit de veto. Il appelle instamment de ses voeux que la formulation d’une proposition visant un désarmement mondial soit discutée à l’occasion d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale. Une ONU renforcée est notre meilleure protection contre les catastrophes mondiales, qu’elles soient économiques, environnementales, ou qu’elles concernent la dissémination d’une épidémie ou d’un conflit.

Exposés oraux des Présidents des quatre tables rondes

M. GOH CHOK TONG, Premier Ministre de Singapour, a indiqué que les participants à la table ronde qu’il a présidée hier, jeudi 7 septembre, ont procédé à des échanges de vue sur les effets de la mondialisation et de la révolution technologique en cours. Certains participants craignent que ces changements ne favorisent les pays les mieux équipés et se s'interrogent sur la façon dont les Nations Unies entendent venir en aide aux autres. Plusieurs dirigeants ont fait observer que les règles établies par les institutions financières internationales semblent profiter davantage aux plus riches. Il a été suggéré que les Nations Unies assurent une formation aux représentants des pays en développement pour participer avec profit aux négociations internationales. Il a également été proposé que le Conseil économique et social puisse se réunir d’urgence, chaque fois qu’une crise économique majeure éclate, au même titre que le Conseil de sécurité. Les décisions de la Banque mondiale et du FMI devraient tenir compte des différences qui existent entre les pays. Certains dirigeants ont émis la crainte que les pays forts ne soient tentés de manipuler les institutions financières internationales à leur avantage. L’expérience de la table ronde a été un succès et cette innovation mérite d’être institutionalisée. A ce jour, les débats au sein de l’ONU n’ont pas permis des échanges interactifs entre les dirigeants. Une table ronde interactive encouragerait de meilleurs échanges entre les dirigeants, ainsi que des relations plus chaleureuses entre les pays. Il ne faudrait pas attendre un autre millénaire pour les reprendre, a conclu le Premier Ministre de Singapour.

M. ALEKSANDER KWASNIEWSKI, Président de la Pologne, a affirmé que la table ronde qu'il a présidée jeudi a donné lieu à un échange de vues fascinant auquel ont participé une trentaine de dirigeants. Les intervenants se sont mis d'accord pour reconnaître que les Nations Unies doivent jouer un rôle crucial dans la recherche de solutions aux problèmes de ce siècle. Dans ce cadre, ils ont posé comme question importante, la question de la répartition équitable des bénéfices de la mondialisaiton. Il a également été convenu qu'avant de satisfaire les besoins technologiques, il convient d'abord de répondre aux besoins fondamentaux des peuples. La mondialisation, ont souligné les participants, doit s'humaniser et être mieux gérée, ce qui exige la réforme des systèmes financier et commercial internationaux. La perspective des bénéfices attendus de la mondialisation ne doit pas cacher les aspects négatifs qui en découlent comme la multiplication des

crimes, le fossé numérique, l'aggravation du trafic des armes. Les participants à la table ronde ont également évoqué la question de la hausse du prix du pétrole et de ses répercussions sur le développement. Enfin ils sont revenus sur la mondialisation pour dire qu'il faut lui donner des valeurs morales, celles de la solidarité, particulièrement de la solidarité avec l'Afrique.

La lutte contre la pauvreté a été identifiée comme le défi principal qui exige des mesures d'allègement de la dette. Les préoccupations liées à la propagation du paludisme et du VIH/sida ont été débattues. Il a également été convenu qu'un développement stable n'est pas possible sans la démocratie et le respect des droits de l'homme. Un appel a été lancé aux démocraties établies pour qu'elles luttent contre les mouvements xénophobes. Les participants ont également souligné le lien entre l'élimination de la pauvreté et la préservation de l'environnement.

La question de la prévention des conflits a été aussi évoquées. Il a été convenu que les Nations Unies doivent mettre tout en oeuvre pour relever ces défis au risque de perdre leur crédibilité. Elle doivent s'adapter à l'environnement changeant. Pour ce faire, ont estimé les participants, il faut réellement démocratiser les relations internationales. En matière économique, certains participants ont évoqué la création d'un conseil de sécurité économique.

M. HUGO RAFAEL CHAVEZ FRIAS, Président de la troisième table ronde : J’ai vécu une expérience extraordinaire dans le travail de coordination de la table ronde, extrêmement diverse, que j’ai présidé et je compte bien me montrer solidaire de l’esprit de cette table ronde. Tout d’abord, cette expérience doit être poursuivie de manière interactive car ce tourbillon d’idées fait surgir notre créativité. Il faut institutionnaliser ces tables et revendiquer la nature éthique de notre créativité.

La question qui a surgi dans nos délibérations est de savoir comment atteindre les buts établis et de passer du stade des idées à celui de l’action. Notre débat a tout d’abord mis en évidence la nécessité de créer un Conseil du développement, qui ait le même poids et la même importance que le Conseil de sécurité et qui veille à réduire la pauvreté, la marginalisation et les difficultés des pays les plus vulnérables. Ce Conseil du développement doit être une institution des Nations Unies, transparente et démocratique.

Il convient également d’institutionnaliser les Groupes régionaux pour transmettre les recommandations des Groupes existants trop souvent trop peu dynamiques. Il est impératif de relancer un dialogue Nord-Sud et de lancer un dialogue Sud-Sud fructueux. Avant toute chose, il est crucial de passer de la parole à l’action.

Nous ne pouvons pas naviguer dans notre nouveau siècle avec une carte de 1945; par conséquent, il est nécessaire de redessiner la carte de l’an 2000 avec d’autres critères que celui de la participation à la deuxième guerre mondiale. Démocratiser le Conseil de sécurité est nécessaire sinon nous pourrions perdre notre crédibilité dans notre discours et nos actions. Il faudrait réunir un consensus pour éliminer le veto au Conseil de sécurité.

S’il devait arriver que nos travaux ne suscitent aucun écho assez rapidement, j’hésiterais à revenir à un autre Sommet; mais je suis optimiste car nous parlons au nom de millions de personnes. La Charte des Nations Unies commence par une très belle expression démocratique : Nous, peuples des Nations Unies… Il est par conséquent de notre devoir d’informer nos peuples sur les conclusions de ce Sommet, sur les angoisses soulevées lors des discussions et sur les suggestions formulées. Nous pouvons construire des canaux de participation pour les peuples à l’échelle mondiale. Voilà la mission des Nations Unies : il faut informer les peuples et les écouter. Je crois davantage aux conseils du peuple qu’aux conseils des sages. La voix du peuple est la voix de Dieu et je suis sûr qu’en l’écoutant dans les années à venir nous réaliserons nos objectifs.

M. ABDELAZIZ BOUTEFLIKA, Président de l’Algérie, présentant les conclusions de la table ronde 4 qu’il a présidé ce matin, a expliqué qu’elle avait permis d’échanger des points de vue sur la mondialisation, la réforme du Conseil de sécurité et le rôle futur des Nations Unies. Inévitablement, la mondialisation donnera lieu a-t-il déclaré à la marginalisation d’une grande partie de la population mondiale. Il incombe donc aux dirigeants de mettre au point des stratégies aux niveaux national, régional et international. Au niveau local, les gouvernements doivent donner la priorité à l’éducation. Au niveau régional, des mesures concrètes doivent être prises pour garantir l’éducation pour tous. Au niveau mondial, la table ronde a conclu qu’il fallait alléger la dette afin de favoriser le développement des pays pauvres. Pour lutter contre la pauvreté, les efforts nationaux sont nécessaires mais la communauté doit venir en appui à ces efforts en apportant une contribution substantielle. Les services de base en matière de santé, de nutrition et d’éducation doivent être assurés à tous. Il est évident que ceux qui ne savent pas lire ne peuvent tirer aucun profit des nouvelles technologies de l’information. La question se pose donc de savoir ce que l’on peut faire pour que les problèmes du passé ne se perpétuent pas. En regardant vers l’avenir, les dirigeants sont convaincus que l’éducation et les investissements accrus sont la clef du développement de l’Afrique. Des participants ont préconisé la réforme du FMI. Pour ce qui concerne la paix et la sécurité, il a paru opportun que les pays fournisseurs de troupes soient davantage impliqués dans les négociations et participer aux consultations officieuses pertinentes du Conseil de sécurité. Le Président de la table ronde a fait remarquer que le continent africain ne dispose d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Pour trouver un réglemente approprié aux conflits, il faut s’attaquer à leurs causes profondes. Le terrorisme est un fléau dont nul n’est à l’abri et qui doit être combattu par la communauté internationale tout entière. Il n’existe ni de bon terrorisme ni de mauvais terrorisme. L’éradication du terrorisme est une condition du renforcement du processus démocratique. Le terrorisme comporte des aspects de plus en plus sophistiqués. Certains participants ont suggéré que les Nations Unies entreprennent une étude approfondie sur le financement et l’appui apportés par certains pays au terrorisme.

Un problème capital a été posé, à savoir celui de la dette. Le problème a été abordé avec en toile de fond le fait que pour certains pays la colonisation a duré cinq siècles suivie depuis par un pillage des ressources naturelles des pays en développement.

Déclaration du millénaire

Par la Déclaration du millénaire, les chefs d'Etat et de gouvernement, rassemblés au Siège de l’ONU à New York du 6 au 8 septembre 2000, réaffirment leur foi dans l’Organisation et dans sa Charte, fondements indispensables d’un monde plus pacifique, plus prospère et plus juste. Ils reconnaissent être collectivement tenus de défendre au niveau mondial les principes de la dignité humaine, de l’égalité et de l’équité et avoir donc des devoirs à l’égard de tous les citoyens du monde. Ils se déclarent résolus à instaurer une paix juste et durable dans le monde entier. A leurs yeux, le principal défi qu’ils doivent relever aujourd’hui est de faire en sorte que la mondialisation devienne une force positive pour l’humanité tout entière. Ils estiment que les valeurs fondamentales que sont la liberté, l’égalité, la solidarité, la tolérance, le respect de la nature et le partage des responsabilités doivent sous-tendre les relations internationales au XXIe siècle.

En matière de paix, de sécurité et de désarmement, les chefs d'Etat et de gouvernement s’engagent à n’épargner aucun effort pour délivrer leurs peuples du fléau de la guerre, qu’il s’agisse des guerres civiles ou des guerres entre Etats. Ils s’efforceront également d’éliminer les dangers posés par les armes de destruction massive. En conséquence, ils décident d’accroître l’efficacité de l’ONU dans le maintien de la paix et de la sécurité, en lui donnant les moyens et les outils dont elle a besoin. A cet égard, ils prennent acte du rapport du groupe d’étude sur les opérations de paix des Nations Unies et prient l’Assemblée générale d’en examiner promptement les recommandations. Ils décident également de renforcer la coopération entre l’ONU et les organisations régionales.

Les chefs d’Etat et de gouvernement demandent à tous les Etats d’envisager de signer et de ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Ils redoubleront aussi d’efforts dans la lutte contre le terrorisme international, le problème mondial de la drogue, la lutte contre la criminalité transnationale et le blanchiment d’argent sale. Ils décident par ailleurs de réduire autant que possible les effets néfastes que les sanctions économiques imposées par l’ONU peuvent avoir sur les populations innocentes. Ils prendront des mesures concertées pour mettre fin au trafic d’armes légères.

Les chefs d'Etat et de gouvernement décident de créer – aux niveaux tant national que mondial – un climat propice au développement et à l’élimination de la pauvreté. Ils feront tout pour assurer le succès de la Réunion intergouvernementale de haut niveau sur le financement du développement, qui doit se tenir en 2001. Concrètement, ils demandent aux pays industrialisés d’adopter une politique d’admission en franchise et hors quota pour la quasi-totalité des produits exportés par les pays les moins avancés, d’appliquer sans plus de retard le programme renforcé d’allègement de la dette des pays pauvres très endettés et de convenir d’annuler toutes les dettes publiques bilatérales contractées par ces pays s’ils démontrent en contrepartie leur volonté de lutter contre la pauvreté et enfin, d’accorder une aide au développement plus généreuse. Les chefs d'Etat et de gouvernement décident également de répondre aux besoins particuliers des petits Etats insulaires en développement en appliquant le Programme de la Barbade.

Ils décident en outre de réduire de moitié, d’ici à 2015, la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à un dollar par jour ainsi que celle des personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable. Ils décident que, d’ici à la même date, les enfants partout, garçons et filles, seront en mesure d’achever un cycle complet d’études primaires et que les filles et les garçons auront à égalité accès à tous les niveaux d’éducation. Ils décident de réduire de trois quarts la mortalité maternelle et de deux tiers la mortalité des enfants de moins de 5 ans par rapport aux taux actuels. Ils décident d’arrêter, d’ici là, la propagation du VIH/sida et de commencer à inverser la tendance actuelle ainsi que de maîtriser le fléau du paludisme et d’autres grandes maladies qui affligent l’humanité. Ils décident, d’ici à 2020, d’améliorer sensiblement la vie d’au moins 100 millions d’habitants des taudis.

En matière de protection de l’environnement, les Chefs d'Etat et de gouvernement ne ménageront aucun effort pour que le Protocole de Kyoto entre en vigueur de préférence avant 2002. Ils intensifieront leur action commune pour la gestion, la préservation et le développement durable de tous les types de forêt et mettront fin à l’exploitation irrationnelle des ressources en eau.

Les chefs d'Etat et de gouvernement décident de respecter et de faire appliquer intégralement la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ils lutteront contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes et prendront des mesures pour assurer le respect et la protection des droits fondamentaux des migrants pour mettre fin aux actes de racisme et de xénophobie dont le nombre ne cesse de croître dans de nombreuses sociétés.

Afin de répondre aux besoins spéciaux de l’Afrique, les chefs d'Etat et de gouvernement appuieront pleinement les structures politiques et institutionnelles des démocraties naissantes en Afrique. Ils encourageront et soutiendront les mécanismes régionaux et sous-régionaux de prévention des conflits et de promotion de la stabilité politique. Ils prendront aussi des mesures spéciales pour relever les défis que sont l’élimination de la pauvreté et la réalisation du développement durable pour le continent. Ils aideront l’Afrique à se doter des capacités voulues pour freiner la propagation de la pandémie du VIH/sida et d’autres maladies infectieuses.

Enfin, afin de renforcer l’Organisation des Nations Unies, les chefs d'Etat et de gouvernement réaffirment le rôle central de l’Assemblée générale en tant que principal organe délibérant et représentatif de l’ONU et s’engagent à redoubler d’efforts pour réformer les procédures du Conseil de sécurité. Ils encourageront des consultations et une coordination régulières entre les principaux organes de l’ONU et feront en sorte que l’Organisation dispose de ressources nécessaires pour s’acquitter de ses mandats. Ils décident aussi de favoriser le respect de la Convention sur la sécurité du personnel des Nations Unies et des personnels associés. Ils garantiront une plus grande cohérence des politiques et amélioreront la coopération entre l’ONU, les organismes, les institutions de Bretton Woods, et l’Organisation mondiale du commerce, ainsi que d’autres organismes multilatéraux.

Cette déclaration figure au document (A/55/L.2)

Déclarations de clôture

M. KOFI ANNAN, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies : Au cours de ces trois jours, je vous ai écoutés avec beaucoup d’attention et j’ai lu avec grand soin la Déclaration que vous venez d’adopter. Je suis frappé par la convergence de vues remarquable sur le défi auquel nous devons faire face, et par l’urgence de votre appel à l’action. Vous avez reconnu qu’une partie de la solution est entre les mains des Etats souverains, qui doivent donner la priorité aux besoins de leur population. Mais, vous avez également réclamé une économie mondiale plus équitable, où ceux qui ont plus font plus en faveur des pays démunis. Les uns après les autres, vous avez insisté sur la nécessité de libérer les pays pauvres du fardeau de la dette. Vous vous êtes montrés particulièrement intéressés par les nouvelles approches en la matière, un système d’arbitrage qui tiendrait compte à la fois, de manière équitable, des intérêts des bailleurs de fonds et de ceux des Etats souverains endettés. Je vais poursuivre la réflexion à ce sujet et suggérer les moyens de mettre en oeuvre cette idée.

Vous avez dit combien il est intolérable que des millions d’innocents, en particulier des femmes et des enfants, soient toujours, à l’aube d’un nouveau millénaire, les victimes de la guerre. Nous savons tous que dans ce domaine les Nations Unies n’ont pas pleinement répondu aux attentes du monde. Nous devons être plus forts et plus efficaces pour que les groupes vulnérables sachent que l’heure venue, ils pourront compter sur nous. C’est pourquoi tant d’entre vous ont appuyé le Rapport du groupe d’étude sur les opérations de maintien de la paix. Vous avez aussi réaffirmé l’importance cruciale du droit international, cette langue commune de la communauté internationale. Et durant ce Sommet, plus de 80 d’entre vous ont pris des dispositions pour adhérer à un instrument juridique international.

Vous avez également dit qu’ils nous fallait des institutions internationales, à commencer par celle des Nations Unies, plus efficaces. Il est clair que la réforme que nous avons initiée ensemble, il y a trois ans, est loin d’être achevée. Vous avez, de manière quasi unanime, demandé une réforme du Conseil de sécurité. Voilà, à n’en pas douter, qui donnera un nouvel élan en vue d’un consensus sur cette question épineuse. A juste titre, vous vous préoccupez de la légitimité de cette grande institution. Mais avant toute chose, vous en attendez de meilleurs résultats. Vous avez raison et j’ai hâte de travailler avec vous pour en faire une organisation réellement axée sur les résultats. Vous nous avez confié le mandat glorieux de préparer cette Organisation à son rôle dans le XXIè siècle. Mais, en définitive, les Nations Unies, c’est vous. Il est de votre pouvoir, et par conséquent de votre responsabilité, de réaliser les objectifs que vous avez posés. Vous, et vous seuls, pouvez décider si les Nations Unies sont à la hauteur du défi.

De mon côté, je m’engage à nouveau à accomplir le mandat que vous m’avez confié et je sais qu’il en va de même pour l’ensemble du personnel des Nations Unies.

Mme TARJA HALONEN, Présidente de la Finlande, Coprésidente du Sommet du millénaire : Ce Sommet a été un succès et nous a apporté un nouvel espoir. La Déclaration du millénaire nous inspire et oriente le futur des Nations Unies. Il est désormais clair qu’il faut renforcer les Nations Unies et les possibilités de contacts entre les peuples de ce monde. Je suis convaincue comme vous que les tables rondes, qui ont été un succès, devraient se reproduire au sein des Nations Unies. Je me félicite du succès de toutes les activités parallèles qui ont eu lieu dans le cadre de ce Sommet.

M. SAM NUJOMA, Coprésident du Sommet du millénaire, a déclaré que les exposés présentés par les présidents des quatre tables rondes offrent de nouvelles idées pour les initiatives qui pourraient être lancées au cours de ce nouveau millénaire. Il a exprimé sa gratitude au Président sortant de la 54ème session de l’Assemblée générale qui a oeuvré de manière remarquable à l’élaboration de la Déclaration du Sommet du millénaire. La nécessité d'un renforcement du rôle des Nations Unies a été l’un des points essentiels soulignés par de nombreux dirigeants. La Déclaration ne pourra à elle seule enrayer l’épidémie du sida ou supprimer les guerres ou éliminer le fardeau de la dette ou garantir le respect des droits de l’homme. Les dirigeants doivent agir maintenant pour mettre en oeuvre les engagements pris dans le cadre de ce Sommet.

* *** *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.