DES CHEFS D'ETAT DENONCENT LES DISPARITES GRANDISSANTES ENTRE LE NORD ET LE SUD ET SUGGERENT DES ACTIONS CONCRETES

8 septembre 2000
AG/1048

DES CHEFS D'ETAT DENONCENT LES DISPARITES GRANDISSANTES ENTRE LE NORD ET LE SUD ET SUGGERENT DES ACTIONS CONCRETES

8 septembre 2000

Communiqué de PresseAG/1048

DES CHEFS D'ETAT DENONCENT LES DISPARITES GRANDISSANTES ENTRE LE NORD ET LE SUD ET SUGGERENT DES ACTIONS CONCRETES

20000908

Les propositions du Secrétaire général sont largement soutenues

Les chefs d’Etat et de gouvernement participant au Sommet du millénaire, organisé au Siège des Nations Unies à New York, ont poursuivi ce matin leur examen et évaluation des grands défis que devra relever l’Organisation au vingt-et-unième siècle. Préparé en raison du Sommet, le Rapport du Secrétaire général, qui propose un certain nombre d’objectifs à atteindre avant 2015 dans de nombreux domaines, a reçu un appui important de la part des intervenants qui l'ont qualifié de “document visionnaire", de “source d’inspiration permanente”, de “point de référence” ou encore de “véritable programme d’action” pour les Nations Unies.

La notion d’interdépendance économique, éthique et écologique, perçue comme toile de fond du rapport, et la place importante accordée au redressement de l’Afrique ont constitué d’importants motifs de satisfaction pour les nombreux dirigeants de pays en développement et du continent africain qui ont pris la parole. L’allègement de la dette des pays pauvres très endettés, voire même l'annulation de la dette publique de ces mêmes pays; l’appel lancé en direction des pays industrialisés pour admettre en franchise de droit et hors quota les exportations en provenance des pays en développement; l'exhortation adressée aux pays développés et à l’industrie pharmaceutique leur demandant de mettre au point un vaccin efficace et peu onéreux contre le VIH ou encore l’initiative de coopération dans le domaine des technologies de l’information ont été salués.

Les Présidents, Premier-Ministres, Vice-Premier Ministres, Ministres des affaires étrangères des pays suivants ont pris la parole : Gambie, Costa Rica, Bolivie, Roumanie, Uruguay, Pérou, Mexique, Indonésie, République du Congo, Zimbabwe, Afghanistan, Soudan, Nigéria, Brunéi Darussalam, Ouzbékistan, Malawi, Saint-Marin, Philippines, Comores, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Tonga, Cambodge, Suède, Danemark, Malte, Inde, Bhoutan, Paraguay, Luxembourg, Ouganda, Thaïlande, Libye, Kirghizistan, Sri Lanka, Burundi et Angola. Les représentants du Liban et du Burkina Faso ont également pris la parole.

Le Sommet poursuivra ses travaux à 15 heures.

Allocutions à l'occasion du Sommet

M. YAHYA JAMMEH, Président de la Gambie : La convocation du Sommet du millénaire nous incite à prendre des décisions de grande portée, concernant spécifiquement le droit au développement et la participation équitable des pays en voie de développement à la mondialisation et à la libéralisation. Nous devons nous engager à appliquer des mesures concrètes pour véritablement éliminer la pauvreté, pour renforcer la coopération économique et technique nord-sud et pour préserver la paix et la sécurité internationales car aucune démocratie, aucune justice ne peut être solidement implantée en l’absence de la paix. Les dividendes de la paix et de la sécurité internationales pourraient avoir de formidables retombées économiques à travers le monde, et notamment en Afrique. Par ailleurs, nous devons assurer une répartition juste et équitable des ressources et de la richesse du monde. Ma délégation appuie la proposition du Secrétaire général de réduire de moitié d'ici à 2015 la proportion de la population mondiale vivant dans une pauvreté extrême.

La promotion de la paix est liée au développement des bonnes relations entre les gouvernements. C’est pour cela que mon gouvernement estime que le fait que les Nations Unies ne respectent pas la dignité de 23 millions de Taiwanais et leur droit d’être membre de l’Organisation constitue un grave échec. Nous estimons aussi que l’embargo contre Cuba a été contre-productif.

Dans ce cadre de changements fondamentaux dans le système international, la réforme des Nations Unies, et celle notamment du Conseil de sécurité s’imposent. L’ONU devrait être une source d’espoir pour les désespérés et les damnés de la terre.

M. MIGUEL ANGEL RODRÍGUEZ ECHEVERRIA, Président de la République du Costa Rica : La connaissance, l’information et l’accès aux nouvelles technologies de l’information constituent actuellement les bases nécessaires à l'augmentation des niveaux de vie. Les technologies modernes constituent les nouvelles frontières. Cette année nous reconnaissons l’obligation de combler le fossé numérique afin de prévenir les injustices et les inégalités. Il y a quelques semaines, le Costa Rica a lancé l’initiative “Communications sans frontières” et est devenu la première nation à fournir un courrier électronique gratuit à toute sa population. Nous devons également garder à l’esprit la nécessité de promouvoir les valeurs démocratiques et le respect des droits de l’homme qui sont profondément enracinés dans la tradition du Costa Rica. La République de Chine à Taiwan mérite la place qui lui revient dans les organisations internationales en raison de la consolidation démocratique qu’elle connaît. Le respect et la force des valeurs des droits de l’homme ne doivent pas connaître de frontières. Pour ces raisons, nous soutenons l’Université de la paix qui a été conçue pour défendre ces mêmes valeurs. Nous soutenons également les efforts du Secrétaire général pour que tous les Etats ratifient les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme.

Aujourd’hui les sociétés les plus pauvres du monde souffrent de l’augmentation artificielle du prix du pétrole. Dans un an, nous aurons payé plus de 281 milliards de dollars de trop. Ce montant aurait pu servir à fournir des soins de santé à 1100 millions de personnes. Avec ces mêmes ressources, nous pourrions bâtir 28 millions de logements pour les familles pauvres de l’Amérique latine, de l’Asie et de l’Afrique et nous pourrions fournir une éducation de base à 550 millions de filles et de garçons. Il est urgent de mettre un terme à

l’appauvrissement de millions de personnes. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de l’engagement de toutes les nations et organisations internationales. Avec notre volonté politique et notre soutien matériel, les Nations Unies peuvent et doivent répondre aux défis que pose le nouveau millénaire. Pour éliminer les guerres, nous devons restructurer le Conseil de sécurité. Pour promouvoir la paix en terme de justice sociale, de démocratie et de développement, l’Assemblée générale, le Conseil économique et social ainsi que le Programme des Nations Unies pour le développement doivent être placés sur un même pied d’égalité que le Conseil de sécurité.

M. HUGO BANZER SUAREZ, Président de la République de Bolivie : La fin de la confrontation entre l'Est et l'Ouest n'a pas particulièrement profité aux pays en développement. A sa place, une sorte de division entre le Sud et le Nord est apparue. Cette rencontre du millénaire doit arriver à des accords et prendre des engagements sur des sujets essentiels car l'ordre du jour du millénaire ne saurait se limiter à une liste de propositions. Il faut parvenir à un compromis historique afin de mener nos peuples vers ce destin commun auquel nous aspirons tous.

Il y a une relation étroite entre la liberté et la pauvreté, et entre la pauvreté et la violence. Personne ne peut considérer comme libres des êtres humains qui vivent enchaînés par les limites que leur impose la misère. Même dans le contexte de la prospérité, il faut rendre compatibles les intérêts des plus nantis avec ceux qui ne possèdent que leur force de travail. C'est de là que prennent leur départ les conflits actuels et à venir. Les revendications sociales sont indubitablement légitimes. La lutte contre la pauvreté doit se faire selon le principe du partage des responsabilités, de même que la lutte contre le trafic de drogues.

Selon le rapport du Secrétaire général, plus d'un milliard de personnes doivent subsister avec moins d'un dollar par jour en pleine ère de la connaissance. La mondialisation doit se convertir en un instrument de lutte contre cette pénible réalité au lieu de la propager, comme cela a été le cas récemment. La responsabilité partagée que nous proposons doit s'exprimer par un traitement véritablement démocratique des termes de l'échange, auquel les pays économiquement forts peuvent grandement contribuer. La science et la technologie ne sauraient devenir un bien qui sert à l'exclusion. Elles doivent constituer un patrimoine commun pour le développement humain dans toutes les régions de la terre. Ce n'est qu'ainsi que le pouvoir économique et politique sera mieux réparti et que les normes que la majorité doit appliquer ne seront pas dictées par un petit nombre. Nous sommes convaincus qu'il ne saurait y avoir de paix ni de sécurité stables dans un monde qui prétend se construire sur d'immenses disparités. L'exécution d'un tel mandat transcendant requiert un organisme renforcé. Il faut donc renforcer le rôle des Nations Unies dont nous sommes les acteurs en matière de financement du développement, afin d'équilibrer ses responsabilités avec les objectifs de paix et de sécurité.

M. EMIL CONSTANTINESCU, Président de la Roumanie : Les Nations Unies n’ont jamais cessé de jouer un rôle essentiel comme source d’une culture de la paix et comme garant de l’équité, et c’est ce rôle qui fait de l’Organisation un acteur clef dans la construction du futur. Les Nations Unies n’ont pas vocation à être simplement une instance qui gère des sphères d’influence. Elles ont aussi été conçues comme un instrument pragmatique et comme l’expression d’une vision globale du monde. C’est dans cette vision existant dès le départ dans la Charte et dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, que l’Organisation trouve encore aujourd’hui les ressorts qui lui permettent de se projeter dans l’avenir. Nous estimons que l’ONU est un acteur extrêmement important dans la gestion de la mondialisation, qui est devenue une certitude incontournable et comme processus devant apporter un maximum de bénéfices et un minimum d’inconvénients dans le développement de toutes les sociétés et de toutes les cultures du monde. L’Assemblée générale et le Conseil économique et social doivent aborder en priorité les effets de la mondialisation, contre lesquels la réaction de l’opinion publique risque de devenir de plus en plus hostile, et élaborer un cadre de principes et de pratiques communes et équitables qui fasse de la mondialisation un processus commun de l’humanité.

En sa qualité de président en exercice de la Conférence des démocraties nouvelles et restaurées, la Roumanie s'attache particulièrement à développer les efforts visant à consolider la démocratie. Nous avons initié lors de la dernière session de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, une résolution intitulée: “La promotion et la consolidation de la démocratie”, qui a été adoptée par la Commission. Nous envisageons de promouvoir ce texte au cours de la présente session de l’Assemblée générale en vue de rendre plus précise la définition de la conduite démocratique par rapport aux droits de l’homme et des minorités, et par rapport à la société civile et ce, sur la base du respect de l’individu et de ses choix, et comme source de solidarité et de cohésion sociale et politique.

S'agissant des opérations de maintien de la paix, la Roumanie a participé par l'envoi de plus de 7.000 officiers et policiers, à celles que l’ONU a déployées en Somalie, en Angola, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Dans le même esprit, nous avons décidé d’offrir une fois de plus une preuve concrète de notre volonté de participer à ces opérations. C’est pourquoi, au nom de l’Etat roumain, je déclare notre disponibilité à reconsidérer le statut de la Roumanie en ce qui concerne le financement de ces opérations en renonçant volontairement à la réduction de 80% dont notre pays a bénéficié jusqu’à ce jour en tant que membre du Groupe C. La nouvelle étape que nous abordons exige un nouveau consensus afin de rendre l’action du Conseil de sécurité plus énergique et d’en éviter le blocage. Ce consensus peut être établi grâce à l’identification des éléments sur lesquels une entente est possible, tout en évitant d’aborder l’examen de groupes de thèmes lors des débats de manière à ne pas immobiliser les négociations sur quelques sujets délicats et complexes. L’un des éléments sur lequel un accord est déjà possible est la nécessité de passer d’une culture de réaction à une culture de prévention dans les actions de l’ONU et plus particulièrement du Conseil de sécurité. En sa qualité de futur Président de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la Roumanie s’attachera à promouvoir les principes de cette culture de prévention et accordera une attention soutenue à la coopération harmonieuse et efficace entre l’OSCE et l’ONU.

M. JORGE BATLLE IBANEZ, Président de la République Orientale d'Uruguay : bien que différents, nous sommes tous égaux. Nous sommes unis par ce qui nous est commun, c'est-à-dire nos droits naturels, qui peuvent se résumer en une formule simple : nous ne devons pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fassent. La Charte des Nations Unies recèle une incontestable sagesse politique. Suivre cette sagesse de bonne foi et sans duplicité est le plus grand défi qui se présente à nous. Le maintien de la paix et la diminution de la pauvreté sont des objectifs essentiels de la communauté internationale. Cependant, la guerre, la violence et la pauvreté sont les effets de causes très profondes, et ce n'est pas en s'attaquant à leurs effets que nous remplirons nos responsabilités. Il faut s'attaquer aux causes de ces problèmes.

La liberté est un tout. Il n'existe pas de liberté politique si les autres libertés ne sont pas également réalisées. Pendant leur vie, les êtres humains s'organisent en sociétés, constituent une famille, assurent la continuité de leur espèce, éduquent leurs enfants selon des valeurs morales qui leur sont communes, en utilisant leur énergie et leurs talents dans différentes formes de travail. Lorsque cette activité vitale de la famille humaine se voit frustrée du fait de l'impossibilité de voir les fruits de son labeur atteindre les marchés du monde, les peuples s'affaiblissent, s'appauvrissent, deviennent des proies faciles pour les démagogues, les menteurs et sombrent dans la violence.

De ce fait, une des tâches les plus importantes des Nations Unies pour le prochain millénaire doit être d'assurer la réalisation de notre droit à créer et à produire, et de notre droit à offrir et à vendre ce qui est produit. La liberté du commerce dont on parle tant et que l'on pratique si peu, est aujourd'hui plus que nécessaire dans une planète que la mondialisation a rétrécie et rendue interdépendante.

M. ALBERTO FUJIMORI FUJIMORI, Président de la République du Pérou : Assurer la sécurité des ressources économiques peut contribuer à l'élimination de la pauvreté extrême, qui est peut-être l’objectif le plus important fixé par ce Sommet. Sur cette voie, nous pensons, compte tenu de l'importance du trafic de drogues et sans négliger les efforts pour l'éliminer, que les bénéfices et les propriétés saisis devraient être utilisés à cette fin. Il convient de mettre en place les mécanismes nécessaires qui, sans violer le droit de secret bancaire pour les comptes d'autres origines, permettront de confisquer ces ressources et de les utiliser au bénéfice des pays pauvres. Cela constituerait un pas significatif dans la lutte contre le trafic de drogues et une contribution significative à notre but commun de réduction de la pauvreté des pays pauvres, pays qui sont les plus touchés par la criminalité organisée. Cela pourrait également financer la substitution toujours repoussée des récoltes de feuilles de coca, de pavot ou de marijuana, par des récoltes alternatives et ainsi porter secours aux populations impliquées dans ce problème par nécessité.

M. ERNESTO ZEDILLO, Président du Mexique : Le plus grand de nos défis est de faire en sorte que tout être humain puisse jouir pleinement de ses libertés fondamentales. Pour que celles-ci puissent se concrétiser, nous comptons sur les propositions du rapport du Secrétaire général et du projet de déclaration du millénaire. Le Mexique est convaincu que l’indépendance politique des nations et l’autodétermination des peuples doivent être pleinement respectées, même à l'ère de la mondialisation économique, financière et informatique.

Nous ne pourrons guère avancer vers nos objectifs si nous ne procédons pas à des réformes profondes de l’Organisation des Nations Unies pour la rendre plus efficace et plus utile à tous, et pour qu’elle puisse jouir d’une plus grande légitimité et d’une grande autorité devant tous les peuples du monde.

C’est seulement en se démocratisant que l'Organisation deviendra plus forte et mieux à même d'affronter les tâches les plus difficiles dans les domaines de l'armement nucléaire, du trafic illicite des stupéfiants et de celui des armes légères. Elle pourrait aussi mieux faire face aux catastrophes naturelles et contribuer à l'éclosion d'un monde plus juste et plus humain.

M. ABDURRAHMAN WAHID, Président de la République d’Indonésie : A l'entrée dans ce troisième millénaire nous devons mettre au point des moyens efficaces de résoudre nos problèmes. Les organisations régionales comme l’Association des Nations Unies de l'Asie du Sud-Est par exemple et les instances internationales comme l’ONU par la conjonction de leurs efforts peuvent aider et renforcer l'action de chaque pays pour la promotion de leur développement durable. Sans l’ONU, les regroupements à l’échelle continentale ou régionale ne seront jamais en mesure de parvenir à la solidarité à laquelle nous aspirons tous. A l’heure actuelle, notre pays connaît des problèmes au Timor oriental et des flottements dans la partie occidentale et indonésienne de l’île. Nous attendons avec intérêt que ce nouveau millénaire nous permette de coordonner nos efforts pour améliorer le sort de l’humanité.

M. DENIS SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo : le rapport du Secrétaire général est une source de réflexion permanente et pertinente. Nous apprécions hautement cette analyse qui rejoint les conclusions du Sommet Sud de la Havane qui s’est tenu en avril dernier. La bonne gouvernance, la paix et la sécurité, la mondialisation, la lutte contre la pauvreté et le problème de la dette interpellent au plus au point le peuple congolais qui a connu des années de guerre civile. Nous avons adopté un programme intérimaire post-conflit pour trois ans qui donne la priorité à la paix et à la relance du processus démocratique. Nous avons pour cela besoin de l’aide de la communauté internationale. La paix au Congo sera toujours fragile si l’Afrique centrale ne retrouve pas la stabilité. Il faut que les conflits qui la déchirent et notamment celui en République démocratique du Congo trouvent une solution. Il faut pour cela que la communauté internationale dépasse ses atermoiements et agisse dans le sens de l’histoire. Il est temps que soient créées les conditions propices à la paix. Il est temps et urgent que les Etats de ce vaste ensemble mettent en commun leur volonté et leur énergie pour promouvoir le processus d’intégration sous-régionale. Je suggère la tenue d’une conférence internationale regroupant les pays de la sous-région d’Afrique centrale et des Grands Lacs sous l’égide des Nations Unies et de l’OUA. Je voudrais signaler également qu’une catastrophe humanitaire est en train de se produire dans le Nord de mon pays avec un afflux de milliers de réfugies fuyant les combats en RDC sans assistance de la communauté internationale.

J’invite la communauté internationale à reconnaître que la traite négrière et l’esclavage ont constitué la plus grande négation des droits de l’homme. Au moment où s’achève le millénaire qui a assisté à ce phénomène, nous demandons à la communauté internationale de déclarer la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.

Nous devons ensemble veiller à orienter l’Organisation vers la bonne voie qu’est la réforme. Le moment est venu de la mettre en œuvre. Il s'agira de parvenir à une représentation équitable de toutes les nations par le renforcement des compétences de l’Assemblée générale et l'élargissement de la composition du Conseil de sécurité. Il s’agira aussi d’humaniser cette Organisation et de placer l’homme au centre de ses préoccupations pour qu’elle retrouve sa place au sein des relations internationales. Il s’agira encore de promouvoir la vertu du multilatéralisme et de faire que l'ONU retrouve son rôle dans le maintien de la paix. Il s’agira enfin de démocratiser réellement les Nations Unies. L’Afrique attend grâce à cette réforme de prendre la juste place qu’elle mérite.

M. ROBERT MUGABE, Président de la République du Zimbabwe : Le passage du temps nous a-t-il transportés tous dans une communauté de peuples différents mais véritablement unis du monde, vivant dans un seul village? Malheureusement non, car l'Afrique et le monde en développement sont encore profondément enlisés dans des problèmes datant du temps de l'esclavage et du colonialisme. Nous continuons de porter le fardeau des affaires non résolues du XXe siècle, même celles découlant de la différenciation raciale. Au Zimbabwe, et essentiellement en raison de la différenciation raciale créée par le colonialisme britannique, 70% des meilleures terres arables sont tombées entre les mains de moins d'1% de la population, qui se trouve être blanche, tandis que la majorité des Noirs sont cantonnés sur des terres stériles. Nous avons tenté de corriger cette injustice par un programme de réforme agraire. Cependant, la réaction de l'ancienne puissance colonisatrice a été de nous "sataniser", de nous qualifier de "voleurs de terre" et de nous menacer de sanctions pour cause de "racisme inversé". W. B. Du Bois doit se retourner dans sa tombe, lui qui a cru que le problème de la différenciation raciale disparaîtrait avec le XXe siècle. Mais nous continuerons de mettre en œuvre des mesures de justice économique et sociale pour notre peuple tout entier. Au Zimbabwe, la question que mes compatriotes et moi affrontons est celle que m'avait posée un paysan : "Est-ce que la mondialisation me laissera un morceau de terre à travailler?". Ce paysan se demande pourquoi une économie politique prédatrice que les Nations Unies ont rejetée et qu'elles ont aidée à combattre dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt a, une fois de plus, trouvé de puissants protecteurs "mondialisés". Il se demande pourquoi un système qui est au cœur de la pauvreté, des relations raciales, du déni du sens de la souveraineté et de la démocratie des pays en développement est présenté comme un système si bon, juste et faisant autorité.

Soit nous procédons à la construction d’un nouveau monde bâti sur de nouveaux principes démocratiques de justice économique et sociale, soit nous restons dans l'ancien monde, dans lequel des nations conquérantes continuent d'appliquer d'anciens programmes de réduction des droits de certaines nations et d'élargissement de leur propre conquête, sous couvert de bonne gouvernance, de transparence, de lutte contre la corruption, de droits de l'homme et de technologie numérique. Nous risquons d'importer l'esprit et les contradictions de l'ère victorienne, qui fut celle de l'esclavage et du colonialisme, dans le nouveau millénaire et le Nouveau Monde. Nous nous exposons à l'hypocrisie qu'il y a à exiger la réforme de gouvernements et d'institutions nationaux alors que rien n'est fait pour réformer les structures et les pratiques antidémocratiques d'organes et d'institutions telles que celles de Brettons Woods et telles que les Nations Unies.

Si, comme le précédent, le nouveau millénaire reste une ère dans laquelle empires hégémoniques et conquérants suivront leur ancienne routine au moyen des nouvelles technologies; si ce nouveau millénaire demeure celui de la race de l’esclavagiste, de l'économie maîtresse et de l'Etat dominant; alors je crains que les pays en développement ne soient obligés de refuser que tout cela se reproduise. Il est temps que la domination économique et politique des nations pauvres par les riches cède la place à un nouveau monde interdépendant qui reconnaisse et respecte la dignité de toutes les cultures et civilisations.

M. BURHANUDDIN RABBANI, Président de l’Etat islamique d’Afghanistan : Le rapport du Secrétaire général sur le millénaire, que nous partageons, est exhaustif, analytique, tourné vers l’avenir, visionnaire et provocateur. Force est de reconnaître qu’une très grande pauvreté et des inégalités extrêmes à l’intérieur des états, mais aussi entre les nations, constituent un affront à notre humanité commune. La solidarité mondiale exige que les pays riches ouvrent davantage leurs marchés aux produits des pays pauvres. Cette solidarité implique aussi qu’il faut accélérer l’allègement de la dette et promouvoir une meilleure assistance au développement.

Pour relever les défis économiques et sociaux résultant de cette situation, le Conseil économique et social devrait être davantage renforcé. A cet effet, deux Conseils distincts devraient être envisagés, un Conseil social, chargé de toutes les questions sociales, humanitaires, de développement et de droits de l’homme, et un Conseil économique, supervisant et coordonnant l’action des principales institutions commerciales et financières.

Après deux décennies de souffrance, nous souhaitons la création, sous les auspices des Nations Unies, d’un gouvernement à base élargie en Afghanistan, pour que notre nation puisse entamer sa réhabilitation et se consacrer à son développement, à l’abri des conspirations et des influences étrangères qui ont fait de notre territoire un camp d’entraînement terroriste, un centre de trafic de drogues et une source d’instabilité.

M. OMER HASSAN AHMED AL-BASHIR, Président, Premier Ministre et Commandant en chef de la République du Soudan : Les Nations Unies continuent de représenter le mécanisme idéal pour rehausser le partenariat mondial. Elles restent un instrument irremplaçable. Nous devrions à cette fin continuer de nous engager en faveur des principes qui la sous-tendent. Nous devrions également nous efforcer de faire de cette Organisation un organe plus démocratique et représentatif en réactivant notamment le rôle central de l’Assemblée générale. Il faut également réformer le Conseil de sécurité, y compris la question du droit de veto. Nous apprécions l’accord auquel sont parvenus les Etats Membres des Nations Unies d’accorder une attention prioritaire à l’Afrique.

Malheureusement, les quatre décennies du développement se sont écoulées sans que les objectifs fixés n’aient été atteints. Cet échec s’est traduit plus particulièrement par le fossé qui s’est creusé entre pays du Sud et ceux du Nord ainsi que par l’accroissement de la dette. Nous demandons à la communauté internationale d’annuler la dette des pays pauvres les plus fortement endettés comme le recommande le Secrétaire général dans son rapport. Nous demandons également à la communauté internationale de faciliter l’accès aux marchés des pays

en développement et de réaliser l’objectif visant à consacrer 0,7% du produit intérieur brut à l’aide au développement. Pour ce qui est des conflits armés dans la partie occidentale du Soudan, nous réaffirmons notre volonté de parvenir à une solution négociée. Nous lançons un appel à la communauté internationale pour qu’elle nous soutienne dans nos efforts de règlement de ce différend.

M. OLUSEGUN OBASANJO, Président de la République fédérale du Nigéria, au nom du Groupe des 77 et de la Chine : De nouveaux défis nous attendent, ceux de la pauvreté et des nouvelles maladies, que les connaissances scientifiques n'ont pas réussi à contrôler jusqu'à présent. Le monde est également confronté aux conflits internes qui menacent la paix régionale et entravent le développement économique et social. La pauvreté reste une réalité quotidienne pour la grande majorité de nos peuples. Les gouvernements nationaux, vers lesquels se tournent ces millions de personnes en quête de secours, sont malheureusement rendus impuissants par le lourd fardeau de dettes extérieures qui sapent leur capacité nationale.

Le nouveau millénaire est modelé par des forces de la mondialisation qui transforment le monde en village. Ainsi, le nouveau millénaire exigera de nous, plus qu’auparavant, que nous vivions et travaillions ensemble en tant que membres d’une même famille. Cependant, jusqu'à présent, la mondialisation a été synonyme de prospérité pour les quelques pays industrialisés et, pour le monde en développement, elle continuera d’être vidée de son contenu et paraîtra douteuse tant que ses effets positifs ne seront pas apparus. La communauté mondiale doit relever le défi que constitue la création d'un nouveau système de coopération internationale qui aidera à éliminer la pauvreté abjecte dans le monde entier et à intégrer les pays en développement dans l'économie mondialisée. La dette extérieure est le plus grand obstacle au progrès des pays en développement. Nous notons que des initiatives ont été prises mais la réalité est que ces mesures ne sont pas adéquates. Le Groupe des 77 appelle instamment les nations bailleuses de fonds à saisir cette occasion historique pour venir en aide aux économies des pays en développement en annulant leur dette extérieure. C'est la seule manière de donner véritablement à ces pays la possibilité de planifier l'amélioration des conditions de vie de leurs peuples.

La réforme des Nations Unies, en particulier l'élargissement du Conseil de sécurité, est une entreprise qui ne peut plus être retardée si notre Organisation veut mieux affronter les défis du nouveau millénaire. Le Groupe des 77 souligne sa volonté d'entamer un dialogue significatif avec tous ses partenaires en vue de revitaliser les Nations Unies, qui représentent à ses yeux, un organe irremplaçable.

M. HAJI HASSANAL BOLKIAH, Sa Majesté le Sultan et Yang Di Pertuan du Brunéi Darussalam : La Charte des Nations Unies a donné aux petites nations comme la mienne, un sentiment d’espoir et de sécurité. Nous avons appuyé énergiquement le rôle de l’ONU dans les affaires internationales. Nous avons fait de notre mieux pour la promotion de la Charte de l’ONU.

La mondialisation peut conduire à une meilleure qualité de vie, mais il y a également des désavantages à cette mondialisation, dont le terrorisme. Les disparités entre le Nord et le Sud continuent de s’accentuer. La mondialisation pouvant mener à la marginalisation des pays développement, nous devons tenir compte des ses effets négatifs.

La survie et le progrès des pays moins développés sont dans l’intérêt de la communauté internationale. La meilleure façon d’assurer un ordre international stable est de fournir aux pays les moins développés le potentiel et les débouchés pour leur progrès économique, social et technologique.

M. ISLAM KARIMOV, Président de la République d'Ouzbékistan : Ce Sommet du millénaire s'inscrit pleinement dans le contexte actuel de la mondialisation et de ses défis. A l'aube de ce nouveau siècle, la question de la sécurité et de la stabilité demeure une préoccupation majeure car le terrorisme international, le nationalisme et le séparatisme ont remplacé la menace que constituait jadis la guerre froide pour la paix et la stabilité. L'Ouzbékistan soutient sans réserve l'un des principes de base des Nations Unies, celui de l'indivisibilité de la sécurité. On ne peut penser la sécurité internationale sans envisager la sécurité au plan régional ou au niveau des Etats eux-mêmes. Dans le même temps, ceux qui considèrent que la sécurité peut se limiter à leurs frontières nationales ou au sein d'espaces sous-régionaux se trompent dans la mesure où le monde contemporain est indivisible et en permanente interaction. Les conflits et les guerres dépassent de loin les frontières des Etats et ont une dimension transnationale évidente comme le démontre la situation en Asie centrale. Cette région devient la proie du terrorisme international et de l'extrémisme qui menacent les démocraties émergentes et le développement. La guerre en Afghanistan menace depuis plus de vingt ans la stabilité de toute l'Asie centrale et aujourd'hui, ce pays s'est engagé dans une véritable entreprise de déstabilisation terroriste de toute la sous-région, financée par le trafic de drogues qui génère des milliards de dollars. Le trafic d'armes et de munitions s'opère clandestinement à travers des corridors qui traversent les pays voisins de l'Afghanistan, menaçant ainsi leur stabilité. Aussi, je voudrais rappeler aux Nations Unies et au Conseil de sécurité que la guerre en Afghanistan est une menace à la paix et à la stabilité, non seulement pour la région d'Asie centrale, mais également pour le reste du monde. A ce titre, nous devrions faire appliquer les mesures préconisées par la Déclaration de Tachkent de juillet 1999 adoptée par les Etats du groupe 6+2 sur les voies de résolution du conflit afghan. Cette déclaration est la base d'un processus de négociation entre les parties en conflit. Par ailleurs, les Nations Unies devraient travailler à l'élaboration d'un programme de réhabilitation de l'Afghanistan.

Concernant la menace terroriste internationale, l'Ouzbékistan accueille avec satisfaction la proposition du Secrétaire général d'organiser en l'an 2000 une conférence internationale sur le terrorisme. Grâce à ces efforts conjoints, je suis certain que nous parviendrons à lutter contre le terrorisme et l'extrémisme et surtout à nous attaquer aux potentats qui soutiennent ces mouvements. Il apparaît également important de faire en sorte que ces réseaux ne se procurent jamais d'armes chimiques, bactériologiques et de destruction de masse. C'est pourquoi il nous semble important de mettre en oeuvre la résolution du G8 d'éliminer les sources internationales de financement des activités terroristes internationales. L'Ouzbékistan réaffirme son engagement à respecter les principes de non-prolifération nucléaire et de désarmement car, sans cet engagement, on ne peut envisager de maintenir la sécurité et la stabilité internationales. C'est en ce sens que l'Ouzbékistan a proposé la création d'une zone exempte d'armes nucléaires en Asie centrale et je remercie les efforts du Secrétaire général Kofi Annan qui soutient les travaux du groupe d'experts qui travaille actuellement à la préparation d'un traité sur ce thème. Je tiens également à souligner l'urgence à

traiter la question du bassin de la Mer d'Aral qui dépasse largement les frontières de l'Asie centrale dans la mesure où ses répercussions sur l'environnement atteignent d'autres régions du monde. Dans le cadre des programmes de protection de l'environnement international, il serait souhaitable que le Programme des Nations Unies pour l'environnement se penche sur cette question.

Les défis du monde contemporain requièrent une adaptation du système des Nations Unies, notamment par une nouvelle approche du maintien de la paix et de la sécurité internationales. La réforme des Nations Unies doit passer par une série de mesures afin de renforcer son rôle au plan régional. Il faudrait pour commencer réformer le Conseil de sécurité en doublant le nombre de membres permanents, afin d'associer des Etats comme l'Allemagne et le Japon qui jouent un rôle clé dans le concert des Nations. Il faudrait également doubler le nombre de membres non permanents afin d'accroître la participation d'Etats en développement. Il faudrait également renforcer les pouvoirs du Secrétaire général des Nations Unies. Enfin, nous proposons de renforcer le rôle et la responsabilité du Conseil de sécurité dans la prévention des conflits et surtout de mettre en œuvre le concept "d'imposition" de la paix dans les processus de résolution de conflits anciens.

M. BAKILI MULUZI, Président de la République du Malawi : Nous sommes particulièrement satisfaits que le Rapport du millénaire souligne les nombreux défis que l’Afrique doit affronter ainsi que la nécessité de mettre en œuvre un plan d’action clair. Il est préoccupant de constater que la pauvreté continue de constituer le défi principal de l’humanité. Tout comme l’Afrique sub-saharienne, le Malawi souffre du poids de la dette qui est une des grandes injustices de notre temps. Bien que nous appréciions les bénéfices de l’initiative pour les pays pauvres les plus endettés (HIPC), nous restons convaincus que seule l’annulation totale de la dette serait en mesure de nous aider. L’argent du service de la dette que nous avons hérité des générations précédentes trouverait un meilleur usage dans des programmes de réduction de la pauvreté, des programmes en faveur de l’éducation, de la santé, de l’hygiène publique et des infrastructures. Il ne pourra pas y avoir de réduction de la pauvreté tant que les enfants d’Afrique resteront fortement endettés avant d’avoir vu le jour.

Un autre défi qui menace les progrès de l’Afrique sub-saharienne est la pandémie du VIH/sida. Malheureusement, le coût des médicaments est prohibitif. La communauté internationale a la responsabilité morale et pratique de faire en sorte que des traitements moins onéreux soient accessibles au moyen de dons et non pas de prêts. Nos pays en effet étouffent déjà sous le poids de la dette extérieure.

Nous sommes également très préoccupés par le fait que les conflits continuent d’aggraver la situation déjà catastrophique d’un grand nombre de pays de l’Afrique sub-saharienne. Nous avons constaté que de nombreux facteurs entravent les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Ces opérations doivent avoir un mandat fort et l’Organisation a besoin d’un mécanisme qui soit en mesure de prendre rapidement les décisions qui s’imposent dans le cadre du déploiement d’opérations dans des situations d’urgence. Nous soutenons à cet égard les recommandations du Secrétaire général. Par ailleurs, nous estimons que les pays développés ont le devoir de faciliter notre accès aux marchés mondiaux.

MME MARIA DOMENICA MICHELOTTI, Capitaine régent, au nom des Capitaines régents de la République de Saint-Marin : Alors que la mondialisation devient un processus irréversible, il est fondamental de concilier le respect de la culture et de l'histoire de chaque peuple et l'universalité des droits de l'homme. Les Nations Unies doivent jouer un rôle central en matière de cohésion et de coopération internationales. A cette fin, il est très important que se développe une culture de solidarité qui garantisse à l'avenir un véritable développement, particulièrement s'agissant des pays les plus pauvres. A l'aube de ce nouveau millénaire, la lutte contre la pauvreté et l'indigence est un impératif moral qui implique l'engagement sans faille de la communauté internationale. Conscient de la nécessité de réorganiser les formes actuelles de coopération internationale, Saint-Marin appuie pleinement le contenu du rapport du Secrétaire général sur le rôle des Nations Unies au XXIème siècle.

Les chances de développement nées de la révolution technologique ne devraient pas uniquement bénéficier aux pays industrialisés. Les progrès réalisés en ce domaine devraient constituer un instrument de progrès économique et culturel pour tous, y compris pour les pays les moins avancés. Nous espérons que la mondialisation permettra de libérer les pays en développement de la pauvreté, de la faim et du fardeau de la dette qui bloquent leur capacité de développement économique. Par ailleurs, Saint- Marin qui a toujours plaidé en faveur de l'abolition de la peine de mort dans le monde, appuie pleinement l'entrée en vigueur de la future Cour pénale internationale. L'ONU qui a un rôle fondamental à jouer dans la protection des idéaux de paix, de justice et de respect des droits individuels, ne pourra mener à bien cette mission que par l'exercice continu de son autorité morale.

M. JOSEPH EJERCITO ESTRADA, Président de la République des Philippines : Nous entrons dans le nouveau millénaire en laissant derrière nous la guerre froide et l'ancien monde bipolarisé de confrontation entre les grandes puissances. Mais la paix, la paix véritable, nous échappe encore. Car la paix n'est pas uniquement définie par l'absence de guerre. La paix vient avec la jouissance universelle de toutes les libertés, le respect universel de tous les droits humains, l'avènement de la justice et la prévalence de la prospérité et de l'équité. Les forces de la discorde et du danger sont à l'œuvre partout. Le crime transnational, le terrorisme et l'intolérance sont aussi déstabilisateurs que toute armée rôdant au- delà de ses frontières. Nous devons faire de la diplomatie préventive le principal instrument de paix de la communauté internationale. La diplomatie préventive doit remplacer l'usage de la force. Mais lorsque l'usage de la force est inévitable, comme dans le cas de la légitime défense prévue au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, il doit être guidé par des normes de droit international clairement définies. Il est dangereux qu'un petit nombre de pays doté d'armées se réservent la prérogative de déterminer quand il faut avoir recours à la force. Comme le dit un proverbe chinois, il est difficile de trouver de l'argent pour des médicaments mais on en trouve facilement pour un cercueil. Il est temps que la communauté internationale utilise plus de médicaments. Nous devons transformer la culture de réaction des Nations Unies en une culture de l'action et de la prévention.

Ensuite, nous devons intensifier notre travail pour le désarmement et faire en sorte d'en venir à bout au plus tôt. En dépit des progrès réalisés ces dernières années, le monde reste exposé aux catastrophes nucléaires. Le monde n'a besoin d'aucune arme nucléaire. Par ailleurs, un grand nombre de personnes continuent d'être tuées par des armes conventionnelles. En outre, nous devons poursuivre la réforme des Nations Unies avec vigueur et de toute urgence. L'élément le plus important de la réforme des Nations Unies est la restructuration du Conseil de sécurité. Le Conseil doit devenir véritablement représentatif de tous les pays du monde. Il faut l'élargir et rendre ses méthodes de travail plus transparentes. Si le Conseil continue d'être composé de différentes catégories de membres, sa réforme doit envisager une extension des sièges de membres à toutes les catégories. Nous devons également remplir nos obligations financières envers l'Organisation.

Enfin, le monde ne peut être en sécurité s'il vit dans la faim. On ne peut construire la paix sans réduire et éradiquer progressivement la pauvreté. La pauvreté est une forme flagrante d'injustice sociale. Elle invite à l'oppression tout comme l'oppression la perpétue. En tant qu'organisme économique, le monde est devenu indivisible. Cependant, tandis que des richesses sans précédent sont créées dans un petit nombre de pays, la misère afflige le reste du monde. Nous voulons que le développement parvienne à chaque homme, femme et enfant. Nous voulons renforcer la dignité et l'humanité de chaque personne. La diplomatie préventive, le désarmement véritable, la réforme des Nations Unies, la promotion des droits de l'homme et un ordre du jour équitable en matière de développement sont les piliers de notre partenariat.

M. AZALI ASSOUMANI, Président de la République fédérale islamique des Comores : Aucun développement, aucune démocratie, aucune bonne gouvernance ne sont possibles dans un monde où la pauvreté, l’ignorance, la maladie et la dette écrasent de tout leur poids certains de nos pays. Voilà les enjeux fondamentaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.

Les réformes tant attendues doivent embrasser l’ensemble du système des Nations Unies. L’Organisation doit englober toute l’étendue du partenariat international et écouter plus attentivement chacune des composantes du village planétaire, une écoute totale et permanente s’inscrivant dans la logique de la neutralité et de l’impartialité consacrée par les principes fondamentaux régissant la Charte de l’ONU.

Sur notre continent, l’Organisation de l’unité africaine déploie de gros efforts pour mettre fin aux foyers de tension qui la déchirent. Ces opérations coûtent cher mais elles sont nécessaires. Nous sommes conscients d’une telle nécessité, car la paix n’a pas de prix. Mais la paix est l’affaire de tous. Le dialogue inter-comorien que j’ai moi-même initié permet d’augurer une sortie sereine d’une crise qui perdure depuis bientôt trois ans. C’est ainsi que je voudrais lancer un appel pressant à toute la communauté internationale afin de nous appuyer dans ce processus qui ouvre la voie à un règlement juste et équitable de la crise comorienne.

SIR MEKERE MORAUTA, Kt, MP, Premier Ministre de la Papouasie-Nouvelle- Guinée: Pour les Etats insulaires du Pacifique la pauvreté, l’analphabétisme, les conflits, la criminalité, les destructions de l’environnement et l’instabilité politique représentent bien plus que des concepts, ils font partie intégrante de notre vie quotidienne. Le monde est-il en mesure d’appréhender la réalité de ces faits simples et évidents et de développer des structures et des processus pour les amortir? En tant qu’Etats dépendants des ressources naturelles, nous avons besoin que soient mis en place des mécanismes d’exploitation durable de ces ressources. Les Nations Unies et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) devraient prendre la direction des initiatives menées en ce sens.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est également préoccupée par la perspective de nouveaux liens entre les droits commerciaux et les conditions sociales et environnementales. S’il est raisonnable d’exiger un engagement à l'égard des normes internationales, il ne l’est pas de contempler des sanctions contre ceux qui ne sont pas à même de remplir les critères imposés de façon arbitraire. A long terme, le développement durable implique que les îles du Pacifique bâtissent des économies solides et compétitives. Mais elles ont aussi besoin des capitaux et technologies du monde développé. De plus, il semble que les principes fondateurs et les politiques des institutions financières et de développement multilatéral devraient être plus souples et mieux adaptés à nos besoins et capacités. Or, nos besoins ne se limitent pas au commerce et aux investissements.

Les instances représentatives et les Etats eux-mêmes se sont trop souvent intéressés à un conflit une fois l’événement passé, et ce, bien souvent, avec des armes politiques et économiques destructrices et coûteuses. Il est évident qu’une intervention efficace nécessite une compréhension intime des sociétés locales. Adopter ce type d’approche dans le Sud Pacifique constituerait un bon point de départ. En outre, l’Organisation des Nations Unies elle-même doit procéder à son propre examen critique. Le manque d’attention dont elle a fait preuve à l’encontre de la zone Sud-Ouest du Pacifique est d'ores et déjà couteux. Il semble, plus particulièrement, que la composition du Conseil de sécurité doive être augmentée pour que puissent s’y faire entendre les voix de l’Asie et du Pacifique. Plus généralement, toutes les institutions multilatérales et pas seulement celles du système de l’ONU doivent reconstruire leurs structures afin de refléter les évolutions rapides du monde, des régions et des nations.

SON ALTESSE ROYALE LE PRINCE ‘ULUKALALA LAVAKA ATA, Premier Ministre du Royaume des Tonga : Les questions soulevées par le rapport du Secrétaire général intitulé “Nous les peuples : Le rôle des Nations Unies au XXIe siècle” exigent l’élaboration d’un programme axé sur l’action. Tonga se félicite de l’engagement pris par les Etats Membres en vue de lutter contre le VIH/sida, la tuberculose et la malaria, de même que pour leur engagement en faveur de l’élimination du fardeau de la dette des pays pauvres les plus endettés. Tonga souhaite une mise en œuvre urgente de la dette de ces pays. Pendant les 50 dernières années, Tonga a investi massivement dans le domaine de l’éducation. Tonga estime qu’il est impératif que les pays en développement bénéficient des technologies de l’information et des communications. A cet égard, la déclaration de l’ECOSOC sur les technologies de l’information, adoptée dans le cadre du débat de haut niveau est pertinente. Ces technologies contribuent incontestablement à renforcer l’éducation de tous nos peuples et à leur permettre de participer activement à ce qui se déroule dans le monde. L’offre du Japon d’établir un programme consacré aux technologies de

l’information à Okinawa et les mécanismes de mise en œuvre méritent un examen approfondi. La communauté internationale devrait faire preuve d’un ferme engagement pour répondre aux besoins spécifiques des petits pays insulaires en développement. Tout en se félicitant de l’inclusion de l’indice de vulnérabilité économique au nombre des critères déterminant les pays les moins avancés, Tonga reconnaît que les petits pays insulaires en développement sont vulnérables aux changements climatiques. C’est pourquoi, il serait souhaitable de s’inspirer de l’étude sur l’indice de vulnérabilité écologique que la Commission de la géoscience appliquée pour le Pacifique Sud prépare actuellement. Les petits pays en développement sont extrêmement vulnérables à la mondialisation dont ils ne tirent pas profit et demeurent tributaires des caprices des forces du marché. Ils sont si intimement liés aux océans que les efforts déployés en matière de protection des ressources vivantes ou non vivantes des océans leur sont vitales. Les travaux accomplis, cette année, par la Réunion des Etats Parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et par l’Autorité internationale des fonds marins sont de la plus haute importance et constituent la base sur laquelle l’élaboration de mesures prévoyant un partage équitable des ressources marines devra se faire.

M. SAMDECH HUN SEN, Premier Ministre du Royaume du Cambodge : Notre principale préoccupation actuelle est de réduire rapidement la pauvreté et le fossé séparant riches et pauvres ainsi que la considérable fracture numérique, résultat des conséquences négatives de la mondialisation. L’enjeu le plus important consiste donc à fournir les opportunités et à créer les conditions pour que les pays pauvres bénéficient correctement de celles-ci. Nous devons prendre en compte un nouveau partenariat entre les pays développés et en développement afin de mettre en place des mesures permettant de répondre efficacement aux défis de la mondialisation. En parallèle, une attention particulière devrait être fournie pour concevoir des politiques et établir un environnement favorable à la promotion des flux d’investissement, de la technologie et de nouvelles connaissances dans les pays en développement, en particulier les pays les moins développés.

Faisant partie des pays les plus pauvres du monde, nous sommes préoccupés par la baisse générale de l’Aide publique au développement (APD). Nous soutenons donc pleinement les démarches visant à remplir l’objectif non encore atteint de 0,7% du PNB pour les pays développés. Une dette extérieure excessive est un lourd fardeau pour les pays pauvres et un frein à la croissance économique et à l’investissement dans le développement des ressources humaines de ces pays. Un certain nombre de pays, y compris le Cambodge, ont fait de sensibles efforts pour rééchelonner d’anciennes dettes, en particulier celles contractées pendant les années 70. Il est cependant regrettable que ces dettes aient été contractées pendant la guerre froide pour financer de violentes guerres dans le pays et la région. Ainsi la plupart des emprunts ne furent pas utilisés aux fins du développement.

La réforme du Conseil de sécurité devrait être menée dans un esprit qui permette aux Nations Unies d’assumer ses responsabilités pour fixer la destinée du monde plus efficacement et en toute légitimité aux yeux des nations et des peuples de toutes les régions et de tous les niveaux de développement.

M. GÖRAN PERSSON, Premier Ministre du Royaume de Suède : Le progrès humain ne peut pas se mesurer à l’aune des réalisations des plus privilégiés mais par la vie que mènent les plus défavorisés. La pauvreté est le défi principal de ce Sommet. Notre devoir en tant que dirigeants est de fournir le contexte politique, économique et social. Je voudrais également souligner une autre menace à notre capacité d’assumer ensemble nos responsabilités. Dans de nombreuses démocraties, les processus démocratiques eux-mêmes sont remis en cause. Trop de citoyens ne se soucient pas de voter et sont mêmes réticents à la participation politique. De même, le racisme et l’anti-sémitisme trouvent un écho favorable. Ce Sommet doit montrer un autre chemin, car une population bien éduquée, une redistribution juste des revenus, un système de sécurité sociale encourageant la mobilité et un esprit d’entreprise, constituent la clé du succès de la nouvelle économie. La mondialisation exige un nouveau contrat où les forces du marché seraient mises au service des peuples.

Le Rapport du millénaire du Secrétaire général constitue une excellente référence permettant de mesurer ce que nous avons accompli dans un bon nombre de domaines, à savoir l’élimination de la pauvreté, l’allègement de la dette, la protection de l'environnement, l’éducation de tous les enfants, le respect de la volonté des peuples, le respect des droits de l’homme, la promotion des processus de participation dans les anciennes démocraties comme dans les nouvelles, de même que le respect des conventions internationales et le règlement des conflits par la négociation plutôt que par les armes. Les Nations Unies ont besoin d’être investies d’un nouveau mandat, de bénéficier de la confiance renouvelée des peuples et de ressources adéquates. Nous devons restreindre l’usage du droit de veto au sein du Conseil de sécurité, éliminer les armes de destruction massive et imposer des sanctions plus sophistiquées.

M. POUL NYRUP RASMUSSEN, Premier Ministre du Royaume du Danemark : L'Organisation des Nations Unies est la somme de nos efforts, elle est ce qu'en font les pays Membres. En ce nouveau millénaire, le principe qui doit nous guider est l'équité. A travers le monde, et particulièrement en Afrique, des millions de personnes vivent marginalisées, dans la pauvreté. Personne ne peut justifier cette situation par une attitude fataliste ou cynique. Il faut créer un cadre humain dans lequel s'inscrira l'économie de marché. Il est impossible d'établir un taux de change entre l'argent et la souffrance humaine. Ce n'est que si le secteur privé et public travaillent main dans la main pour réaliser une répartition équitable des profits que nous parviendrons à résoudre ces problèmes. Les pays en développement devraient tirer plus de profit des marchés internationaux et y avoir un meilleur accès. L'allègement de la dette offre la possibilité de dégager des bénéfices importants en faveur de la santé et de l'éducation dans ces pays. Si le Danemark parvient à dépasser ses objectifs en matière d'aide publique au développement, d'autres pays doivent pouvoir en faire autant. Le développement ne sera viable et durable que si nous adoptons une démarche cohérente. C'est pourquoi je lance un appel aux pays les plus industrialisés afin qu'ils fournissent un effort supplémentaire.

Le moment est venu d'agir pour une coopération internationale efficace. Pour cela, il est nécessaire de renforcer le rôle des Nations Unies et de procéder à des réformes. Il est temps de démanteler les organes devenus obsolètes et de mettre fin à des programmes sans actualité. Il faut également revoir le fonctionnement du Conseil de sécurité. Dans le domaine du maintien de la paix,

l'ONU a besoin d'une force crédible capable d'agir rapidement. Les travailleurs humanitaires ont droit à la sécurité et à la protection. Les événements tragiques du Timor viennent nous le rappeler. Il faut également mettre l'accent sur la diplomatie préventive. Dans ce contexte, le Danemark va verser 1 million de dollars au Fonds de prévention des conflits. Il serait injuste de reprocher à l'ONU de n'avoir pas répondu à nos attentes car ce n'est que si les dirigeants du monde sont prêts à agir collectivement et à donner à l'Organisation les ressources nécessaires que nous pourrons créer un monde meilleur.

M. EDWARD FENECH ADAMI, Premier Ministre de la République de Malte : Le Rapport du Secrétaire général reconnaît pleinement l’interdépendance économique, éthique et écologique de la sécurité mondiale. Ce document insiste sur des développements actuels qui nous concernent tous. La volonté du Sommet de garantir le libre accès à l’information sur le génome humain ne peut que nous réjouir. La mondialisation, si elle est une force émergente à grand potentiel, n’est toutefois pas une panacée. Elle peut toutefois aider à panser les blessures du sous- développement. La mondialisation ne doit pas nous faire renoncer à nos valeurs de solidarité mais doit inspirer une nouvelle vision de cette valeur à travers laquelle les progrès de la science et de la médecine seront partagés. Nous devons agir rapidement pour empêcher que se creuse la fracture numérique. Dans le cas contraire, nous risquons d’exacerber la pauvreté qui est bien souvent la cause des conflits.

Notre déclaration finale de ce Sommet contient l’engagement de faire de l’Organisation des Nations Unies une organisation plus efficace. Pour cela elle doit disposer des ressources nécessaires. Il existe un domaine qui exige des ressources croissantes et qui est le domaine du maintien de la paix. Nous soutenons les initiatives en cours à cet égard et signalons notre intention d’accroître nos contributions.

M. ATAL BIHARI VAJPAYEE, Premier Ministre de la République de l’Inde : Le siècle qui s'achève a été marqué par de nombreux contrastes. Malgré les immenses progrès accomplis, des millions de personnes connaissent encore la famine, d’autres meurent de maladies que l’on pourrait pourtant aisément guérir, d’autres encore sont privées des bienfaits de l’éducation. Alors que le monde est entraîné dans le sillage de la nouvelle économie, et considérant les indéniables retombées de la mondialisation, nous devons reconnaître, malgré tout, qu’un quart environ des populations représentées dans cette Assemblée n’a guère prospéré, ni récolté les dividendes de ces progrès.

Parmi les autres fléaux qui menacent la paix, la démocratie et le développement, le plus pernicieux est sans aucun doute le terrorisme international. Depuis plus d’une décennie, l’Inde a été la cible d’un terrorisme transfrontalier qui a fait des milliers de victimes innocentes. Nous combattons ce crime contre l’humanité avec les moyens dont dispose une démocratie responsable. Nous demandons instamment à la communauté internationale d’adopter rapidement et de faire appliquer le Programme global contre le terrorisme qui devrait être adopté dans le cadre de l’Assemblée générale qui suivra ce Sommet.

Par ailleurs, le Conseil de sécurité doit être plus représentatif de la nouvelle ère et l’Inde est prête à jouer son rôle.

M. LYONPO YESHEY ZIMBA, Chef du Gouvernement du Royaume du Bhoutan : Voilà déjà cinq ans que nous avons commémoré le cinquantième anniversaire de l'Organisation des Nations Unies et aujourd'hui, un nouveau millénaire commence. Pour autant, la menace de guerre n'est pas écartée et les sources de violence et de conflits perdurent, à savoir les inégalités, la pauvreté et le désespoir. Peut- on pour autant déclarer que les Nations Unies ont échoué ? Les Nations Unies ont donné espoir en période d'instabilité, de crise et de guerre, ses membres ont joint leurs efforts pour éviter les guerres et pour promouvoir le développement. Pour les Etats les plus vulnérables, les Nations Unies ont servi de rempart afin de garantir leur souveraineté et leur liberté. Aussi, aujourd'hui, les Nations Unies sont indispensables à la bonne conduite des relations internationales et nous devons réitérer notre engagement à soutenir cette institution. Nous devons pour cela accorder davantage d'importance à la réforme du Conseil de sécurité afin que ses Membres Permanents reflètent mieux la diversité géographique du monde.

Par ailleurs, la mondialisation s'avère être un processus irréversible et globalisant, une phase de l'évolution de l'humanité accélérée par les progrès technologiques. Pour autant, alors que nous accueillons favorablement les progrès socio-économiques engendrés par cette mondialisation, nous déplorons également les menaces qu'elle fait peser sur les plus vulnérables, particulièrement les pays en développement. C'est pourquoi nous souhaitons que les bénéfices de cette mondialisation soient plus équitablement redistribués. La lutte contre la pauvreté qui mine la dignité humaine demeure un objectif majeur de nos gouvernements. Au Bhoutan, nous avons développé un concept que nous avons convenu d'appeler Bonheur National Brut, indice qui repose sur des critères de développement, de protection de l'environnement, de promotion des valeurs humaines et de bonne gouvernance. Ce concept tient compte, dans tout processus de développement et de croissance, de la notion d'humanité.

Tandis que nous parlons de maintien de la paix et d'éradication de la pauvreté, les moyens mis à disposition des Nations Unies pour atteindre ces objectifs sont insuffisants. Je félicite les Etats développés qui ont atteint ou dépassé l'objectif des 0.7 % de leur PNB alloué à l'aide au développement et j'exhorte tous les autres à respecter cet engagement. La paix et la sécurité sont les conditions indispensables à la créativité humaine et à la productivité. Ces principes sont les fondements d'un développement économique et social et le présent sommet, qui réunit exceptionnellement un grand nombre de Chefs d'Etat et de Gouvernement est l'occasion de nous engager à faire tout notre possible pour atteindre les nobles objectifs et idéaux de l'Organisation des Nations Unies.

M. JULIO CESAR FRANCO, Vice-Président de la République du Paraguay : La complexité du monde planétaire dans lequel nous vivons est due au fait que rien n'y est jamais stable ni sûr. Le scénario de la société planétaire impose un système d'exigences qui oblige nos pays à ne pas examiner uniquement leurs avantages comparatifs mais aussi à développer des avantages compétitifs. Sans ignorer les facteurs extérieurs qui ont une incidence négative sur notre développement, je crois qu'il est utile que les pays de moindre capacité, comme le mien, élaborent une stratégie de développement qui passe par le renforcement de leurs systèmes nationaux. Nous devons réaffirmer notre engagement en faveur du développement humain. Cela nous obligera à repenser et à réévaluer les mécanismes et les processus afin de revitaliser la participation sociale, de responsabiliser la société civile et d'établir des mécanismes qui permettront de transformer l'effort individuel et collectif en progrès social. Nous devons être déterminés à élaborer une société dans laquelle la stabilité politique et la croissance économique seront incompatibles avec les inégalités et l'exclusion sociale.

MME LYDIE POLFER, Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Luxembourg : Le rassemblement de New York constitue un geste fort car il envoie l’image d’une volonté commune, de l’affirmation de l’unité et de l’interdépendance de nos nations. Il nous faut des repères pour apprécier ce qui nous unit, mais aussi pour mesurer les distances qui subsistent entre nous. L’instrument qui permet de retenir durablement le bonheur que procure la sagesse, c’est le droit et son émanation qu'est la loi. La société internationale se trouve en constante évolution et nous devons veiller à ce que notre action et les instruments dont nous disposons pour la mener à bien connaissent les adaptations nécessaires. Au cours des décennies écoulées, notre Organisation a développé son action en vue de maîtriser les crises, mais les résultats sont mitigés et méritent d’être soumis à un examen critique. Sur la base du rapport de M. Brahimi, nous devons développer une stratégie globale sur la gestion des crises internationales et consacrer nos efforts concertés à une meilleure prévention des conflits.

Nous devons continuer notre action en faveur d’un développement équilibré et durable, la lutte contre la pauvreté représentant l’un des pôles essentiels de l’action internationale et demandant des efforts considérables de coopération et de solidarité de la part non seulement des Etats et des organisations du système des Nations Unies, mais aussi de la société civile. La mondialisation devrait offrir des perspectives nouvelles d’épanouissement et ne sera un succès que dans la mesure où la communauté internationale saura se doter de l’encadrement réglementaire nécessaire. La promotion des valeurs de paix, de justice et de solidarité constitue un autre pilier de l’action de notre Organisation qui s’est efforcée de codifier les principaux droits et devoirs des sociétés démocratiques. Les tragédies qui continuent d’affecter notre planète résultent du manque de respect de certains peuples envers d’autres. Il appartiendra aux Nations Unies de se donner les moyens pour que les droits et valeurs soient effectivement mis en œuvre et profitent à ceux auxquels ils sont destinés.

En vue de mieux s’acquitter des tâches importantes qui lui sont dévolues, l’ONU devra intensifier l’effort de réforme interne : l’Assemblée générale, le Conseil de sécurité dont la composition devra être élargie et le Conseil économique et social qui devra être revitalisé. Les gouvernements des Etats devront faire preuve de détermination politique avec la coopération de la société civile. Les Luxembourgeois sont très conscients de leur identité et forment en même temps une société multiculturelle, imbriquée dans un réseau intense de coopération régionale, européenne et internationale. Le Luxembourg a œuvré pour contribuer à la tolérance et à la confiance en Europe et son programme d’aide publique au développement a, cette année, un objectif de 0,7% du revenu national brut. Nous sommes un partenaire modeste mais déterminé à jouer un rôle actif au sein de l’Organisation des Nations Unies.

M. ERIYA KATEGAYA, Premier Vice-Premier Ministre de l'Ouganda : Au cours des cents dernières années, nous avons assisté à de grands développements dans le domaine des sciences et de la technologie et l'homme a fait d'immenses progrès. Toutefois, la majorité de l'humanité ne profite pas de ces progrès pour un certain nombre de raisons, dont "le manque de paix" et "la pauvreté". Les dirigeants réunis aujourd'hui ont l'obligation de créer et d'entretenir un environnement favorable à la paix. Nous devons nous attaquer sérieusement aux racines des conflits et agir pour prévenir leurs causes en promouvant une bonne gouvernance et en fournissant les mêmes chances à chaque citoyen. La communauté internationale doit se souvenir que les plus terribles violations des droits humains du XXe siècle ont été encouragées par des dirigeants qui instillaient la haine raciale et l'intolérance religieuse.

L'éradication de la pauvreté est un autre des défis auxquels nous devons faire face. La majorité des gens qui vivent dans la pauvreté se trouve dans les pays en développement. La fameuse mondialisation présente de nombreuses possibilités mais ses termes d'échange ont toujours été injustes. A notre avis, la mondialisation a toujours existé. L'ère du trafic d'esclaves pendant laquelle des êtres humains étaient échangés contre des marchandises était une forme de mondialisation, mais une mondialisation injuste. Il nous faut à présent des termes d'échange justes. En outre, il ne faut plus que les exportations des pays en développement soient uniquement axées sur des produits non transformés. Pour que tout le monde puisse bénéficier de la mondialisation et que la pauvreté soit éradiquée à long terme, il faut que ces produits aient acquis une valeur ajoutée avant d'être mis sur le marché.

En ce qui concerne la pandémie de VIH/sida, l'expérience nous a démontré qu'il s'agit d'un problème multi-sectoriel qui prospère dans la pauvreté. Il n'est donc pas surprenant que les plus alarmants taux d'infection par ce virus s'observent en Afrique sub-saharienne et en Asie. Les carences alimentaires et le manque de services sanitaires contribuent à aggraver la situation. Même lorsqu'il existe des traitements médicaux, leur prix est si élevé que seul un petit nombre de privilégiés peuvent les utiliser. Il faut faire un effort délibéré pour que ces médicaments soient commercialisés à des prix abordables. C'est une obligation morale. Nous ne souhaitons pas nous faire les avocats de l'effacement de la dette mais elle représente un fardeau et un obstacle à la mise en œuvre de programmes de développement, notamment dans les domaines sanitaire et éducatif. Outre l'annulation de la dette des pays en développement, il est important que les pays

M. SURIN PITSUWAN, Ministre des Affaires étrangères de la Thaïlande : Dans l'ensemble, la Thaïlande appuie les recommandations contenues dans le Rapport du Secrétaire général, intitulé "Nous, les peuples" et plus particulièrement l'accent qu'il a mis sur un développement à visage humain. Ce rapport identifie avec justesse les nouveaux défis qui se présentent à nous à l'aube de ce millénaire. Pour la Thaïlande, ces défis sont de grande ampleur et leur champ est vaste. Nous sommes plus particulièrement préoccupés par les répercussions négatives des prix élevés du pétrole sur l'économie mondiale. A cet égard, nous espérons vivement que la communauté internationale sera en mesure de trouver une solution commune et satisfaisante à ce problème, avant qu'il ne lui échappe et provoque une autre crise économique internationale.

Dans l'arène internationale, la Thaïlande a cherché à jouer un rôle actif en vue de parvenir à un ordre mondial plus juste. C'est dans cet esprit que M. Supachai Panitchpakdi, Vice-Premier Ministre et Ministre du commerce de la Thaïlande occupera les fonctions de Directeur général de l'OMC à partir de septembre 2002. Nous avons également aidé à la promotion de "l'esprit de Bangkok" lors de la réunion de la CNUCED de cette année afin de combler le fossé dangereux qui sépare les pays développés des pays en développement. Dans le même esprit, la Thaïlande appuie la tenue l'an prochain d'une manifestation internationale et intergouvernementale au plus haut niveau possible consacrée au financement, avec la conviction qu'une telle conférence est à même d'aider à traiter les problèmes nationaux, internationaux systématiques liés au financement du développement.

Du point de vue politique, la Thaïlande a fortement appuyé et participé aux opérations de maintien de la paix de l'Organisation dans toutes les régions du monde. Elle accueille, en outre, avec satisfaction la parution récente du rapport du Groupe d'études sur les opérations de paix des Nations Unies, présidé par M. Lakdar Brahimi et attend avec impatience la mise en oeuvre des nombreuses recommandations pratiques qu'il propose en vue de renforcer les capacités de l'ONU à conduire des opérations efficaces et organiser une réponse rapide aux menaces potentielles à la sécurité internationale. Par ailleurs, le Conseil de sécurité doit être réformé pour lui permettre de mieux assumer ses responsabilités. Dans cette optique, la Thaïlande est favorable à une augmentation du nombre de ses membres permanents et non permanents, fondée sur les principes de représentation géographique équitable et de la responsabilité partagée.

M. ABDURRAHMAN SHALGHEM, Secrétaire du Comité populaire général pour les relations extérieures et la coopération internationale de la Jamahiriya arabe libyenne : Le fondement sur lequel doit reposer le pilier de l’humanité doit être l’égalité pour tous. Il faut prévenir le retour du colonialisme et les états coloniaux doivent compenser les peuples colonisés pour les dommages causés. Les statuts de la Cour internationale de justice doivent être modifiés pour que tous les auteurs d’actes d’agression, de massacres, de trafic de drogues soient traduits en justice. L’humanité devrait, plutôt que d’être préoccupée par les mines antipersonnel, accorder une attention prédominante aux armes de destruction massive qui constituent également une forme de terrorisme. Pour lutter contre le terrorisme, il faut que la communauté internationale définisse ce terme et soit guidée par divers principes. En effet, la communauté internationale doit faire la distinction entre les différentes formes de terrorisme et les peuples qui luttent pour leur liberté. De plus, il faut dédommager les peuples, les familles et les individus victimes du terrorisme. Il faudrait aussi que tous les Etats s’engagent à rapatrier les personnes vivant en exil. Il faut également que soient libérés tous les otages dans le monde et que ceux qui sont recherchés par la police internationale se rendent.

Pour relever les défis que sont la prospérité, l’élimination de la violence et des maladies et la protection de l’environnement, nous proposons l’établissement d’un fonds international placé sous l’égide des Nations Unies. Si l’on veut subvenir aux besoins de l’Afrique, il faut s’abstenir d’en piller les ressources. Cela exige également la non intervention dans les affaires internes des Etats et le rejet de l’imposition de cultures étrangères. De plus, les Etats qui ont colonisé l’Afrique et se sont livrés à la traite des noirs devraient présenter leurs excuses au continent africain et verser des compensations. Nous estimons que les Nations Unies ne pourront pas jouer un rôle efficace pour relever les défis de demain si elles ne subissent pas une transformation radicale. Les résolutions de l’Assemblée générale devraient être contraignantes. L’Assemblée générale devrait exercer son autorité sur les autres organes de l’Organisation, y compris le Conseil de sécurité. Pour que les Nations Unies soient en mesure de réaliser ses objectifs, nous proposons la création d’un comité international et de sous-comités qui mèneraient des missions d’inspection et de mise en œuvre des programmes de l’Organisation.

M. MURATBEK IMANALIEV, Ministre des affaires étrangères du Kirghizistan: Nous souhaitons en premier lieu exprimer notre accord avec les opinions et les propositions exposées dans le rapport du Secrétaire Général, "Nous les Peuples". L´Organisation des Nations Unies a été et reste la seule enceinte où les questions du maintien de la paix et de la sécurité sont discutées, et où des réponses aux nombreux problèmes posés par le processus de mondialisation peuvent être trouvées. Nous sommes donc favorables à toute mesure qui améliore l´efficacité de l´ONU et lui permette de mieux faire face aux situations de crises humanitaires et politiques. Nous sommes également en faveur de la réforme du Conseil de sécurité.

Le Kirghizistan est attaché à une conduite pacifique des affaires internationales; c´est dans cette optique que le Président Askar Akaev a élaboré la ”Diplomatie de la Route de la Soie”, qui vise à renforcer les relations diplomatiques entre les Etats qui se trouvent sur la Route de la Soie. Parmi les projets de cette nouvelle diplomatie, on compte l´amélioration du système des transports et la mise en place de systèmes de communication modernes. A cet égard, l´initiative du Secrétaire général en faveur des “ponts numériques” nous a semblé particulièrement bienvenue. Le Kirghizistan élabore en coopération avec d´autres pays un projet de télécommunications nommé SILKSAT afin de favoriser l´intégration de la région d´Asie centrale dans le système global des télécommunications.

Le Kirghizistan est menacé par le terrorisme international, le trafic de stupéfiants et d´armes et l´extrémisme religieux. Aucun Etat isolé ne peut lutter efficacement contre ces fléaux : une réponse collective est nécessaire. Nous, Etats d´Asie centrale, demandons à la communauté internationale de bien vouloir nous aider dans cette tâche. Prenons l´exemple de l´Afghanistan: ce pays est aujourd´hui au centre d´un trafic de stupéfiants et d´actions terroristes. Des mesures rapides doivent être prises car cette situation menace de déstabiliser la région. Le Kirghizistan appuie activement l´idée d´organiser, sous les auspices de l´ONU, une conférence de la paix en Afghanistan. Lors du dernier Sommet de l´OSCE à Istanbul en novembre 1999, le Président du Kirghizistan a proposé qu´un Forum soit organisé entre l´OSCE et l´Organisation de la Conférence islamique. Ce Forum permettrait de développer des mécanismes communs de lutte contre le terrorisme, seule garante, à terme, de la paix, de la sécurité et d´un développement soutenable.

H. LAKSHMAN KADIRGAMAR, Ministre des affaires étrangères et Envoyé spécial du Président du Sri Lanka : Il y a quarante ans, mon défunt père S.W.R.D Bandaranaïke, qui était alors Premier Ministre du Sri Lanka, s’adressant ici-même à l’Assemblée générale déclarait que la prévention de la guerre était indispensable à la construction de la paix, ajoutant que la notion de paix était cependant bien plus positive, c’est-à-dire une compréhension, des relations amicales et de coopération entre les hommes. Aujourd’hui le monde s’est amélioré dans certains domaines mais les problèmes de la pauvreté, de la faim, de la maladie et de la misère doivent encore être réglés. Nous avons échappé aux horreurs d’une autre guerre mondiale, grâce en partie aux efforts des Nations Unies, mais de nouvelles menaces sont apparues qui pèsent sur la stabilité et la sécurité des Etats. Mon rêve est celui d’une “Paix au sein de tous les Etats” et d’une “Paix au sein de tous les peuples dans les Etats”.

Je ne parlerai pas de problèmes tels que la limitation des ressources ou les priorités de la concurrence, mais je parlerai des principes fondamentaux des Nations Unies, principes que nous devons défendre face à l’avenir. Ces fondements sont “les Etats”, “les peuples”, “les gouvernements”, “les représentants” et “la Charte des Nations Unies”, le principal étant l’Etat. Si les Etats s’affaiblissent, il en sera de même de l’Organisation. Gouverner un “Etat” développé, qui a toutes les ressources nécessaires, est déjà une tâche difficile. Combien plus difficile est-il de diriger un Etat en développement multiethnique, multireligieux et décolonisé.

Lorsqu’une force armée est utilisée contre un Etat, comme c’est le cas pour mon pays, les difficultés inhérentes à un “Etat” s’aggravent encore plus. Depuis de nombreuses années, mon pays le Sri Lanka connaît un conflit armé mené par un petit groupe, véritable école de la violence, connu à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières pour l’emploi de la terreur systématique et encouragé par des expatriés installés dans des pays qui sont de bonne volonté, et ce groupe continue à combattre “l’Etat”. Ce problème n’est pas circonscrit au Sri Lanka et un rapport du Secrétaire général de 1997 rappelait les menaces puissantes à l’égard des autorités gouvernementales et de la société civile, comme le crime organisé, les stupéfiants, le blanchiment de l’argent sale et le terrorisme. Il appartient vraiment aux autres Etats de ne pas encourager ou donner asile aux groupes armés et c’est l’appel que je lance aujourd’hui, car le défi armé d’un groupe à l’intérieur d’un Etat met en péril les autres États et la démocratie elle-même.

M. SEVERIN NTAHOMVUKIYE, Ministre des affaires étrangères et de la coopération du Burundi : Le peuple burundais est en train de tourner une page de son histoire. L’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, signé le 28 août dernier est un saut qualitatif dans un avenir définitivement meilleur, mais tout n’est pas réglé pour autant. A part quelques réserves à l’Accord qu’on a déjà entrepris de lever, le plus grand défi reste celui de l’arrêt de la guerre sans lequel l’application de l’Accord est quasi impossible. Le rendez-vous prévu le 20 septembre à Nairobi entre l’armée gouvernementale et les groupes armés sera déterminant à cet effet. Le Gouvernement du Burundi exprime sa grande reconnaissance à toute la communauté internationale, et une mention spéciale va à feu Mwalimu Nyerere ainsi qu’au prix Nobel de la paix, son Excellence Nelson Mandela, pour leurs contributions respectives tout au long de cette longue et pénible lutte pour la paix. Le seul intérêt de mon pays, le Burundi, consiste à maintenir la sécurité sur ses frontières. Le Burundi ne nourrit aucune ambition, ni politique, ni économique, vis-à-vis d’un quelconque pays voisin.

Pour ce qui concerne la résolution des conflits et le maintien de la paix, ma délégation réitère le vœu de repenser le fonctionnement, la composition et les attributions du Conseil de sécurité pour sa redynamisation et sa réadaptation aux mutations permanentes. La question de la représentation équitable au Conseil de sécurité et l’augmentation du nombre de ses membres mérite toute notre attention. L’autre aspect qui constitue un obstacle majeur à la paix mondiale est la prolifération des armes légères, paradoxalement dans les pays pauvres.

Nous devons garder à la conscience qu’il nous incombe de léguer à nos enfants une planète équilibrée sur le plan écologique. Ma délégation voudrait amplifier l’appel que le Secrétaire général a lancé afin d’assurer le financement de l’évaluation des écosystèmes. Il en résulterait sans doute un programme clair et réaliste de protection de l’environnement.

M. JOAO BERNARDO DE MIRANDA, Ministre des relations extérieures de l'Angola: La pauvreté et les problèmes qui y sont associés continuent de s'aggraver dans de nombreux pays. Les conflits armés et les guerres locales mettent en péril la vie de millions de personnes et ne font que creuser l'écart entre pays riches et pays pauvres. De tels phénomènes constituent les principaux obstacles au développement. Les progrès scientifiques et économiques inédits réalisés ces dernières années ne bénéficient qu'à un cinquième de l'humanité. Les initiatives lancées dans les pays en développement pour contrecarrer cette concentration des richesses par le biais des politiques d'ajustement structurel, loin d'avoir réduit la pauvreté, n'ont fait que renforcer les inégalités car elles étaient axées sur la croissance économique et non sur le développement humain. Une telle situation se rencontre surtout dans les pays africains.

Les pays les plus pauvres ne parviennent toujours pas à tirer parti des bienfaits de la mondialisation de l'économie. Des règles uniques sont appliquées à des pays qui ont des niveaux de développement différents, limitant d'autant la compétitivité des plus faibles. Pour que la mondialisation bénéficie à tous, il est nécessaire de mettre sur pied un ordre économique plus juste ainsi qu'un nouvel ordre financier international, véritablement capable de réduire le fossé entre les riches et les pauvres. Dans ce contexte d'inégalité, une attention particulière devrait être accordée à la question de la dette. En tant que continent le plus pauvre, l'Afrique devrait bénéficier d'une assistance mondiale et de mesures particulières en matière de dette, à savoir son rééchelonnement ou même son annulation.

Les propositions visant à renforcer les Nations Unies et leur fonctionnement démocratique sont d'une grande importance. A cet égard, l'Angola est favorable à une restructuration du Conseil de sécurité, afin de promouvoir l'équité de sa représentation. Dans le cadre de cette restructuration, l'Afrique devrait bénéficier de deux sièges permanents et de deux sièges non permanents supplémentaires.

M. SELIM TADMOURY, Chef de la délégation du Liban : Le Liban est particulièrement fier de participer à ce Sommet, en particulier après la récente libération de sa partie sud. L’occupation israëlienne de plus de 22 ans a vu les pertes des vies de milliers de civils innocents et a infligé de graves dégâts aux infrastructures du pays. Elle a paralysé son économie, empêchant son développement et inhibant sa contribution historique à la civilisation humaine. Le Liban estime que la libération de ses territoires est une avancée incomplète; à celle-ci doit s’ajouter une solution à la question des réfugiés palestiniens, notamment ceux que le Liban accueille sur son territoire depuis plus de cinquante ans. Notre objectif final est d’aboutir à une paix juste et durable fondée sur un retrait israëlien du Plateau du Golan à la frontière du 4 juin 1967, selon les résolutions internationales pertinentes et la Conférence de Madrid de 1991. Le Liban demande aussi à la communauté internationale de permettre au peuple palestinien d’exercer ses droits inaliénables et en particulier celui à l’auto- détermination, et d’établir un Etat indépendant de la Palestine avec Jérusalem Est pour capitale.

Renforcer les mécanismes de maintien de la paix des Nations Unies et promouvoir les conditions d’un développement durable nécessite la réforme des organes les plus importants des Nations Unies, comme le Conseil de sécurité et le Conseil économique et social. La réforme du Conseil de sécurité doit être fondée sur la transparence, la rationalisation des méthodes de travail et la représentation équitable. Le rôle et le mandat de l’ECOSOC doivent être réévalués et revus de manière à ce que le Conseil de sécurité et l’ECOSOC puissent fonctionner en un système harmonieux qui réponde efficacement aux besoins de notre siècle. Personne ne peut aujourd’hui dissocier notre droit à profiter de la paix et de la sécurité de celui de se développer.

M. MICHEL KAFANDO, Chef de la délégation du Burkina Faso : Les petites nations que nous sommes n’ont eu de cesse, au sein d’instances comme le Mouvement des pays non alignés, d’appeler l’attention sur les conséquences aussi dangereuses que néfastes de l’équilibre de la terreur. Ces appels répétés n’ont pas été entendus et le fossé entre pays pauvres et pays riches est plus profond aujourd’hui qu’il ne l’était hier. Le phénomène de la mondialisation semble déjà avoir relégué aux oubliettes de l’histoire ce vécu. Pour nous, pays en voie de développement, les mêmes interrogations demeurent.

Quel est aujourd’hui le degré d’engagement, de disponibilité et de volonté politique des pays riches détenteurs de capitaux et de technologie à poser des actes concrets afin d’éviter que la mondialisation ne constitue une occasion de plus de marginaliser les pays en voie de développement? Notre conviction est que la mondialisation doit aller de pair avec une plus grande démocratisation des relations internationales et une profonde réforme des procédures de prise de décision au sein des organisations du système des Nations Unies et, d’abord, au niveau du Conseil de sécurité.

Par ailleurs, le Burkina Faso en appelle à la conscience de l’humanité pour que la République de Chine retrouve très rapidement sa place au sein de l’Organisation des Nations Unies, afin de garantir le droit fondamental de ses 23 millions d’habitants à participer à la gestion des activités de la communauté internationale.

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