L'INTOLERANCE ET LE FANATISME RELIGIEUX N'ONT PAS DE PLACE AU XXIE SIECLE

29 août 2000
SG/SM/7520

L'INTOLERANCE ET LE FANATISME RELIGIEUX N'ONT PAS DE PLACE AU XXIE SIECLE

29 août 2000

Communiqué de PresseSG/SM/7520

L'INTOLERANCE ET LE FANATISME RELIGIEUX N'ONT PAS DE PLACE AU XXIE SIECLE

20000829

Veuillez trouver ci-après le texte de l'allocution du Secrétaire général au Sommet des guides religieux et spirituels pour la paix dans le monde, à New York aujourd'hui, 29 août 2000 :

Il n'est sans doute pas exagéré de dire qu'aucune réunion jamais organisée ici n'a eu le rayonnement de ce sommet de guides religieux et spirituels. Ce rassemblement, à la veille du Sommet du millénaire des chefs d'Etat et de gouvernement, ne pouvait se tenir sous de plus heureux auspices. Merci d’être venus à l’ONU.

La religion peut avoir un pouvoir extraordinaire. Source de réconfort dans les moments de détresse, elle peut rendre un sens à la vie lorsque tout paraît insensé, et donner la force de relever les défis matériels et spirituels du quotidien. La religion nous aide à trouver notre place dans l’univers; elle cimente familles et communautés, et inculque le sens moral et la compassion. Que l'on soit croyant fervent ou tenaillé par le doute, que l'on soit membre d'une communauté religieuse ou que l'on prie dans l'intimité, la foi et la pratique religieuse témoignent de notre humanité. Et de fait, pour nombre d’entre nous, l’axiome pourrait bien être : « Je prie, donc je suis. »

La pratique religieuse revêt bien sûr des formes très diverses. Mais ce n’en sont pas moins des valeurs universelles qui l’inspirent. Aucune religion ne peut, en effet, prétendre avoir le monopole du pardon, de la tolérance et de l'amour du prochain.

Cela n'a rien de surprenant, puisqu'il s'agit là de valeurs ancrées au plus profond de l’esprit humain. Ce sont d'ailleurs ces mêmes valeurs qui, tout naturellement, animent la Charte des Nations Unies et sous-tendent notre recherche de la paix dans le monde.

C'est pourquoi, nous devons réaffirmer aujourd'hui, en ce haut lieu de la communauté mondiale, le droit fondamental qu’a chaque homme et chaque femme d’exercer sa liberté de religion et de culte, d’établir et de maintenir des lieux de culte, d’écrire, de publier et d’enseigner, de célébrer les fêtes, de choisir ses propres chefs religieux, et de communiquer avec d’autres dans son pays et à l’étranger.

Les États Membres de l’Organisation des Nations Unies ont proclamé ces libertés dans plusieurs documents phares, au premier plan desquels figure la Déclaration universelle des droits de l’homme. Chaque fois qu’un gouvernement manque à son obligation de protéger ces libertés, c'est chacun de nous qui subit tout à la fois un affront et une menace. Chaque fois qu'une religion et ses adeptes sont persécutés, diffamés, attaqués ou victimes de l'arbitraire, c'est chacun de nous qui est avili et, partant, nos sociétés aussi. L’intolérance et le fanatisme religieux ne peuvent avoir leur place au XXIe siècle.

On dit souvent que la religion est lumière. Mais nous savons tous que la pratique religieuse a aussi ses zones d'ombre. L’extrémisme religieux a trop souvent opprimé les femmes et les minorités ou exercé une discrimination à leur égard. La religion a souvent emboîté le pas au nationalisme, attisant violence et conflits, et dressant groupe contre groupe. Les chefs religieux sont parfois restés muets quand leur voix aurait pu mettre un frein à la haine et la persécution, et sortir les gens de leur apathie. Ce n’est pas la religion en soi qui est en faute : comme je l’ai souvent dit, le problème ne réside généralement pas dans la croyance, mais dans les croyants.

Je me permets, en toute humilité, de suggérer aux guides religieux et spirituels, aux dirigeants politiques, et à leurs adhérents de tirer parti de la rencontre d’aujourd’hui pour sonder leur propre coeur et voir ce qu’ils peuvent faire pour promouvoir la justice, l’égalité, la réconciliation et la paix. Croyants et croyantes peuvent exercer une forte influence sur les groupes et les individus. Comme enseignants et guides, vous pouvez être de puissants moteurs du changement. Vous pouvez ranimer l’engagement de chacun et sa volonté de servir. Vous pouvez aider à venir à bout de l’ignorance, de la peur et de l’incompréhension. Vous pouvez donner l'exemple du dialogue et de la coopération œcuméniques.

Comme le disait Dag Hammarskjöld, « l’Organisation des Nations Unies se tient à l’écart – nécessairement à l’écart – de toutes les confessions. Elle n’en constitue pas moins un instrument de foi. Ce qui sous-tend son action, c’est ce qui unit les grandes religions du monde, et non ce qui les divise ».

Guides religieux et spirituels du monde, vous êtes porteurs des aspirations les plus profondes de l’humanité. Pour parvenir jusqu'ici, vous avez emprunté les chemins les plus divers. Certains d’entre vous ont été emprisonnés pour leurs convictions. D'autres ont survécu à l’holocauste ou ont vu s’abattre sur leur peuple le fléau du génocide. D'autres encore ont dû surmonter toutes sortes d'épreuves et de brimades. Quel que soit votre passé, où que vous appelle votre vocation, et quelles que soient les différences entre vous, votre présence à l’ONU aujourd’hui témoigne de votre volonté de partager notre mission et de soutenir notre action en faveur de la tolérance, du développement et de la paix dans le monde. Pour cela, nous avons tous à rendre grâce.

J’espère très sincèrement voir se maintenir l’engagement dont vous donnez la preuve aujourd’hui. Avec votre aide – par la prière et la volonté de bien faire – notre mission pourra s’accomplir. Je vous remercie.

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