L'ONU NE DOIT PAS MANQUER A SON OBLIGATION DE PROTEGER LES POPULATIONS CIVILES CONTRE LE GENOCIDE ET LE MASSACRE

16 décembre 1999
SG/SM/7263

L'ONU NE DOIT PAS MANQUER A SON OBLIGATION DE PROTEGER LES POPULATIONS CIVILES CONTRE LE GENOCIDE ET LE MASSACRE

16 décembre 1999

Communiqué de PresseSG/SM/7263 AFR/196

L'ONU NE DOIT PAS MANQUER A SON OBLIGATION DE PROTEGER LES POPULATIONS CIVILES CONTRE LE GENOCIDE ET LE MASSACRE

19991216

Le Secrétaire général éprouve un profond remords après le génocide du Rwanda

On trouvera ci-après le texte de la déclaration que le Secrétaire général, M. Kofi Annan, a faite après avoir reçu le rapport de la Commission indépendante chargée d'enquêter sur le comportement de l'ONU pendant le génocide commis au Rwanda en 1994:

L'Organisation des Nations Unies a été fondée à la fin d'une guerre lors de laquelle un génocide avait été commis à une échelle effroyable. Elle avait pour principal objectif d'empêcher qu'un tel conflit se reproduise jamais. Trois ans plus tard, l'Assemblée générale a adopté une convention par laquelle les États se sont engagés à "prévenir et à réprimer" le plus ignominieux des crimes.

En 1994, l'ensemble de la communauté internationale, soit l'ONU et ses États Membres, ont manqué à cette obligation. Environ 800 000 Rwandais ont été massacrés par leurs compatriotes pour la seule raison qu'ils appartenaient à un certain groupe ethnique. Il s'agit là d'un génocide, sous sa forme la plus flagrante et la plus perverse.

Nous regrettons tous amèrement de ne pas avoir fait plus pour prévenir ce crime. Une force des Nations Unies était sur place à l'époque, mais elle n'était ni chargée de prendre les mesures énergiques qui auraient permis de prévenir ou d'arrêter le génocide, ni équipée à cette fin. Au nom de l'Organisation, je reconnais cet échec, et j'en éprouve un profond remords.

Compte tenu de l'énormité de ce qui s'est passé et des questions concernant le comportement de l'Organisation avant et pendant la crise, que l'on continuait de se poser cinq ans après les événements, j'ai décidé en mars dernier, avec l'assentiment du Conseil de sécurité, de charger une commission complètement indépendante d'enquêter sur cette affaire.

- 2 - SG/SM/7263 AFR/196 16 décembre 1999

La Commission d'enquête a eu un accès total et sans restrictions aux archives de l'ONU, y compris aux télégrammes et documents à usage interne. Elle a achevé ses travaux, et ses conclusions ont été rendues publiques. Je remercie M. Ingvar Carlsson, M. Han Sung-Joo et le général Rufus Kupolati pour leur rapport, qui est à la fois détaillé et objectif. J'accepte pleinement leurs conclusions, y compris celles qui mettent en cause certains membres du Secrétariat de l'Organisation, dont moi-même. Je me félicite de l'accent mis par la Commission sur les leçons à tirer de ce drame et des recommandations prudentes et bien argumentées qu'elle a faites afin qu'à l'avenir, l'ONU puisse prévenir ou arrêter toute catastrophe de ce type.

Ces recommandations méritent notre plus grande attention et appellent des mesures rapides et efficaces de la part du Secrétariat, du Conseil de sécurité et de l'ensemble de la communauté internationale.

Comme indiqué dans le rapport lui-même, certaines dispositions ont déjà été prises ces dernières années pour permettre à l'Organisation de mieux réagir face aux conflits et plus particulièrement pour éviter certaines des fautes commises au Rwanda. Cela dit, il reste encore beaucoup à faire. C'est précisément dans l'espoir de prévenir d'autres drames de ce genre que, dans l'intervention que j'ai faite devant l'Assemblée générale en septembre, j'ai prié la communauté internationale de se demander comment l'Organisation pourrait intervenir plus rapidement et plus efficacement afin de prévenir ou d'arrêter des violations massives et systématiques des droits de l'homme.

D'une manière plus générale, dans mon rapport sur les événements, tout aussi terribles, qui ont eu lieu à Srebrenica un an seulement après la crise au Rwanda, j'ai demandé instamment aux États Membres d'engager un processus de réflexion et d'analyse visant à renforcer la capacité de l'Organisation de faire face à divers types de conflits. Je compte faire très bientôt d'autres recommandations sur la nature de ce processus.

Les deux rapports, mon rapport sur Srebrenica et celui de la Commission d'enquête indépendante sur le Rwanda, témoignent d'une volonté résolue de faire la lumière sur ces drames. En ma qualité de Secrétaire général, l'objectif auquel je suis le plus profondément attaché est de permettre à l'Organisation des Nations Unies de ne plus manquer à son obligation de protéger les populations civiles contre le génocide et les massacres.

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