POUR LE PRESIDENT DE LA XXEME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE GENERALE LA QUESTION DE LA DROGUE EST D'UNE TELLE COMPLEXITE QUE LES BONNES INTENTIONS NE SUFFISENT PAS

11 juin 1998
GA/SM/45

POUR LE PRESIDENT DE LA XXEME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE GENERALE LA QUESTION DE LA DROGUE EST D'UNE TELLE COMPLEXITE QUE LES BONNES INTENTIONS NE SUFFISENT PAS

11 juin 1998

Communiqué de PresseGA/SM/45

POUR LE PRESIDENT DE LA XXEME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE GENERALE LA QUESTION DE LA DROGUE EST D'UNE TELLE COMPLEXITE QUE LES BONNES INTENTIONS NE SUFFISENT PAS

19980611 M. Hennadiy Udovenko (Ukraine) : Le recul des antagonismes idéologiques permet une meilleure coopération entre pays producteurs et pays consommateurs

On trouvera ci-après le texte du discours d'ouverture prononcé le 8 juin par le Président de la vingtième session extraordinaire de l'Assemblée générale, consacrée au problème mondial de la drogue :

C'est pour moi un grand honneur et un grand privilège d'avoir été élu Président de la vingtième session extraordinaire de l'Assemblée générale, consacrée à l'action commune contre le problème mondial de la drogue. Je remercie tous les États Membres qui ont appuyé ma candidature et me réjouis à l'idée de travailler avec vous à la réalisation de la principale mission de cette session : l'élaboration d'une stratégie prospective d'action pour le XXIe siècle. L'occasion qui m'est offerte de présider cette session revêt pour moi une signification tout à fait particulière car je me souviens avec émotion de la précédente session extraordinaire consacrée au problème de la drogue. Je représentais alors l'Ukraine auprès de l'Organisation des Nations Unies, et la proposition de mon pays visant à proclamer la Décennie des Nations Unies contre la drogue m'avait empli de fierté.

Lorsque nous repensons à cette session extraordinaire qui s'est tenue il y a huit ans, nous nous apercevons que le signal d'alarme lancé à l'époque était véritablement prophétique puisque le problème de la drogue est devenu l'un des principaux sujets de préoccupation dans un nombre toujours croissant de pays. Le trafic des drogues a atteint des proportions inouïes et constitue, avec le crime organisé, une grave menace pour le monde du XXIe siècle. Estimé à plus de 400 milliards de dollars par an, le trafic des stupéfiants est une des activités clandestines les plus rentables puisqu'elle rapporte plus que le commerce du pétrole et du gaz ou l'industrie chimique et pharmaceutique, et deux fois plus que l'industrie de l'automobile. Le trafic des drogues met en jeu des sommes d'argent tellement importantes qu'il peut maintenant corrompre ou déstabiliser les marchés financiers mondiaux. Plus grave encore, la drogue ravage la société, favorise la criminalité, propage des maladies comme le sida et tue les jeunes, qui sont à la fois le groupe le plus vulnérable de notre société et son avenir. En d'autres termes, le problème de la drogue est devenu un phénomène mondial et aucun pays ne peut se sentir à l'abri de la menace qu'il représente.

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Toutefois, depuis quelques années, deux éléments nouveaux offrent à la communauté internationale une occasion unique d'accomplir de réels progrès vers la réalisation de l'objectif ultime : un monde exempt de drogue. D'une part, au seuil du XXIe siècle, le recul des antagonismes idéologiques permet aux pays de mieux coopérer au règlement des problèmes mondiaux. On ne fait plus notamment la même distinction, sur le plan des orientations, entre pays producteurs et pays consommateurs. D'autre part, des années de lutte contre la drogue ont permis d'acquérir de l'expérience et de déterminer quelles sont les techniques prometteuses. Grâce à cette évolution, les États Membres de l'Organisation sont maintenant fermement résolus à combattre le trafic des drogues de manière équilibrée, en s'efforçant de réduire simultanément l'offre et la demande.

Toutefois, ces signes encourageants ne doivent pas nous amener à céder à la complaisance et à relâcher notre vigilance. Face à un problème d'une telle complexité, les bonnes intentions ne suffisent pas et la communauté internationale doit se préparer à un combat acharné et de longue durée. Pour en assurer le succès, il faut à la fois bien saisir le problème afin d'élaborer des politiques et des stratégies globales et, au quotidien, prévoir des activités concrètes qui soient pragmatiques, novatrices et axées sur les résultats.

À cet égard, je me félicite tout particulièrement des résultats des travaux préparatoires de cette session extraordinaire. Dans l'esprit de réforme qui règne actuellement à l'Organisation, les États Membres ont abandonné certaines des méthodes traditionnellement employées pour traiter des problèmes mondiaux dans des instances telles que celle-ci. Ils ont su concentrer leurs efforts, dans l'intention claire et nette non seulement de passer en revue tous les aspects du problème de la drogue, d'évaluer la situation dans le monde et d'étudier les mécanismes de contrôle existants, mais aussi d'élaborer une stratégie efficace de lutte contre la drogue et fixer des dates limites pour la réalisation de ses objectifs. Je tiens à féliciter en particulier le Président de la Commission préparatoire, Alvaro de Mendonca e Moura, qui s'est acquitté de ses fonctions avec dynamisme, enthousiasme, clairvoyance et flexibilité et a permis à la Commission de s'acquitter de sa tâche avec succès.

Les trois principaux projets de documents — le projet de déclaration politique, le projet de déclaration sur les principes directeurs de la réduction de la demande de drogue et le projet de plan d'action sur la coopération internationale pour l'élimination des cultures illicites et les nouvelles formes de développement — sont le fruit de plusieurs séries de négociations et offrent un cadre solide pour l'amélioration des résultats obtenus par la communauté internationale dans les domaines clefs du contrôle international des drogues.

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Leurs dispositions, qui témoignent de la détermination politique des pays à lutter contre le problème de la drogue sous tous ses aspects, aux niveaux national et international, constituent la base d'une nouvelle stratégie mondiale à laquelle les pays se sont déclarés pleinement favorables lors de la phase préparatoire.

L'un des aspects essentiels de cette stratégie est que l'action de la communauté internationale sera désormais davantage axée sur les individus et non sur la drogue elle-même, ce qui suppose de passer d'une approche au coup par coup à une action globale s'inscrivant dans une perspective à long terme. Dans cette optique, il est logique que la réduction de la demande soit un élément clef de la stratégie, au même titre que l'élimination des cultures illicites et la promotion de nouvelles formes de développement.

Cette session extraordinaire devrait être une nouvelle étape décisive de la lutte contre la drogue. Nous avons à examiner des documents de fond, ambitieux et orientés vers l'action. Toutefois, aux yeux du monde, nous aurons échoué si nous ne consacrons pas à la mise en oeuvre de ces déclarations et de ces engagements les mêmes efforts qu'à leur élaboration. Les tâches les mieux définies et assorties d'un calendrier d'exécution rigoureux n'atteindront pas leur objectif si elles ne sont pas suivies de mesures concrètes. À cette fin, il nous faut instaurer un nouveau partenariat international, fondé sur le principe de la responsabilité partagée. Nous devons aussi renforcer le mécanisme international de contrôle des drogues et trouver de nouveaux moyens d'honorer, au niveau national comme au niveau international, les engagements ambitieux que nous nous apprêtons à prendre.

Dans ce contexte, on ne saurait surestimer l'importance des instruments existants : la Commission des stupéfiants, l'Organe international de contrôle des stupéfiants, le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues et le système d'instruments juridiques internationaux. Le PNUCID, qui a déjà accompli d'importants progrès sous la conduite de son Directeur exécutif, Pino Arlacchi, devrait voir son rôle renforcé et devenir un centre spécialisé reconnu qui servirait de référence au niveau international pour tout ce qui touche au contrôle des drogues. Si nous voulons remporter le combat mondial contre la drogue, nous devons renforcer le cadre juridique existant afin d'améliorer l'application des lois antidrogue. Sans une véritable coopération intergouvernementale dans des domaines comme l'extradition, l'assistance juridique mutuelle et les renvois devant d'autres juridictions, presque aucune des dispositions des instruments internationaux sur le trafic des drogues ne peut être appliquée. C'est pourquoi il est essentiel, dans le cadre du suivi de cette session, d'encourager les gouvernements à adhérer aux instruments juridiques internationaux pertinents et à les appliquer, ainsi qu'à adopter des lois d'habilitation.

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Lorsqu'on évoque l'action internationale contre la toxicomanie, il ne faut pas négliger le rôle fondamental de la société civile. Le succès de notre action à long terme passe par une nouvelle collaboration avec les organisations non gouvernementales, le secteur privé, les syndicats, les collectivités locales et les familles.

La session qui nous réunit se déroule dans le contexte des réformes entreprises par notre Organisation afin de mieux se préparer aux enjeux du XXIe siècle. En ce sens, elle donne à la communauté internationale l'occasion exceptionnelle de montrer une fois de plus que l'ONU est une organisation dynamique et ambitieuse, capable de s'attaquer aux problèmes mondiaux les plus graves. Nous pouvons montrer au monde entier que malgré la complexité inouïe des questions en jeu et les intérêts nationaux souvent divergents des États Membres, l'Organisation peut réellement se montrer unie face à une menace commune pour oeuvrer au bien commun avec détermination, créativité et efficacité. Je suis convaincu que les résultats de cette session me donneront raison et vous adresse tous mes voeux de succès.

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