PLUSIEURS PAYS SE DECLARENT FERMEMENT OPPOSES A LA LEGALISATION DES DROGUES

10 juin 1998
AG/773

PLUSIEURS PAYS SE DECLARENT FERMEMENT OPPOSES A LA LEGALISATION DES DROGUES

10 juin 1998

Communiqué de PresseAG/773

PLUSIEURS PAYS SE DECLARENT FERMEMENT OPPOSES A LA LEGALISATION DES DROGUES

19980610 Réunie sous la présidence de M. Hennadyi Udovenko (Ukraine), la XXème session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée au problème mondial de la drogue a poursuivi, ce matin, son débat général.

Dans ce cadre, elle a entendu une allocution du Président du Venezuela dans laquelle il a déclaré qu'il est venu exprimer la solidarité de son pays la lutte contre la drogue.

Les personnalités suivantes ont fait une déclaration: MM. Klaus Kinkel, Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l'Allemagne; Pham Gia Khiem, Vice-Premier Ministre du Viet Nam; Mostefa Benmansour, Ministre de l'intérieur, des communautés locales et de l'environnement de l'Algérie; Marsden Madoka, Ministre d'Etat du Kenya; Oleg Boozhelko, Procureur général du Bélarus; Chapson Butale, Ministre de la santé du Botswana; Mihaly Kökeny, Ministre de l'assistance sociale de la Hongrie et Co-président du Comité intergouvernemental hongrois contre les drogues; Soubanh Srithirath, Vice- Ministre des affaires étrangères et Président de la Commission nationale lao pour le contrôle et la supervision des drogues de Lao; Mohamad Tajol Rosli Mohamad Ghazali, Vice-Ministre de l'intérieur de la Malaisie; Muratkali Nukenov, Vice-Président du Comité pour la sécurité nationale du Kazakhstan; Yuri Ushakov, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie; et Saleh Al-Shaikh, Vice-Ministre assistant des affaires juridiques au ministère de l'intérieur de l'Arabie saoudite. Les représentants permanents des pays suivants ont pris la parole : Tunisie, Qatar, Bahreïn, Saint-Marin, Albanie, Haïti, Maurice et Liban.

Plusieurs pays d'Europe de l'Est, ainsi que l'Arabie saoudite, se sont opposés à la légalisation de certaines drogues et de leur consommation, invoquant pour les uns la cohérence dans la lutte contre les drogues, pour l'autre la religion et la dignité humaine. De nombreuses délégations ont préconisé une amélioration de la coopération régionale, axée notamment sur le renforcement des institutions judiciaires, douanières et de police.

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Les pays en développement sont souvent une proie facile pour les cartels de la drogue parfaitement organisés. Outre les mesures de prévention et de répression, plusieurs délégations ont proposé que les institutions financières internationales mettent au point des programmes intégrés pour aborder de façon exhaustive la prévention et le contrôle des drogues et du sida, et la réduction de la pauvreté. Certains ont fait observer que le trafic illicite des stupéfiants s'est exacerbé ces dernières années, profitant de l'ouverture des frontières causée par la mondialisation.

La session extraordinaire de l'Assemblée générale reprendra ses travaux, cet après-midi à partir de 15 heures

Débat général

M. KLAUS KINKEL (Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l'Allemagne) : Les drogues constituent une menace pour nos sociétés. Le trafic illicite des stupéfiants a atteint 400 milliards de dollars, soit 8% du commerce mondial. Les tendances sont alarmantes. Les toxicomanes sont de plus en plus jeunes et la variété des drogues disponibles de plus en plus étendue. Aujourd'hui, les adolescents sont pris dans le cercle vicieux de la dépendance, dont il est rarement possible d'échapper. Les drogues synthétiques se multiplient car elles sont faciles à produire et peu coûteuses. Ce ne sont pas les pauvres fermiers qui cultivent le cannabis et la feuille de coca qui sont des criminels. Les criminels sont les barons de la drogue, les trafiquants, les responsables du blanchiment d'argent, ceux qui sont à la base de ce négoce et qui s'enrichissent avec de l'argent sale, ceux qui exercent leur commerce dans les quartiers obscurs de nos grandes villes et dans la rue à la sortie des écoles. Ce sont des hors-la-loi et nous devons mettre un terme à leurs activités. Les drogues détruisent le corps et l'esprit. Le bonheur qu'elles promettent n'est en réalité qu'une illusion fatale. Les drogues brisent les familles et affaiblissent les structures de nos sociétés. Il devient dès lors impératif de renforcer le partenariat et la coopération pour lutter contre la drogue. Ce n'est qu'en unissant nos énergies à la lutte commune que l'on pourra réussir. Notre stratégie doit s'attaquer à la culture et à la production, au commerce et à la consommation. En Allemagne, le programme d'action national est axé sur trois priorités, à savoir la prévention et l'éducation; le traitement et la réhabilitation des toxicomanes; la prévention du crime et le contrôle. Dans la lutte contre les drogues, nous devons assumer nos responsabilités. Nous devons aussi faire preuve de solidarité et d'assistance mutuelle. C'est pourquoi l'Allemagne a consacré 166 millions de Deutsche Mark pour financer un programme quadriennal visant à assister les pays de transit en leur offrant une formation et des services consultatifs. Dans 32 pays, des officiers de liaison du Bureau fédéral allemand de police criminelle contribuent à la lutte contre le trafic des stupéfiants et le crime organisé. Depuis 1990, l'Allemagne a versé environ 400 millions de DM pour financer de tels programmes. Le Gouvernement allemand regrette qu'il ait encore de nombreux pays a ne pas avoir adhéré à la Convention de Vienne de 1988 ou qui ne l'appliquent pas pleinement. Cela est dû en partie à un manque d'expérience et à l'absence d'un cadre institutionnel nécessaire et de même qu'à l'insuffisance de ressources financières. C'est à ce niveau que le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des stupéfiants (PNUCID) peut apporter un appui solide.

M. PHAM GIA KHIEM (Vice-Premier Ministre du Viet Nam) : Le Gouvernement vietnamien a créé le Comité national de lutte contre les drogues chargé de la mise en oeuvre du Programme national pour l'élimination du pavot et du cannabis, du renforcement des capacités en matière de contrôle des drogues, du traitement et de la réhabilitation des toxicomanes et de la recherche de solution aux problèmes sociaux qu'ils peuvent rencontrer après leur traitement. Des résultats importants ont déjà été enregistrés. Les cultures de pavot ont diminué de 90% par rapport aux années 1980. Des trafiquants de drogue ont été condamnés à des peines sévères. Le système juridique du pays, en particulier le Code pénal, a été révisé et amendé en vue de renforcer

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l'efficacité du contrôle des drogues. En raison de ses caractéristiques géographiques, de sa proximité avec le Triangle d'or et de l'expansion du commerce et du tourisme, le Viet Nam peut facilement être utilisé par les trafiquants de drogue internationaux comme pays de transit, alors que nos forces de contrôle des drogues doivent faire face à des difficultés énormes dues à leur manque d'expérience et de moyens techniques. C'est pourquoi, le Viet Nam a besoin d'assistance et est disposé à travailler avec la communauté internationale dans cette lutte commune. L'expérience a montré qu'il faut informer la population des dangers liés aux drogues afin de créer une détermination commune pour les repousser, renforcer la démarche préventive en mobilisant la participation de la population, et élargir la coopération avec les autres pays, en particulier les pays voisins. L'ONU devrait, pour sa part, renforcer son rôle dans la mise en oeuvre des programmes internationaux de contrôle, renforcer les échanges d'informations et d'expériences en donnant la priorité aux groupes de pays ayant des caractéristiques et des frontières communes. Les institutions financières internationales, comme la Banque mondiale et les banques régionales, devraient concevoir des programmes intégrés pour aborder de façon exhaustive la prévention et le contrôle des drogues et du sida, et la réduction de la pauvreté, afin d'aider en particulier les pays les moins développés.

M. MOSTEFA BENMANSOUR (Ministre de l'intérieur, des collectivités locales et de l'environnement de l'Algérie): Au-delà de la situation particulière de chaque pays, il nous paraît essentiel que notre appréhension commune du phénomène de la drogue intègre le contexte économique et social dans lequel se développent ses deux composantes, à savoir la demande et l'offre de la drogue, et prenne en charge avec détermination la résorption de leurs causes sous-jacentes. D'un coté, l'existence d'une demande soutenue, connaît une croissance effrénée en liaison avec la tendance constatée dans certains pays consommateurs et la dépénalisation de l'usage de la drogue. De l'autre, la détérioration de la situation économique dans les pays en développement a entraîné la paupérisation dramatique des couches rurales et a créé un terrain fertile au développement d'activités spéculatives en tous genres, parfois délictuelles quand elles ne sont pas criminelles.

Face au fléau de la drogue, les pouvoirs publics algériens ont mis en place et renforcé un dispositif de mesures préventives, dissuasives et répressives. A cet effet, une Commission nationale de lutte contre la drogue et la toxicomanie a été installée, et un Plan directeur national a été élaboré et mis en oeuvre avec le concours de l'ensemble des structures compétentes de l'Etat et des organisations non gouvernementales sous la direction de l'Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie. La prévention s'exprime essentiellement à travers la sensibilisation des différentes composantes de la société, notamment la jeunesse. Cette action est soutenue par les médias qui accomplissent un travail fort appréciable. S'agissant le volet dissuasif, les efforts sont concentrés au niveau des frontières par le renforcement du contrôle en ressources humaines et en moyens matériels appelant nécessairement de gros efforts qui gagneraient à être relayés et amplifiés de manière conséquente par le PNUCID.

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M. M. H. MADOKA (Ministre d'Etat du Keny) : Au niveau national, les mesures suivantes ont été prises pour faire face au problème de la drogue : la création d'un organe anti-drogues; d'un comité de coordination interministériel permanent pour harmoniser, contrôler et évaluer toutes les mesures de contrôle en vigueur dans le pays; la promulgation, en 1994, d'une Loi sur le contrôle des stupéfiants et substances psychotropes, qui incorpore différentes dispositions de la Convention de Vienne de 1988; ainsi que la ratification de la Convention unique de 1961 sur les stupéfiants et de la Convention de 1988. En outre, le gouvernement procède à la ratification de la Convention de 1971 sur les substances psychotropes.

Au niveau sous-régional, le Kenya et ses voisins, l'Ouganda et la Tanzanie, oeuvrent en étroite coopération dans le domaine du contrôle des stupéfiants. Grâce à cette coopération, de nombreuses arrestations et saisies ont pu être réalisées. Ces trois pays ont également élaboré un protocole sur la lutte contre le trafic illicite des stupéfiants dans la région dont la signature est prévue dans le courant de l'année. En outre, le Kenya est le pays hôte de l'Organisation internationale de police criminelle (Interpol) - station de télécommunications pour 19 pays d'Afrique de l'est et d'Afrique australe et bureau sous-régional pour 10 pays d'Afrique de l'Est. L'expérience a montré qu'aucun pays ne peut réussir à contrôler la menace posée par la drogue à l'intérieur de ses frontières. En dépit des progrès réalisés par la communauté internationale, il reste encore beaucoup à faire. Le Kenya propose qu'Interpol devienne plus opérationnelle en vue de coordonner l'action contre les syndicats cartels de la drogues et empêcher que les fugitifs ne restent impunis.

M. OLEG BOZHELKO (Procureur général du Bélarus) : De par sa situation géographique, le Bélarus est à la croisée des chemins du trafic illicite de stupéfiants. Certains groupes criminels locaux sont impliqués dans le narco- trafic international. Il y a, en outre, une tendance dangereuse à l'importation dans le pays et la distribution en grandes quantités d'opium, d'héroïne et d'autres drogues. Le danger social de la consommation de drogues est également en augmentation. Environ 4.000 toxicomanes ont été recensés dans le pays qui compte 10 millions d'habitants. Les crimes liés à la drogue se sont multipliés au cours des cinq dernières années. Le Bélarus fait des efforts importants pour mettre fin au trafic illicite de drogue. Ainsi, une commission interdépartementale de lutte contre la criminalité et les drogues a été créée et un programme de mesures visant à lutter contre la toxicomanie a été adopté pour la période 1997-2000. On procède en outre à l'harmonisation de la législation avec les normes et principes internationaux. Des procédures strictes pour la circulation des drogues licites ont été définies. La responsabilité pour les crimes liés à la drogue a été renforcée. Le contrôle de l'Etat sur la production, la fabrication, la distribution et l'utilisation des plantes, substances et médicaments figurant dans les listes des conventions internationales a été renforcé. On développe les services de réhabilitation et les services spéciaux à l'attention des jeunes. Des spécialistes ont été formés pour déterminer les groupes vulnérables à l'abus de drogues et prendre des mesures préventives. Enfin, des campagnes

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d'information ont été lancées pour sensibiliser aux dangers de l'abus des drogues. Le Bélarus étend constamment son interaction multilatérale et bilatérale avec les agences de l'ONU, les organisations internationales et les autres pays dans le domaine du contrôle des drogues. Des opérations conjointes contre le trafic de drogues ont été menées avec succès en coopération avec les organes d'application de la loi des pays de la CEI et d'autres pays voisins.

M. CHAPSON J. BUTALE (Ministre de la santé du Botswana) : Ma délégation soutient pleinement la mise en place d'une approche globale, multilatérale et multisectorielle qui prenne en compte les implications sociales et économiques de la production, du trafic et de l'abus des drogues. Nous partageons aussi le point de vue selon lequel les stratégies à élaborer au cours de cette session devraient attacher de l'importance à la participation et à l'engagement actifs du public en vue d'assurer un soutien le plus large possible aux activités de contrôle de la drogue. Au niveau national, le Botswana a mis en place des mécanismes qui permettront d'augmenter sa capacité à participer aux actions de la communauté internationale dans le combat contre le trafic et l'usage des drogues illicites. Le Botswana le fait en mettant à exécution les traités internationaux relatifs au trafic des drogues, en soutenant la résolution S-17-2 de l'Assemblée générale adoptée lors de sa 7ème session spéciale, et en mettant en place sur le terrain les activités recommandées par le Programme global d'action.

Le Ministère de la santé, à travers le "Drugs regulatory unit", combat le détournement des stupéfiants et des substances psychotropes à des fins illégales, et contrôle certains composés chimiques spécifiques à travers un système de permis d'importation et de distribution. Il reste certes du travail à accomplir pour établir un comité national chargé de la surveillance de l'exécution des activités du Programme global d'action et de la promotion d'un soutien populaire à ce programme. Néanmoins, des séminaires sur la prévention du crime et sur les abus de drogues ont déjà lieu dans les écoles et les communautés pour contribuer à la réduction de la demande en drogue.

M. MIHALY KOKENY (Ministre de l'assistance sociale de la Hongrie) : Au cours des dernières années, on a pu constater que les trafiquants de drogue empruntent sur la "Route des Balkans" des moyens de plus en plus sophistiqués par lesquels ils assurent la distribution de la drogue. L'apparition de nouvelles drogues synthétiques menace gravement l'avenir des jeunes. Au cours de la première guerre mondiale, le Premier Ministre français Georges Clémenceau avait déclaré que la guerre était trop importante pour être confiée uniquement aux militaires. Si nous appliquons ce message à la guerre que la communauté internationale mène contre la drogue, nous pouvons seulement déclarer que les services médicaux et le courage ne suffisent pas pour combattre avec succès ce fléau. Il est nécessaire d'établir un partenariat entre tous les secteurs de la société, de définir une politique nationale bien coordonnée, intégrée et cohérente ainsi qu'établir une coopération efficace. La Hongrie a adhéré à toutes les conventions pertinentes des Nations Unies, et a harmonisé sa législation nationale avec les dispositions contenues dans ces

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instruments. Elle coopère étroitement avec le Programme des Nations Unies pour le contrôle des drogues (PNUCID) et avec l'Organe international de contrôle des stupéfiants. La Hongrie appelle les pays qui ne l'ont pas encore fait à ratifier ou à adhérer aux conventions des Nations Unies.

Le Gouvernement hongrois se déclare fermement opposé à la légalisation de toute drogue. Ces pratiques seraient en contradiction non seulement avec l'esprit des conventions en vigueur mais elles pourraient produire des effets inverses sur les activités de sensibilisation contre la drogue visant les jeunes. Les mesures adoptées en Hongrie pour renforcer le rôle des institutions nationales chargées de l'exécution des lois ont déjà permis de réaliser des progrès importants en matière de saisie d'héroïne, de cannabis et de drogues synthétiques. La Hongrie continue de développer sa coopération judiciaire, douanière et de police, réduisant ainsi la production et le trafic des stupéfiants et le blanchiment de l'argent. Un Comité de coordination pour la lutte contre la drogue a été mis en place et est rattaché au Cabinet du Premier Ministre. Par le biais de cette structure de haut niveau, la Hongrie entend améliorer la coordination interinstitutions et promouvoir la mise en oeuvre complexe et efficace d'une stratégie nationale contre l 'abus des drogues. C'est une approche multidisciplinaire qui accorde une attention équilibrée à la fois à la réduction de la demande et de l'offre. Seule une vision pragmatique de la santé publique et des actions globales visant à réduire la consommation des drogues peuvent contribuer au succès de la lutte contre la menace de la drogue.

M. SOUBANH SRITHIRATH (Vice-Ministre des affaires étrangères de la République démocratique populaire lao) : La République démocratique populaire lao est un pays producteur de drogue et de transit et est situé dans le Triangle d'Or. Cependant, il est important de souligner que l'évolution du problème de la drogue y diffère de celle des autres pays puisque la production d'opium se fait à petit échelle et représente depuis des siècles la source essentielle de revenus pour certains groupes ethniques. En ce qui concerne le trafic de drogue, on assiste de plus en plus au transit d'héroïne et d'amphétamines à travers le pays. Compte tenu de cette situation alarmante, le Gouvernement a pris des mesures sévères, et cela malgré les moyens financiers et techniques limités dont il dispose. Convaincu de l'importance des projets de développement alternatif pour réduire la production d'opium, la République démocratique populaire lao a également mis en place dès 1994 un Plan national de contrôle de la drogue qui est actuellement revu en collaboration avec le PNUCID. Il a procédé en 1996 à une enquête sur la production et la consommation d'opium. Une stratégie nationale, élaborée en collaboration avec le PNUCID, pour éradiquer les cultures de pavot à opium et réduire la consommation sera appliquée sur une période de 10 années à partir de 1998 et nécessite 81 millions de dollars américains. La République démocratique populaire lao compte sur le soutien de la communauté internationale pour l'aider à financer cette stratégie. Sur le plan juridique, la République démocratique populaire lao a adopté un code pénal prévoyant des pénalités très lourdes pour le trafic de drogue et compte le compléter par des dispositions sévères contre le blanchiment de l'argent de la

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drogue et le trafic des précurseurs chimiques dans un proche avenir. Sur le plan de la coopération internationale, la République démocratique populaire lao a ratifié les Conventions des Nations Unies de 1961 et 1971, et compte ratifier celle de 1988. Il a également passé des accords bilatéraux de coopération dans les domaines de la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants avec le Myanmar, Cuba et les Philippines.

M. MOHAMAD TAJOL ROSLI BIN MOHAMAD GHAZALI (Vice-Ministre des affaires intérieures de la Malaisie) : Depuis 1996, le Gouvernement de Malaisie coordonne toutes les activités anti-drogues grâce au Conseil national contre les stupéfiants. L'Agence nationale contre les narcotiques, récemment créée, est chargée de la mise en oeuvre des politiques et programmes nationaux dans ce domaine. Le Gouvernement accorde la plus haute priorité à l'éducation préventive dès l'école maternelle jusqu'à l'université. Ce programme va de pair avec des programmes et activités d'information publique impliquant l'ensemble de la population, ainsi que le secteur privé. Au cours des derniers mois, le Gouvernement a entamé le développement d'une initiative visant à créer un pays sans drogue d'ici à 2023. Pour parvenir à cet objectif, nous croyons tout d'abord à la création d'une génération sans drogue. Des programmes et des stratégies sont développés, dont un programme global de réduction de la demande. Nous sommes convaincus que cette vision, bien qu'ambitieuse, est réalisable. Au niveau régional, les pays membres de l'ANASE veulent créer une Asie du Sud-Est sans production, fabrication, trafic et consommation de drogues illicites. Les Ministres de l'ANASE devraient adopter une Déclaration conjointe à cet égard lors de leur réunion en juillet prochain.

Le système juridique malais comprend les dispositions juridiques adéquates pour traiter des questions relatives à l'extradition et les poursuites criminelles. Consciente de l'importance de la réhabilitation des toxicomanes, la Malaisie veut essayer toutes les méthodes de traitement et de réhabilitation et est prête à partager son expérience dans ce domaine en vue de développer des méthodes de réhabilitation moins coûteuses. La Malaisie est également prête à coopérer avec les autres gouvernements pour identifier, geler et confisquer les biens des trafiquants de drogue. Des mesures urgentes doivent être prises pour réduire la production et prévenir l'expansion de la consommation de stupéfiants de type amphétamine. Pour sa part, la Malaisie a fait du trafic de ces substances un délit capital. La Malaisie salue le travail réalisé par M. Pino Arlacchi à la tête du Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID). Tous les pays devraient contribuer généreusement au PNUCID et ne pas lier leurs contributions à des conditions, politiques ou autres.

M. MURATKALI NUKENOV (Vice-président du Comité de sécurité nationale de la République du Kazakhstan) : Il faut constater avec regrets que le niveau de l'usage des drogues et du trafic illicite des stupéfiants est allé en s'accroissant au cours des dernières années au Kazakhstan. Cette situation est le résultat d'une séries de facteurs liés entre eux. L'inadéquation de la législation, qui est loin de répondre aux besoins des nouvelles réalités

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sociales et politiques, et l'absence des moyens dont aurait besoin l'Etat pour pouvoir réduire ou mettre un frein à la croissance de la courbe croissante de l'abus des drogues et des activités des trafiquants. Cette situation est caractéristique de tous les pays en transition. La configuration géographique particulière du Kazakhstan attirent les activités des trafiquants internationaux de drogue. Leur association avec les trafiquants locaux est une réalité. Par exemple, les trafics entre l'Asie du sud-est et les Etats- unis et l'Europe, à travers l'Asie centrale, ont considérablement augmenté ces dernières années. En 1997, le volume de drogue saisi au Kazakhstan était presque le double de celui effectué au cours des six années précédentes.

Comme le reste de l'Asie centrale, le Kazakhstan est en train de devenir otage des trafics internationaux et par conséquent, appelle l'attention de la communauté internationale sur la région de l'Asie centrale. Nous visons à accroître notre coopération avec les organisations internationales, et en premier lieu avec les Nations Unies. Nous sommes intéressés dans les projets visant l'éradication des plantes contenant des substances psychotropes, tout en utilisant les moyens les plus fiables sur le plan environnemental pour les éliminer. L'urgence de ce besoin vient du fait que notre pays a une des base les plus larges de matières premières pouvant fournir de la drogue: environ 1,2 million d'hectares sont dévolus à la production de cannabis, de pavot et d'Ephedra sinica, et 850 000 hectares non utilisés pour des activités agricoles pourraient servir à la production du pavot à opium.

M. YURI USHAKOV (Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie) : Le pays compte environ deux millions de toxicomanes. L'augmentation annuelle sensible de ce nombre préoccupe gravement le gouvernement. La Fédération de Russie est situé à un carrefour d'importants itinéraires de trafic de stupéfiants. Le gouvernement prend des mesures fermes, de nature sociale, institutionnelle, médicale et juridique, sur la base de son Programme fédéral mis en oeuvre pour lutter contre la drogue. En avril 1998, la loi sur les stupéfiants et substances psychotropes est entrée en vigueur. Les institutions chargées de l'application de la loi contre le trafic des stupéfiants ont été considérablement renforcées; des centres de prévention et de réhabilitation des toxicomanes ont été créés; et les campagnes de sensibilisation ont été développées. Toutes ces activités sont coordonnées par la Commission spéciale gouvernementale. La Fédération de Russie attache une grande importance à la mise en place d'obstacles au trafic des stupéfiants dans le cadre de la Communauté des Etats indépendants (CEI). Elle participe activement à l'élaboration d'un programme interétatique sur les mesures de lutte contre le crime organisé et autres délits graves dans la CEI d'ici l'an 2000, adopté par le Conseil des Chefs d'Etat de la Communauté en mai 1996 et qui comporte un chapitre spécial consacré à la lutte contre les drogues. Dans le cadre de la coopération internationale, la Fédération de Russie a établi des contacts constructifs avec de nombreux pays d'Amérique latine, d'Asie du Sud-Est et d'autres régions du monde pour lutter contre le problème mondial de la drogue. L'application des lois et les mesures répressives ne suffisent pas à combattre ce fléau. Les aspects sociaux et médicaux jouent un rôle de plus en plus important et contribuent largement à

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la lutte contre la drogue. La Fédération de Russie est fermement opposée à la légalisation des drogues utilisées à des fins autres que médicales, qu'elles soient dures ou douces, et contre l'absence de tout contrôle. Favorable au renforcement des mécanismes existants dans le système des Nations Unies, la Fédération de Russie souligne, à cet égard, le succès de la Conférence anti- drogues tenue à Moscou en avril 1997 conjointement avec le PNUCID.

M. SALEH AL-SHAIKH (Vice-Ministre assistant des affaires juridiques, Ministère de l'intérieur de l'Arabie saoudite) : Le Gouvernement de l'Arabie saoudite lance un appel pressant à tous les pays, qui ne l'ont pas encore fait, pour qu'ils adhèrent aux conventions internationales contre les drogues, afin de préserver les jeunes et les enfants, ainsi que les générations futures. Les efforts concertés de tous les pays sont plus que nécessaires aujourd'hui pour lutter contre la drogue. Il importe d'adopter des mesures favorisant la mise en oeuvre des accords et conventions pour le contrôle des stupéfiants. L'Arabie saoudite suggère que l'on élabore une étude qui examinerait les obstacles qui entravent la mise en oeuvre des conventions des Nations Unies dans ce domaine et de rechercher des solutions pour leur mise en oeuvre, en particulier, dans les pays producteurs et les pays de transit. L'Arabie saoudite est gravement préoccupée par la proportion qu'a pris le blanchiment de l'argent dans certaines régions du monde. Elle estime qu'il faut renforcer la coopération en ce qui concerne l'élimination des cultures illicites et encourager les cultures alternatives. La coopération judiciaire et le renforcement des textes législatifs sont également essentiels dans la lutte contre le trafic de drogues, le crime organisé, les bandes terroristes responsables du trafic de drogues, le commerce des armes et les autres crimes déstabilisant les Etats. A cet égard, il importe de renforcer l'échange d'expertises et de données. L'Arabie saoudite réaffirme que la lutte contre la drogue est une responsabilité qui incombe à tous.

Pour sa part, le Gouvernement saoudien ne souscrira pas aux propositions visant à donner un caractère licite à certaines drogues et à autoriser leur consommation. La consommation de drogues est en effet contraire à la religion et va à l'encontre de la dignité de l'homme. L'Arabie saoudite appuie le travail accompli par le PNUCID et souhaite que ce programme soit coordonné avec d'autres organismes des Nations Unies.

M. ALI HACHANI (Tunisie) : A l'instar d'autres pays engagés en faveur d'une coopération internationale en matière de lutte contre le crime organisé sous toutes ses formes, la Tunisie réitère son appel en faveur d'une coopération multilatérale en vue d'éradiquer la production, le trafic et la consommation des drogues. La coopération devra s'articuler autour des éléments contenus dans la déclaration politique que les Etats Membres s'apprêtent à adopter. A cet égard, la Tunisie souligne l'engagement ferme de tous les Etats en faveur du respect des obligations qui leur incombent en vertu de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 et la Convention sur les substances psychotropes de 1988, ainsi que la mise en oeuvre sur le plan national de législations et stratégies dans ce sens. La Tunisie, qui n'est pas un pays de production ni de consommation, est signataire des conventions

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des Nations Unies en vigueur. En outre, elle est dotée d'un important dispositif législatif en matière de prévention et de répression. La mondialisation du phénomène de la drogue et ses répercussions sur la communauté internationale nécessitent plus que jamais une coopération multilatérale qui devrait être articulée autour de la reconnaissance de la responsabilité collective et partagée en matière de lutte contre la drogue; de l'appui financier des pays nantis et des institutions financières internationales; et d'une meilleure coordination entre les différents mécanismes existants du système des Nations Unies. Sur le plan régional, le Plan d'action de l'OUA adopté à Yaoundé en juillet 1996 constitue le principal instrument de coordination et de contrôle des activités de lutte contre la drogue en Afrique et mérite, à ce titre, la poursuite de l'appui du PNUCID et autres organisations compétentes du système des Nations Unies.

M. NASSER BIN HAMAD AL-KHALIFA (Qatar) : Tous les Etats du monde doivent aujourd'hui faire face aux menaces de la drogue. Le trafic illicite de la drogue, qui s'est exacerbé au cours des dernières années, a profité de l'ouverture des frontières engendrée par la mondialisation. Les cartels internationaux qui poussent au trafic des substances psychotropes disposent aujourd'hui de moyens que ne peuvent contrecarrer individuellement les Etats. Les circonstances économiques de certains pays en développement doivent être prises en compte dans les programmes pour combattre la drogue. Une coopération forte et suivie doit être établie entre pays pauvres et pays riches. Nous sommes disposés à accepter toutes les recommandations de la présente session extraordinaire pour le bien des générations futures. Le Qatar es conscient de l'importance des mesures à prendre.

Le Qatar a formulé un plan scientifique pour que les jeunes soient sensibilisés, notamment à travers les médias, sur les risques que posent les abus de drogues. Les toxicomanes bénéficient aujourd'hui de programmes de réhabilitation. Qatar est partie à toutes les conventions internationales contre les drogues. L'état de Qatar a aussi, indépendamment des traités internationaux, pris des mesures contre le blanchiment de l'argent et, convaincu de l'importance de la coopération internationale, souhaite participer aux initiatives visant à l'élimination des plantes psychotropes.

M. JASSIM MOHAMMED BUALLAY (Bahreïn) : La toxicomanie est un fléau d'envergure internationale qu'il convient de combattre sur tous les fronts. Le trafic illicite des drogues a été facilité par le développement des technologies, en particulier dans le domaine des communications et des transports. Les Etats doivent donc être ingénieux dans la lutte contre ce fléau, y compris par la mise en place d'un arsenal juridique renforcé. Bahreïn appuie la proposition de fournir une aide sociale aux cultivateurs qui abandonnent les cultures illicites pour se tourner vers des cultures de remplacement.

Bahreïn, pour sa part, a décidé de consacrer toutes les ressources possibles pour empêcher la propagation de la drogue dans le pays, en collaboration avec toutes les institutions nationales. Une unité et un

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programme unique ont été instaurés visant à accorder tous les soins médicaux aux toxicomanes. Des colloques et des conférences éducatives axés sur la prévention, ainsi que des programmes télévisés et de radio et des articles dans la presse, ont été élaborés en vue de sensibiliser l'opinion publique aux dangers de la drogue. On s'efforce, en outre, de créer des emplois nouveaux pour les anciens toxicomanes afin de faciliter leur réinsertion. Enfin, l'arsenal pénal a été renforcé pour ce qui est des crimes liés à la drogue. Bahreïn a aussi essayé d'unifier ses lois sur la base des préceptes de la Charia islamique. Au niveau du Conseil de coopération du Golfe, des colloques sont également organisés et on s'efforce d'adopter toutes les mesures qui s'imposent pour la réduction de la demande. On contrôle également l'importation et la circulation des plantes susceptibles d'être utilisées dans la fabrication de drogues et des précurseurs.

M. GIAN NICOLA FILIPPI BALESTRA (Saint-Marin) : Nous devons nous engager collectivement à lutter contre l'offre et la demande de stupéfiants et cesser de chercher à savoir qui est à blâmer et qui est responsable. La consommation et le trafic des drogues forment un cercle vicieux dans lequel aucun pays n'est épargné. Les pays développés et les pays en développement doivent collaborer pour casser ce cercle. Nous devons axer nos efforts sur la création d'une culture préventive à même de contrecarrer l'attirance des drogues en associant à cette démarche la société à tous les niveaux, écoles, familles, et communautés. Sain-Marin fait face, à l'image des autres pays européens, au problème de la consommation croissante de stupéfiants parmi les jeunes, en particulier de drogues synthétiques, type amphétamine. Il semblerait que parmi les causes de cet attrait des jeunes par les drogues se trouve le manque de valeurs et d'idéaux à poursuivre. Une organisation telle que les Nations Unies constitue le cadre idéal pour renforcer ces valeurs puisque les concepts de paix, d'égalité et de respect des droits de l'homme et de la justice sociale y sont défendus et promus. L'Organisation joue donc un rôle essentiel pour répondre aux attentes et idéaux des jeunes.

Sain-Marin est convaincu de l'importance de la coopération judiciaire et criminelle entre Etats comme l'un des moyens les plus efficaces pour obtenir des résultats tangibles dans les domaines de la lutte contre le trafic et le blanchiment de l'argent de la drogue. Dans ce contexte, Sain-Marin a signé en 1995 la Convention européenne sur le blanchiment de l'argent, et est un membre actif du Groupe Pompidou depuis 1991. Sain-Marin a également accueilli en 1998, un séminaire international sur la consommation de la drogue dans les lieux de loisir.

M. AGIM NESHO (Albanie) : Son pays appuie pleinement les projets de déclaration politique et de déclaration sur la réduction de la demande et autres mesures; il estime que ces textes créeront un nouvel élan pour la communauté internationale dans la lutte contre le problème mondial de la drogue. L'Albanie s'engage à prendre part à ce processus et à la poursuite de l'objectif commun de créer un monde exempt de drogues. L'Albanie est confrontée à ce fléau à cause de sa situation géographique, et des graves problèmes politiques, économiques et sociaux depuis le début de la présente

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décennie. Les changements politiques et économiques considérables intervenus dans le pays au cours de son processus de démocratisation, l'absence d'expérience, de législation efficace en matière de lutte contre la drogue et de structures institutionnelles appropriées n'ont fait que contribuer à aggraver ce problème dans le pays. Le Gouvernement albanais a mis en place un Comité anti-drogue chargé d'élaborer une stratégie nationale et de coordonner les efforts accomplis par les autres structures gouvernementales. En même temps, la priorité est donnée à la création et à la mise en place d'un cadre juridique moderne conformément aux normes internationales. La situation géographique de l'Albanie exige une étroite coopération avec les pays voisins, notamment l'Italie et la Grèce, avec lesquels le Gouvernement albanais traite bilatéralement pour établir un contrôle plus efficace des frontières et mettre en place des actions communes contre le trafic illicite des stupéfiants, le blanchiment de l'argent et les activités criminelles qui en découlent. Dans la mesure où ce phénomène est nouveau pour l'Albanie, les autorités albanaises coopèrent étroitement avec les mécanismes compétents du système des Nations Unies et de l'Union européenne. En élaborant une stratégie contre la drogue, l'Albanie juge nécessaire de redoubler d'efforts en faveur des jeunes, en créant un climat social qui sensibilise l'opinion publique au danger de la drogue.

M. PIERRE LELONG (Président de la délégation de Haïti): La situation géographique des Caraïbes qui, avec plus de 2.000 îles, relient l'Amérique du Sud à l'Amérique du Nord, servant aussi de pont vers l'Europe, fait de cette zone, un lieu privilégié pour les narco-trafiquants. Profitant des difficultés qu'a connues Haïti dans un passé récent, ainsi que de la complicité de certaines autorités d'alors, les organisations criminelles ont intensifié leurs activités, convertissant notre pays en un maillon important de la chaîne de distribution de la drogue. Les profits illicites ainsi générés ont favorisé la corruption, compromettant de ce fait l'intégrité de l'administration, érodant la stabilité économique et finalement fragilisant les institutions du pays.

Depuis le retour à l'ordre constitutionnel, en dépit de la précarité de ses moyens, le Gouvernement de Haïti a déployé beaucoup d'efforts dans la lutte contre le trafic de la drogue sous toutes ses formes. Sur le plan interne, deux avant-projets de loi en matière de répression du trafic de drogue et du blanchiment de l'argent ont été préparés par le Ministère de la justice. En outre, le Ministère de la santé publique et de la population a élaboré un autre projet de loi sur la pharmacie prévoyant des mesures de contrôle strict de certaines drogues. Un projet de plan directeur national de lutte contre la drogue prévoit la création d'un Conseil national à cet effet, et le Gouvernement haïtien compte sur l'assistance technique internationale et régionale pour l'aider à doter ce Conseil de moyens de communication modernes, d'une capacité institutionnelle efficace et d'une solide base d'information. Une unité de surveillance douanière a été mise sur pied en mai 1997, et les fonctionnaires et agents d'exécution de la loi, en Haïti, ont pu tirer profit de cours et séminaires dispensés grâce à la coopération du Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID). Les

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saisies de drogues qui, autrefois, relevaient souvent du fait du hasard, résultent de plus en plus d'opérations bien planifiées par les services de lutte contre la drogue.

M. TAYE WAH MICHEL WAN CHAT KWONG (Maurice) : Les pays en développement qui sont mal équipés en termes de ressources financières et humaines sont des proies faciles pour les cartels de la drogue internationaux parfaitement organisés. Jusqu'au début des années 1980, Maurice ne connaissait que le problème de l'abus des drogues douces. La situation a changé radicalement en 1984 avec l'arrivée du "sucre brun", une forme brute d'héroïne. La consommation d'héroïne s'est répandue parmi tous les groupes économiques et ethniques, avec tous les maux qui y sont associés. Les mesures prises par le Gouvernement pour contrecarrer ce fléau moderne incluent la réhabilitation et l'éducation. En 1987, le Gouvernement a créé une Unité éducationnelle de santé et de politique anti-drogue. En ce moment, un programme intensif visant à freiner la prolifération de la drogue est mis en oeuvre par l'Agence nationale pour le traitement et la réhabilitation des toxicomanes. L'unité anti-drogue des forces de police mauriciennes mène une bataille inlassable contre les barons de la drogue locaux et internationaux.

La coopération internationale est essentielle pour le succès de la mise en oeuvre des efforts de réduction de l'offre. Aucun pays ne peut espérer vaincre seul les puissants trafiquants de drogues internationaux. Avec une coopération judiciaire améliorée et des efforts concertés pour combattre le blanchiment de l'argent, nous avons une chance de freiner, voire renverser la vague actuelle des stupéfiants. A cet égard, le Gouvernement de Maurice introduira prochainement une loi contre le blanchiment de l'argent et le crime économique à l'Assemblée nationale.

M. SAMIR MOUBARAK (Représentant permanent du Liban auprès des Nations Unies) : La consommation illicite des drogues est un fléau qui frappe les sociétés modernes et affecte tous les aspects de la vie. Le combattre exige une stratégie globale dans laquelle tous les pays sont impliqués. L'Organisation des Nations Unies, ses agences et programmes doivent, quant à eux, jouer un rôle essentiel pour contrer cette menace et protéger l'humanité. Le problème c'est encore aggravé ces dernières années avec l'apparition de différents types de drogues et de substances psychotropes et le développement de leur trafic illicite. Il représente un grave défi tant pour les pays développés que pour ceux en développement et fait régner un climat tendu dans les relations entre Etats. C'est pourquoi la lutte contre le trafic illicite des drogues est devenue une composante de la sécurité collective que les Nations Unies s'efforcent de mettre en place. Personne n'ignore que l'aggravation de la pauvreté et le manque de développement sont parmi les causes principales de ce fléau et il convient de rappeler que, tant dans la Déclaration commémorant le cinquantième anniversaire de l'Organisation que dans le cadre de grandes conférences internationale sur le développement, nous

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avons accepté de renforcer la coopération internationale pour combattre le trafic illicite des drogues en échange d'une aide internationale accrue visant à éliminer la pauvreté et à parvenir au développement durable dans les pays en développement.

Le Liban est l'un des pays en développement en mal d'aide internationale. Parti aux trois conventions relatives à la lutte contre les drogues, il est fermement déterminé à les mettre scrupuleusement en oeuvre. Ces dernières années, nous avons ainsi détruit les cultures illicites de la plaine de la Bekaa et avons alloué les ressources humaines et techniques nécessaires au Bureau de contrôle des drogues. Notre politique à l'égard des cultivateurs et des trafiquants illicites est très sévère. C'est ainsi un commerce illicite générant des revenus d'un milliard de dollars par an qui a été éliminé. C'est pourquoi nous attendons des gouvernements amis, et notamment de ceux qui doivent faire face au problème de consommation abusive, qu'ils nous viennent en aide, tant financièrement que techniquement, afin de garantir la pleine réalisation de nos programmes nationaux de lutte. Nous avons besoin de l'aide étrangère pour soutenir notamment les projets d'établissement de centres de réhabilitation et entreprendre une politique d'information du grand public.

M. RAFAEL CALDERA (Président de la République du Venezuela) : Le Venezuela est touché par la consommation de drogues mais n'est pas un pays producteur. Les cultures de pavot ont, en effet, été supprimées. Toutefois, nous luttons pour que notre situation géographique et interne ne puisse pas servir de voie de passage pour les stupéfiants. Le Venezuela est disposé à participer à tous les efforts internationaux dans la lutte contre la drogue et appuie les textes proposés au cours de cette Session extraordinaire. La solidarité de toutes les nations est indispensable dans cette lutte. Il importe que les responsabilités et les informations soient partagées entre tous les pays. Pour sa part, le Venezuela est disposé à jouer son rôle et à assumer sa part de responsabilité, dans le respect de sa souveraineté. La lutte contre les drogues se déroule depuis quelque temps dans le domaine de la répression et du contrôle. Parmi les efforts à faire, il y a la voie de la prévention. Mais il faut réviser les méthodes qui existent dans ce domaine. Au Venezuela, on essaie d'encourager les jeunes à être eux-mêmes les agents de la prévention et à montrer à leurs compagnons la voie à suivre. Etant donné la haute priorité accordée par le Gouvernement à la lutte contre les drogues, le Président de la Commission nationale contre la consommation abusive des drogues a le statut de Ministre d'Etat et bénéficie de tous les moyens nécessaires pour accomplir sa tâche. La voie est difficile, juchée d'embûches. La lutte réalisée jusqu'à présent n'a pas permis d'enregistrer tous les résultats escomptés. Le Venezuela est disposé à apporter sa contribution et à tout mettre en oeuvre pour montrer que la solidarité internationale peut agir dans la lutte contre tous les fléaux qui touchent le monde.

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