TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE DONNEE PAR LE SECRETAIRE GENERAL KOFI ANNAN AU SIEGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LE 29 JUILLET 2002

2 August 2002
SG/SM/8318

TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE DONNEE PAR LE SECRETAIRE GENERAL KOFI ANNAN AU SIEGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LE 29 JUILLET 2002

02/08/2002
Communiqué de presseSG/SM/8318

                                                            SG/SM/8318

                                                            2 août 2002

TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE DONNEE PAR LE SECRETAIRE GENERAL KOFI ANNAN AU SIEGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LE 29 JUILLET 2002

M. Eckhard : Veuillez excuser le retard. Le dernier rendez-vous du Secrétaire général l’a retardé d’une quinzaine de minutes.

Mesdames et messieurs, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies et son invité.

Le Secrétaire général : Mesdames et messieurs, bonjour. Ce matin, j’aimerais présenter le prochain Haut Commissaire aux droits de l’homme.

Je pense que vous connaissez tous très bien M. Sergio Vieira de Mello. Il va assumer l’une des tâches les plus ardues du système, mais les tâches ardues n’ont rien de nouveau pour lui. Comme vous le savez, il vient de mener à bien l’oeuvre difficile qui lui a été confiée au Timor oriental, et qu’il a brillamment accomplie. Nous nous réjouissons à la perspective d’avoir un remarquable Haut Commissaire aux droits de l’homme.

Mme Mary Robinson, si dévouée à l’Organisation et à la cause des droits de l’homme, nous quitte le mois prochain. Prendre sa relève ne sera pas une mince affaire, mais je suis sûr que Sergio sera à la hauteur.

M. Vieira de Mello : Merci, Monsieur le Secrétaire général. Comme je vous l’ai dit en venant, ce n’est pas la première fois que vous me présentez; cela devient une habitude. Merci pour cette nouvelle mission de tout repos, après celle que vous m’avez confiée au Timor oriental.

Ai-je besoin de le préciser, je serai très bref.

Tout d’abord, je voudrais rendre un chaleureux hommage à Mary Robinson. Il sera très difficile de prendre la relève, comme vient de le dire le Secrétaire général.

Deuxièmement, en étant très proche, par la concertation et le partenariat, du Secrétaire général, du système des Nations Unies, des organisations non gouvernementales, d’autres représentants de ce que nous appelons maintenant la société civile – et ils sont nombreux – et de vous, les médias, l’État dans l’État – je m’emploierai de toutes mes forces à mettre à profit l’héritage de mes deux prédécesseurs pour faire des droits de l’homme une source d’unité, et non de division, pour en faire quelque chose que les gouvernements et les acteurs non étatiques considèrent comme un avantage, et non juste comme une charge qui pèse sur eux – quelque chose qui soit réellement indissociable de notre vie et de celle de notre société, et non pas quelque chose d’extérieur ou d’étranger à nos vies, non pas une préoccupation abstraite, car elle n’a rien d’abstrait.

Une fois de plus, le Secrétaire général et vous tous pouvez compter sur le dévouement enthousiaste de quelqu’un qui a servi cette organisation et rien qu’elle, et qui croit autant qu’il croit dans ce que nous appelons toujours les principes de Hammarskjöld, à savoir l’indépendance et l’intégrité.

Question : Ma question, c’est en fait deux questions. Votre prédécesseur, Mme Mary Robinson, a la réputation de susciter la controverse. Je me demande si vous pensez que c’est dans la nature du travail. Est-ce que ça fait partie de votre rôle de dire ce que vous pensez? Comme vous venez de le dire vous-même, vous appartenez au système. Vous avez travaillé pendant toute votre vie adulte dans le système. Pensez-vous que votre façon d’aborder les choses sera différente?

Maintenant, une question plus spécifique, qui porte sur le Moyen-Orient : certains considèrent que l’ONU a peut-être fait trop de courbettes aux États-Unis sur la question du Moyen-Orient – et que les Palestiniens sont en quelque sorte un peuple oublié. Êtes-vous d’accord? L’ONU en a-t-elle fait assez pour défendre les droits des Palestiniens?

M. Vieira de Mello : Concernant la deuxième question, j’ai fait savoir très clairement la semaine dernière que, jusqu’au 12 septembre, je ne ferai aucun commentaire sur aucune question spécifique, et encore moins sur une question relative à une région géographique. Mme Mary Robinson est encore en poste, et nous ne pouvons pas être deux à nous exprimer sur les mêmes sujets. Mais le Secrétaire général aura peut-être des observations plus générales en réponse à votre question.

Quant à la première question : nous sommes tous différents – Dieu merci – et nous avons tous chacun notre style. Appartenir au système ne signifie pas avoir passé sa vie à son bureau. Vous savez que ce n’est certainement pas mon cas. Exprimer son point de vue fait partie de la définition d’emploi du Haut Commissaire aux droits de l’homme. Mais tout dépend quand, comment et dans quel but, et si c’est le meilleur moyen de parvenir au résultat recherché. La réponse à votre question est donc oui, une fois tout bien pesé et selon ce qui est en jeu.

Question : Après le Timor oriental et le Kosovo quels enseignements pouvez-vous appliquer à votre nouvelle mission? Avez-vous l’impression ou la conviction qu’un État ou un pays en particulier doive être surveillé sur le plan des droits de l’homme? Et dernière partie de la question : Y a-t-il des normes? Car les pays considèrent les droits de l’homme, semble-t-il, de points de vue de plus en plus différents.

M. Vieira de Mello : En fait, vous me posez trois questions.

En ce qui concerne certains pays et les systèmes de surveillance en matière de droits de l’homme, je n’aime pas beaucoup le mot « surveillance ». Mais vous savez qu’il existe à l’ONU un système de rapporteurs spéciaux. Et il est vrai que des rapporteurs spéciaux examinent minutieusement et régulièrement la situation de certains pays en matière de droits de l’homme.

Deuxièmement, s’agissant du Timor oriental, les leçons à tirer de l’expérience sont nombreuses, de même que de celle du Kosovo. Au Timor oriental en particulier, il nous a été demandé – peut-être pour la première fois de l’histoire de l’Organisation – de bâtir une nation sur les cendres de ce qui avait existé là auparavant. Il a notamment fallu mettre en place les nouvelles institutions démocratiques, toutes les institutions démocratiques : exécutives, législatives et judiciaires, ainsi qu’une nouvelle police et de nouvelles forces de défense. Comme nous y étions dans le cadre de l’ONU, toutes les structures ainsi créées devaient reposer sur un principe des plus fondamentaux, à savoir le strict respect des droits de l’homme. Donc, ce n’est pas comme si l’ONU s’occupait des droits de l’homme dans l’abstrait; nous possédons aussi une expérience extrêmement concrète de l’édification d’institutions qui garantissent le respect des droits de l’homme. Je suis persuadé que, quelles qu’aient été nos insuffisances, nous avons laissé au Timor oriental un nouveau gouvernement et de nouvelles institutions qui auront un profond respect pour ces principes universels.

Cela m’amène à votre troisième question. Il ne fait aucun doute qu’il existe différentes manières d’appliquer des principes universels – compte tenu de la culture, de l’histoire et de la religion. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’un principe soit mis en vigueur et appliqué de la même façon à l’Est, à l’Ouest, au Nord et au Sud. Ce qui n’enlève rien au fait que ces principes et valeurs sont authentiquement universels. C’est la recherche d’un juste équilibre entre ces deux aspects qui rend ce travail particulièrement ardu.

Question : Quels seront vos rapports avec le vaste groupe d’organisations non gouvernementales oeuvrant dans le domaine des droits de l’homme, qui ont leur propre personnel, leurs propres organes de recherche et leur propre très grand appareil de relations publiques? Dans quelle mesure pensez-vous qu’il va vous créer des difficultés? Quels seront vos rapports avec eux?

M. Vieira de Mello : Écoutez, tout d’abord, je me suis réuni avec quelques-unes d’entre elles ce matin même, et j’en rencontrerai beaucoup d’autres dans les jours qui viennent. Quant à me créer des difficultés – si vous voulez dire par là se livrer à des critiques constructives, je leur ai dit à maintes reprises que leurs critiques seront accueillies avec le plus grand intérêt puisque c’est ma manière de travailler. Nous avons chacun notre rôle, que nous ne devons pas confondre. Mais nous travaillons en partenariat et continuerons de le faire.

Deuxièmement, n’oubliez pas que nous avons tous deux des antécédents pour ce qui est de travailler en étroite association avec les organisations non gouvernementales – non seulement dans une optique humanitaire, dans celle du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ou du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, mais également dans le cadre du maintien et de la consolidation de la paix. Aucune de ces activités de l’ONU ne serait possible sans la participation active des organisations non gouvernementales, qu’elles soient engagées dans la promotion ou dans des activités opérationnelles. Nous partageons avec elles une longue histoire de partenariat. Nous ne sommes pas nécessairement d’accord sur tout; il nous arrive de ne pas nous entendre sur des tactiques, mais il n’y a jamais de désaccord sur les principes. Nous avons l’habitude de travailler de façon très transparente, très harmonieuse et de nous faire des critiques quand c’est nécessaire.

Le Secrétaire général : Pour répondre à vos questions sur l’ONU et la question de Palestine, je pense que nous avons été très actifs ces deux dernières années. Je ne dirais pas que les Palestiniens sont un peuple oublié. Une tragédie a lieu dans la région, et des civils tant israéliens que palestiniens meurent. Nous devons nous employer avec la plus grande énergie à mettre fin à cette situation tragique.

En ma qualité de Secrétaire général, j’ai dit ce que je pensais chaque fois que j’ai pu le faire, et le Haut Commissaire pour les réfugiés a fait de même. Je pense que je peux dire aujourd’hui que nous partageons tous la vision de deux États vivant côte à côte et en sécurité. Ce que nous devons trouver, ce sont les modalités opérationnelles qui nous y mèneront. Nous avons cet objectif et nous avons un calendrier. Dans tout le travail que j’entreprends avec le « quatuor », l’accent est mis sur les modalités susceptibles de nous mener à ce résultat et de garantir que, dans trois ans, ce rêve sera réalisé.

De nombreux obstacles se dressent devant nous. C’est une question ardue, un problème difficile et complexe, mais il ne suffit pas d’avoir une vision si on ne met pas au point le volet opérationnel qui nous permettra d’en faire une réalité. C’est un défi à relever pour nous tous, pas l’année prochaine, mais tout de suite. Et c’est ce que nous essayons de faire.

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