TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE TENUE PAR LE SECRETAIRE GENERAL, M. KOFI ANNAN, AU SIEGE DES NATIONS UNIES, LE 19 DECEMBRE 2001

19 December 2001
SG/SM/8081

TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE TENUE PAR LE SECRETAIRE GENERAL, M. KOFI ANNAN, AU SIEGE DES NATIONS UNIES, LE 19 DECEMBRE 2001

19/12/2001
Communiqué de presseSG/SM/8081

TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE TENUE PAR LE SECRETAIRE GENERAL,

M. KOFI ANNAN, AU SIEGE DES NATIONS UNIES, LE 19 DECEMBRE 2001

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): Comme à l’accoutumée, nous nous réunissons avant les fêtes de fin d’année parce que je tiens à vous remercier de votre intérêt et de votre appui pendant toute l’année 2001 et parce que je veux vous adresser mes meilleurs voeux pour l’année prochaine.

L’année a été extraordinaire pour l’Organisation des Nations Unies, pour la ville de New York, pour les États-Unis et pour une grande partie du monde.

Mais pour certaines régions, cette année n’a rien présenté de nouveau. Lorsque j’ai dit que nous sommes entrés dans le nouveau siècle et dans le nouveau millénaire par une porte de feu, je pensais, bien entendu, aux événements du 11 septembre, mais pour les Afghans, les Israéliens, les Palestiniens et pour tous ceux qui souffrent de conflits ou qui vivent dans la pauvreté, ma déclaration a une toute autre signification.

Pour nombre de personnes dans le monde, le nouveau millénaire ne représente rien de particulier, parce que 2001 n’a pas été différent de 2000 ni de 1999. Encore une année à vivre avec le VIH/sida, dans des camps de réfugiés ou sous un régime d’oppression, dans une pauvreté écrasante, ou à voir ses récoltes se réduire comme peau de chagrin et ses enfants avoir faim, alors que l’environnement mondial est de plus en plus menacé.

Voilà les réalités qu’il faut garder à l’esprit, alors même que nous puisons une nouvelle inspiration dans l’honneur qui nous a été conféré par le Comité Nobel. Et telles sont les réalités que nous devons garder à l’esprit alors que nous rassemblons toute notre énergie et notre détermination pour la lutte mondiale contre le terrorisme.

Nous devons relever des défis formidables en Afghanistan, et nous avons besoin de l’appui mondial – et il est là – pour ce malheureux pays. De fait, le peuple afghan dispose d’une occasion sans précédent de reprendre un bon départ et d’édifier un État qui défende ses droits et ses intérêts. Nous allons devoir relever un formidable défi humanitaire et affronter de graves problèmes de sécurité. Mais aujourd’hui nous avons le nouvel espoir d’un Gouvernement représentatif et d’un nouvel effort pour relever le pays et l’engager sur la voie du développement. Ni les Afghans, ni leurs voisins ni la communauté internationale ne doivent laisser échapper cette chance.

La situation au Moyen-Orient, maintenant, semble beaucoup moins porter à l’optimisme. Il est clair que les parties ne peuvent régler cette question seuls. Un effort international concerté est nécessaire pour ramener les parties à la table de négociation et il faut le faire maintenant. Mais nous ne devons pas perdre de vue les autres difficultés que connaît, plus largement, l’ensemble de la région.

Nous devons continuer d’oeuvrer au règlement des conflits en Afrique, en Amérique latine et partout où ils empêchent les populations de se concentrer sur les tâches essentielles du développement économique et social.

Nous devons continuer la lutte contre le VIH/sida et faire fond sur les progrès enregistrés au début de l’année avec la mise en place d’une stratégie mondiale, une meilleure mobilisation du public et des fonds nécessaires. Et nous devons maintenir fermement le cap des objectifs de développement du millénaire. L’an prochain, deux conférences nous donneront des occasions sans précédent de progresser sur ce plan : la Conférence internationale sur le financement du développement, à Monterrey, et le Sommet mondial pour le développement durable, à Johannesburg, un peu plus tard.

Bien sûr, l’ONU a besoin de ressources pour pouvoir relever les nombreux défis qui l’attendent. Je sais que la Cinquième Commission n’a pas encore trouvé d’accord sur notre budget du prochain exercice biennal. Je demande à tous les États Membres de surmonter leurs divergences et de fournir à l’Organisation les fonds dont nous avons besoin pour mener à bien le travail crucial que le monde attend de nous.

Merci infiniment; je vais maintenant prendre vos questions.

Question (interprétation de l’anglais) : L’ONU a-t-elle pris position sur le tribunal qui sera compétent pour juger les membres d’Al-Qaida ou les autres personnes arrêtées en Afghanistan?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Non, l’ONU en tant que telle, au niveau de l’Organisation, n’a pris aucune position. Mais il existe un droit international et il y a des instruments juridiques nationaux, qui régissent la poursuite des accusés. J’espère que quoi qu’il arrive, la primauté du droit et les principes fondamentaux du droit international et national seront respectés.

Question (interprétation de l’anglais) : S’agissant des événements récents en Inde et au Pakistan, le Premier Ministre indien a également annoncé aujourd’hui qu’il envisageait l’option de la guerre aux fins de représailles contre ce qu’il présente comme des attaques contre le Parlement indien par des groupes basés au Pakistan. Qu’en pensez-vous?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : J’espère que ces événements ne mèneront pas à la guerre. J’ai aussi entendu le Gouvernement indien parler également de solution diplomatique. J’espère que cette solution va également être étudiée. Il s’agit d’une région qui connaît des tensions depuis un certain temps et, bien entendu, nous sommes tous préoccupés par ce qui se passe en Afghanistan et par les nouvelles tensions dans cette région. J’espère qu’il sera possible à l’Inde et au Pakistan de trouver une issue sans recourir à la guerre. Je n’ai pas vu le texte complet de la déclaration du Premier Ministre, mais j’exhorte chacun à utiliser d’autres moyens pour régler cette question.

Question (interprétation de l’anglais) : [inaudible] pour éviter cet affrontement?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : J’ai toujours encouragé les parties à régler leurs différends par le dialogue et les moyens politiques, car il n’y a vraiment aucune solution militaire aux différends qui les divisent.

Question (interprétation de l’anglais) : Pouvez-vous dans les mois ou les années à venir utiliser le capital politique dont vous disposez – avec le charisme qu’on vous prête, votre popularité ici et le prix Nobel de la paix – pour intervenir réellement personnellement sur le Moyen-Orient de façon beaucoup plus vigoureuse et frontale que vous ne l’avez fait, et pour essayer, également, de modérer les États-Unis, alors qu’ils poursuivent leur guerre contre le terrorisme, peut-être dans d’autres pays où vous préféreriez ne pas les voir aller?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Sur la question du Moyen-Orient, je pense avoir expliqué clairement que je préférerais qu’il y ait une initiative collective internationale et depuis quelque temps, maintenant, un groupe dont nous sommes – avec les États-Unis, l’Union européenne et la Fédération de Russie, et des dirigeants du monde arabe, en particulier de l’Égypte et de la Jordanie – travaille ensemble sur cette question. Je pense que cet effort collectif va devoir se poursuivre. Bien sûr, la participation des États-Unis et un effort déterminé de leur part d’oeuvrer à la paix dans la région sont également déterminants. Mais il faudra que ce soit un effort international collectif; ce n’est pas quelque chose que je peux faire seul. J’ai présenté quelques idées et je continuerai de le faire et d’essayer de voir comment nous pouvons travailler ensemble à sortir de l’impasse et à ramener les parties à la table de négociation.

Concernant votre seconde question, sur la lutte contre le terrorisme et son aboutissement, je voudrais dire que je pense que le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale ont jeté les bases de la lutte contre le terrorisme, et je pense que la résolution 1373 (2001) du Conseil de sécurité est un très bon point de départ au combat contre le terrorisme par la coopération internationale et les moyens politiques, diplomatiques, financiers et autres. Je pense qu’à long terme, c’est la voie que nous devons suivre. J’exhorterais également tous les États Membres à signer les 12 conventions autorisées par l’Assemblée générale – à les signer, les ratifier et les appliquer, pour que nous disposions tous d’un cadre commun pour aller de l’avant.

Question (interprétation de l’anglais) : Je crois que le Groupe arabe veut reconvoquer demain la session extraordinaire d’urgence sur la question palestinienne. Est-ce que c’est pour vous une bonne idée? L’attitude adoptée par les Palestiniens, globalement – qui consiste à vouloir ramener cette question au Conseil de sécurité, où le dernier projet de résolution vient d’être l’objet d’un veto, ou à l’Assemblée générale – vous paraît-elle une bonne idée dans le climat actuel?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Je pense que l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité sont des organes auxquels les États Membres peuvent recourir s’ils estiment qu’une question est suffisamment importante pour la porter à l’attention des États Membres. L’Autorité palestinienne a décidé de recourir à ces moyens et le Conseil en discutera demain. Je ne peux pas préjuger ou anticiper le déroulement des discussions, mais on ne peut les empêcher de s’adresser à l’Assemblée générale pour en discuter.

Question (interprétation de l’anglais) : Sur le Moyen-Orient, votre position est largement interprétée comme indiquant clairement à M. Arafat qu’il doit mettre un frein à la violence en tant qu’étape suivante du processus. Il existe certainement un consensus international à ce sujet en Occident. Je me demande si cela ne revient pas un peu à ce qu’un assaillant déclare à sa victime qu’il n’arrêtera pas de la battre tant qu’elle ne se sera pas défendue. Les Palestiniens sont un peuple qui subit une occupation illégale conformément à la définition qui en est faite par l’Organisation. Le nombre de victimes parmi les Palestiniens est six fois plus élevé que celui des Israéliens. Ils sont sans défense. Ne sont-ils pas devenus des citoyens de seconde classe dans ce processus?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Sur la question du Moyen-Orient, des pressions internationales ont été exercées sur le Président Arafat pour qu’il prenne des mesures afin de contenir les actes terroristes qui sont commis à partir du territoire palestinien. D’aucuns estiment qu’il n’a pas encore assez fait et qu’il a la capacité de faire beaucoup plus, et qu’il maîtrise la situation sur le plan stratégique et devrait faire plus. Mais pour ce faire, et afin qu’il puisse assumer ses responsabilités, il faudrait que les conditions et la conjoncture s’y prêtent.

J’espère que les conditions nécessaires à son action vont être créées. Lors de mes discussions avec lui, il m’a indiqué combien il est difficile de s’acquitter de ses fonctions, alors que des bombardements se poursuivent et que des obus tombent et que la police palestinienne ne peut pas se déplacer. Il faut donc aussi que la partie israélienne crée les conditions nécessaires pour que le Président Arafat puisse agir.

Je crois que la solution ne passe par des accusations et des contre-accusations, mais qu’elle passe plutôt, comme je l’ai indiqué auparavant, par des efforts novateurs et soutenus de la communauté internationale en vue de ramener les parties à la table de négociations afin d’entamer le dialogue politique. J’ai indiqué clairement que, personnellement, je préférerais voir les parties réunies autour d’une table, ayant opté pour une stratégie de la paix, rester autour de la table et continuer de se parler, tout en continuant de trancher fermement eu égard à tout acte terroriste ou extrémiste

À mon avis, si l’on subordonne le retour à la table des négociations à la paix absolue, on accorde un droit de veto aux extrémistes. Toute personne désireuse de s’assurer qu’aucun progrès ne soit accompli sur le front de la paix a une chance d’y parvenir en créant un incident à tout moment.

Question (interprétation de l’anglais) : Comme vous l’avez mentionné, il a toujours de nombreux conflits qui sévissent à travers le monde. Mais vous êtes bien connu pour votre optimisme. Est-qu’il existe un domaine où votre optimisme a décru jusqu’au point où vous n’avez presque plus de raison d’espérer? Et si je puis me permettre, j’aimerais savoir s’il y a une chance que les inspecteurs retournent en Iraq?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : En ce qui concerne votre dernière question, je ne vois aucune indication que les inspecteurs soient sur le point de retourner en Iraq, mais nous vivons aussi dans un monde où les choses sont imprévisibles, alors permettez-moi de dire que je vois pas d’indication que cela va se produire pour le moment.

Pour ce qui est de mon optimisme, il y a certains domaines où les choses se déroulent aussi bien qu’on pouvait l’espérer. Les opérations au Timor oriental se déroulent bien – en mai, le pays va accéder à l’indépendance. La situation évolue dans la bonne direction en Sierra Leone, et nous espérons rétablir la normalité dans ce pays. Le peuple lui-même attend avec impatience la tenue d’élections dans le courant de l’année prochaine, ce qui démontre que la population de la Sierra Leone commence à percevoir un certain niveau de stabilité au sein de son pays.

Pour ce qui est de l’Iraq, il faudra y retourner au courant de l’année prochaine.

Question (interprétation de l’anglais) : Comment envisagez-vous la poursuite de la lutte contre le terrorisme, notamment en ce qui concerne certains pays? Certains pays ont été mentionnés ces dernières semaines. Sous quelles conditions serait-elle acceptable?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Tout d’abord, je voudrais dire clairement que les discussions sur les pays qui ont été mentionnées ont lieu en dehors de l’enceinte des Nations Unies et du Conseil de sécurité. Il ne s’agit pas d’une décision du Conseil de sécurité, comme celle concernant les opérations en Afghanistan ou les décisions de traduire Al-Qaida en justice. Ce sont des délibérations qui ont lieu principalement à Washington, et bien sûr d’autres Gouvernements y ont pris part.

En l’état actuel de mes connaissances, aucune décision n’a été prise, et les délibérations sont toujours en cours. J’ai indiqué qu’à plus long terme, et en se reposant sur une large assise, nous devons nous concentrer ainsi qu’utiliser les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité à cet égard.

Bien entendu, si nous nous trouvions dans une situation où il devenait évident que les auteurs de ces attaques que nous recherchons en Afghanistan ont quitté l’Afghanistan pour se réfugier dans un pays X, quelle devrait être notre réaction est une question qu’il faudra se poser à ce moment-là. Je ne sais pas quelle action le Conseil de sécurité prendra et comment il réagira, mais je préfère me poser cette question lorsqu’elle sera d’actualité, plutôt que de me perdre en spéculations.

Question (interprétation de l’anglais) : Votre envoyé spécial pour l’Afghanistan, M. Brahimi, est sur le point de retourner à Kaboul pour assister à la mise en place du nouveau Gouvernement le 22 décembre. Quelles sont vos préoccupations eu égard au nouveau Gouvernement qui sera en place en Afghanistan et comment envisagez-vous le rôle des Nations Unies auprès de ce nouveau Gouvernement et la forme que pourrait prendre son assistance à ce dernier?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : De toute évidence, lorsqu’on lance une opération comme celle que les Nations Unies envisagent en Afghanistan, un pays qui a été en proie à la guerre depuis deux décennies, on est préoccupé par la manière dont les diverses parties de la population vont travailler ensemble – à faire en sorte que les personnes oublient leurs mauvaises habitudes et oeuvrent conjointement dans l’intérêt de leur pays et de leur peuple.

L’accord de Bonn est un bon accord, mais maintenant il faut l’appliquer sur le terrain, et le réaligner, si l’on peut dire, avec la réalité et avec certaines des personnalités sur le terrain qui n’étaient pas présentes à Bonn. Jusqu’à présent, elles ont l’air bien disposées, mais une fois que nous progresserons et que nous commencerons à appliquer l’accord, il n’est pas exclu que certaines personnes s’y opposent. Il faudra que nous soyons patients et il faudra les intégrer à l’effort commun.

Il va falloir faire appel également à la coopération des pays voisins, dont certains exercent une influence considérable sur les parties en Afghanistan. Si les pays voisins oeuvrent conjointement avec nous et s’engagent dans la même voie, sur la base d’un Afghanistan stable – avec un Gouvernement qui soit loyal envers le peuple afghan et qui soit déterminé à vivre en paix avec ses voisins – à savoir que la situation correspond à leurs intérêts et qu’il n’est pas nécessaire de soutenir tel ou tel groupe, ce qui mènerait à un fractionnement au sein des groupes politiques afghans, j’espère que nous pourrons compter sur l’appui de tous.

De toute évidence, nous sommes un peu préoccupés par la situation en matière de sécurité, et nous espérons que la situation va soit se stabiliser ou que nous pourrons mettre au point des dispositions efficaces en matière de sécurité afin de créer un environnement approprié qui permettra au nouveau Gouvernement d’agir, afin que nous puissions continuer d’octroyer notre assistance au nouveau Gouvernement et d’accomplir notre travail sur le plan humanitaire.

Ce problème est très présent à l’esprit du personnel humanitaire, tant des organisations non gouvernementales que de l’Organisation des Nations Unies. Si la force internationale qui doit s’établir dans le pays se concentre sur Kaboul et ses environs immédiats, qu’en sera-t-il des autres parties du pays?

Ce sont là des questions auxquelles il faudra que nous nous attaquions au fur et à mesure des événements.

Question (interprétation de l’anglais) : Au nom du groupe de presse bosnien pour lequel je travaille, je tiens à vous féliciter de votre prix Nobel de la paix.

Puisque vous avez annoncé que la mission des Nations Unies va se retirer l’année prochaine de Bosnie, envisagez-vous l’éventualité d’une nouvelle sorte de Conférence de Dayton II comme condition préalable pour un nouvel engagement de la communauté internationale, comme cela a pu être évoqué récemment à Bruxelles par M. Petritsch?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Vous avez raison : j’ai dit aux États Membres que les Nations Unies auraient terminé leur mission en Bosnie d’ici le mois de décembre de l’année prochaine. Cette mission avait principalement pour objectif de former la police et de contribuer à renforcer le système pénal.

Je pense que nous avons formé un nombre considérable de policiers et de policières en Bosnie, et le moment est venu de commencer à remettre le gros des opérations entre les mains des Bosniaques et, dans certains cas, des institutions régionales ayant une capacité appropriée. Par conséquent, nous allons discuter avec l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et d’autres institutions qui pourraient assumer certaines responsabilités qui incombent actuellement à l’ONU.

S’agissant de la question de Dayton II, j’ai entendu des suggestions à cet effet, mais nous n’avons pas vraiment eu le temps d’en discuter en détail, et je préférerais donc ne pas faire de commentaires publics à ce sujet. Je sais qu’il y a eu des suggestions selon lesquelles la tenue de Dayton II pourrait être utile et pourrait contribuer à rassembler le pays et à rendre ses opérations plus cohérentes, mais nous devrons en discuter davantage avant de faire des commentaires à ce sujet.

Question (interprétation de l’anglais) : À la lumière de la tentative de coup d’État signalée en Haïti lundi, est-ce que l’ONU est prête à reprendre une intervention, un dialogue ou des travaux en Haïti? Deuxièmement, êtes-vous prêts à répondre aux allégations du Conseil du personnel de l’ONU selon lesquelles l’ONU serait responsable des visites effectuées par des agents au domicile de certains membres du personnel?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Concernant la première question, je voudrais d’abord dire que l’Organisation des États américains est le chef de file des mesures à prendre concernant Haïti, et nous l’appuyons dans ses efforts. Nous avons nos propres activités sur le terrain en matière de développement ou autres. À ce stade-ci, je ne vois pas l’ONU retourner avec une opération de maintien de la paix ou autre.

En même temps, je voudrais demander instamment aux Haïtiens et aux dirigeants politiques haïtiens de trouver une façon de concilier leurs divergences, dans l’intérêt de leur pays et afin que la population soit en mesure de progresser vers la stabilité. Cela permettrait également à la population d’exercer ses droits politiques et de vivre normalement.

S’agissant de la question des visites chez certains membres du personnel, je pense qu’il y a deux employés qui ont reçu la visite de représentants du Gouvernement des États-Unis. Ces visites ne nous ont été signalées qu’après coup et je sais que mon Bureau des affaires juridiques a communiqué avec les autorités des États-Unis afin d’obtenir des éclaircissements. Je ne comprends pas comment on pourrait dire que l’ONU est responsable de ces visites. Nous ne les avons pas organisées et nous n’en avons été informés qu’après coup.

Question (interprétation de l’anglais): Si l’on dresse le bilan de l’année passée, on voit que le plus grand échec résiderait dans l’impuissance des Nations Unies à aider à la résolution du conflit israélo-palestinien. Comment expliquez-vous cet échec?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) :Je ne crois pas que l’on puisse dire que c’est l’échec des Nations Unies. C’est un problème qui existe depuis plus de 50 ans. Depuis 10 ans et peut-être plus, les deux parties ont accepté comme médiateur principal les États-Unis. Évidemment, dernièrement j’ai pu travailler avec les deux parties, avec les États-Unis, l’Union européenne et le Gouvernement russe pour essayer d’aider. Nous sommes en train de travailler ensemble.

On doit aussi accepter que, pour faire des progrès, les deux parties doivent être prêtes à faire des compromis, à s’asseoir et à négocier. Elles aussi ont leurs propres responsabilités. Mais, on ne peut pas dire que c’est un échec des Nations Unies. Si vous voulez, c’est un échec de la communauté internationale et des deux parties, mais cela ne peut pas être décrit comme un échec des Nations Unies.

Question (interprétation de l’anglais) : Récemment, on nous a dit que nombre des responsabilités de la communauté internationale incombaient dans les faits à des autorités sur le terrain en Afghanistan. Je me demande comment vous répondriez aux critiques selon lesquelles le Gouvernement intérimaire en Afghanistan et, en fait, le processus du Conseil de sécurité qui l’a inspiré, auraient été influencés par le même arrangement de facto.

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Tout d’abord, les décisions qui ont entraîné la mise en place de cette administration intérimaire ont été prises par les Afghans eux-mêmes à Bonn, et ce avec l’appui de la population sur le terrain et en communication directe avec elle. Après l’Accord de Bonn, M. Brahimi est allé à Kaboul et s’est entretenu avec plusieurs dirigeants, notamment M. Rabbani et M. Dostum, et tous les autres acteurs clefs qui n’étaient pas sur place. Ils lui ont confirmé qu’ils n’étaient pas d’accord avec tous les aspects de l’Accord ou avaient certaines réserves, mais qu’ils étaient en général favorables à cet accord.

Maintenant, nous avons l’occasion de mettre cet Accord à l’épreuve et nous serons là avec eux le 22 décembre pour leur fournir toute l’aide possible. Nous allons respecter leur parole et travailler avec eux de bonne foi pour mettre en oeuvre l’Accord qu’ils ont signé volontairement à Bonn.

Question (interprétation de l’anglais) : Lorsque l’on compare les années 2000 et 2001, si l’on examine les points chauds du monde et les principales questions, comme la pauvreté, le sida et, comme vous l’avez mentionné, les enfants affamés et les camps de réfugiés, certains de ces problèmes se sont exacerbés vers la fin de l’année. Je me demande donc : comment se fait-il que le prix Nobel de la paix ait été attribué aux Nations Unies?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Je ne suis pas certain de bien comprendre votre question.

Question (interprétation de l’anglais) : Même si les problèmes deviennent de plus en plus graves et que l’ONU est principalement responsable des efforts visant à les régler, elle s’est quand même vu attribuer le prix Nobel de la paix.

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Je pense que nous avons déjà fait beaucoup de commentaires là-dessus. Tout d’abord, l’ONU a, au fil des ans, connu de nombreuses réussites. L’ONU s’attaque aujourd’hui à des problèmes auxquels d’autres ne sont pas en mesure de s’attaquer ou ne disposent peut-être pas du mandat nécessaire pour le faire.

Bien sûr, il y a des difficultés. Il y a de nombreux problèmes partout dans le monde, mais nous n’avons pas perdu espoir. Nous continuons d’essayer de les régler et nous allons poursuivre dans cette voie. Peut-être que le Comité du prix Nobel a vu quelque chose de positif dans le fait que, malgré la gravité des crises auxquelles nous sommes confrontés, nous ne nous sommes pas découragés et nous continuons de faire des efforts. Nous avons réussi dans de nombreux domaines, mais nous avons connu des difficultés dans d’autres.

Nous avons besoin d’être encouragés. Il y a de l’espoir, et sans espoir nous serions tous perdus. Je vous encourage, au moment où l’on entame une nouvelle année, à entretenir cet espoir.

Question (interprétation de l’anglais) : Au cours des derniers jours, on a parlé encore une fois d’étendre la guerre à l’Iraq. Pouvez-vous prôner la prudence, aussi bien auprès de Washington que de Bagdad?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : En fait, j’ai dit à plusieurs reprises qu’à mon avis, il ne serait pas avisé d’attaquer l’Iraq maintenant. Je n’ai vu aucun élément de preuve établissant un lien entre l’Iraq et ce qui s’est produit le 11 septembre. Bien sûr, toute tentative en ce sens peut exacerber la situation et accroître les tensions dans une région qui est déjà mise à rude épreuve en raison du conflit israélo-palestinien.

En même temps, l’Iraq devra également comprendre qu’il doit commencer à donner suite aux résolutions du Conseil de sécurité, en particulier en ce qui concerne le retour des inspecteurs. Tous les amis de l’Iraq l’ont encouragé à réagir et à permettre le retour des inspecteurs. Lorsque j’ai rencontré le Ministre iraquien des affaires étrangères ici même lors du débat général, il a réitéré la position iraquienne et n’avait rien de nouveau à me dire. Mais je pense qu’une pression s’exerce sur l’Iraq pour qu’il réponde à la demande du Conseil relativement au retour des inspecteurs.

Question (interprétation de l’anglais) : Au sujet de la même question, pensez-vous que l’adoption du nouveau régime de sanctions en juin pourrait ou devrait constituer un moyen pour vous et pour l’ONU d’accroître la pression exercée sur l’Iraq pour qu’il accepte le retour des inspecteurs? 

Le Secrétaire général :(interprétation de l’anglais) : Il y aura des discussions d’ici là entre les membres du Conseil et je ne sais pas quelle sera l’issue de la question. Mais l’idée de base, c’était d’améliorer le système de sanctions et de faire en sorte que la population souffre moins, mais tout en maintenant la pression sur les dirigeants. Enfin, si c’est ce que sous-entend votre question, c’est tout à fait ça.

Question (interprétation de l’anglais) :Monsieur le Secrétaire général, le peuple iraquien espère que certaines sanctions relatives aux zones d’exclusion aériennes seront levées. Mais qu’en est-il à votre avis?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : J’ai eu l’occasion de discuter de cette question dans cette salle même, et j’ai dit que personnellement, je ne voyais rien dans la résolution du Conseil de sécurité qui autorisait l’imposition de zones d’exclusion aérienne, mais plusieurs pays ont décidé de le faire, et le font d’ailleurs depuis un bon moment, et ce pour protéger la population du nord, dans la région kurde.

Question (interprétation de l’anglais) : Monsieur le Secrétaire général, nous ne vous reverrons sans doute plus avant le début de l’année prochaine alors, je voudrais vous souhaiter un joyeux Noël et une bonne année.

Et ma question est la suivante : est-ce que l’Assemblée générale a défini le terrorisme, et quelle est la différence entre le terrorisme individuel et le terrorisme d’État? Et est-ce que l’ONU a pu protéger la population civile dans les territoires occupés en Palestine?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Vous avez posé trois questions. Je répondrai à une d’entre elles.

Pour ce qui est de la définition du terrorisme, c’est une question qui préoccupe les États Membres et qui est devenue de plus en plus critique alors que nous examinons la convention générale contre le terrorisme. Il y a un avant-projet qui a déjà été déposé mais qui n’a pas encore été adopté par tous les États Membres. Dans ce projet de texte, on ne présente pas de définition détaillée de ce que sont les terroristes ou les combattants de la liberté. De toute façon, il s’agit de ne retirer aucun droit aux accusés et de ne pas porter préjudice à d’autres instruments juridiques internationaux.

Mais ce qu’on ne peut pas accepter, c’est que quelqu’un qui tue ou qui cible des civils innocents prétende être justifié. Je pense que pour certains aspects de cette question, il faut que les choses soient bien claires et que toute confusion soit écartée.

Question (interprétation de l’anglais) : Vous avez parlé tout à l’heure de problèmes budgétaires. Est-ce que vous pourriez nous dire d’où viennent ces problèmes? Est-ce que vous pourriez nous parler des répercussions financières éventuelles de la réforme des opérations de maintien de la paix dont il était question, notamment dans le rapport Brahimi?

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Nous avons proposé ce qui me paraît constituer un bon budget et qui a été proposé à l’Assemblée générale, a été examiné par le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires et présenté à la Cinquième Commission. Et il y a des discussions en cours à la Cinquième Commission pour voir si le niveau devrait ou non être réduit fortement.

Il faut se souvenir également que le budget de l’ONU n’a pas augmenté depuis huit ans. II y a donc des limites à ce que l’on peut faire avec un petit budget. Mais l’Organisation a un mandat de plus en plus vaste, et je pense que les États Membres doivent bien comprendre que si nous devons assumer de nouvelles responsabilités, il nous faudra les ressources correspondantes. Sinon, nous ne pouvons pas être efficaces, nous ne pouvons pas nous acquitter efficacement de notre tâche. J’espère que nous aurons bientôt les ressources nécessaires pour améliorer les opérations de maintien de la paix, mais il y a des discussions en cours à propos d’autres aspects du budget. J’espère que les États Membres trouveront une façon de régler leurs divergences d’opinion. Il faut bien tenir compte du fait qu’il faut trouver le moyen de nous fournir les ressources dont nous avons besoin pour nous acquitter de notre tâche.

Merci beaucoup, joyeux Noël et bonne année.

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