TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE TENUE PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. KOFI ANNAN, À L'ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL À GENÈVE, LE 16 JUILLET 2001

17 July 2001
SG/SM/7892

TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE TENUE PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. KOFI ANNAN, À L'ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL À GENÈVE, LE 16 JUILLET 2001

17/07/2001
Communiqué de presseSG/SM/7892

TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE TENUE PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. KOFI ANNAN, À L'ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL À GENÈVE, LE 16 JUILLET 2001

MARIE OKABE, PORTE-PAROLE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: La Conférence de presse durera 30 minutes.  Le Secrétaire général va entrer, suivi du Directeur général du Bureau international du Travail, Juan Somavia, qui le présentera.  Le Secrétaire général fera une déclaration, après quoi nous répondrons aux questions, d'abord sur l'Initiative pour l'emploi des jeunes.  Ce n'est qu'après avoir répondu à toutes les questions sur ce sujet que nous aborderons d'autres questions et si vous voulez bien lever votre main nous vous donnerons la parole.

JUAN SOMAVIA, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU BIT: Le Secrétaire général a réuni aujourd'hui ici au siège du BIT son réseau pour l'emploi des jeunes.  Le réseau qui poursuivra ses travaux demain a tenu le Secrétaire général informé cet après-midi.  Les membres du réseau sont avec nous ici et je voulais simplement vous remercier d'être là et prier le Secrétaire général de participer à notre conférence de presse.  Merci beaucoup d'être venus.

M. KOFI ANNAN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'ONU: Merci Juan.  Mesdames et Messieurs, je vous remercie tous d'être venus cet après-midi.  Juan, merci de cette présentation et aussi de bien vouloir accueillir le réseau ici au BIT.  Outre à nos amis des médias, je voudrais souhaiter aussi la bienvenue aux représentants des organisations de jeunes et aux membres du Groupe de haut niveau du réseau pour l'emploi des jeunes qui sont avec nous, et les remercier tous.

Je voudrais d'abord vous brosser un petit historique.  L'année dernière, de concert avec les responsables de la Banque mondiale et de l'Organisation internationale du Travail, j'ai constitué un réseau de réflexion de haut niveau pour examiner la question de l'emploi des jeunes, lequel fait appel aux dirigeants les plus créatifs du secteur privé, de la société civile et des milieux économiques afin de trouver des moyens originaux de créer des possibilités d'emploi pour les jeunes.

Le réseau était une des initiatives essentielles de mon Rapport du millénaire, qui a été établi à l'occasion du Sommet du millénaire et avait pour but d'aider à façonner le programme de travail de l'ONU au XXIe siècle.

Pourquoi centrer l'attention sur l'emploi des jeunes?  Les faits et les chiffres devraient parler d'eux-mêmes.  Les jeunes représentent plus de 40% du nombre total des chômeurs dans le monde.  On estime à 66 millions le nombre de jeunes chômeurs dans le monde aujourd'hui, soit près de 10 millions de plus qu'en 1995.

Le sous-emploi est aussi de plus en plus préoccupant.  La majorité des nouveaux emplois sont mal payés et n'offrent aucune sécurité.  Pour gagner leur vie, les jeunes se tournent de plus en plus vers le secteur informel, et se retrouvent avec une protection sociale, des prestations et des perspectives d'avenir minimes ou inexistantes.

Etre au chômage quand on est jeune est très dur, et laisse longtemps des séquelles.  Cela peut nuire aux perspectives d'emploi plus tard dans la vie, ce qui entraîne un cercle vicieux de désespoir, de pauvreté et d'instabilité sociale; et par conséquent, un cercle vicieux destructeur pour l'ensemble de la société.

Nous ne pouvons pas laisser ce cercle vicieux continuer plus longtemps.  Les jeunes constituent notre bien le plus précieux, ils sont les bâtisseurs de l'avenir, ils représentent notre avenir.

C'est pourquoi je suis ravi que nous ayons pu réunir au sein de notre groupe de haut niveau des gens à l'esprit aussi créatif et novateur.  Ils travaillent à des propositions portant sur toute la gamme des problèmes qui touchent l'emploi des jeunes: des politiques macroéconomiques judicieuses à l'ouverture de possibilités en faveur des jeunes femmes, y compris l'éducation des filles comme celle des garçons, mais j'insiste sur l'éducation des filles.  Certains d'entre vous se rappelleront peut-être que l'année dernière nous avons tenu à Dakar la conférence spéciale «Les filles à l'école, tout de suite» et cette initiative conserve toute son actualité.  De la nécessité d'établir des partenariats entre les secteurs public et privé à celle d'exploiter le potentiel des techniques informatiques.  De la nécessité d'instaurer des environnements favorables aux jeunes qui travaillent dans le secteur informel à la promotion de l'esprit d'entreprise chez les jeunes, tant les femmes que les hommes, et de les aider à accéder à des financements.  Je pense également que la plupart d'entre vous ont entendu parler de l'ouvrage d'Hernando de Soto intitulé «L'autre sentier» et de sa volonté d'aider les pauvres du secteur informel, de leur permettre d'avoir accès au capital et d'utiliser éléments de patrimoine et garanties.

Ces recommandations, une fois définitivement arrêtées, seront présentées aux États Membres de l'Organisation des Nations Unies.  Mais cette initiative ne sera pas, il s'en faut, limitée aux gouvernements.  Le réseau formera une trame de plus en plus importante de partenariats qui permettra de créer des emplois et des possibilités pour les jeunes.  Lors de notre réunion de cet après-midi, nous avons décidé de rendre le groupe permanent pour qu'il continue à m'adresser des recommandations ainsi qu'aux autres partenaires - Juan Somavia et Jim Wolfhensohn - sur la conduite à tenir.  Les membres du groupe se feront les défenseurs de l'emploi des jeunes et ils veilleront aussi à ce que les gouvernements prennent cette question très au sérieux.  J'ai donc commencé avec trois partenaires et nous sommes maintenant 15.  Je vais maintenant répondre à vos questions.

Mme OKABE: Nous allons commencer par les questions relatives à l'Initiative pour l'emploi des jeunes.  Nous n'aborderons d'autres sujets que lorsque toutes ces questions auront été épuisées.

QUESTION: Au nom de la presse plus ou moins disséminée ici dans le public, Monsieur le Secrétaire général, au nom de l'Association des correspondants accrédités auprès des Nations Unies à Genève (ACANU), nous vous félicitons chaleureusement de votre réélection pour un nouveau mandat.  Si vous le permettez, je poserai une question de nature plus générale et je laisserai les questions concernant le Forum sur les jeunes, car je ne suis pas un grand spécialiste du sujet, par ailleurs assez nouveau comme vous l'avez présenté.

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Puis-je vous faire une suggestion?  Je crois que Marie a eu une très bonne idée.  Pourquoi ne pas nous concentrer d'abord sur l'Initiative pour l'emploi des jeunes et lorsque nous passerons aux questions plus générales, nous reviendrons vers vous et vous donnerons la parole.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, ma question s'adresse à vous et aussi à M. Somavia.  Votre très luxueuse brochure contient des données saisissantes sur le chômage des jeunes mais il n'y a, semble-t-il, pas de statistiques concernant la Chine, le pays le plus peuplé du monde et selon le BIT, la Chine n'a pas communiqué de données depuis 10 ans.  Il y a donc là une sérieuse lacune.

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Juan va répondre à cette question.

M. SOMAVIA: Vous avez raison.  C'est une lacune et nous pensons, dans le cadre du Mémorandum d'accord qui a été signé avec la Chine, être en mesure de mieux connaître la situation dans ce pays.

QUESTION: J'ai une autre question sur le même sujet.  Avez-vous une estimation approximative?  Que pensez-vous du nombre de chômeurs en Chine?  Des responsables du Gouvernement des États-Unis ont cité le chiffre de 100 millions: cela vous paraît-il en deçà de la réalité?

M. SOMAVIA: Laissez-moi vous dire quelle est la situation telle que nous avons pu l'évaluer.  Du fait du passage à l'économie de marché, il se produit évidemment une mutation des entreprises d'État qui deviennent des entreprises fondées sur le marché.  Les premières mesures tendant à réduire les effectifs des entreprises d'État ont conduit au licenciement de 20 millions de travailleurs et ces mesures doivent se poursuivre à l'avenir.  Il serait hasardeux de vous donner une estimation au pied levé mais c'est un chiffre très concret avec lequel travaille le Gouvernement chinois.  Là-dessus, environ 14 millions ont pu trouver un autre emploi, et 6 millions ne l'ont pas pu.  Si ce phénomène se poursuit, il est évident qu'il va y avoir un problème de chômage, de sécurité sociale et de protection sociale dans ce pays.

QUESTION: Quelles sont les organisations de jeunes qui collaborent avec le réseau pour l'emploi des jeunes?  Si l'on ne fait pas partie d'une organisation, comment peut-on participer au processus décisionnel et à l'application des plans d'action?

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Laissez-moi faire une observation à ce sujet puis je passe la parole à Juan.  Je veux insister sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une initiative destinée à être limitée aux organisations internationales.  C'est une initiative qui devrait englober les gouvernements.  Nous ne pouvons pas agir sans eux, sans la société civile, sans le secteur privé et bien sûr sans les fondations.  Aussi, au niveau national, les gouvernements devraient formuler des stratégies pour l'emploi des jeunes.  Et lors de l'élaboration de ces stratégies, ils devraient normalement consulter les jeunes, les groupes de femmes, la société civile, etc., et les employeurs bien entendu, puis définir une stratégie qui garantisse que l'on s'occupe des jeunes et qu'ils trouveront des emplois décents à leur sortie de l'université ou pour ceux qui n'ont pas de qualifications, qu'ils pourront se débrouiller dans la vie quotidienne.  Mais je pense que Juan voudra peut-être mentionner ceux qui sont avec nous ici aujourd'hui.

M. SOMAVIA: Oui, nous avons pensé qu'il était important, avec le réseau pour l'emploi des jeunes, de consulter un groupe de chefs d'organisations de jeunes.  Nous avons donc eu ces entretiens vendredi et samedi et cela a débouché sur la réunion ce matin entre le groupe de jeunes et le réseau pour l'emploi des jeunes.  Ils vont sans aucun doute faire partie du processus auquel nous participons de sorte que le lien avec les organisations de jeunes existe depuis le début.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, est-ce que votre nouveau réseau s'intéressera aux points chauds dans le monde comme la Palestine où l'on voit des signaux de plus en plus nombreux et inquiétants de chômage et de pauvreté croissante et où la jeunesse souffre particulièrement.

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Il s'agit d'un effort mondial qui portera sur tous les pays, y compris les zones de conflit.  De toute évidence, celles-ci connaissent des difficultés particulières et nous devons nous y attaquer et prendre des mesures spéciales pour les aider.  Mais il s'agit d'un sujet différent.  Donc oui, le réseau s'y intéressera.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, je sais que l'Afrique est l'une de vos principales priorités et nous pouvons comprendre pourquoi.  Je ne vais pas revenir sur toutes les propositions que vous avez faites récemment pour encourager et améliorer l'économie sur ce continent.  Mais pourriez-vous nous parler de certaines des grandes orientations qui ont été examinées ou décidées ici à cette réunion ou que vous espérez voir adopter à l'issue de cette réunion, qui pourraient amener les jeunes Africains à renforcer le secteur privé en Afrique - secteur privé qui est malheureusement très faible - pour succéder à ceux qui n'ont pas réussi dans le passé et contribuer à promouvoir ce que l'Union africaine a appelé l'Initiative africaine.

Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Lorsque je l'ai rejoint ce matin, le groupe était réuni depuis longtemps mais laissez-moi vous dire que l'une des questions qui a été examinée a été l'éducation des jeunes, leur encadrement par des personnes plus expérimentées, l'encouragement à donner aux gouvernements et aux employeurs pour qu'ils se penchent sérieusement sur l'emploi et l'embauche des jeunes chaque fois que possible.  Quelqu'un a dit que si l'on peut encourager chaque entreprise à embaucher au moins un jeune et à le former, l'effet multiplicateur serait énorme.

Il y a eu aussi une suggestion très intéressante - est-ce que Hernando est ici, non il n'y est pas - à propos du secteur informel et le fait que dans le tiers monde, ce secteur est souvent plus important que le secteur structuré et que souvent ceux qui y travaillent n'ont pas accès au capital, ne sont pas encouragés à devenir chefs d'entreprise parce qu'ils n'ont pas de papiers et qu'ils ne savent pas par où commencer et que l'un des moyens par lesquels les gouvernements peuvent développer la croissance économique est de s'intéresser de très près à ce secteur informel et d'encourager les jeunes à devenir chefs d'entreprise, en plus bien entendu de la recherche des moyens de créer des emplois pour eux.

Tous les participants à notre réunion étaient aussi conscients de la force extraordinaire que représentent les jeunes - ils sont non seulement l'avenir mais même aujourd'hui, en termes politiques, le pouvoir des jeunes est une force non négligeable.  Nous accordons beaucoup d'attention au pouvoir des retraités parce que les personnes âgées sont organisées mais je pense que nous allons bientôt voir les jeunes et la jeunesse commencer à s'organiser et à exiger que les gouvernements et les dirigeants s'intéressent à eux.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, j'ai retiré l'impression de ce que vous venez de nous dire que vous parlez d'une jeunesse très riche, qui a déjà accès à l'éducation et qui peut songer à aller à l'université.  Quelle stratégie envisagez-vous pour répondre aux besoins des jeunes autochtones?

Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Je dois vous dire que nous ne sommes pas axés sur les jeunes privilégiés.  Ce qui nous préoccupe en fait ce ne sont pas ces jeunes-là, mais les millions de jeunes gens qui se voient souvent refuser l'accès à l'éducation, qui ne sont qu'à demi instruits et sous-employés.  Nous nous intéressons surtout à la jeunesse, comme Mme Cardoso l'a dit, en tant que force créatrice mais aussi en tant que victime.  Dans le monde d'aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes gens qui sont des victimes, qui vivent dans un désespoir profond, dans un état de découragement, et qui sont persuadés qu'ils n'ont aucune aide à attendre.  Évidemment, il y a aussi cette jeunesse privilégiée que vous avez évoquée, mais, dans le cas dont nous parlons, les privilégiés ne sont pas nécessairement la majorité.  Ils connaissent évidemment des problèmes, mais c'est surtout pour les autres que nous nous faisons tous du souci.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, j'ai une question à propos des ressources.  Allez-vous, pour obtenir les moyens de vos solutions, vous adresser à une source particulière?  Ma deuxième question porte sur la manière dont le Réseau est relié à l'initiative du BIT pour le plein emploi.  Je vous remercie.

Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Nous n'allons pas chercher ailleurs des ressources supplémentaires.  Nous demandons aux gouvernements et aux responsables politiques de s'intéresser au problème, de le considérer comme plus urgent dans leurs budgets et de travailler en partenariat avec le secteur privé, les organisations non gouvernementales, les fondations et d'autres agents, afin de mettre vraiment cette problématique au premier rang.  Je pense que si nous avons la volonté nécessaire, faisons les bons choix et prenons les décisions politiques voulues, nous devrions être en mesure d'aider les jeunes beaucoup mieux que nous le faisons jusqu'à présent.  Peut-être aurons-nous à travailler sans tenir compte des frontières internationales.  Mais je pense que la responsabilité de cette affaire incombe au premier chef aux dirigeants des pays du monde entier, qui doivent la prendre au sérieux et rechercher des partenaires pour collaborer à sa solution.

Mme OKABE: Le Secrétaire général ayant une journée très chargée, je propose d'élargir le débat.  Je vous donne à nouveau la parole, Monsieur Kroon.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, nous sommes à quelques jours seulement du Sommet du G8 qui doit se tenir à Gênes.  J'ai une double question.  D'abord, quel message voulez-vous transmettre aux dirigeants du G8?  Pensez-vous que ceux qui gouvernent le navire ont vraiment saisi la crise économique qui menace le monde et compris ce qu'il fallait faire pour la résoudre?  Le second aspect de ma question a trait au risque de violences.  Déjà, les contestataires convergent sur Gênes.  Il paraît qu'il y a déjà eu un attentat au colis piégé, qui heureusement n'a pas fait de victime.  La prochaine réunion au sommet devra-t-elle se tenir sur un cuirassé plutôt que sur un paquebot de croisière?

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Permettez-moi de commencer par votre deuxième question.  Je pense que ce sera au G8 de décider.  J'ai moi-même assez de mal quand je dois choisir le lieu où se tiendront les conférences des Nations Unies .  j'attends avec intérêt de voir le choix qu'ils feront eux-mêmes.

Pour ce qui est de l'ordre du jour du Sommet du G8, il me semble que la question de la pauvreté s'impose d'elle-même, ainsi que la grande question de la mondialisation et de ses conséquences néfastes.  C'est aux inégalités entre États et à l'intérieur même des États que je songe.  Il nous faut admettre que même si la mondialisation peut être une évolution fructueuse - car elle a été une dynamique positive, elle n'est pas un phénomène nouveau -, nous ne devons pas négliger les inégalités et les préoccupations des pauvres et des marginaux.  Voilà un aspect dont j'espère que le G8 sera très conscient.

L'autre question que je souhaite voir aussi inscrite à l'ordre du jour du G8 est celle de la lutte contre le VIH/sida.  C'est un fléau qui a déjà atteint des proportions réellement alarmantes et qui ne se limite pas à l'Afrique.  Évidemment, c'est ce continent qui est le plus touché, mais le problème est planétaire.  Il est grave en Asie, il est grave dans l'Europe de l'Est et dans les Caraïbes, il est même grave aux États-Unis; les statistiques de cette année indiquent que le taux d'infection a augmenté de façon spectaculaire.  Impossible donc de baisser notre garde et j'espère que tout le monde participera à la lutte.  Le Fonds mondial de lutte contre le sida fonctionne bien.  J'aimerais bien que la réunion de Gênes se termine par une promesse de plus d'un milliard de dollars.  Mais n'oublions pas que notre objectif se situe entre 7 et 10 milliards de dollars supplémentaires par an.  Il ne s'agit pas d'un fonds réservé aux gouvernements; il est ouvert aux sociétés privées, aux fondations, aux particuliers et si nous nous y mettons tous, nous pouvons atteindre notre objectif.  Je pense que tout le monde souscrit aux cinq grands objectifs de notre appel à l'action, à commencer par la prévention, de sorte que tous ceux qui sont exposés aient les moyens de se protéger, notamment les jeunes femmes qui sont les dernières victimes du fléau.  Je pense que le développement scientifique [.  inintelligible .] les aidera aussi à prendre l'initiative, leur donnera le pouvoir et les moyens d'assurer leur propre protection.  Nous aimerions aussi faire disparaître ou réduire considérablement le mode de transmission le plus cruel, celui qui va de la mère à l'enfant.  Nous aimerions faire quelque chose pour les orphelins.  Il y en a 13 millions dans le monde et leur nombre ne cesse d'augmenter.  Nous aimerions être en mesure de soigner ceux qui sont touchés par la maladie.  Et, bien évidemment, nous voudrions encourager les scientifiques à trouver des vaccins et des traitements.  Cela signifie aussi qu'il nous faudrait améliorer les institutions médicales dans les pays touchés, mais il est inutile d'attendre de disposer d'hôpitaux trois étoiles pour soigner les malades.  Nous pouvons faire fond sur nos communautés, nous pouvons avoir de l'imagination.  Le Brésil nous en a donné l'exemple.  L'Ouganda aussi, et le Sénégal encore.  La lutte continue donc.

QUESTION: Monsieur Annan, vous avez évoqué tout à l'heure le livre d'Hernando de Soto, qui est un économiste péruvien très connu.  Il a écrit un livre sur le capital caché.  Si vous le lisez, vous comprenez pourquoi Margaret Thatcher et M. Framer font l'apologie de l'ouvrage.  M. de Soto est aussi un économiste néolibéral très célèbre.  Nous savons que la conjoncture en Amérique latine a provoqué le démembrement de beaucoup de petites entreprises ou sociétés.  Recommandez-vous de poursuivre ce genre de politique? 

Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: Avant de répondre à votre question, laissez-moi évoquer un autre problème qui devrait être inscrit à l'ordre du jour du G8, celui du changement climatique.  C'est un problème très important, dont il faut débattre au Sommet.  Je pense que je me suis exprimé en termes très clairs à ce propos, et qu'il est inutile de ressasser.  Quant à votre question, je répondrai que même aux États-Unis, si vous considérez le cas des petites entreprises, vous voyez que ce sont les PME qui créent le plus d'emplois, même dans certaines des économies les plus solidement installées.  Si l'on peut donc créer une situation dans laquelle ces petites entreprises, dans le secteur officiel ou dans le secteur informel, créent des emplois, je pense que nous devons encourager leurs activités.  Et si j'évoque le rôle du secteur informel, et la contribution qu'il peut apporter aux économies nationales, c'est parce qu'il s'agit de la moitié la plus dynamique de ces économies.

Si vous lisez les statistiques, si vous examinez le cas de certains de ces pays, du point de vue des transports en particulier, vous constatez que parfois le secteur informel offre plus de possibilités de transport aux pauvres que les pouvoirs publics eux-mêmes.  Pour le logement aussi, il fait mieux que les gouvernements.  Vous ne pouvez pas négliger un secteur économique aussi dynamique.  De ce point de vue donc, Hernando a absolument raison et nous devons reconsidérer la manière dont nous faisons valoir la croissance économique et le développement.

QUESTION: Monsieur le Secrétaire général, pouvez-vous nous parler des pourparlers entre l'Inde et le Pakistan qui sont sur le point de se conclure aujourd'hui?  Avez-vous du nouveau à nous annoncer sur leur déroulement?  Ma seconde question, Monsieur le Secrétaire général, a trait à cet appel que vous avez lancé ce matin en faveur du développement et d'un nouveau cycle de négociations commerciales.  Vous vous souviendrez sans doute que vous avez lancé le même appel en mai à Bruxelles, appel rejeté par l'ensemble des pays les moins avancés.  Ces pays ont dit qu'ils ne pouvaient pas payer une deuxième fois ce qu'ils avaient déjà payé.  Aujourd'hui encore vous renouvelez cet appel.  Dans l'esprit des représentants de beaucoup de pays en développement à l'Organisation mondiale du commerce, l'appréhension est aujourd'hui généralisée.  Pourquoi vous lancez-vous sur cette voie à un moment où tout le monde est opposé à l'idée d'un nouveau cycle de négociations?

Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: D'abord votre première question à propos de l'Inde et du Pakistan.  Laissez-moi vous dire que je suis très heureux que ces pourparlers aient eu lieu.  Vous vous rappelez que je me trouvais dans la région au mois de mars de cette année, à Islamabad et à Delhi, et que j'ai pu m'entretenir avec les dirigeants; à Delhi j'ai rencontré non seulement le Premier Ministre, M. Vajpayee, mais aussi les chefs de l'opposition et je les ai encouragés à entamer ces entretiens bilatéraux.  C'est pourquoi je me réjouis que les pourparlers aient eu lieu.  Je pense que c'est la seule manière de résoudre les différends qui opposent ces deux grandes nations; si nous pouvons y parvenir, ce sera vraiment un grand jour non seulement pour les deux pays, mais aussi pour la région tout entière.  Je n'ai pas encore lu le compte rendu des entretiens et je préfère ne pas anticiper, mais je suis vraiment très heureux de ces pourparlers.  J'espère qu'ils aboutiront, qu'ils seront constructifs et qu'ils marqueront le début d'un effort soutenu pour résoudre ces conflits déjà anciens.  Je souhaite tout le succès possible aux deux dirigeants et aux peuples de l'Inde et du Pakistan.

Pour ce qui est de votre deuxième question, il va sans dire que ce n'est pas moi, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, qui définis la politique des gouvernements, mais je peux faire des suggestions, je peux avoir des idées.  À mon avis, les pays en développement devraient appuyer l'idée d'un autre cycle de négociations.  Vous envisagez la chose en disant qu'ils auront à payer deux fois.  Ils soutiennent que les concessions qu'ils ont obtenues aux négociations d'Uruguay n'ont pas été mises en ouvre; c'est pourquoi certains disent qu'ils veulent d'abord discuter des questions d'exécution avant d'ouvrir un nouveau cycle.  Mais, justement, c'est une raison de plus d'entreprendre de nouvelles négociations.  Ce serait l'occasion de débattre de ces questions.  Si vous ne procédez pas à un nouveau cycle, où pourrez-vous discuter de l'exécution des engagements déjà pris? 

Il ne faut pas présumer que chaque fois que le tiers monde ou le monde en développement entreprend des négociations, nous sommes assez bêtes pour en sortir toujours plus mal lotis qu'avant.  Nous devons bien nous préparer à ces négociations, y aller avec la volonté de défendre nos intérêts et nous serrer les coudes pour faire la différence.  En fait, j'ai demandé à la CNUCED et à d'autres institutions des Nations Unies d'aider ces pays à se préparer à ces consultations.  S'ils ne participent pas au prochain cycle et en restent au cycle précédent, ils ne pourront obtenir les ressources ou les avantages qui leur ont été promis.  Que faire ensuite?  Rester les bras croisés?  Parce qu'on ne donne pas suite aux négociations d'Uruguay, nous refuserions d'ouvrir une nouvelle série de consultations?  Que proposent de concret ceux qui s'opposent à cette idée?  Je pense qu'il est dans leur intérêt de participer aux négociations, de se défendre, de forcer pour aller de l'avant; j'ai dit que ce serait un cycle vraiment consacré au développement, qui ouvrirait les marchés mondiaux au tiers monde, qui permettrait d'éliminer les subventions que les riches versent à leurs agriculteurs et à leurs industriels et qui rendent difficile la concurrence des pauvres.  C'est la seule instance à laquelle nous pourrions nous adresser pour plaider notre cause en ces termes; ce n'est pas en nous croisant les bras que nous y arriverons.  Je vous remercie beaucoup.

Mme OKABE: Merci à tous d'avoir assisté et participé à cette conférence.

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