LE SECRETAIRE GENERAL EXHORTE LES DIRIGEANTS D’ENTREPRISES AMERICAINES A SE JOINDRE A LA LUTTE MONDIALE CONTRE LE SIDA

1 June 2001
SG/SM/7827

LE SECRETAIRE GENERAL EXHORTE LES DIRIGEANTS D’ENTREPRISES AMERICAINES A SE JOINDRE A LA LUTTE MONDIALE CONTRE LE SIDA

01/06/2001
Communiqué de presseSG/SM/7827

                                                            AIDS/13

LE SECRETAIRE GENERAL EXHORTE LES DIRIGEANTS D’ENTREPRISES AMERICAINES A SE JOINDRE A LA LUTTE MONDIALE CONTRE LE SIDA

On trouvera ci-après le texte de l’allocution prononcée par le Secrétaire général à la Chambre de commerce américaine, à Washington, le 1er juin 2001 :

"Je suis heureux de l'occasion qui m'est donnée de vous parler du  rôle révolutionnaire que les entreprises peuvent jouer dans la lutte contre le sida et de vous expliquer pourquoi, sans votre aide, la communauté internationale n'a  aucune chance de remporter la bataille.  Je voudrais aussi vous expliquer en quoi votre participation  sert non seulement les intérêts de votre propre entreprise mais aussi ceux de l'humanité tout entière.

L'épidémie du sida a pris des proportions catastrophiques. Jamais encore l'humanité n'a dû faire face à une pandémie d'une telle ampleur. Plus de quatre millions d'enfants en sont déjà morts, avant même d'avoir atteint l'âge de 15 ans. L'heure n'est plus aux demi-mesures. Le bilan est cauchemardesque, qu'on le dresse en termes de vies perdues, selon le nombre d'orphelins ou en fonction des dommages causés au tissu social et économique de pays entier. Et le pire, c'est qu'il continue à faire ses ravages. Dans les pays les plus touchés, où plus d'un adulte sur cinq est infecté, l'infrastructure, les services et la capacité de production risquent de s'effondrer.

Le défi est certes redoutable mais nous ne sommes pas impuissants.

C'est pourquoi l'instauration d'une alliance mondiale qui soit à la mesure du défi est devenue pour moi une affaire personnelle.  Ce n'est qu'à la faveur d'une telle alliance que nous pouvons espérer venir à bout du sida. Dans le monde interdépendant qui est le nôtre, nous devons tous être concernés par la solution car, tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre, nous serons tous concernés par le problème.

J'ai lancé cette campagne pour une alliance mondiale en avril dernier, alors que j'assistais au Sommet d'Abuja au Nigeria. De toute évidence, la plupart des gouvernements africains ont pris conscience de la nécessité de s'attaquer au problème à bras-le-corps.

Je me suis ensuite rendu à Philadelphie, où j'ai parlé devant le Conseil des fondations philanthropiques, puis à Genève, où j'ai pris la parole devant les ministres de la santé réunis pour l'Assemblée mondiale de la santé. Je leur ai adressé le même appel à l'action, axé sur les points suivants : prévention; soins aux malades; recherche d'un vaccin; aide aux plus vulnérables, en particulier les orphelins. Ce sont là des objectifs sur lesquels nous pouvons tous être d'accord.

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Pour livrer cette bataille et atteindre ces objectifs, nous avons besoin de meneurs. C'est pourquoi je m'adresse à vous aujourd'hui, vous qui représentez les entreprises américaines. La puissance de ces dernières n'est plus à démontrer mais elle n'a pas encore été pleinement exploitée au profit de la campagne contre le VIH/sida. Il est temps d'en tirer tout le parti possible

Mais, me direz-vous, en quoi cela concerne-t-il les entreprises ?

La réponse est simple : le sida n'est pas propice aux affaires. Sous l'effet de la pandémie, les coûts assumés par les entreprises ont augmenté tandis que les marchés ont fondu. Comme l'indiquent leurs bilans et les indicateurs économiques, les entreprises doivent se sentir concernées, ne serait-ce que pour préserver leur marge bénéficiaire.

Le sida est particulièrement préjudiciable à l'économique, en ce qu'il fauche des gens qui sont dans la fleur de l'âge. Plus des quatre cinquièmes des victimes du sida ont entre 20 et 50 ans. De plus, le sida commence par s'attaquer aux citadins, aux couches les plus productives, les plus éduquées de la population, aux membres de l'élite ; bref, il s'attaque d'abord aux forces vives de la société. Des études menées au Zaïre ont montré que c'était parmi les cadres que la prévalence du sida était la plus élevée, puis parmi les contremaîtres, et enfin parmi les ouvriers.

Une telle mortalité ponctionne le budget des entreprises et grève l'économie des pays. Lorsque suite au décès du parent qui travaille, une famille se retrouve sans revenus, l'accès aux soins et à l'éducation devient plus difficile et tous ses membres sont plus exposés à l'infection. Il suffit que ce cycle se répète quelques fois, et c'est toute une communauté qui est détruite.

L'Afrique est particulièrement touchée par le fléau. Au début de la prochaine décennie, le PIB de l'Afrique du Sud, qui représente 40% du revenu de la sous-région, sera inférieur de 17% à ce qu'il aurait été sans le sida.

Si la tendance actuelle se poursuit, en 2020, la population active de 15 pays sur lesquels a porté une étude de l'Organisation internationale du Travail comptera 24 millions d'individus de moins que si le sida n'avait pas existé.

Mais les ravages économiques causés par le sida ne sont pas confinés à l'Afrique. Ils s'étendent à un rythme alarmant à d'autres coins de la planète, y compris à des régions qui ne sont pas très éloignées. Dans les Caraïbes anglophones, le sida est devenu la première cause de mortalité pour le groupe d'âge 15- 44 ans.

En Russie, il y a eu plus de nouveaux cas en 2000 que pendant toutes les années précédentes combinées. En Europe orientale et en Asie centrale, le nombre de nouveaux cas a augmenté de près de 70% au cours de l'année passée.

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En Inde et en Chine, deux des principaux partenaires commerciaux des État-Unis en termes d'exportations aussi bien que d'importations, la tendance est des plus préoccupantes. C'est l'Inde qui comptera bientôt le plus grand nombre de séropositifs, mais elle est talonnée par la Chine. En 2005, ces deux pays compteront plus de 10 millions de séropositifs.

Lorsque l'on sait que 42% des exportations américaines vont aux pays en développement, on imagine sans peine l'impact que le sida peut avoir sur les entreprises de ce pays.

Mais le tribut que nous payons au sida s'étend à de nombreux autres domaines. Il sape la stabilité et compromet la sécurité au niveau régional comme au niveau mondial.  En janvier de l'année dernière, le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies a, pour la première fois, consacré une réunion à une question de santé publique : l'impact du sida sur la paix et la sécurité en Afrique. Selon un rapport de la CIA publié le même mois, en Afrique subsaharienne, dans certaines parties d'Asie et dans l'ex-Union soviétique, le poids des maladies infectieuses ne fera qu'ajouter à l'instabilité politique, tout en freinant le processus de démocratisation. Ce n'est certainement pas une bonne nouvelle pour les affaires.

À mesure que le sida aggrave la pauvreté et  accroît les inégalités, il alimente aussi la grogne populaire contre la mondialisation. Si nous n'y prenons garde, cette animosité ne fera que croître et s'étendre. Nous devons donc être en mesure de répondre aux critiques et, en tant que principales bénéficiaires de la mondialisation, les entreprises  seront appelées, sous l'effet d'une pression publique grandissante, à donner l'impulsion nécessaire.

Que peuvent faire les entreprises ?

Elles sont habituées à agir vite et énergiquement, ce qui n'est pas toujours le cas pour la communauté des États souverains. Or, c'est maintenant que nous avons besoin de votre aide.

Plusieurs expériences montrent à quel point les entreprises peuvent contribuer à la lutte contre le sida.  Il faut en tirer les enseignements voulus et les intégrer en une stratégie concertée et polyvalente : action sur le lieu du travail, activités de plaidoyer et exploitation des points forts des entreprises.

Commençons par l'action sur le lieu du travail. Vous pouvez, si vous êtes implantés dans le monde en développement, élaborer et mettre en œuvre des politiques efficaces de lutte contre le sida, en consultation avec les gouvernements concernés. Ces programmes de sensibilisation à l'intention des travailleurs pourraient devenir la pierre angulaire de notre campagne mondiale de prévention. Si certains de vos employés sont infectés, vous pouvez les aider ainsi que leur famille en leur offrant, sur une base volontaire et confidentielle, des services de dépistage, de conseil et de soins

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Le prix des médicaments contre le VIH ne cessant de diminuer, une véritable révolution pourrait se produire en ce qui concerne la participation du secteur privé à la lutte. Les principales compagnies pharmaceutiques de la planète ont compris qu'il fallait, en même temps, promouvoir la recherche et mettre les médicaments à la portée des pays les plus pauvres. Comme les anti-rétroviraux sont moins chers et donc plus largement accessibles, il est plus avantageux pour les entreprises de soigner leurs employés qui sont séropositifs que d'en recruter et d'en former d'autres lorsque les premiers meurent.  Une étude récente menée en Afrique a montré qu'investir dans le traitement des employés séropositifs rapportait plus de dix fois la mise.

Volkswagen do Brasil est un bon exemple de ce qui peut être fait sur le lieu du travail. En 1996,  cette société a lancé un ambitieux programme de prévention et d'éducation, appuyé par des services de conseil et de traitement, notamment sous la forme d'anti-rétroviraux, à l'intention des travailleurs séropositifs ou malades du sida. Parallèlement, une action énergique a été menée pour mettre fin à la discrimination et préserver la vie privée des intéressés.

En 1999, le taux d'hospitalisation chez les travailleurs séropositifs avait chuté de 90%, et le coût des traitements et des soins avait baissé de 40%. Neuf séropositifs sur dix étaient toujours asymptomatiques et continuaient à travailler. Cela s'est traduit par un gain de productivité, une baisse de l'absentéisme et du nombre de décès imputables au sida, ainsi que par l'amélioration du moral du personnel. Grâce à ce programme, bon nombre de travailleurs séropositifs sont restés en vie et beaucoup d'enfants ont gardé leurs parents.

Mais la contribution que le secteur privé peut apporter ne s'arrête pas aux portes de l'entreprise. Ainsi, vous pouvez avoir un impact encore plus large en plaidant en faveur du changement. En parlant haut et fort du virus, de l'épidémie et de ce que l'on peut faire pour l'enrayer. Le silence et l'exclusion poussent la maladie dans la clandestinité et favorisent sa propagation. Parler du problème, c'est commencer à le résoudre.

Les femmes et les hommes d'affaires sont des membres respectés de leur communauté. Vous pouvez donc user de votre entregent pour encourager d'autres personnes à agir, notamment vos homologues dans d'autres compagnies.

Vous pouvez mettre au service de la cause votre savoir-faire et votre infrastructure de marketing et de communication, notamment au niveau de l'emballage des produits et de la publicité. Vous pouvez utiliser vos compétences logistiques pour faciliter l'acheminement et la distribution de matériel prophylactique et de soins  Vous pouvez tirer parti de vos techniques de fidélisation de la clientèle pour mobiliser les consommateurs, et surtout les jeunes, et associer votre  marque à l'un ou l'autre objectif social comme l'ont fait Levi Strauss et The Body Shop.

Votre expérience des affaires publiques, de la gestion des ressources humaines et de la planification stratégique, vous pouvez en faire profiter les organismes et les associations communautaires, qui sont à la pointe du combat et manquent souvent cruellement de ce type de compétences.

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Vous pouvez aussi opter pour une approche sectorielle. Ainsi, en Thaïlande, certaines compagnies d'assurances encouragent les entreprises à mettre en place des programmes de prévention du sida en offrant des taux préférentiels à leurs clients qui sont disposés à le faire.  Leurs coûts ont diminué, parce que leurs employés sont en meilleure santé, et elles ont pu attirer de nouveaux clients, fortes de leur réputation d'entreprises soucieuses du bien-être de leurs assurés.

La liste de ce que l'on peut faire est longue. Ainsi, le "Global Business Council on HIV/AIDS" est un consortium d'entreprises qui cherchent ensemble à introduire de meilleures pratiques sur le lieu du travail et à encourager les cadres à jouer le rôle de chefs de file dans la lutte contre la propagation de la pandémie. 

En janvier 1999, j'ai moi-même lancé le Pacte mondial, une initiative conjointe des Nations Unies et du monde des affaires qui vise à encourager le civisme des entreprises en matière de droits de l'homme, de réglementation du travail et de protection de l'environnement.

Les forums organisés dans le cadre du Pacte mondial offrent un lieu privilégié pour échanger des données d'expérience et des informations sur les meilleures pratiques. Il est encourageant de constater que, dans certains des pays plus touchés, plusieurs grandes entreprises ont déjà tiré parti des séminaires organisés au niveau local pour lancer des programmes de prévention et de soin à l'intention de leurs employés et des communautés dans lesquelles elles sont implantées.

Enfin, vous pouvez apporter votre contribution en tant que donateurs. Les sommes qu'il faudrait consacrer à la lutte dans les pays à revenu faible ou modéré devraient atteindre de sept à dix milliards par an. C'est cinq fois plus que  ce que les particuliers, les gouvernements et les donateurs internationaux  y consacrent actuellement.

Cela paraît beaucoup. Or, une étude menée à Harvard a montré que le sida avait déjà coûté à la planète plus de 500 milliards de dollars. Dans ces circonstances, 10 milliards par an, c'est plutôt raisonnable…En fait, ce serait même une occasion à ne pas manquer !

Afin de recueillir les ressources nécessaires, j'ai proposé la création d'un Fonds mondial de lutte contre le sida et d'autres maladies infectieuses, qui appuierait les stratégies et programmes nationaux. Il serait ouvert aux gouvernements comme aux donateurs privés.

Ces dernières semaines, cette idée a suscité de stimulants échanges de vue avec des gouvernements, des fondations philanthropiques, des associations de la société civile et des universités. Nous nous accordons à penser que le Fonds doit avoir une structure légère et souple, qui lui permette d'intervenir efficacement en faveur des populations et des pays concernés.

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Si votre entreprise se joint à la lutte mondiale contre le sida, les effets ne tarderont pas à se faire sentir. Vous constaterez  non seulement des bénéfices directs, en termes de protection de l'investissement et de réduction des risques, mais aussi des retombées moins tangibles mais tout aussi importantes, en termes d'image et de fidélisation de la clientèle.

En tout état de cause, s'il est vrai que le sida constitue une grave menace pour l'économie, la lutte contre ce fléau est avant tout et surtout un impératif humanitaire. En fait, il existe une heureuse convergence entre le travail pour lequel vos actionnaires vous paient et l'intérêt de millions d'individus de par le monde. Voilà qui rend ma tâche de ce soir plus facile !

Je suis convaincu que si nous travaillons la main dans la main, nous réussirons -- ne serait-ce que parce que le prix d'une défaite serait insupportable."

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For information media. Not an official record.