LA CONFERENCE SUR LE COMMERCE ILLICITE DES ARMES LEGERES N’EST QUE LE DEBUT DES EFFORTS VISANT A ELIMINER CE TRAFIC, DECLARE LA VICE-SECRETAIRE GENERALE

9 July 2001
DSG/SM/137

LA CONFERENCE SUR LE COMMERCE ILLICITE DES ARMES LEGERES N’EST QUE LE DEBUT DES EFFORTS VISANT A ELIMINER CE TRAFIC, DECLARE LA VICE-SECRETAIRE GENERALE

09/07/2001
Communiqué de presseDSG/SM/137

                                                            DC/2784

LA CONFERENCE SUR LE COMMERCE ILLICITE DES ARMES LEGERES N’EST QUE LE DEBUT DES EFFORTS VISANT A ELIMINER CE TRAFIC, DECLARE LA VICE-SECRETAIRE GENERALE

La déclaration suivante a été faite ce matin par la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Mme Louise Fréchette, lors de la séance d’ouverture de la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects :

J’éprouve le plus grand plaisir à assister aujourd’hui à cette conférence si importante. Le Secrétaire général regrette profondément de ne pas pouvoir être des vôtres. Il tient à ce que vous sachiez qu’il est fermement résolu à jouer pleinement son rôle dans la lutte contre un fléau qui a causé tant de souffrances à tant de personnes.

On estime à 500 millions au moins le nombre d’armes légères en circulation, soit une arme pour 12 personnes à l’échelle planétaire. La vaste majorité de ces armes est entre les mains des forces de police, des armées gouvernementales et de particuliers respectueux de la loi. Mais un grand nombre d’entre elles sont la propriété de forces irrégulières, de criminels et de terroristes. Des millions d’armes, reliquats de la guerre froide, sont utilisées dans les conflits en Afghanistan, en Amérique centrale et en Afrique occidentale. En outre, la prolifération des armes légères est à l’origine d’une culture de la violence et du crime, même dans les sociétés qui ne sont pas déchirées par des conflits.

Les armes légères causent de lourdes pertes. D’après l’enquête indépendante de 2001 sur les armes légères, celles-ci tueraient chaque jour bien plus de 1 000 personnes. Armes de prédilection dans 46 des 49 grands conflits qui ont éclaté depuis 1990, les armes légères ont causé la mort d’environ 4 millions de personnes, dont environ 90 % de civils et 80 % de femmes et d’enfants. D’après la Banque interaméricaine de développement, le montant des pertes directes et indirectes causées par la violence liée à ces armes varie entre 140 et 170 milliards de dollars par an, rien qu’en Amérique latine. Comme le Secrétaire général l’a dit dans son rapport du Millénaire, les armes légères « pourraient être assimilées à des “armes de destruction massive” ».

Les armes légères sont également une affaire de gros sous. Le secret qui voile le commerce illicite des armes rend toute estimation difficile. D’après l’enquête sur les armes légères, ce marché représenterait environ 1 milliard de dollars par an. Mais le problème n’est pas tant la valeur en dollars des armes que l’offre considérable, qui fait fortement baisser les prix d’achat. Dans certains endroits, on peut se procurer un fusil d’assaut AK-47 pour 15 dollars seulement, voire en échange d’un sac de graines.

Les armes légères sont liées à des questions très importantes telles que la paix et la sécurité, les droits de l’homme, le trafic de drogues et le blanchiment d’argent. L’accès à ces armes peut prolonger et exacerber un conflit. Leur prolifération illicite sape l’autorité de gouvernements légitimes mais faibles, porte atteinte au droit international humanitaire et à l’état de droit, provoque le déplacement de civils innocents et rend le maintien de la paix beaucoup plus difficile. Ainsi, on se retrouve souvent devant un cercle vicieux, où l’insécurité entraîne une augmentation de la demande d’armes, qui, à son tour, engendre une plus grande insécurité, et ainsi de suite.

Que pouvons-nous faire pour remédier à cette situation, pour réduire le nombre d’armes déjà en circulation et pour prévenir leur accumulation à l’avenir? Il existe trois domaines dans lesquels on pourrait accomplir des progrès immédiats.

Le premier est celui de la loi et de la réglementation.

Bien qu’il existe des normes internationales dans le domaine de la non-prolifération nucléaire, ainsi que des interdictions qui frappent les armes chimiques et biologiques et les mines antipersonnel, nous ne disposons toujours pas de normes contraignantes visant à éliminer le trafic illicite d’armes légères. La présente conférence peut constituer un progrès important dans ce sens.

En mars dernier, les négociateurs ont arrêté le texte d’un protocole à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée. Ce protocole prévoit des normes internationalement reconnues pour le marquage des armes à feu et le contrôle de leur importation et de leur exportation. Le Secrétaire général prie instamment les États Membres de signer et de ratifier ce protocole sans retard, étape importante en vue d’accroître la transparence et de renforcer le sens des responsabilités.

Le deuxième domaine où l’on peut réaliser des progrès immédiats est la coopération internationale.

L’Organisation de l’unité africaine a élaboré une stratégie à l’échelle du continent pour s’attaquer au problème des armes légères. Les pays d’Afrique occidentale ont décrété un moratoire sur l’importation, l’exportation et la fabrication d’armes légères. Une Convention interaméricaine contre la fabrication et le trafic illicites d’armes à feu, de munitions, d’explosifs et d’autres matériaux est entrée en vigueur. Les pays européens ont arrêté un code de conduite concernant les exportations d’armes, et les pays du Sud-Est asiatique ont commencé à examiner le problème dans leur région. Cette coopération devrait s’intensifier. Des institutions telles que l’Organisation mondiale des douanes et Interpol peuvent aider, et l’apport des groupes de la société civile est indispensable. Le Département des affaires de désarmement de l’ONU a également un rôle essentiel à jouer.

Le troisième domaine est celui des mesures pratiques de désarmement.

La collecte et la destruction d’armes font partie intégrante de bon nombre d’opérations de maintien de la paix et de stratégies de rétablissement de la paix, et elles aident les sociétés à rétablir la sécurité, ou à en bénéficier pour la première fois, et à créer des conditions favorables au développement. De telles entreprises doivent être mieux financées.

Les programmes prévoyant des mesures d’incitation non monétaires en échange de la remise volontaire d’armes ont de grandes chances d’aboutir. Les paiements en espèces peuvent encourager les importations d’armes en provenance de pays voisins. En Albanie, en El Salvador, au Mozambique et au Panama, par exemple, les particuliers ont reçu des outils et des matériaux de construction, et des communautés entières ont été dotées de nouvelles écoles, de services de soins de santé et de routes praticables.

Dans tous ces efforts, nous devrions solliciter l’aide des fabricants, qui peuvent rendre les armes plus faciles à trouver en les marquant clairement et en les vendant en recourant uniquement à des intermédiaires certifiés.

En convoquant la présente conférence, les États Membres ont donné à la dévastation causée par les armes légères la grande attention qu’elle méritait. Mais cette conférence n’est qu’un début. Les efforts visant à mettre un terme au trafic illicite d’armes soulèvent nombre de questions complexes. Vous devez faire la distinction entre le trafic licite et le trafic illicite. Vous devez tenir compte de la souveraineté nationale, de la responsabilité que les États ont d’assurer la sécurité et du droit des États à la légitime défense, consacré par l’Article 51 de la Charte.

Dans la Déclaration du millénaire, adoptée en septembre dernier, les États Membres ont déclaré qu’ils étaient résolus à « prendre des mesures concertées pour mettre fin au trafic d’armes légères » dans le but, plus large, de créer un monde pacifique et sûr au XXIe siècle. J’espère que vous vous entendrez pour mettre au point le programme d’action le plus ferme possible et que vous concrétiserez ainsi davantage cette vision de l’avenir.

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For information media. Not an official record.