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NATIONS UNIES
Distr. GENERALE
A/CONF.171/13/Add.1
18 octobre 1994
FRANCAIS
ORIGINAL : ANGLAIS
RAPPORT DE LA CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LA POPULATION
ET LE DEVELOPPEMENT
(Le Caire, 5-13 septembre 1994)
Additif
TABLE DES MATIERES
Annexes
Page
I. LISTE DES DOCUMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
II. DECLARATIONS D'OUVERTURE. . . . . . . . . . . . . . . . 4
III. DISCOURS DE CLOTURE . . . . . . . . . . . . . . . . . .41
IV. ACTIVITES ANNEXES . . . . . . . . . . . . . . . . . . .49
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Annexe I
LISTE DES DOCUMENTS
Cote Titre ou description
A/CONF.171/1 Ordre du jour provisoire
A/CONF.171/2 Reglement interieur provisoire :
note du Secretariat
A/CONF.171/3 Questions d'organisation et de
procedure : note du Secretariat
A/CONF.171/4 Quatrieme cycle d'examen et
d'evaluation du Plan d'action
mondial sur la population :
rapport du Secretaire general
A/CONF.171/5 Vue d'ensemble des rapports
etablis par les pays en vue de la
Conference : rapport de la
Secretaire generale de la
Conference
A/CONF.171/6 Note verbale datee du 2 aout
1994, adressee au Secretaire
general par la Representante
permanente de la
Trinite-et-Tobago aupres de
l'Organisation des Nations Unies
A/CONF.171/7 et Add.1 Liste des organisations non
gouvernementales dont
l'accreditation est recommandee
: note du Secretariat
A/CONF.171/8 et Add.1 et 2 Participation des organisations
intergouvernementales aux travaux
de la Conference : note de la
Secretaire generale de la
Conference
A/CONF.171/9 Note verbale datee du 9 septembre
1994, adressee a la Secretaire
generale de la Conference par la
delegation costa-ricienne a la
Conference internationale sur la
population et le developpement
A/CONF.171/10 Lettre datee du 7 septembre 1994,
adressee a la Secretaire generale
de la Conference internationale
sur la population et le
developpement par l'Ambassadeur
de Tunisie en Egypte
A/CONF.171/11 et Corr.1 Rapport de la Commission de
verification des pouvoirs
Cote Titre ou description
A/CONF.171/12 Lettre datee du 9 septembre 1994,
adressee a la Secretaire generale
de la Conference par l'adjoint du
chef suppleant de la delegation
indonesienne a la Conference
internationale sur la population
et le developpement
A/CONF.171/L.1 Projet de programme d'action de
la Conference : note du
Secretariat
A/CONF.171/L.2 Rapport sur les consultations
preliminaires a la Conference
tenues au Centre international de
conference du Caire
A/CONF.171/L.3 et Add.1 a 17 Rapport de la Grande Commission
A/CONF.171/L.4 et Add.1 Projet de rapport de la
Conference
A/CONF.171/L.5 Programme d'action de la
Conference internationale sur la
population et le developpement :
projet de resolution presente par
l'Algerie (au nom des Etats
Membres de l'Organisation des
Nations Unies qui sont membres du
Groupe des 77, et de la Chine)
A/CONF.171/L.6 Motion de remerciements au peuple
et au Gouvernement egyptiens :
projet de resolution presente par
l'Algerie (au nom des Etats
Membres de l'Organisation des
Nations Unies qui sont membres du
Groupe des 77, et de la Chine)
A/CONF.171/INF/1 Informations a l'intention des
participants
A/CONF.171/INF/2 et Add.1 a 6 Liste provisoire des delegations
a la Conference
A/CONF.171/INF/3 et Add.1 et 2 Liste des documents distribues
pour information
A/CONF.171/PC/9 Rapport du Comite preparatoire de
la Conference internationale sur
la population et le developpement
sur sa troisieme session
Annexe II
DECLARATIONS D'OUVERTURE
Declaration de M. Boutros Boutros-Ghali, Secretaire
general de l'Organisation des Nations Unies
Le monde entier a aujourd'hui les yeux fixes sur Le Caire,
ville eternelle, qui accueille notre conference historique.
Historique elle l'est, en effet, car c'est la premiere fois que les
pays et les peuples du monde debattent a un si haut niveau de
questions qui revetent la plus grande importance pour le present et
l'avenir de la vie sur notre planete.
Permettez-moi tout d'abord de presenter, au nom de tous ceux
qui sont ici presents, au nom des organisations des Nations Unies
et en mon nom propre, mes remerciements sinceres et ma gratitude
profonde au Gouvernement et au peuple de la Republique arabe
d'Egypte qui accueillent cette importante conference. Je tiens
aussi a remercier le Gouvernement et le peuple egyptiens de
l'hospitalite, de l'amabilite et de la generosite dont ils font
preuve a l'egard des delegations participantes. Cette hospitalite
est un nouveau temoignage de l'appui constant que l'Egypte accorde,
depuis plus d'un demi-siecle, aux activites et aux objectifs des
Nations Unies, y compris dans le domaine du maintien de la paix.
Je salue tous ceux qui ont aide a preparer la Conference et je les
remercie.
Permettez-moi, Monsieur le President, de rendre un hommage
tout particulier au President Mouhammad Hosni Moubarak, dont la
politique, marquee au sceau de la sagesse et de l'efficacite,
procede d'une comprehension authentique de la nature du lien qui
existe entre population et developpement. En reconnaissance de
l'engagement personnel du President Moubarak, la communaute
internationale lui a decerne cette annee le Prix des Nations Unies
en matiere de population, soulignant par la meme le role de premier
plan que joue l'Egypte dans cet aspect essentiel du developpement.
Cette conference represente un tournant decisif dans le
domaine capital de la population, en ce sens que son issue aura un
effet determinant sur la demarche qui sera adoptee a cet egard.
En effet, si la Conference fait preuve de la volonte politique
necessaire, elle ne manquera pas de creer un puissant elan sur une
voie positive beneficiant de l'appui des Etats et des peuples du
monde entier. Dans le cas contraire, il nous faudra
malheureusement assister a une aggravation des clivages et de
l'incomprehension, voire des crises.
Je ne pense pas exagerer en affirmant que c'est sur la
Conference que reposent non seulement l'avenir de la societe, mais
aussi l'efficacite de l'ordre economique de notre planete.
Votre auguste assemblee est aujourd'hui saisie d'un programme
de travail global et integre qui contient des propositions et des
recommandations a long terme en vue de resoudre les problemes les
plus graves de l'heure, a savoir la pauvrete, le developpement,
l'environnement, la condition de la femme, l'epanouissement des
enfants d'aujourd'hui qui sont les piliers de demain, la sante
publique ainsi que d'autres domaines dont depend le bien-etre
actuel et futur des peuples.
Si la Conference reussit a adopter ce programme, elle aura
franchi un pas decisif en creant l'elan necessaire non seulement
pour tracer la voie menant a la solution de ces problemes, mais
aussi pour s'y maintenir et repondre aux exigences qu'elle
implique.
C'est la le veritable defi qu'il nous faut relever. Nous
sommes en presence d'une occasion unique qu'il est de notre devoir
a tous de saisir dans toute son ampleur.
A vrai dire, la Conference internationale qui s'ouvre
aujourd'hui est le produit d'une longue et vaste reflexion que
l'Organisation des Nations Unies ne cesse de mener, depuis son
origine. Des son Preambule, la Charte affirme fortement la volonte
de la communaute internationale de "favoriser le progres social et
d'instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberte plus
grande".
C'est dans cet esprit que le Conseil economique et social a
cree, des 1946, la Commission de la population qui a inspire les
premieres deliberations de l'organisation mondiale sur ce theme.
L'Assemblee generale, elle-meme, a pris tres tot en charge les
questions de population. Et elle a su degager, dans ce domaine,
des principes d'action, dont les differentes decennies pour le
developpement portent notamment la trace.
Mais l'Organisation des Nations Unies a egalement institue des
structures operationnelles pour assister les Etats dans leur
politique demographique. A cet egard, chacun sait le role que joue
le Fonds des Nations Unies pour la population. L'ampleur des
programmes qu'il realise, depuis 25 ans, dans les differentes
regions du monde et dans divers domaines d'activite illustre
l'importance de son action.
Je tiens a rendre ici un hommage particulier a tous ceux qui
- au FNUAP, au Secretariat, dans les commissions regionales, les
organismes et les programmes des Nations Unies - ont consacre tant
de temps et d'efforts au succes de la Conference.
La Directrice executive du Fonds, Mme Nafis Sadik, a joue a
cet egard un role essentiel.
Chacun sent bien, en effet, que la prise en charge des
phenomenes de population par la communaute internationale doit
faire l'objet d'un vaste debat qui mobilise l'ensemble des Etats
Membres au niveau le plus eleve. C'est le role des differentes
conferences internationales qui se sont deroulees sur ce sujet
depuis une vingtaine d'annees, de la Conference de Bucarest jusqu'a
la Conference de Mexico.
La Conference qui s'ouvre aujourd'hui au Caire marque une
etape nouvelle et importante dans la reflexion de la communaute
internationale sur les questions de population, et temoigne de la
volonte d'inscrire cette reflexion dans la perspective du
developpement.
Mais je voudrais dire aussi que cette conference ne prend
toute sa signification que si on la projette dans l'ensemble des
reunions internationales que l'ONU organise, a l'heure actuelle,
dans le domaine economique et social.
J'ai eu, a plusieurs reprises, l'occasion de souligner
l'importance des activites menees par l'Organisation des Nations
Unies en matiere economique et sociale. Trop souvent, l'opinion
publique et les medias ne connaissent l'ONU qu'a travers le role
qu'elle joue au service de la paix et de la securite
internationales. Certes, cette action est considerable et merite
sans cesse d'etre encouragee. Il n'en reste pas moins qu'elle ne
represente que 30 % environ des activites conduites par
l'Organisation. Et c'est dans le champ economique et social que
porte l'essentiel de ses autres missions.
Je voudrais souligner egalement que la reflexion que la
communaute internationale mene ainsi sur son avenir collectif est,
en profondeur, une reflexion sur le devenir de la personne humaine.
Et cela doit rester present a nos esprits tout au long de la
Conference.
C'est, en effet, la personne humaine dans son environnement
dont nous avons debattu ensemble a Rio.
C'est la personne humaine, en tant que titulaire de droits,
sur laquelle nous nous sommes interroges a Vienne.
C'est la personne humaine dans son developpement social qui
sera au centre de nos debats de Copenhague.
Et c'est la personne humaine, a travers le statut et la
condition de la femme, qui nous reunira l'annee prochaine a
Beijing.
Cette preoccupation, nous la retrouvons bien evidemment
aujourd'hui, ici, au Caire, a travers le mandat que nous assigne la
Conference internationale sur la population et le developpement.
Et les objectifs qui nous sont fixes temoignent de ces
interrogations cruciales :
Quels sont les liens entre population, croissance economique
soutenue et developpement durable?
Quelle doit etre notre attitude face a l'accroissement
demographique et a la structure de la population?
Comment assurer l'egalite des sexes et l'emancipation des
femmes?
Quel est le role qui revient a la famille?
Comment reduire la mortalite infantile et la mortalite liee a
la maternite?
Comment pouvons-nous proteger la dignite et le bien-etre des
personnes agees?
Comment mieux promouvoir des politiques demographiques et de
planification familiale?
Comment maitriser les mouvements migratoires, internes et
internationaux?
Quel devrait etre le role des organisations non
gouvernementales face a ces problemes fondamentaux?
On le voit, il s'agit la de questions fort delicates, car - ne
nous le cachons pas - meme derriere les problemes les plus
techniques dont nous aurons a debattre se profilent implicitement
des choix de societe. Et des lors, on peut comprendre les
craintes, les reticences ou les critiques qui ont entoure la
preparation de cette conference.
Mais ce n'est pas la une raison, a mes yeux - loin de la -
pour eluder des questions essentielles pour le futur de l'humanite.
Et nul ne comprendrait que l'ONU, dont l'un des roles principaux
est d'etre le grand forum de la societe internationale, n'aborde
pas ces interrogations fondamentales.
L'Organisation des Nations Unies, pour etre fidele a sa
vocation et a sa nature, se doit d'offrir aux Etats un cadre de
discussion ouvert et libre, attentif a la diversite des opinions et
des convictions. Ainsi, loin de moi l'idee de vous proposer, au
seuil de cette conference, des modeles generaux ou des reponses
toutes faites.
J'estime cependant, en tant que Secretaire general de l'ONU,
qu'il est de mon devoir de vous inviter a aborder cette conference
internationale dans un esprit constructif et positif.
Dans cette perspective, j'aimerais vous suggerer, non pas une
methode de travail, mais ce que je voudrais appeler des "principes
de conduite". Ces principes, qui doivent animer la Conference du
Caire, peuvent, me semble-t-il, s'incarner dans trois mots
essentiels que j'offre a votre attention : l'exigence, la tolerance
et la conscience.
Ce sont ces trois principes de conduite sur lesquels
j'aimerais reflechir, quelques instants, devant vous.
L'exigence a laquelle nous devons nous soumettre est tout
autant celle des faits que celle de l'esprit.
Le monde compte aujourd'hui 5 milliards 630 millions
d'habitants. Chaque annee, la population mondiale croit de pres de
100 millions d'habitants. Et selon les projections des Nations
Unies, elle devrait se situer en 2050 entre 7 milliards 918
millions et 11 milliards et demi.
Nous savons tous aussi que cette croissance demographique est
largement concentree dans les pays les plus pauvres de la planete.
A l'heure actuelle, 4 milliards et demi d'habitants, c'est-a-dire
presque 80 % de la population globale, vivent dans les regions les
moins developpees du monde. Et, si nul n'intervient, cette
situation risque de s'aggraver dans les annees a venir.
Des lors se pose a nous une interrogation majeure : Comment
etre fidele a l'imperatif de progres social prevu dans la Charte
quand, chaque jour, viennent au monde 377 000 nouveaux etres
humains, pour la plupart dans les regions en developpement et, pour
nombre d'entre eux, dans des conditions de privation et de pauvrete
insupportables?
Face a la realite qui s'impose a nous, l'indifference et
l'inaction constituent de veritables crimes contre l'esprit. Nous
devons mettre en oeuvre, encourager et soutenir des politiques
demographiques nationales, regionales et internationales. Car - je
le dis de la facon la plus nette - c'est par notre intervention et
notre volonte que nous pourrons assurer le progres harmonieux de la
societe et que nous pourrons preserver l'avenir des generations
futures dont nous sommes, des a present, comptables.
Il serait inadmissible de s'en remettre a je ne sais quel
ordre naturel, c'est-a-dire de laisser les guerres, les
catastrophes, les famines ou la maladie reguler la croissance
demographique de notre planete.
Les Etats doivent etre soutenus dans leurs efforts pour
maitriser l'evolution demographique. Et c'est le role d'une
conference telle que la notre non seulement de mesurer les progres
accomplis depuis une decennie, mais egalement d'imaginer des moyens
de mieux conjuguer, ainsi que le titre meme de notre conference
nous y invite, population et developpement.
Mais nous devons aussi penser les politiques demographiques et
de planification familiale de la maniere la plus large et la plus
globale, pour remedier tout autant au probleme lui-meme qu'a ses
causes les plus profondes. Il est, en effet, impossible de
dissocier les politiques relatives a la population et les
politiques en matiere de sante, d'alimentation et d'education.
Sur ce dernier point, je voudrais souligner avec force le role
essentiel qui doit etre assigne aux femmes dans ces politiques.
L'education et la mobilisation des femmes sont, en effet, des
objectifs indispensables pour faire aboutir, de par le monde, toute
politique dans le domaine de la population et du developpement.
J'ai bien conscience que l'elaboration et la mise en oeuvre de
telles politiques peuvent, dans certains cas, heurter des esprits
ou bousculer des traditions. C'est la raison pour laquelle je veux
insister sur le second principe qui doit, ici, nous guider : le
principe de tolerance.
La tolerance impose a une conference telle que la notre d'etre
eminemment respectueuse des cultures et des convictions. Car la
Conference sur la population et le developpement souleve a la fois
- chacun en est bien convaincu - des questions sociales et des
questions ethiques.
Sur le plan social, ce que nous nommons "la population" n'est
pas - ne l'oublions jamais - un tout indifferencie. Chaque membre
de la population s'inscrit dans une culture, dans une societe, dans
une tradition. La population est un champ d'appartenances
multiples dont chaque communaute merite notre respect et dont la
famille constitue le noyau central.
La population est, avant tout, un lieu de solidarites diverses
et variees, et il conviendra, dans nos debats, d'en tenir compte.
Mais la population, c'est aussi un ensemble de peuples et un
ensemble d'individus. Et, des lors, ne manquons jamais d'etablir
une relation entre notre conference et la notion si essentielle de
droit des peuples. Et ne perdons jamais de vue la necessite
d'inscrire notre politique dans la perspective des droits de
l'homme.
J'ai eu, lors de la Conference de Vienne, l'an dernier,
l'occasion de mettre l'accent sur la notion d'universalite et la
dimension a la fois absolue et contingente des droits de l'homme.
C'est la meme dialectique de l'universel et du particulier, de
l'identite et de la difference, que nous devons, ici, mettre en
oeuvre - et singulierement lorsque nous devrons aborder les
questions les plus delicates de la Conference.
J'appelle donc chacune et chacun d'entre vous a la tolerance
et au respect des sensibilites qui peuvent se manifester a
l'occasion de ces debats.
Cette tolerance doit etre entendue de la maniere la plus
forte, car elle ne doit deboucher ni sur des compromis prudents, ni
sur des demi-mesures, ni sur des solutions approximatives ou, pire
encore, sur des declarations lenifiantes. De meme, devons-nous
eviter de nous enfermer dans d'absurdes et retrogrades querelles de
mots.
Cette tolerance doit etre entendue, aussi, de maniere
reciproque, car on ne saurait admettre que telle ou telle
conception philosophique, morale ou spirituelle puisse s'imposer a
l'ensemble de la communaute internationale, ou s'opposer aux
progres de l'humanite.
C'est dire que le succes de notre conference depend de nos
efforts pour surmonter nos clivages apparents, nos differences du
moment, nos barrieres ideologiques et culturelles. C'est la raison
pour laquelle j'en appelle a la conscience comme troisieme principe
de conduite de notre conference.
La conscience est traditionnellement definie comme la faculte
qu'a l'homme de connaitre sa propre realite et de la juger. Et
c'est bien de cela qu'il s'agit pour nous.
Car la conscience que nous devons avoir de nous-memes, c'est
d'abord celle de notre liberte de jugement et du droit de chacune
et de chacun de conduire et de diriger sa vie comme il l'entend,
dans le respect de la liberte d'autrui et des regles de la societe.
Les hommes et les femmes, partout dans le monde, doivent avoir
non seulement le droit, mais aussi les moyens, de choisir leur
avenir individuel et familial.
Cette liberte de decision est une liberte fondamentale et elle
doit etre protegee et encouragee. S'il en etait autrement, ce
seraient les plus pauvres de la planete - et je pense
particulierement, en disant cela, a la situation des femmes - qui
en subiraient les consequences les plus desastreuses.
Mais cette liberte ne sera authentique que si elle est vecue
et realisee dans un cadre qui favorise la responsabilite de chacune
et de chacun.
Des lors, seule la conjonction de la liberte et de la
responsabilite permettra le plein epanouissement des individus dans
un environnement familial soucieux de la dignite de la personne
humaine et de l'avenir de la societe.
Mais la conscience que nous devons avoir de nous-memes, c'est
aussi celle de notre interdependance. Trop souvent, celle-ci ne
nous apparait que dans l'urgence, la contrainte et la menace, de la
facon la plus negative, a travers des vagues d'immigration ou des
flots de refugies.
Nos debats sur la population et le developpement doivent nous
amener, ici, a mieux apprehender et a mieux faire percevoir a
l'opinion publique de nos pays, non seulement l'unite de notre
condition humaine, mais aussi l'identite de notre destin.
Notre conference doit egalement nous aider - c'est en tout cas
le voeu que je forme - a assumer toutes nos responsabilites a
l'egard des generations futures. Ce que nous appelons "la
population" n'est, en realite, qu'un moment de la longue histoire
de l'humanite en marche. Cela ne doit jamais etre perdu de vue et
nous renvoie a l'une des questions les plus fondamentales de nos
debats a venir : Comment mettre en oeuvre des politiques
demographiques qui puissent a la fois respecter les libertes de
chacun et garantir aux generations futures un developpement
harmonieux et un progres social partage?
Des lors, la Conference du Caire constitue l'un de ces moments
rares et essentiels ou la communaute des Etats, en s'interrogeant
sur ses realites presentes, se projette dans son devenir commun.
La Conference du Caire est aussi une etape decisive dans
l'assomption de notre responsabilite collective a l'egard des
generations futures.
La Conference du Caire temoigne, enfin, de la facon la plus
forte, de notre volonte de maitriser, ensemble, l'avenir
demographique, economique et social de la planete.
Declaration de M. Mouhammad Hosni Moubarak, President de
l'Egypte et President de la Conference internationale sur
la population et le developpement
Bienvenue sur la bonne terre d'Egypte, berceau de la
civilisation et patrie de la paix, qui au cours des ages a toujours
ete un creuset de peuples et de civilisations. Elle a nourri le
progres de l'humanite d'un ensemble de valeurs humaines nees de
l'amalgame des civilisations qui s'est fait sur son territoire
immortel au cours de sept millenaires.
Bienvenue au Caire, metropole des Arabes et des Africains,
ville aux mille mosquees ou les minarets de l'islam et les tours
des eglises lancent un commun message d'amour et de tolerance et
illuminent des feux de la foi le labeur qu'accomplit le peuple
egyptien dans cette vallee benie, bien connue des lecteurs du
Coran, comme de ceux de la Bible et de la Torah.
Bienvenue sur cette terre qui a pris part a la marche de
l'humanite vers le progres, qui a vu la naissance de l'agriculture,
du monotheisme, des sciences et de l'histoire, ou la relation entre
l'homme et le Nil donne un modele exemplaire de symbiose entre la
societe humaine et son environnement et d'equilibre entre la
population et les ressources naturelles.
Bienvenue dans l'Egypte moderne, qui s'est engagee de toutes
ses forces dans le combat que livre l'humanite pour faire regner la
justice et l'egalite dans un monde plus sur et plus pacifique.
Le peuple egyptien est fier de votre decision de tenir ici
cette importante Conference internationale; il y voit l'expression
de la gratitude que ressentent la communaute mondiale et les
Nations Unies du role qu'a joue l'Egypte au service de la paix, du
developpement et du progres.
Nous esperons que cette conference tenue en Egypte marquera
une etape decisive dans la prise de conscience de l'unite de la
destinee de l'homme sur cette planete. Ou qu'ils habitent, quel
que soit l'etat de leur civilisation, tous les etres humains
partagent la meme destinee; partout sur la planete, ils doivent
relever les memes defis, que nous lance la montee constante de la
violence et de l'agression.
Si le monde est devenu un village, ce n'est pas seulement a
cause du progres spectaculaire des communications mais aussi parce
que les dangers qui le menacent ne s'arretent pas aux frontieres
des Etats ni aux limites des continents et qu'aucun pays ne peut se
vanter d'etre completement a l'abri de leurs consequences.
A l'aube du XXIe siecle, nous esperons que cette conference
sera une occasion de concretiser la detente entre les civilisations
et la reconciliation entre l'humanite et son environnement. Nous
esperons aussi qu'elle aidera a jeter un pont entre le Nord et le
Sud, entre l'Est et l'Ouest et a coordonner les efforts de tous
dans un elan commun pour preserver la paix et les valeurs humaines
et sauvegarder les principes incarnes dans les lois divines qui
separent le bien du mal, le juste de l'injuste.
Nous esperons que cette conference marquera une etape
historique dans les annales des efforts coordonnes de l'humanite
pour relever les defis que nous lance une nouvelle ere, pleine de
promesses de securite et de justice, mais aussi de menaces
difficiles a conjurer. Ces menaces peuvent decouler d'une
conception partiale du destin de l'humanite, qui oublie que nous
sommes tous dans le meme bateau et que le progres ne merite pas son
nom s'il n'est pas universel. Cette conception ne peut qu'aboutir
qu'a un monde desequilibre, incapable d'assurer la stabilite
sociale.
Les demographes nous apprennent qu'une infime fraction de la
population mondiale vit dans des pays a hauts revenus : pour 822
millions d'etres humains, le revenu annuel moyen est superieur 20
000 dollars tandis que pour 3 milliards d'autres, il ne depasse pas
350 dollars : ces derniers sont les habitants des pays pauvres en
ressources, ou la productivite est faible et qui n'ont pas les
moyens d'assurer le developpement humain. Quelque 15 % de la
population mondiale se partagent 75 % du revenu mondial.
Ces chiffres nous incitent a poser de graves questions et a
unir nos efforts pour modifier cet etat de choses en renforcant la
cooperation entre les communautes et les moyens dont nous disposons
pour relever les defis futurs.
Il ne faut pas que la Conference qui s'ouvre aujourd'hui se
contente de prendre la suite des deux precedentes, celle qui s'est
tenue a Bucarest en 1974 et celle qui s'est tenue a Mexico en 1984,
meme si leurs realisations sont loin d'etre negligeables. Mais la
Conference du Caire doit marquer un tournant de l'histoire, une
nouvelle vision du probleme demographique, un effort pour le situer
dans sa juste perspective. Nous sommes tous associes dans un
effort commun, nous partageons la meme destinee sur notre planete,
a laquelle les bouleversements profonds et rapides de la deuxieme
moitie du XXe siecle et l'explosion demographique lancent un defi
sans precedent.
L'importance de la Conference tient a ce qu'elle se situe dans
le contexte de l'immense espoir de voir regner un nouvel ordre
mondial, domine par la paix, la justice et la cooperation, et ou
les bains de sang et la misere qui nous entourent encore n'auront
plus leur place, non plus que la crainte dans laquelle vivent tant
d'etres humains d'etre marginalises ou exclus du progres parce que
la justice est foulee aux pieds.
Permettez-moi de vous faire part de ma conception des taches
et des objectifs de la Conference. Certes, ce n'est la que ma
conception personnelle; toutefois elle reflete les aspirations de
beaucoup de peuples qui ont place d'immenses espoirs dans cette
conference. En ce moment decisif, nous avons l'obligation de
consacrer a son succes tous nos efforts et toute notre reflexion,
sans oublier que nous partageons tous la meme destinee et le meme
avenir.
Premierement, a ce stade crucial du progres de l'humanite,
notre conference doit repondre aux aspirations des peuples et
aboutir a une vision commune propice a la marche du progres, qui
etablisse sur des bases solides les principes de la paix, de la
justice et de la cooperation, et qui attache du prix au travail et
a la vertu. Le meilleur point de depart est peut-etre de
reconnaitre que nos recommandations devront etre l'aboutissement de
discussions franches et de dialogues ouverts, excluant l'adhesion
rigide a des formules stereotypees qui n'auraient pas ete examinees
et discutees pendant la Conference.
A mon sens, les resultats de la Conference devraient etre le
fruit d'une interaction creatrice entre diverses opinions, qui se
concretiserait par un libre dialogue visant a trouver le
denominateur commun de toutes les positions differentes. Ainsi,
ses recommandations traduiraient les aspirations de l'humanite tout
entiere, et seraient fondees sur la justice et l'egalite de tous
les pays et de tous les peuples, meme les plus petits et les moins
riches. La Conference reunit des peuples de differentes
civilisations, cultures et religions, dont il faut respecter les
lois. La seule facon d'aboutir a un commun denominateur capable de
creer l'unite au sein de cette assemblee si diverse est de laisser
libre cours a l'interaction des opinions dans une atmosphere
democratique.
Deuxiemement, pour trouver ce denominateur, il faut que le
dialogue soit guide par un esprit de solidarite, le sens de nos
responsabilites communes, le desir de s'ouvrir aux opinions des
autres et la conscience que nul ne peut pretendre tout savoir. Il
devra etre fonde sur le compromis et refleter les interdependances
entre les cultures. Si le dialogue est bloque par les idees
preconcues que certains voudront imposer aux autres, nous
manquerons notre objectif, et nous nous perdrons. Le clivage entre
pays avances et pays en developpement risque de polariser le
dialogue a tel point que nous nous egarerons dans un labyrinthe de
contradictions sans issue. Nos efforts seraient alors perdus,
notre unite rompue, et nous serions incapables de faire face aux
graves dangers qui menacent l'existence humaine.
Troisiemement, nous sommes fermement convaincus qu'il n'y a
pas d'incompatibilite entre religion et science, entre spiritualite
et vie materielle, entre les exigences de la modernisation et la
tradition, parce que la vie depend de la synergie entre tous ces
facteurs. L'homme ne saurait conquerir la paix, la securite et le
bonheur sans un juste equilibre entre ses besoins spirituels et ses
besoins materiels.
Quatriemement, les recommandations que formulera la Conference
devront etre concues pour le bien de toutes les societes, quelles
que soient leur condition et leurs croyances fondamentales. Elles
devront etre conformes aux lois celestes et aux principes religieux
auxquelles elles adherent, et compatibles avec les philosophies qui
regissent leur conception de la vie.
Permettez-moi a ce propos de citer la resolution 1991/93 dans
laquelle le Conseil economique et social a souligne que chaque pays
a le droit souverain d'elaborer et d'adopter sa propre politique de
population, en tenant compte de sa culture, de ses valeurs et de
ses traditions et en respectant les droits de l'homme et les
responsabilites des personnes, des familles et des societes.
Cinquiemement, il serait vain de vouloir dissocier la
Conference du Caire des nombreux debats passes et futurs de la
communaute internationale concernant les grands problemes de notre
epoque, par exemple la Conference des Nations Unies sur
l'environnement et le developpement de 1992 et les prochaines
conferences sur le developpement social, sur les femmes et sur les
etablissements humains.
Tous ces debats internationaux doivent etre situes dans un
cadre unique; les problemes de notre planete sont devenus si
compliques et ont entre eux des liaisons si complexes que leur
solution ne saurait jaillir que d'une vision integree du
developpement.
Il suffira peut-etre de rappeler certains faits importants
pour donner la juste mesure des problemes de la planete. Elle
compte aujourd'hui 5 milliards et demi d'habitants et ce nombre
augmente de 90 millions par an. Les trois quarts de l'humanite
vivent dans les pays en developpement, dont la part du revenu
mondial n'est que de 15 %, ce qui complique encore la situation.
Selon les statistiques internationales, ces pays comptent 500
millions de chomeurs, que l'absence de travail isole de la vie
sociale : cet isolement est le resultat le plus grave et le plus
destructeur du chomage.
La plupart de ces pays sont ecrases par le fardeau d'une
lourde dette, particulierement en Afrique, ou l'endettement
exterieur a atteint 285 milliards de dollars. Des penuries
alimentaires sevissent dans beaucoup d'entre eux a cause de la
secheresse et de la desertification.
Dans ces regions en developpement, un demi-million de femmes
meurent chaque annee des consequences de la grossesse, soit un taux
200 fois plus eleve que parmi les femmes europeennes.
Comment, dans ces conditions, ne pas redoubler d'efforts pour
resoudre le probleme de la population et mettre un frein au
surpeuplement, dans le respect des lois divines et des valeurs
religieuses, afin de ramener la croissance demographique a des taux
raisonnables, qui soient a la mesure des ressources de la planete,
afin d'assurer un meilleur avenir aux generations futures?
C'est la la responsabilite commune de tous les peuples du
monde, a commencer par les peuples riches, pas seulement parce que
nous vivons dans le meme monde et que l'integration et la
cooperation sont pour nous un devoir imprescriptible, pas seulement
parce que les problemes sont en partie dus a l'injustice des
relations entre le tiers monde et le monde industrialise, mais
parce que le surpeuplement est peut-etre la menace la plus grave
qui pese sur notre planete car il entraine dans son sillage
d'innombrables dangers : migrations massives, violence, epidemies,
deterioration constante de l'environnement aux depens de l'humanite
tout entiere.
Le probleme de la population ne saurait etre resolu sur le
plan purement demographique : il est indissociable des problemes de
developpement social, economique et culturel, et de la necessite de
valoriser le potentiel humain et d'assurer la participation de
chacun a la production et a la consommation.
Tout cela doit etre guide par une juste conception de la
nature des relations entre population et ressources, et compte tenu
des besoins des generations futures ainsi que de la necessite de
satisfaire les besoins d'aujourd'hui.
Si l'on adhere honnetement a cette vision integree du probleme
de la population, on ne pourra que redoubler d'efforts pour
ameliorer les services d'education et de sante et accorder
davantage d'attention aux femmes, qui jouent un role majeur dans la
formation des familles et l'education des enfants et sur qui
retombe aussi en majeure partie la responsabilite d'appliquer les
programmes concernant la population.
La pierre angulaire et le point de depart de toute politique
demographique efficace visant a etablir une societe capable de
faire triompher le developpement au moindre cout doivent etre,
surtout dans les pays en developpement, l'amelioration de la
condition feminine et la sensibilisation a tous les aspects de ce
probleme.
L'Egypte a connu une grave crise demographique au milieu du
XXe siecle du fait de la baisse constante des taux de mortalite,
conjuguee avec la stabilisation des taux de natalite a des niveaux
plus eleves que precedemment; grace au solide developpement des
services de sante, la population egyptienne a double en un quart de
siecle.
Cette explosion demographique a absorbe les dividendes du
developpement et menace les niveaux de vie, car la demande de
services a augmente alors que les ressources sont restees limitees.
Nous n'avons pu ni repondre aux aspirations croissantes a une
meilleure qualite de vie, ni faire face a un taux de croissance
demographique qui etait le plus eleve du monde.
Comme cette population tres nombreuse est en outre concentree
dans une zone limitee - la vallee et le delta du Nil -, la densite
demographique a atteint des niveaux incroyablement eleves.
Bien evidemment, c'est la un probleme absolument prioritaire
pour l'Etat et pour la societe tout entiere. Des organismes
publics et des associations populaires unissent leurs efforts pour
trouver une solution viable, acceptable pour tous et credible pour
chaque citoyen. Cette solution devra respecter les croyances et
valeurs religieuses afin de susciter l'enthousiasme et la
participation volontaire.
Le programme egyptien en matiere de population a atteint ses
objectifs. Il consistait avant tout a faire connaitre les faits
sans deguisement, parce que l'on pensait que chacun saurait
accomplir son role s'il etait arme des connaissances voulues. La
connaissance de la verite est la premiere motivation qui mobilise
les gens et leur permet de faire des choix logiques conformes a
leurs convictions psychologiques.
Nous avons rejete toutes les politiques de population fondees
sur la coercition, car elles seraient contraires a nos valeurs
spirituelles, aux lois divines et aux principes essentiels de notre
constitution. En outre, si la population juge les plans et
programmes inacceptables, la coercition risque d'avoir un effet
contraire aux buts vises, meme si l'on obtient parfois des succes
apparents au debut. De telles mesures contraignantes sont
impossibles a appliquer dans une societe democratique libre de la
coercition et de la peur et elles ne sauraient en aucun cas aider
a creer de bons citoyens capables d'une participation efficace.
Nous avons refuse de recourir a toute legislation restreignant
la liberte des citoyens ou qui pourrait les obliger a adopter telle
ou telle methode de planification familiale. En effet, nous sommes
fermement convaincus qu'en matiere de famille, le succes et la
continuite ne peuvent reposer que sur la liberte et le choix
individuels.
Nous avons tenu a ce que notre programme de population
respecte les valeurs religieuses parce que nous savons que ces
valeurs impriment un elan considerable aux reformes, dans la mesure
ou les intentions sont bonnes, ou la tolerance regne, et ou chacun
se preoccupe plus de la teneur et des consequences des reformes que
des formes et des apparences.
Notre premier but a donc ete de sensibiliser les Egyptiens au
probleme demographique et a ses relations complexes avec nos
ressources limitees et avec l'aspiration des citoyens a une
meilleure qualite de vie.
Nous nous sommes efforces d'ameliorer l'education dans toute
l'Egypte : c'est la pour nous une cause nationale qui merite la
priorite absolue. L'amelioration de l'education est le point de
depart de toute reforme visant a creer une societe capable de
relever de grands defis.
Aujourd'hui nous appliquons un programme ambitieux portant sur
tous les aspects de l'education, a commencer par la creation
d'ecoles nouvelles et modernes qui offrent une bonne scolarite.
Notre programme vise aussi a restaurer les ecoles existantes et a
reviser les programmes. On prevoit en outre un recyclage des
enseignants, pour qu'ils soient mieux a meme de developper
l'intelligence des ecoliers et de les aider a comprendre les
phenomenes scientifiques et l'evolution moderne des sciences. On
cherche a developper la personnalite des eleves pour les aider a
participer a un dialogue constructif et a faire des choix
rationnels.
Nous accordons tout autant d'attention a l'amelioration des
services de sante dans tout le pays. C'est la un effort majeur,
etant donne que l'Egypte compte quelque 4 000 villages et un nombre
considerable de petites agglomerations. Nous avons du redoubler
d'efforts pour ameliorer les services de sante afin qu'ils soient
accessibles a tous les citoyens; nous avons accorde une attention
particuliere a la sante des femmes et des enfants ainsi qu'a la
sante psychique.
Le resultat de ces politiques, qui s'appuyaient sur
l'information, la sensibilisation et la mise en place de services
de sante et d'education accessibles a tous, a ete de ramener le
taux de croissance demographique de 2,8 % par an en 1980 a 2,2 % en
1994. La proportion des familles participant a des programmes de
planification familiale est passee de 28 a 50 % du total, tant dans
les campagnes que dans les villes.
Un des aspects les plus marquants du programme egyptien est
qu'il est devenu une cause nationale a laquelle se sont rallies
tous les partis et toutes les sectes. Un consensus national s'est
degage, reunissant tous les citoyens, independamment de leurs
croyances religieuses ou leur adhesion a des sectes.
C'est la un resultat prometteur, qui prouve que nous avons
choisi la bonne voie et que nous avons adopte des politiques
stables qui assurent la viabilite a long terme de la reforme et
garantissent son succes, parce qu'elles sont basees sur le libre
choix de tous les citoyens.
Beaucoup de pays amis et les principales organisations
internationales ont coopere avec nous, en particulier
l'Organisation des Nations Unies, le Fonds des Nations Unies pour
la population, le PNUD, l'UNICEF, l'OMS et l'UNESCO. En outre, les
gouvernements de certains Etats amis ont contribue au succes du
programme egyptien. La cooperation peut beaucoup aider tout pays
appliquant un programme national inspire par sa propre situation et
compatible avec ses valeurs et traditions, car elle contribue a
realiser les objectifs du pays et l'aide a atteindre les priorites
qu'il s'est fixees.
Permettez-moi de saisir cette occasion de remercier les
organisations qui nous ont aides. Je tiens tout particulierement
a remercier M. Boutros Boutros-Ghali, Secretaire general des
Nations Unies, et Mme Nafis Sadik, Directeur executif du Fonds des
Nations Unies pour la population et Secretaire general de la
Conference, de tout ce qu'ils ont fait pour assurer le succes de la
Conference.
Nous abordons cette conference avec l'espoir que les debats
seront menes en toute liberte, sans qu'interviennent les interets
et prejuges personnels, dans un esprit d'impartialite et
d'objectivite scientifique. Nous esperons aussi que la Conference
saura reconnaitre les valeurs ethiques et les doctrines religieuses
et donner a toutes les parties la possibilite de participer afin
que toutes les cultures et toutes les opinions puissent interagir
de facon a enrichir notre experience commune.
Nous voulons que notre dialogue evite le dogmatisme et le
fanatisme et que les opinions extremistes soient tenues a l'ecart
du developpement des societes, car elles ne sauraient rallier
l'unanimite.
Si sages et clairvoyants que nous soyons, je pense que nous ne
pourrons jamais resoudre de facon valable le probleme de la
population a moins que les solutions proposees ne soient
acceptables a nos societes, ne repondent aux besoins fondamentaux
de nos peuples et ne respectent leurs valeurs et leurs croyances.
Nous devons nous garder de sous-estimer les dangers que le
surpeuplement cree pour notre planete. Il ne faut pas non plus
nous fermer les yeux devant les innombrables tragedies qui se
deroulent encore dans le monde, bien que la guerre froide soit
finie. Mais il ne faut pas non plus nier les nouvelles
perspectives qui se sont ouvertes, et qui nous offrent la promesse
d'un lendemain meilleur.
Les realisations magnifiques de la science et des techniques
modernes, qui nous emerveillent tous les jours, rendent l'homme
plus capable de resoudre les grands problemes, qu'il s'agisse de la
nutrition, du remplacement des produits rares ou dangereux, de la
protection de l'environnement ou de l'amelioration des services.
De plus en plus, on se rend compte que l'homme ne saurait
s'accomplir si la satisfaction de ses besoins materiels se fait aux
depens de ses exigences psychiques et spirituelles. C'est ce qui
nous permet d'esperer que les generations futures, grace a leur foi
profonde, sauront eviter l'abime du doute et le labyrinthe de
l'aberration.
Les progres les plus remarquables qu'ait connus notre planete,
et qui ont transforme la destinee de l'humanite, sont la propension
croissante a la paix et le refus de la course aux armements et de
tous les types d'armes de destruction massive, partout dans le
monde.
Aujourd'hui, l'homme demande un monde plus pacifique et plus
sur pour pouvoir consacrer son energie au bien de l'humanite.
C'est pourquoi on tend de plus en plus a regler les differends qui
semblent les plus irreductibles par la negociation, par des moyens
pacifiques et par l'acceptation reciproque de solutions justes qui
refletent de facon equilibree les interets de toutes les parties
conformement aux principes de la justice et du droit.
Tels sont, a mon sens, les progres les plus prometteurs pour
l'avenir de notre planete; ces progres sont bien reels, malgre
toutes les tragedies qui se deroulent encore en bien des endroits.
Nous aspirons aujourd'hui a un monde meilleur, plus capable de
relever les defis de l'avenir, un monde dans lequel les relations
et la cooperation entre les peuples remplaceront l'hostilite et les
conflits, ou la tolerance remplacera l'extremisme et le fanatisme,
dans un effort commun pour assurer le rapprochement entre les
nations et les peuples et pour creer une competitivite constructive
propre a enrichir la vie des hommes et a proteger les generations
presentes et futures.
Ce sont la des aspirations legitimes qui n'ont rien
d'utopique; elles pourront etre satisfaites si nous serrons les
rangs et nous unissons, mais il faudra pour cela travailler
ensemble dans un nouvel esprit, reconnaissant que nous sommes tous
dans le meme bateau.
Je prie sincerement le Seigneur Tout Puissant de proteger
notre marche et de nous mener au succes.
Puisse la paix, la merci et la benediction d'Allah etre sur
vous.
Declaration de Mme Nafis Sadik, Secretaire generale
de la Conference internationale sur la population
et le developpement
C'est une conference historique qui nous reunit ici, dans
cette belle ville chargee d'histoire, cite moderne impregnee de
traditions anciennes, centre de savoir autant que de commerce et
d'industrie, haut lieu de culture islamique et siege du
Gouvernement depuis pres de 1 000 ans. Monsieur le President, nous
tenons a vous adresser nos plus vifs remerciements pour votre
aimable accueil et votre chaleureuse hospitalite, et a remercier
egalement votre Gouvernement qui dirige un pays dynamique et en
pleine croissance.
Monsieur le President, votre ville et votre pays sont
profondement ancres dans le passe mais aussi resolument tournes
vers l'avenir. La maniere dont vous abordez les questions de
population et de developpement constitue un exemple tant pour les
pays arabes que pour les pays africains. Il est legitime que cette
grande ville devienne le centre du monde pendant les 10 jours a
venir.
Monsieur le Secretaire General, c'est un honneur pour moi de
me trouver chez vous, et de pouvoir vous remercier personnellement
de votre aide et de vos precieux conseils. Des le moment ou vous
avez ete elu, vous m'avez apporte un appui sans faille, que vous
avez constamment manifeste pendant les preparatifs de la
Conference.
Je tiens a remercier particulierement tous les chefs d'Etat et
de gouvernement qui sont venus participer a la Conference : le
President de l'Azerbaidjan, le Premier Ministre du Swaziland et le
Vice-President Gore des Etats-Unis d'Amerique.
Je me rejouis tout specialement de la venue de deux Premiers
Ministres, Mesdames Bhutto et Brundtland. Madame Brundtland a ete
la premiere, parmi les chefs d'Etat et de gouvernement, a annoncer
qu'elle se rendrait au Caire. Quant a vous, Madame Bhutto, que
dire sinon que le monde entier admire votre courage et votre
determination. Ces qualites sont l'essence meme de l'art de
gouverner. Votre presence au Caire montre, mieux que de longs
discours, que nous allons traiter d'une question d'importance
capitale pour le monde entier.
Monsieur le Vice-President, votre engagement de longue date
pour la cause de l'environnement, tant dans votre pays que dans le
reste du monde, nous fait particulierement apprecier votre
presence. Vous vous etes fait le champion d'une exploitation des
ressources soucieuse de l'avenir et ne menagez pas votre soutien a
tous ceux qui s'occupent de population et de developpement.
Je regrette d'avoir a annoncer que le President Suharto de
l'Indonesie, souffrant, ne pourra pas participer a la Conference.
Il a toutefois envoye un aimable message dans lequel il souhaite
plein succes aux travaux de la Conference et espere qu'elle
marquera une etape decisive, en favorisant l'instauration d'une
cooperation et d'un partenariat plus actifs entre les pays, qui
permettra a ceux-ci de partager l'experience qu'ils ont acquise en
matiere de politiques de promotion de la famille et de population
aux fins du developpement durable.
J'ai le grand plaisir d'accueillir mes collegues, chefs de
secretariat de la Banque mondiale, de l'Organisation mondiale de la
sante, du Haut Commissariat des Nations Unies pour les refugies, du
Fonds des Nations Unies pour l'enfance, de l'Organisation des
Nations Unies pour l'education, la science et la culture, du
Programme des Nations Unies pour le developpement et du Programme
des Nations Unies pour l'environnement. Le Haut Commissaire pour
les droits de l'homme n'a pas pu venir au Caire mais a envoye un
message dans lequel il exprime son appui indefectible aux travaux
de la Conference. Je recommande a tous les participants d'en
prendre connaissance.
Enfin, je tiens a feliciter Monsieur Mahran, Ministre de la
famille et de la population, pour le travail remarquable qu'il
accomplit depuis de nombreuses annees dans le cadre du programme
national de planification familiale en Egypte, et a le remercier de
tout coeur d'avoir preside le Comite national preparatoire et
d'avoir apporte tant de soin aux preparatifs de la Conference.
Permettez-moi aussi de rendre hommage aux fonctionnaires de
l'Organisation des Nations Unies, a toutes celles et a tous ceux
que vous voyez ici mais aussi a celles et ceux qui travaillent dans
l'ombre, sans lesquels la Conference n'aurait pas pu avoir lieu.
Les 170 pays et les milliers d'organisations non
gouvernementales, locales et internationales, qui y participent
donnent a la Conference un caractere veritablement universel.
Comme vous l'avez peut-etre constate, les medias s'interessent
aussi a nos travaux : hier soir, 3 725 journalistes s'etaient
inscrits aupres du secretariat de la Conference. Grace a eux, nos
debats seront diffuses dans le monde entier et toucheront presque
chaque foyer.
Le succes des preparatifs de la Conference est du a toutes
celles et a tous ceux d'entre vous qui ont uni leurs efforts
pendant les trois longues annees qu'a dure ce processus. Le
resultat de vos travaux est un projet de programme d'action dont
vous debattrez et que vous arreterez definitivement dans les jours
qui viennent. Vous avez deja approuve les neuf dixiemes de ce
document. La Conference est deja un succes. Comme l'a dit hier
Madame Suzanne Moubarak au Colloque des ONG, la Conference est
peut-etre unique parce qu'elle depasse les clivages ideologiques
steriles pour s'interesser aux etres humains en tant que force
motrice des programmes de population et de developpement.
Le projet que vous avez, dans une large mesure, approuve
repose sur les principes de morale les plus eleves. Il met
l'accent sur les individus plutot que sur les chiffres. Il est axe
sur la qualite de la vie et le bien-etre de la famille et de tous
ses membres. Je l'aborderai plus en detail ulterieurement dans la
journee. Pour le moment, permettez-moi de vous faire part de mon
voeu le plus cher : j'espere que vous vous mettrez d'accord sur les
mesures a prendre afin de reduire les souffrances inutiles, voire
les deces, qui resultent du manque d'instruction, de l'insuffisance
des services de sante primaires et de planification familiale et du
fait que les individus ne maitrisent pas leur propre existence.
Tous les jours, des centaines de femmes meurent de causes
liees a la grossesse et a l'accouchement. Tous les jours, des
centaines de nouveau-nes meurent parce que leurs meres n'ont pas
beneficie de soins prenatals de base.
Nous avons les moyens d'empecher cette tragedie. Au nom de
l'humanite, decidons qu'il en soit ainsi.
Vous avez constate les faits, vous avez approuve des objectifs
et vous avez recommande des mesures specifiques dans des domaines
bien definis. Vous avez montre que vous etiez disposes a vous
attaquer a certains des problemes les plus ardus de notre temps.
Pour reprendre les termes de M. Ahmed Fathi Sorour, President de
l'Assemblee du peuple d'Egypte, il est temps maintenant de
"debattre en toute franchise et d'agir de facon concertee pour le
bien de l'humanite". Et comme vous l'avez dit, Monsieur le
President, le bien de l'humanite est une notion universelle. Dans
le meme esprit, l'appel que nous lancons pour une action concertee
entre tous les pays du monde doit contribuer a repondre aux
attentes des individus du monde entier.
Grace aux efforts que vous avez deja deployes, vous avez
devant vous un document tres concret et oriente vers l'action.
Avec les efforts supplementaires que vous allez lui consacrer au
cours des 10 prochains jours, le Programme d'action deviendra un
des facteurs de stabilite pour l'avenir. Je souhaite plein succes
a vos travaux.
Declaration de Mme Gro Harlem Brundtland,
Premier Ministre de la Norvege
Oublions le battage fait par les medias autour de la
Conference et concentrons-nous sur les problemes essentiels. Nous
sommes reunis ici pour prendre un engagement moral d'agir. La
solidarite avec les generations actuelles et futures a son prix, et
si nous ne le payons pas integralement, nous risquons d'aller a la
faillite.
Le veritable objet de la Conference est l'avenir de la
democratie et les moyens d'elargir et de renforcer ses fondements
et son champ d'action. Si nous ne donnons pas a nos populations
les moyens de devenir autonomes en les eduquant, en prenant soin de
leur sante, en leur permettant d'acceder a la vie economique de
facon equitable et en leur offrant des possibilites multiples, la
pauvrete continuera d'exister, l'ignorance sera largement repandue
et les besoins de populations trop nombreuses ne pourront etre
satisfaits. Les questions inscrites a l'ordre du jour de la
Conference ne constituent donc pas simplement des sujet de debat,
ce sont des elements essentiels de notre democratie a l'echelle
mondiale.
Il est symbolique que nous parlions de l'avenir de la
civilisation en ce lieu qui en est le berceau. Nous sommes
particulierement reconnaissants au President Moubarak et au peuple
egyptien de nous avoir invites sur les rives du Nil, ou le lien
entre les hommes et les ressources est si visible et ou le
contraste entre la permanence et le changement est si evident.
Nous savons egalement gre a Madame Nafis Sadik et a ses
collaborateurs pour les efforts et l'energie considerables qu'ils
ont deployes dans le cadre des preparatifs de la Conference.
Dix annees d'experience en tant que medecin et 20 annees
passees dans l'arene politique m'ont appris que le progres de
l'humanite dependra de meilleures conditions de vie, de plus
grandes possibilites de choix, de l'acces a une information
impartiale et d'une veritable solidarite internationale.
Nous disposons actuellement d'une abondante documentation sur
l'analyse des relations entre la croissance demographique, la
pauvrete, la condition de la femme, le gaspillage resultant de
certains styles de vie et modes de consommation, ainsi que sur
l'efficacite ou l'inefficacite des politiques, et sur la
deterioration de l'environnement qui, en ce moment meme, est en
train de s'accelerer.
Nous ne sommes pas reunis ici pour revenir sur tout cela, mais
pour prendre un engagement. Nous allons nous engager a changer de
politiques. En adoptant le Programme d'action, nous allons faire
une promesse - la promesse d'allouer l'an prochain davantage de
ressources que nous ne l'avons fait cette annee aux systemes de
sante, a l'education, a la planification familiale et a la lutte
contre le sida. Nous allons nous engager a assurer l'egalite de
l'homme et de la femme devant la loi, de meme qu'a reduire les
inegalites et a consacrer davantage d'efforts a satisfaire les
besoins des femmes qu'a satisfaire ceux des hommes jusqu'a ce que
nous puissions considerer que l'objectif d'egalite a veritablement
ete atteint.
Nous devons imperativement utiliser nos ressources combinees
de facon plus efficace dans le cadre d'une Organisation des Nations
Unies reformee et mieux coordonnee, si nous voulons surmonter la
crise qui menace aujourd'hui la cooperation internationale.
Dans de nombreux pays, ou la croissance demographique est plus
rapide que la croissance economique, les problemes s'aggravent
d'annee en annee. Les depenses sociales vont monter en fleche. La
rancon de l'inaction sera elevee - un cauchemar pour les ministres
des finances et une injustice pour les generations futures.
Mais les avantages qui resulteront du changement de politiques
sont tellement grands que nous ne pouvons pas nous permettre de le
repousser. Les avantages des politiques de population doivent se
mesurer par les economies que nous realiserons sur les depenses
publiques en matiere d'infrastructures, de services sociaux, de
logements, d'assainissement, de services de sante et
d'enseignement.
En Egypte, on a calcule que pour chaque livre investie dans
les depenses de planification familiale, on anticipe une economie
de 30 livres sur les subventions relatives aux produits
alimentaires et sur les depenses d'enseignement,
d'approvisionnement en eau, d'assainissement, de logement et de
sante.
L'experience nous a appris ce qui est efficace et ce qui ne
l'est pas.
L'accroissement de la population mondiale etant imputable a 95
% aux pays en developpement, les communautes qui supportent le
fardeau de populations de plus en plus nombreuses sont aussi celles
qui ont le moins de moyens pour y faire face. Ce sont des zones
ecologiquement fragiles, ou l'on constate deja un desequilibre
effroyable entre population et ressources.
En raison de la proportion considerable que representent les
jeunes dans nombre de nos societes, la population continuera de
s'accroitre, en chiffres absolus, pendant encore de nombreuses
annees, quelle que soit la strategie que nous adopterons au Caire.
Mais les resultats de la Conference peuvent avoir une influence
determinante sur la stabilisation de la population mondiale a un
moment et a un niveau qui permette de sauvegarder l'humanite et
l'environnement mondial.
Il est encourageant de constater que nous avons beaucoup de
points de vue communs. Dans sa forme definitive, le Programme
d'action devra renfermer des engagements irreversibles en ce qui
concerne le renforcement du role et de la condition de la femme.
Nous devons tous etre prets a rendre des comptes. C'est une des
regles fondamentales de la democratie.
L'acces a l'education et aux services de sante de base en
matiere de reproduction, y compris ceux de planification familiale,
doit figurer dans le Programme d'action, en tant que droit
fondamental universel.
Nous ne rendrons pas les femmes plus autonomes par la seule
expression de notre volonte, mais en modifiant la legislation
existante, en ameliorant l'acces a l'information et en
redistribuant les ressources. Il serait criminel de meconnaitre
l'urgence de cette question.
L'acces des femmes aux mecanismes de la democratie est entrave
depuis trop longtemps. On ne repetera jamais assez qu'il existe
peu d'investissements aussi rentables que ceux qui sont consacres
aux femmes. Mais elles continuent d'etre traitees avec
condescendance ou de faire l'objet de discrimination en ce qui
concerne l'acces a l'enseignement, aux ressources productives, au
credit, aux revenus et aux services, ainsi que la prise de
decisions, les conditions de travail et la remuneration. Pour de
trop nombreuses femmes dans de trop nombreux pays, le developpement
reel n'est qu'une illusion.
L'education des femmes, a elle seule, a des repercussions
considerables tant sur l'accroissement de la productivite que sur
la diminution de la mortalite infantile et de la fecondite. La
rentabilite economique des investissements consacres a l'education
des femmes est generalement comparable a celle des fonds investis
en faveur des hommes, mais leur rentabilite sociale - sur les plans
de la sante et de la fecondite - depasse de loin les avantages qui
resultent de l'education des hommes. Prenons donc l'engagement de
comparer le nombre de filles qui frequentent l'ecole et le nombre
de celles qui terminent leurs etudes, et si les chiffres different,
demandons-nous pourquoi la fille qui obtient son diplome aura moins
d'enfants que sa soeur qui ne l'obtient pas.
Je suis heureuse de constater qu'un consensus est en train de
se degager sur la necessite d'offrir a tous une gamme complete de
services de planification familiale a un prix abordable. Lorsqu'on
fait de la planification familiale une question d'ordre moral, la
religion peut constituer un obstacle important. Toutefois, la
moralite n'a pas seulement trait au controle de la sexualite et a
la protection de la vie avant la naissance. La moralite consiste
aussi a donner aux individus la possibilite de choisir, a supprimer
les pressions de toutes sortes et a abolir la penalisation de
drames personnels. La moralite devient de l'hypocrisie si elle
signifie que l'on doit accepter que des meres souffrent ou meurent
de grossesses non desirees ou d'avortements clandestins et que des
enfants non desires vivent dans la misere.
Aucun d'entre nous ne peut feindre d'ignorer que des
avortements ont lieu, et que la vie et la sante de la femme est
souvent en danger la ou l'avortement est illegal ou severement
controle. La depenalisation de l'avortement est donc la moindre
des mesures a prendre pour tenir compte de cette realite et pour
proteger la vie et la sante des femmes.
Le developpement economique et social, axe sur la mise en
valeur des ressources humaines, peut permettre de surmonter les
traditions religieuses et les obstacles culturels. Les resultats
enregistres dans la Thailande bouddhiste, l'Indonesie musulmane et
l'Italie catholique, par exemple, montrent qu'il est possible
d'obtenir une baisse relativement importante de la fecondite dans
un delai etonnamment court.
On peut se feliciter que la Conference contribue aux efforts
visant a elargir le champ d'action des programmes de planification
familiale pour y inclure la lutte contre les maladies sexuellement
transmissibles, les soins prenatals, les accouchements et les
avortements. Mais il faut deplorer que ce soit une catastrophe
telle que la pandemie de VIH/sida qui nous ait ouvert les tyeux sur
la necessite de lutter contre les maladies sexuellement
transmissibles. Il est aussi dramatique que tant de femmes aient
succombe des suites de grossesses avant que nous ne realisions que
les programmes traditionnels de sante maternelle et infantile, qui
permettaient de sauver la vie de tant d'enfants, n'avaient pas
permis de sauver beaucoup de femmes.
Dans un programme d'action tourne vers l'avenir, il semble
donc logique de regrouper les questions de sante liees a la
sexualite sous le titre "sante en matiere de reproduction". J'ai
essaye, en vain, de comprendre comment on pouvait interpreter cette
expression comme encourageant l'avortement ou comme faisant de
l'avortement un moyen de planification familiale. Rarement, pour
ne pas dire jamais, a-t-on entendu enoncer tant de contre-verites
pour donner a des mots un sens qu'ils n'ont jamais eu.
Je suis heureuse de pouvoir dire que le nombre total
d'avortements en Norvege est reste le meme apres la legalisation de
l'avortement, le nombre d'avortements illegaux etant devenu nul.
Notre experience est analogue a celle d'autres pays, c'est-a-dire
que la loi exerce une influence sur le processus de prise de
decisions et sur la securite de l'avortement, mais ne modifie pas
les chiffres. En Norvege, le taux d'avortement est un des plus
faibles au monde.
Les avortements clandestins constituent un probleme de sante
publique majeur dans la plupart des pays du globe. Nous savons
tous parfaitement que les gens qui en ont les moyens mettent le
prix qu'il faut pour avoir acces a un avortement medicalise, quelle
que soit la loi en vigueur.
Une conference de cette envergure ne devrait pas tolerer de
telles manoeuvres visant a denaturer les faits ou a meconnaitre
l'angoisse de millions de femmes qui risquent leur sante et leur
vie. Je me refuse tout simplement a croire que nous laisserons le
desaccord qui s'est manifeste sur cette question fondamentale
entraver l'un des importants resultats prospectifs de la
Conference, et j'espere que le Programme d'action reposera sur un
veritable consensus et sera adopte sans arriere-pensee.
Les services de sante en matiere de reproduction ne doivent
pas seulement s'interesser a des problemes qu'on avait
sous-estimes, ils doivent aussi s'occuper de categories jusque-la
negligees. Les jeunes et les celibataires ont recu et continuent
de recevoir une aide insuffisante, les centres de planification
familiale repondant rarement a leurs besoins. Le fait que les
services de planification familiale ne sont offerts qu'aux couples
maries est souvent justifie par la crainte de la promiscuite. Mais
nous savons que le manque d'education et de services n'empeche pas
les adolescents et les personnes non mariees d'avoir des rapports
sexuels. Bien au contraire, on constate de plus en plus, dans
nombre de pays - y compris le mien - que l'education sexuelle
incite les adolescents a avoir des comportements sexuels
responsables et favorise meme l'abstinence. Le manque de services
de sante en matiere de reproduction rend les rapports sexuels plus
dangereux pour les deux partenaires, mais plus particulierement
pour la femme.
Alors que les jeunes passent de l'adolescence a l'age adulte,
leur sexualite naissante inspire trop souvent la mefiance, quand
elle n'est pas completement ignoree. A ce moment delicat de leur
vie, les adolescents ont besoin d'etre encadres tout en etant
independants, de recevoir une education tout en ayant la
possibilite de vivre leurs propres experiences. Les parents et la
societe doivent alors aborder les problemes avec tact et
discernement. J'espere sincerement que la Conference permettra de
mieux comprendre les besoins des jeunes concernant la sante en
matiere de reproduction, et de prendre des engagements plus fermes
a cet egard, notamment par l'ouverture de services de sante
confidentiels a leur intention.
Il faut avoir des idees pour changer les choses. Mais, pour
traduire nos idees et nos engagements en actions concretes, il
faudra leur allouer des ressources. Le cout total du Programme
d'action que nous nous appretons a adopter est estime aux alentours
de 17 a 20 milliards de dollars par an.
Le veritable travail va commencer lorsque la Conference sera
terminee. La grande difficulte sera de traduire les nouveaux
objectifs et orientations en programmes viables. Nous nous
rejouissons que d'importants bailleurs de fonds comme les
Etats-Unis d'Amerique et le Japon aient decide d'augmenter leur
appui aux programmes de population. D'autres pays devraient les
suivre dans cette voie. Nous esperons qu'a l'instar de la Norvege,
d'autres pays donateurs atteindront l'objectif visant a allouer aux
programmes de population au moins 4 % de l'aide publique au
developpement.
Il est egalement important que les gouvernements allouent 20
% de leurs depenses au secteur social et que 20 % de l'aide
publique au developpement soient consacres a l'elimination de la
pauvrete.
Afin de disposer des ressources necessaires a l'execution du
Programme d'action, un autre objectif fixe depuis longtemps doit
etre atteint, a savoir allouer 0,7 % du produit interieur brut a
l'aide publique au developpement. La pretendue "lassitude des
donateurs", imputable une fois encore aux problemes de finances
publiques que connaissent les pays industrialises, ne facilitera
pas la tache. Chaque annee, les gouvernements defendent aprement
leurs priorites budgetaires et allocations de ressources. Le
principe du 1 % ou plus a consacrer a l'aide publique au
developpement, que la Norvege a reussi a appliquer depuis une
quinzaine d'annees, necessite un travail considerable sur le plan
politique. Notre tache serait grandement facilitee si deux
conditions etaient remplies : premierement, si d'autres pays
donateurs s'approchaient de l'objectif de 0,7 %; deuxiemement, et
il s'agit la d'un objectif qui tient particulierement a coeur a la
Norvege et peut-etre a l'ensemble de la communaute des donateurs,
si les resultats de la Conference et d'autres instances
internationales montraient que nous sommes veritablement resolus a
manifester une solidarite nouvelle et plus concrete avec les
pauvres et les desherites de la terre a tous ceux qui sont prives
de voix et de choix.
L'accroissement de la population est un des principaux
obstacles a la prosperite mondiale et au developpement durable.
Nous verrons peut-etre bientot surgir de nouvelles famines, des
deplacements massifs de population, des troubles, voire des
conflits armes, les peuples luttant pour des terres et des
ressources en eau toujours plus rares.
Dans les pays developpes, les enfants des generations
actuelles peuvent repousser le moment ou ils devront affronter la
crise ecologique qui se prepare, mais les nouveau-nes d'aujourd'hui
verront disparaitre des ressources essentielles.
Afin qu'un equilibre durable s'instaure entre la population et
la quantite de ressources naturelles qui peut etre consommee, les
habitants des pays industrialises et les riches des pays du Sud ont
l'obligation de reduire leur impact sur l'environnement.
Des changements sont necessaires, tant dans le Nord que dans
le Sud, mais ces changements ne se produiront pas s'ils ne passent
pas par des mecanismes democratiques. Ce n'est que lorsque les
populations ont le droit d'influer sur le fonctionnement de leur
societe en participant a la vie politique d'une societe
democratique que les changements sont viables politiquement. Ce
n'est que dans ces conditions que nous pourrons repondre aux
aspirations des generations a venir.
Je saisis cette occasion privilegiee pour adjurer la
Conference de prendre ses responsabilites vis-a-vis des generations
futures. Les questions de population n'ont pas recu d'echo a la
Conference de Rio. Pour la sauvegarde de la Terre, la Conference
du Caire doit etre un succes.
Declaration d'Al Gore, Vice-President
des Etats-Unis d'Amerique
Je suis profondement honore de me trouver parmi vous, alors
que s'ouvre l'une des conferences les plus importantes qui se
soient jamais tenues.
Au nom du President Clinton et du peuple americain, je
voudrais d'abord exprimer mes remerciements et ma reconnaissance a
notre hote, le President Moubarak. Dans son action de chef d'Etat,
il s'est attache sans relache a edifier un avenir meilleur pour son
peuple, cette region et le monde. Or la presente conference vise
les memes objectifs. Aussi ne puis-je imaginer de cadre meilleur
ou plus propice que Le Caire pour les travaux qui commencent
aujourd'hui. J'aimerais aussi remercier le Secretaire general, M.
Boutros Boutros-Ghali et Mme Nafis Sadik d'avoir si bien su mener
cette conference du stade du concept a celui de la realite.
Laissez-moi aussi remercier Mme le Premier Ministre Brundtland et
Mme le Premier Ministre Bhutto d'etre a l'avant-garde des efforts
deployes par la communaute internationale pour traiter cette
question vitale et de tant y contribuer.
Plus encore, je tiens a rendre hommage aux fonctionnaires des
differents gouvernements, aux representants des organisations non
gouvernementales et aux particuliers qui, par leur precieux
concours, ont permis que puisse etre tenu l'un des plus grands
paris - et saisie l'une des plus grandes chances - du siecle a
venir. Nous avons envers vous tous qui avez participe a cette
action une dette de reconnaissance.
Nous ne serions pas ici aujourd'hui si nous n'etions
convaincus que le rythme d'accroissement extremement rapide de la
population du globe, auquel il est impossible de faire face, pose
un probleme des plus pressants. Il a fallu 10 000 generations a la
population mondiale pour atteindre le chiffre de 2 milliards. Or,
au cours des 50 dernieres annees, nous sommes passes de 2 milliards
a plus de 5 milliards et demi et nous nous acheminons vers une
augmentation qui porterait le nombre des habitants de la planete a
9 ou 10 milliards au cours des 50 prochaines annees. Dix mille
generations pour atteindre 2 milliards et en une vie humaine - la
notre - un bond de 2 a 10 milliards.
Ces chiffres ne constituent pas le probleme en eux-memes.
Mais la situation nouvelle et alarmante qu'ils creent est l'un des
aspects d'un defi d'ordre spirituel plus vaste et plus profond qui
est actuellement pose a l'humanite. Saurons-nous ou non
reconnaitre nos liens les uns avec les autres? Saurons-nous ou non
assumer la responsabilite des consequences des choix que nous
faisons? Pouvons-nous trouver les moyens d'oeuvrer ensemble ou
tiendrons-nous a explorer egoistement les confins de l'orgueil
humain? Comment pouvons-nous apprendre a lire sur le visage de
l'autre nos propres espoirs, nos propres reves d'avenir? Pourquoi
est-il si difficile d'admettre que nous faisons tous partie d'une
entite qui nous depasse?
Ce sont la certes des questions eternelles qui ont toujours
pese sur la condition humaine. Mais elles se posent maintenant
avec une nouvelle acuite, precisement parce que nous avons atteint
un nouveau stade de l'histoire de l'humanite. Cette nouvelle etape
ne se definit pas seulement par la croissance meteorique des
chiffres de population, mais aussi par les pouvoirs faustiens sans
precedent des nouvelles technologies que nous avons mis au point au
cours de ce demi-siecle. Celles-ci ne sont pas seulement
benefiques, mais nous donnent aussi un pouvoir qui, beaucoup trop
souvent, excede de tres loin notre aptitude a prevoir les
repercussions qu'elles peuvent avoir.
C'est ainsi que l'invention des armes nucleaires a si
radicalement modifie la guerre, vieille habitude des hommes, que
nous avons du repenser les relations entre Etats nucleaires pour
eviter qu'il soit fait usage de ces armes. De meme, les oceans ont
toujours ete sources d'aliments, mais les nouvelles techniques,
comme celle des filets derivants longs de 40 milles, associes aux
equipements sonar sophistiques qui permettent de localiser
precisement le poisson, ont considerablement diminue le volume ou
gravement perturbe l'equilibre des ressources halieutiques de tous
les oceans de notre planete. Aussi avons-nous commence a limiter
l'usage des filets derivants.
Mais il est de plus en plus evident que notre marge d'erreur
se reduit a mesure que l'accroissement rapide de la population se
combine a une surconsommation effrenee dans les pays developpes, a
de puissants moyens nouveaux d'exploitation de la planete et du
prochain et a un refus delibere d'assumer la responsabilite des
consequences des choix que nous arretons.
Sur le plan economique, cet accroissement rapide contribue
souvent aux difficultes que posent les bas salaires, la pauvrete et
la disparite des revenus.
La poussee demographique bat egalement en breche l'aptitude
des societes, des economies et des gouvernements a realiser les
investissements necessaires tant en matiere de capital humain que
d'infrastructures.
Au niveau de la famille, elle a maintenu a un niveau
inadmissiblement bas l'investissement consenti a l'echelle mondiale
en faveur des enfants, en particulier des filles.
En ce qui concerne l'individu, la croissance demographique et
la fertilite elevee sont presque indissociables du mauvais etat de
sante et de la precarite des perspectives de millions et de
millions de femmes, de nourrissons et d'enfants.
La pression demographique peut aussi compromettre les espoirs
de stabilite aux niveaux national et international. Il suffit
d'evoquer par exemple les quelque 20 millions de refugies qui dans
notre monde ont perdu leur foyer.
Les delegues a la presente conference ont contribue a faire
largement prendre conscience de ces nouvelles realites. Toutefois,
ce qui est vraiment remarquable dans la presente conference, ce
n'est pas seulement l'unite de vues sans precedent sur la nature du
probleme, c'est le consensus sur la nature de la solution.
Un veritable changement s'est opere au cours de ces dernieres
annees dans la maniere dont la plupart des habitants de la planete
abordent et percoivent ce probleme. Et ce changement s'insere dans
une reorientation philosophique plus large de l'optique dans
laquelle ils commencent, en majorite, a envisager nombre de grands
problemes.
On a eu tendance presque machinalement a concevoir - en
particulier dans le monde developpe - le processus de changement
comme un enchainement de causes isolees produisant des effets
isoles. Aussi lorsqu'on a cherche le moyen de resoudre un probleme
particulier, si vaste qu'il soit, a-t-il semble assez naturel de
rechercher la plus marquante des "causes" isolees du probleme pour
s'y attaquer energiquement. Au sein des groupes, les points de vue
ont souvent diverge quant au choix de la cause responsable au
premier chef d'un probleme donne et sur laquelle toute l'attention
devait se concentrer.
C'est ainsi que lorsqu'il est clairement apparu que les
nouvelles technologies medicales entrainaient une baisse
spectaculaire des taux de mortalite mais pas des taux de natalite,
nombre de ceux qui les premiers s'etaient efforces de s'attaquer au
probleme demographique se sont arretes a l'idee que le manque de
contraceptifs etait la cause premiere et ont affirme qu'en les
mettant partout a la disposition du plus grand nombre, on
obtiendrait l'effet souhaite : la transition demographique, marquee
par de faibles taux de mortalite et de faibles taux de natalite.
Mais a mesure qu'il apparaissait clairement que la seule
contraception n'induisait pas le changement recherche, c'est sur
d'autres causes isolees que s'est concentree l'attention.
Par exemple, a la Conference historique de Bucarest, il y a 20
ans, des gens serieux ont observe que la plupart des societes qui
avaient stabilise leur croissance demographique etaient riches,
industrielles et "developpees" et il a donc paru logique de
conclure que, comme on disait alors, "le developpement etait le
meilleur des contraceptifs".
Pendant ce temps, on ne pretait pas assez d'attention a
certaines visions perspicaces des pays en developpement. Ainsi,
certains dirigeants africains affirmaient voici 30 ans que le plus
puissant contraceptif du monde etait l'espoir des parents de voir
leurs enfants survivre.
Dans des endroits comme le Kerala, au sud-ouest de l'Inde, des
dirigeants locaux faisaient progresser le developpement economique
en donnant aux femmes, comme aux hommes, acces a l'education et a
une solide alphabetisation, tout en assurant des soins de sante
maternels et infantiles de qualite et un acces generalise a la
contraception. Ce faisant, ils se rendaient compte que le taux de
croissance demographique tombait a un niveau proche de zero.
Le monde a egalement appris des pays en developpement que la
mauvaise forme de developpement economique rapide - celle qui est
inequitable, qui detruit la culture traditionnelle, degrade
l'environnement et sape la dignite humaine - peut aussi conduire a
desorienter la societe et a diminuer la capacite de resoudre tous
les problemes, notamment les problemes demographiques.
Mais ici, au Caire, une nouvelle unite de vues se degage et de
l'avis general, aucune de ces solutions prise isolement ne semble
devoir suffire en soi a susciter le type de changement que nous
recherchons. Toutefois, maintenant, nous nous accordons egalement
a penser qu'il est vraisemblable qu'elles induiront toutes
ensemble, si elles coexistent suffisamment longtemps, un changement
de fond et entraineront une baisse des taux de natalite et de
mortalite et une stabilisation demographique. Dans cette nouvelle
approche, le developpement equitable et durable et la stabilisation
de la population vont de pair. L'education et la demarginalisation
des femmes, des niveaux d'alphabetisation eleves, l'acces ouvert a
la contraception et a des soins de sante de qualite sont autant
d'objectifs essentiels.
On ne peut attendre pour les realiser que le processus de
developpement soit arrive a son terme; ils doivent l'accompagner et
etre en fait percus comme des facteurs contribuant a l'accelerer et
a le promouvoir.
Cette optique holistique est representative de la demarche que
nous devons adopter pour aborder d'autres problemes qui appellent
l'attention. L'une des clefs est de parvenir a cerner les
relations et les interactions. Ainsi, l'avenir des pays developpes
est lie aux perspectives des pays en developpement. C'est en
partie pour cette raison que nous tenons, aux Etats-Unis, a choisir
entre toutes cette occasion d'affirmer categoriquement tous les
droits de l'homme, y compris le droit au developpement.
Reconnaissons sans ambiguite que la persistance de hauts
niveaux de pauvrete dans notre monde represente l'une des
principales causes de souffrance humaine, de degradation
ecologique, d'instabilite - et d'accroissement demographique
rapide.
Mais pas plus qu'aux problemes demographiques, on y pourra
remedier par une riposte unique et simpliste. C'est une approche
globale qui permettra de trouver la solution, une approche
combinant democratie, reforme economique, faibles taux d'inflation,
lutte efficace contre la corruption, gestion saine de
l'environnement, liberte et ouverture des marches a l'interieur et
acces aux marches des pays developpes.
Nous devons aussi admettre, dans les pays developpes comme
dans les pays en developpement, le lien qui existe entre nous qui
vivons aujourd'hui et les generations futures qui heriteront des
consequences des decisions que nous prenons. En effet, la crise
spirituelle a laquelle nous sommes confrontes dans le monde moderne
tient en grande partie a notre refus obstine de depasser
l'immediatete de nos besoins et de nos voeux pour investir dans le
type d'avenir que les enfants de nos enfants sont en droit
d'attendre. Et il est bien evident que nous ne pouvons retrouver
ce sens perdu du lien avec notre avenir par de simples appels a la
raison et a la logique.
Personnellement, je suis convaincu que la solution globale que
nous devons chercher s'ancre dans la foi et dans un attachement aux
valeurs humaines essentielles consacrees par tous les grands
principes et traditions de nos religions, auxquelles souscrivent de
plus en plus les hommes et les femmes partout dans le monde :
Le role central de la famille;
L'importance de la communaute;
La liberte de l'esprit humain;
La dignite inherente a toute femme, tout homme et tout enfant
de cette planete;
La liberte politique, economique et religieuse;
Les droits universels et inalienables de l'homme.
Saurons-nous puiser a la richesse de ces principes et de ces
valeurs partages pour mener l'action que nous engageons aujourd'hui
ou nous laisserons-nous diviser par nos differences? Et certes, il
est des differences qui seront extremement difficiles a toujours
pleinement surmonter.
Ainsi, nous savons tous fort bien que les avis sur
l'avortement sont aussi divers entre les nations qu'entre les
individus. Je tiens a etre clair sur la position des Etats-Unis en
matiere d'avortement, afin qu'il n'y ait aucun malentendu. Nous
pensons que c'est en donnant acces a des services de planification
familiale et de soins de sante de la plus haute qualite possible
que nous pourrons en meme temps respecter le desir des femmes
d'eviter les grossesses involontaires, reduire l'accroissement
demographique et le taux d'avortement.
La Constitution des Etats-Unis garantit a toute femme a
l'interieur de nos frontieres le droit de recourir a l'avortement,
sauf exceptions limitees et specifiques. Nous sommes attaches a ce
principe. Mais faisons ici table rase d'un faux probleme : les
Etats-Unis ne cherchent pas a etablir un nouveau droit
international a l'avortement et ne pensent pas que l'avortement
doive etre encourage comme methode de planification familiale.
Nous estimons egalement que la prise de decisions dans ces
domaines revient a chaque gouvernement, dans le contexte de sa
propre legislation et des realites nationale et eu egard aux normes
precedemment admises dans le domaine des droits de l'homme.
Dans cette perspective, nous honnissons et condamnons la
coercition, qu'elle s'exerce en matiere d'avortement ou de
procreation de facon plus generale.
Nous pensons que la ou l'avortement est autorise, il doit etre
medicalement sur, que s'il ne l'est pas, la sante de la femme est
mise en cause et qu'on ne saurait s'en desinteresser.
Si nous admettons qu'il y a quelques domaines dans lesquels un
plein accord entre nous est difficile a degager, nous devons etre
plus resolus encore a respecter nos differences pour parvenir a les
depasser et a susciter ce qui pourra rester dans la memoire du
monde comme "l'esprit du Caire" : une decision inebranlable et
partagee de poser les assises d'un avenir fait d'espoirs et de
promesses.
C'est aujourd'hui l'ouverture de la session. Chacun d'entre
nous peut jouer un role determinant dans la reussite de cette
entreprise historique. Notre apport essentiel a tous doit etre de
nous engager a la faire aboutir.
L'alpiniste ecossais W. H. Murray a ecrit au debut de ce
siecle :
"Avant de s'engager pleinement, on est hesitant, on
risque de reculer, on est toujours inefficace. Preside a toute
initiative ... une verite elementaire dont la meconnaissance ruine
d'innombrables idees et autant de plans splendides : la providence
vient en aide aux resolus."
J'ai vu cette verite s'inscrire dans les faits il y a quelque
temps cette annee a l'extremite sud du continent ou nous nous
trouvons, lorsque j'ai represente mon pays a l'investiture de
Nelson Mandela.
Alors qu'il levait la main pour preter serment, je me suis
soudain souvenu d'un dimanche matin ou, quatre ans plus tot, il
etait libere de prison et ou le plus jeune de mes enfants, alors
age de sept ans, m'ayant rejoint pour regarder la retransmission en
direct de l'evenement a la television, m'a demande pourquoi
le monde entier regardait cette personne recouvrer sa liberte.
Je le lui ai explique de mon mieux, pourtant mon fils m'a
redemande "Pourquoi?". Apres une serie de "pourquoi", j'ai
commence a me sentir decourage, mais j'ai tout a coup realise quel
rare privilege c'etait que d'expliquer a un enfant un evenement
aussi extraordinairement positif, alors qu'a l'instar d'autres
parents, j'avais ete si souvent contraint d'expliquer a mes enfants
qu'il y avait dans notre monde des tragedies et des injustices
deplorables et terribles.
Aussi, tandis que le President Mandela achevait de preter
serment, j'ai decide de passer les quelques jours suivants en
Afrique du Sud pour essayer de comprendre comment cette miraculeuse
evolution avait pu se produire.
Et j'ai trouve - outre le courage et la hauteur de vue bien
connus de Mandela et de De Klerk - quel etait l'element clef que
les medias n'avaient pas souligne : les hommes et les femmes de la
rue de toutes origines ethniques et de toutes conditions sociales
en etaient doucement venus a l'idee qu'ils allaient franchir les
barrieres qui les divisaient et la main dans la main edifier un
avenir beaucoup plus radieux qu'aucun de ceux qu'on leur avait
laisse meme imaginer.
Devant nous se presentent aujourd'hui le meme choix et la meme
chance : contraindrons-nous les enfants de nos enfants a expliquer
a leurs enfants la raison pour laquelle des tragedies
indescriptibles qui auraient pu etre evitees se produisent dans
leur vie?
Ou leur donnerons-nous le privilege et le bonheur d'expliquer
que des evenements exceptionnellement heureux peuvent avoir lieu,
dont les fondements ont ete poses ici, en ce lieu meme et en ce
moment meme? Le choix nous appartient. Decidons donc de faire le
bon.
Declaration de Benazir Bhutto, Premier Ministre du Pakistan
Je m'adresse a vous en tant que femme, en tant que mere, en
tant qu'epouse. Je m'adresse a vous en tant que Premier Ministre
democratiquement elue d'une grande nation musulmane : la Republique
islamique du Pakistan. Je m'adresse a vous enfin en tant que
dirigeante du neuvieme pays le plus peuple de la planete.
Nous nous trouvons a la croisee des chemins de l'histoire.
Les choix que nous faisons aujourd'hui influenceront l'avenir de
l'humanite.
Des cendres laissees par la deuxieme guerre mondiale a jailli
l'elan qui a permis de reconstruire le monde. De vastes ensembles
de population ont exerce leur droit a l'autodetermination en creant
leur propre Etat-nation. Le pari du developpement economique a
entraine dans certains cas la formation de groupes dans lesquels
des Etats ont subordonne leur destin individuel a un dessein
collectif. Pendant un certain temps, ces efforts collectifs ont
semble devoir determiner l'architecture politique du futur.
Les evenements de ces quelques dernieres annees nous ont
toutefois fait prendre conscience de la complexite et des
contradictions croissantes de la situation de l'humanite. La fin
de la guerre froide aurait du liberer pour le developpement
d'immenses ressources. Malheureusement c'est a la reapparition des
tensions et des conflits sous-regionaux qu'elle a conduit. Dans
certains cas extremes, il y a eu eclatement d'Etats-nations. Au
lieu de se rapprocher, l'objectif d'une action mondiale concertee
pour s'attaquer aux problemes communs de l'humanite semble
facheusement se perdre dans les brumes.
Le probleme de la stabilisation de la population auquel nous
avons a faire face aujourd'hui ne peut etre dissocie de notre passe
recent. Assez paradoxalement, c'est dans les regions qui avaient
ete les plus affaiblies par la triste experience de la domination
coloniale que la population a augmente le plus vite.
Les communautes du tiers monde ont des ressources rares et
doivent les repartir chichement entre une infinite de besoins
pressants. Nous ne pouvons aborder les questions d'accroissement
de la population a une echelle correspondant a l'ampleur du defi
demographique.
Depuis que la pression demographique, associee aux migrations
des zones defavorisees vers les Etats riches, constitue un probleme
brulant, depassant les frontieres nationales, il est vital qu'en ce
qui concerne la regulation des naissances, les strategies mondiales
et les plans nationaux aillent dans le meme sens.
Peut-etre est-ce la un reve. Mais nous avons tous le droit
rever.
Je reve d'un Pakistan, d'une Asie et d'un monde ou toutes les
grossesses seraient volontaires, ou tous les enfants concus
seraient eleves, aimes, instruits et suivis.
Je reve d'un Pakistan, d'une Asie et d'un monde que
n'agiteraient pas les divisions ethniques provoquees par la
croissance demographique, la famine, le crime et l'anarchie.
Je reve d'un Pakistan, d'une Asie et d'un monde ou nous
pourrions consacrer nos ressources sociales a l'epanouissement de
la vie humaine et non a sa destruction.
Ce reve est bien loin de la realite que nous subissons.
Nous sommes une planete en crise, une planete qui a perdu tout
controle, une planete qui va a la catastrophe. La question qui se
pose a nous dans le cadre de la presente Conference est de savoir
si nous avons la volonte, l'energie et la force de tenter de faire
quelque chose.
Je suis sure que oui. Nous le devons.
Il nous faut nous coaliser a l'echelle mondiale pour ameliorer
la condition humaine. Nous devons nous concentrer sur ce qui nous
unit et non nous arreter a ce qui nous divise.
Dans le document de la Conference, nous devrions chercher a
promouvoir l'objectif d'une procreation volontaire et d'une
regulation des naissances.
La presente reunion ne doit pas etre percue par les masses
innombrables du monde comme porteuse d'une charte sociale
universelle cherchant a imposer notamment l'adultere, l'avortement
et l'education sexuelle a des individus, des societes et des
religions qui ont leur propre ethique sociale.
En la convoquant, la communaute internationale reaffirme
qu'elle est resolue a resoudre ces problemes mondiaux par des
efforts a l'echelle mondiale.
Les gouvernements peuvent faire beaucoup pour ameliorer la
qualite de la vie dans nos societes. Mais il est bien des choses
qu'ils ne peuvent pas faire.
Ce ne sont pas les gouvernements qui elevent nos enfants. Ce
sont les parents et le plus souvent les meres.
Ce ne sont pas les gouvernements qui inculquent les valeurs a
nos enfants. Ce sont les parents et le plus souvent les meres.
Ce ne sont pas les gouvernements qui socialisent les jeunes
pour faire d'eux des citoyens responsables. Ce sont les parents,
principaux agents de socialisation de la collectivite et dans la
plupart des societes, c'est a la mere qu'appartient cette tache.
Comment nous attaquons-nous a la croissance demographique dans
un pays comme le Pakistan? En nous attaquant a la mortalite
infantile, en electrifiant les villages, en levant une armee de
femmes, forte de 33 000 combattantes, pour eduquer nos meres, nos
soeurs, nos filles dans les domaines de la protection de l'enfance
et de la regulation des naissances, en creant une banque geree par
des femmes pour des femmes, pour aider celles-ci a parvenir a
l'independance economique et par la meme, a disposer des moyens de
faire des choix independants.
Je suis ce que je suis aujourd'hui grace a mon pere bien-aime
qui m'a donne l'independance materielle et m'a permis ainsi de
prendre des decisions independantes, sans avoir a souffrir de
prejuges sexistes au sein de ma societe, ni meme au sein de ma
famille.
Je suis a la tete d'un des neuf pays les plus peuples du monde
et nous avons, le Gouvernement et moi, la redoutable tache de
fournir a notre population des logements, des ecoles, des hopitaux,
des reseaux d'assainissement et de drainage, de la nourriture, du
gaz, de l'electricite, des emplois et des infrastructures.
Au Pakistan, sur une periode de 30 ans - de 1951 a 1981 -
notre population a augmente de 50 millions. A l'heure actuelle,
elle est de 126 millions. En 2020, elle pourrait atteindre 243
millions.
En 1960, un acre de terre assurait la subsistance d'une
personne. Aujourd'hui un acre de terre assure la subsistance de
deux personnes et demie.
Le Pakistan ne pourra pas progresser s'il ne peut freiner le
rythme de sa croissance demographique. Nous devons le ralentir,
car le destin du peuple pakistanais ne saurait etre de vivre dans
l'extreme misere et la pauvrete, condamne a un avenir de famine et
d'abjection.
C'est la raison pour laquelle, avec les 33 000 travailleuses
sociales et la banque des femmes, le Gouvernement a nomme 12 000
agents communautaires a travers le pays, charges d'instruire notre
population et de lui faire prendre conscience de l'amelioration du
niveau de vie qu'on constate dans les familles ou les naissances
ont ete planifiees et echelonnees et ou les enfants peuvent etre
eleves.
Dans notre premier budget, nous avons prouve a quel point nous
etions attaches a la mise en valeur des ressources humaines. Nous
avons augmente les depenses du secteur social de 33 %. Et en l'an
2000, nous nous proposons de faire passer les depenses d'education
de 2,19 %, pourcentage auquel elles s'etablissaient a notre
arrivee, a 3 % du produit national brut.
Ce n'est pas la tache aisee pour un pays ou le Fonds monetaire
international a mis au point un programme d'ajustement structurel
difficile a executer, un pays que la seule superpuissance du monde
prive, par son interdit d'assistance economique et militaire, un
pays ou vivent 2 400 000 refugies afghans oublies par le monde,
auxquels viennent s'ajouter des refugies du Cachemire qui ont grand
besoin de protection. Mais cette tache, nous sommes resolus a la
mener a bien et nous nous y sommes engages envers notre peuple.
Notre engagement se fonde sur des principes. Il nous impose des
decisions qui, si elles sont justes, ne sont pas toujours
populaires.
Les dirigeants sont elus pour conduire les nations. Ils ne
sont pas elus pour laisser de bruyantes minorites aux vues etroites
imposer un programme retrograde.
Nous nous sommes engages a conduire un programme de
changement. Un programme qui inserera nos meres et nos jeunes
enfants dans le XXIe siecle, avec l'espoir d'un avenir meilleur.
Un avenir affranchi des maladies devastatrices, affranchi de la
poliomyelite, du goitre, de la cecite causee par des carences en
vitamine A.
Ce sont la les combats que nous devons mener, pas seulement a
l'echelle de la nation, mais a celle de la communaute mondiale. Ce
sont les combats sur lesquels l'histoire - et notre peuple - nous
jugeront. Des combats auxquels doivent prendre part la mosquee et
l'eglise, ainsi que les gouvernements, les ONG et les familles.
La promotion de la femme s'inscrit dans cette action.
Aujourd'hui, au Pakistan, les femmes pilotent des avions, elles
sont juges dans les instances superieures de la magistrature, elles
travaillent dans les commissariats de police, elles occupent des
postes dans la fonction publique, aux affaires etrangeres et dans
les medias. Nos travailleuses consacrent le principe islamique
suivant lequel tous les individus sont egaux aux yeux de Dieu. En
demarginalisant nos femmes, nous poursuivons notre but de
stabilisation de la population et par la meme, nous nous employons
a promouvoir la dignite humaine.
Toutefois, faire progresser l'humanite vers des niveaux
superieurs est un objectif universel et collectif.
Il est regrettable que le document de la Conference presente
le serieux defaut de mettre en cause un grand nombre de valeurs
culturelles, du nord et du sud, de l'islam et de la chretiente.
C'est incontestablement sur sa foi dans les enseignements
eternels de l'islam que le Pakistan fondera sa ligne d'action.
L'islam est une religion dynamique attachee au progres humain. Il
ne demande rien d'inequitable a ses adeptes. Le saint Coran dit :
"Allah veut votre bien et ne vous souhaite aucun mal."
Le Livre saint ajoute :
"Il vous a choisi et dans la religion ne vous a impose aucune
epreuve."
Les fideles de l'islam n'ont aucune difficulte conceptuelle a
aborder les questions de regulation des naissances dans la
perspective des ressources disponibles. Il n'y a qu'une contrainte
: tenir compte des principes eternels de la morale.
L'islam insiste fort sur le caractere sacre de la vie. Le
Livre saint commande :
"Tu ne tueras point ton enfant parce que tu es dans le besoin.
Nous te nourrirons toi et lui."
L'islam, sauf en d'exceptionnelles circonstances, rejette donc
l'avortement comme methode de regulation des naissances.
L'islam ne transige pas sur l'importance de la famille. La
famille traditionnelle est la cellule essentielle sur laquelle
repose la societe. C'est l'ancre sur laquelle compte l'individu
lorsqu'il embarque pour le voyage de la vie.
L'objectif de l'islam est une vie harmonieuse, fondee sur une
assise de fidelite conjugale et de responsabilite parentale.
Nombreux sont ceux qui estiment que la desintegration de la famille
traditionnelle a contribue a la degradation morale. Je declare
pour ma part, categoriquement, que la famille traditionnelle est
celle dont l'union a ete sanctifiee par le mariage.
Les musulmans, passionnement attaches au savoir, n'auraient
aucune difficulte a diffuser l'information sur la sante genesique,
pourvu que, dans ses modalites, elle demeure compatible avec leur
patrimoine religieux et spirituel.
Nos problemes essentiels ne sont nullement d'ordre
ideologique, mais tiennent au fait que nous n'avons pas
l'infrastructure voulue en matiere de services.
L'objectif majeur du gouvernement democratique nouvellement
elu dans sa politique demographique est de s'attacher a ameliorer
la qualite de la vie de la population en assurant une planification
familiale et des services sanitaires.
Nous refusons de nous laisser decourager par l'immensite de la
tache. Mais les objectifs definis par la presente conference ne
deviendront realistes qu'avec la cooperation sans reserve des
nations du monde.
La Bosnie, la Somalie, le Rwanda et le Cachemire, autant
d'evocations qui doivent nous rappeler a quel point nous nous
sommes ecartes de nos principes et de nos ideaux.
Dans de nombreuses regions du monde, nous voyons que l'idee
d'Etat-nation est battue en breche. La montee de ce qu'on appelle
le fondamentalisme dans certaines de nos societes et l'emergence du
neo-fascisme dans certaines communautes occidentales sont les
symptomes d'un malaise plus profond.
Je pense que les Etats-nations n'ont pas su repondre aux
attentes de leurs populations avec leurs ressources interieures
limitees ou dans leur cadre ideologique. S'il en est ainsi, le mal
n'est probablement rien d'autre qu'un recul des ideaux des peres
fondateurs du systeme des Nations Unies.
Peut-etre pouvons-nous encore rendre a l'humanite une
eclatante sante en revenant a ces ideaux, aux ideaux de cooperation
mondiale.
Dans ce contexte, j'espere que les delegues participant a la
presente Conference agiront avec sagesse et clairvoyance, pour
promouvoir la stabilisation de la population.
La delegation du Pakistan travaillera dans un esprit
constructif a l'etablissement d'un document sur lequel se fera la
plus large unite de vues.
Notre destin n'est pas dans notre etoile. Il est en nous. Il
nous fait signe. Ayons la force de le saisir.
Je tiens a remercier le President Moubarak d'avoir accueilli
la presente Conference consacree a un probleme mondial aussi
important et je remercie Monsieur le Secretaire general et Madame
Nafis Sadik d'avoir fait qu'elle ait lieu.
Declaration du Prince Mbilini, Premier Ministre du Swaziland
Au nom de mes collegues et amis africains, c'est un honneur et
un privilege pour moi, Monsieur le President, de vous feliciter a
l'occasion de votre election a la presidence de cette auguste
assemblee. Nous sommes persuades que sous votre direction sage et
avisee, les debats de cette conference seront non seulement feconds
et constructifs mais deboucheront aussi sur d'importantes decisions
qui, au fil des annees a venir, orienteront notre action en vue
d'une meilleure qualite de la vie dans nos pays et regions.
C'est un honneur tout particulier pour moi, Monsieur le
President, que le Royaume du Swaziland puisse prendre la parole a
l'occasion de cette ceremonie officielle d'ouverture et nous nous
rejouissons de pouvoir participer a une manifestation aussi
importante.
En cette periode cruciale de prise de decisions importantes
pour ce qui est des perspectives d'une croissance et d'un
developpement soutenus, nous aimerions souhaiter sincerement la
bienvenue a la Republique d'Afrique du Sud. Son retour au sein de
notre communaute mondiale nous donne bon espoir quant a la
prosperite et la tranquillite futures de l'humanite; voila pour
nous une bonne lecon en matiere de reglement pacifique des nombreux
problemes qui se posent a l'Afrique.
Le theme de la presente conference a souleve de nombreuses
controverses et provoque l'inquietude dans de nombreuses parties du
monde. Diverses allegations, fruits la plupart du temps de
renseignements errones ou d'une volonte de desinformer, ont ete
faites au sujet des questions clefs dont nous devons deliberer pour
prendre des decisions concretes. Toutefois, ces controverses ont
selon nous permis d'eclaircir les principaux problemes en matiere
de population vises par le projet de programme d'action. Les
questions clefs enoncees dans ce texte portent sur un certain
nombre de domaines qui touchent directement l'Afrique. Il s'agit
entre autres du role de la femme dans le processus de developpement
et de la sante en matiere de sexualite et de reproduction -
planification familiale, baisse de la mortalite infantile et de la
mortalite liee a la maternite, promotion du role de l'homme et de
la femme dans la procreation responsable, et reconnaissance des
droits des Etats souverains de formuler, face a ces questions, des
strategies et des modalites conformes a leur code juridique, a leur
culture, a leurs valeurs morales et religieuses et aux principes
democratiques qu'ils ont adoptes. Nous sommes convaincus qu'il
importe tout particulierement de faire preuve de souplesse, ce qui
devrait faciliter l'adoption du projet de programme d'action. A
notre avis, le programme d'action enonce des principes generaux qui
nous permettront de progresser vers la croissance et le
developpement renforces et soutenus auxquels aspire chacun de nos
pays.
Le continent africain se heurte a de tres graves problemes de
developpement. Nous sommes intimement persuades que la croissance
demographique contribue de facon critique a la persistance du
sous-developpement de notre continent. Nous ne saurions donc etre
indifferents lorsque de telles questions sont examinees. L'Afrique
connait les taux les plus eleves de croissance concernant la
population, la fecondite, la pauvrete, la mortalite infantile et la
mortalite liee a la maternite, ainsi que, pour aggraver encore la
situation, la plus grave endemie du VIH/sida.
Un grand nombre de pays africains font actuellement la dure
experience de l'ajustement structurel en vue de redresser les
desequilibres economiques qui se sont creuses au fil des ans. Le
rapide accroissement des populations de notre continent, y compris
au Swaziland, ne facilite pas ce processus mais le complique encore
davantage. Les groupes vulnerables, tels que les femmes et les
enfants, patissent en particulier de cette situation. La
degradation des terres et de l'environnement, l'insecurite
alimentaire a l'echelon national et au niveau des menages,
l'insuffisance des budgets nationaux pour repondre aux besoins
sociaux immediats - etablissements scolaires et installations
sanitaires - voila autant de consequences de la croissance
demographique que nous ne connaissons que trop bien. C'est
pourquoi nous croyons fermement que l'examen des questions de
population ameliorera les perspectives d'une croissance soutenue et
d'un developpement durable.
La declaration de Dakar, reaffirmee il y a environ trois mois
a Tunis par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'OUA, insiste
tout particulierement sur les responsabilites qui incombent aux
gouvernements membres en ce qui concerne le role de la population
dans le developpement. Cette declaration est limpide quant aux
mesures qui s'imposent. A titre d'exemple, les pays africains ont
affirme a Dakar leur solidarite pour ce qui est de traiter des
problemes en matiere de population et se sont engages a formuler
des politiques demographiques respectant les droits souverains de
chaque pays ainsi que la liberte, la dignite et les valeurs
intrinseques de leurs peuples et tenant compte des facteurs moraux
et culturels pertinents, ainsi qu'a reaffirmer les droits et
obligations des particuliers et des couples. Nous sommes
convaincus que ce que nous sommes censes adopter ici au Caire est
pleinement compatible avec les declarations de Dakar et de Tunis a
ce sujet et n'est certes pas non plus incompatible avec d'autres
instruments dont nos pays sont signataires, tels que la Convention
relative aux droits de l'enfant, Action 21 et la Convention sur
l'elimination de toutes les formes de discrimination a l'egard des
femmes. La presente conference ne doit pas etre envisagee dans un
contexte isole car ses effets sur les reunions futures de
l'Organisation des Nations Unies seront lourds de portee. A titre
d'exemple, si le present programme d'action est adopte, ses
principaux elements seront particulierement utiles au Sommet
mondial pour le developpement social qui doit avoir lieu a
Copenhague ainsi qu'a la quatrieme Conference mondiale sur les
femmes a Beijing.
La plupart d'entre nous connaissons fort bien quels sont les
obstacles a une croissance et a un developpement economiques
rapides dans nos pays. Il s'agit au premier chef des limites dont
souffrent nos ressources, de l'insuffisance des politiques et de
l'alourdissement du fardeau de la dette. Pour surmonter ces
problemes, chaque pays africain s'est engage a mobiliser a
l'echelon national autant de ressources et de moyens que possible.
Toutefois, les besoins sont enormes et nos capacites sont
restreintes. Aussi faisons-nous appel a la communaute des
donateurs pour qu'ils augmentent le volume de leur aide aux pays
africains. Il faut que l'aide des donateurs soit a la mesure des
problemes economiques du continent africain. Sinon nos efforts
pour tenir des engagements tels que ceux que nous prenons
aujourd'hui seront a jamais voues a l'echec. En outre, nous
demandons que l'aide exterieure soit suffisamment souple pour
repondre a certaines des questions clefs mises en evidence dans le
programme d'action de la presente conference.
Le Gouvernement du Royaume de Swaziland tente de repondre aux
besoins socio-economiques des divers groupes de sa population. A
titre d'exemple, nous avons entrepris une etude qui vise
precisement la situation de groupes vulnerables tels que les femmes
et les jeunes. Nous avons egalement beaucoup progresse pour ce qui
est de dispenser aux garcons et aux filles un enseignement
primaire. Toutefois, la demographie galopante compromet la qualite
de l'education. En matiere de sante, le Swaziland s'efforce de
parvenir aux objectifs qui ont ete fixes pour le milieu de la
decennie par le Sommet mondial pour l'enfance, ainsi que dans le
Plan d'action de la Conference internationale sur la nutrition et
dans la Declaration Innocenti.
En depit de nos efforts, Monsieur le President, nous
continuons de nous heurter a un taux de croissance demographique
inacceptable. Il est essentiel que nous nous attaquions a ce
probleme. Pour nous la presente conference est particulierement
opportune dans la mesure ou elle nous fournira des directives pour
nous attaquer au probleme demographique.
Pour conclure, Monsieur le President, je tiens, au nom du
Gouvernement et du peuple swazis, a vous remercier, ainsi que votre
gouvernement et le peuple de la Republique arabe d'Egypte, pour
l'accueil que vous nous avez reserve depuis notre arrivee et pour
la qualite des moyens que vous avez mis a la disposition de la
Conference. Nous sommes certains que notre conference sera
couronnee de succes et que ses debats deboucheront sur une action
concrete.
Annexe III
DISCOURS DE CLOTURE
Declaration de Mme Nafis Sadik, Secretaire generale de la
Conference internationale sur la population et le developpement
La Conference a ete un enorme succes. Le President Moubarak
a exprime le voeu qu'elle soit un pont entre le Nord et le Sud,
l'Est et l'Ouest, et c'est ce que vous en avez fait. Cent
quatre-vingt trois pays y ont participe et 249 personnes y ont pris
la parole. Y ont pris part en tout 10 757 personnes.
Il y a 10 jours, le Vice-President Gore a fait observer que la
Conference etait l'une des plus importantes qui se soit jamais
tenue. Le Premier Ministre Brundtland a, quant a elle, souligne :
"Nous sommes reunis ici pour repondre par des actes a un appel
d'ordre moral". Et nous avons repondu par un document dont Mme
Suzanne Moubarak a dit qu'il incarnait l'esprit meme de l'acte
moral.
Le Premier Ministre Mbilini a fait observer, a juste titre,
que les debats avaient permis de clarifier les questions
principales. Le Premier Ministre Benazir Bhutto nous a dit qu'un
chef veritable ne se laisse pas imposer un combat d'arriere-garde
par une minorite aux vues etroites; vous avez ici montre de
veritables qualites de chef.
Le Secretaire general de l'Organisation des Nations Unies a
exprime le souhait que l'exigence, la tolerance et la conscience
president a votre quete d'un consensus. On ne saurait mieux
decrire la maniere dont les choses se sont deroulees au cours des
10 derniers jours.
Vous avez debattu des questions jusqu'a epuisement, mais vous
n'avez pas perdu de vue votre objectif. Vous avez defendu vos
principes mais vous avez laisse librement s'exprimer les nombreux
points de vue en presence. Vous vous etes souvenus avant tout que
votre objectif etait l'action.
Vous avez appris combien les differences entre nos cultures,
nos origines et nos convictions etaient importantes et profondement
ressenties. Vous avez egalement appris a respecter ces
differences, mais vous avez su voir qu'elles recelaient des valeurs
qui nous sont communes.
Vous avez mis au point un Programme d'action pour les 20
prochaines annees, qui prend comme point de depart la realite du
monde dans lequel nous vivons mais nous montre la voie qui mene a
une realite meilleure. Ce programme enonce des objectifs et des
recommandations extremement specifiques dans les domaines
interdependants que sont la mortalite infantile et maternelle,
l'education, la sante de la reproduction et la planification
familiale mais son impact sera d'une portee infiniment plus large.
Il a en puissance ce qu'il faut pour changer le monde.
Aucune disposition du Programme d'action n'empiete sur la
prerogative des nations d'agir individuellement dans le cadre de
leur legislation et de leur culture. Tout les y encourage a agir
de concert dans leur interet commun. Rien n'empiete non plus sur
la prerogative des gouvernements d'agir au nom du peuple qu'ils
gouvernent; tout y encourage la cooperation entre les gouvernements
et les organisations non gouvernementales, entre groupes issus de
differents milieux et representant differents interets, et entre
les femmes et les hommes individuellement.
Vous avez demontre une fois de plus toute la valeur du
processus de recherche du consensus que pratique l'ONU, processus
long et minutieux qui appelle l'attention sur les distinctions les
plus subtiles mais qui, au bout du compte, et bien qu'il semble
avoir pour objet de diviser, tant il demonte et remonte sans cesse
les phrases, finit par nous rapprocher. A force de demonter et de
remonter les phrases, nous nous sommes donne un texte qui est une
veritable mosaique de points de vue, mais qui de ce fait meme
repondra a nos besoins.
Les progres que vous avez realises au cours de la Conference
ont une portee historique. Comme l'a ecrit quelqu'un : "A-t-on
jamais jusqu'ici consacre un debat aussi intense a la situation
fondamentale de toutes les femmes, independamment de leur statut ou
du degre de liberte personnelle dont elles jouissent, ou compris
combien cette question est de celles qui seront au coeur des
preoccupations du siecle prochain?" Le Programme d'action que vous
allez adopter fait des femmes et des hommes, ainsi que de leurs
familles, une priorite de l'agenda international pour le
developpement. C'est un programme d'action sur la population qui
fait passer les etres humains avant tout.
Mis en oeuvre energiquement et rigoureusement au cours des 20
prochaines annees, le Programme d'action permettra enfin aux femmes
de participer pleinement au developpement; il protegera leur sante,
favorisera leur education et encouragera et recompensera leur
contribution economique; il assurera que chaque grossesse est
voulue et chaque enfant desire; il mettra les femmes a l'abri des
effets des avortements dangereux; il protegera la sante des
adolescentes et encouragera celles-ci a se comporter de maniere
responsable; il combattra le VIH/sida; il favorisera l'education
pour tous, permettant ainsi d'eliminer les inegalites entres les
sexes en matiere d'education; et il protegera et favorisera
l'integrite de la famille.
Le Premier Ministre Brundtland nous a invites a renoncer au
sensationalisme pour nous concentrer sur les vrais problemes.
C'est ce que vous avez reussi a faire, encore que les manchettes
des journaux montrent que "8.25" est maintenant devenu synonyme de
polemique.
Vous avez passe beaucoup de temps a examiner la facon dont
l'avortement devrait etre traite dans le Programme d'action. La
conclusion a laquelle vous etes parvenus me parait extremement
satisfaisante. Elle repond a l'objectif initial, qui etait de
faire porter les efforts sur les avortements dangereux en tant que
probleme de sante grave et evitable. L'avortement n'est pas une
methode de planification familiale. Il y aura moins d'avortements
a l'avenir parce que les femmes auront moins besoin de se faire
avorter.
La mise en oeuvre du Programme d'action fera que les
naissances pourront avoir lieu dans de meilleures conditions,
puisque les couples auront acces a des informations et des services
qui leur permettront de planifier les grossesses. Le Programme
d'action affirme que les familles en bonne sante le sont par un
effet de la volonte et non par l'effet du hasard.
Vous avez reconnu que la pauvrete est le plus grand ennemi de
la liberte de choix. La pauvrete n'est pas seulement un phenomene
economique, elle a egalement une dimension spirituelle; et la
encore le Programme d'action aura une contribution a faire. La
pleine participation des femmes au developpement sera l'un des
effets les plus importants du Programme d'action. L'amelioration
de la sante et de l'education des femmes et la liberte de planifier
l'avenir de leur famille n'auront pas seulement pour effet de leur
donner un plus large eventail de choix sur le plan economique, mais
aussi de les liberer intellectuellement et psychologiquement.
Comme l'a fait remarquer le chef de la delegation du Zimbabwe,
elles auront pour effet de donner un pouvoir aux femmes, non pas
celui de se battre mais celui de decider. A lui seul, ce pouvoir
de decision engendrera de nombreux changements dans le monde dans
les annees qui suivront la Conference du Caire.
Le Premier Ministre Bhutto a montre par son courage et ses
qualites de chef ce que le pouvoir de decision signifie pour une
femme, et pour ses enfants. Elle nous a rappele que ce sont les
meres qui enseignent aux enfants les valeurs qui guideront leur
vie. Il en sera toujours ainsi mais grace a la mise en oeuvre du
Programme d'action, les peres seront plus etroitement associes a ce
processus et les deux parents seront mieux a meme de defendre et de
proteger les interets de leurs enfants ainsi que d'apprecier toute
la valeur des enfants du sexe feminin. Grace a elle, nos filles
grandiront en bonne sante dans un climat de securite, nos fils
n'oublieront pas qu'ils doivent eux aussi avoir un comportement
respectueux et faire preuve du sens des responsabilites et ils
seront prepares a prendre leur place dans le monde. Le Programme
d'action constituera un moyen important de renforcer la famille, la
communaute et la nation.
Mais, prive de ressources, le Programme d'action restera
lettre morte. Pays industrialises et pays en developpement
doivent, tous, s'engager a assumer pleinement leurs responsabilites
en la matiere. La mise en oeuvre du Programme d'action permettra
de jeter les bases d'un developpement durable, d'une croissance
economique ou l'equite et la justice aient leur place.
Il est important de se souvenir que le Programme d'action
n'est pas un element isole. Il developpe et complete les decisions
relatives au developpement durable enoncees dans le programme
Action 21 de la Conference de Rio. A son tour, il contribuera aux
conclusions du Sommet social et de la Conference sur les femmes qui
se tiendront l'an prochain et a celle d'Habitat II qui aura lieu en
1996. Il devrait etre considere comme faisant partie d'un
programme a l'echelle de la planete en faveur du developpement
durable, au meme titre que les accords conclus dans les domaines du
commerce, de la dette et du developpement economique.
La Conference doit son succes a de nombreuses personnes. Je
voudrais tout d'abord remercier le President Moubarak, son
gouvernement et le peuple de la Republique arabe d'Egypte. Le
Ministre de la famille et de la population, M. Maher Mahran, a su
guider le Comite preparatoire national avec beaucoup de competence.
Ses collaborateurs et lui-meme ont donne une nouvelle signification
aux mots hospitalite, chaleur et amitie. Je tiens aussi a
remercier le Ministre des affaires etrangeres et ses collaborateurs
de leur efficacite et de leur collaboration.
Chaque delegation a fait preuve de beaucoup de fermete et de
bonne volonte. Les organisations non gouvernementales nous ont
sans relache rappele ce qui etait en jeu et ont encourage les
delegations a etre plus exigeantes dans leur attente. Leur
contribution a ete precieuse.
J'aimerais egalement remercier les medias de l'attention
qu'ils nous ont consacree. Jamais dans l'histoire des Nations
Unies aucune autre conference n'a ete plus largement portee a la
connaissance de l'opinion publique, et jamais non plus celle-ci n'a
ete amenee a prendre plus largement conscience des enjeux.
Le secretariat, dirige par Joe Chamie, le Secretaire general
adjoint, s'est admirablement acquitte de sa tache. Jyoti Singh, le
coordonnateur executif, est un diplomate subtil et un organisateur
infatigable. Sans lui, cette conference aurait presque ete
impossible. Je voudrais mentionner en particulier le concours que
nous a prete David Payton, le Conseiller special detache par le
Gouvernement neo-zelandais. Ses paroles n'ont d'egal que son
devouement.
Les fonctionnaires des services de conference de l'ONU sont
les heros meconnus de toutes les conferences des Nations Unies.
Leurs competences sont multiples et si diverses qu'il m'est
impossible de toutes les passer en revue ici. Sous la houlette de
la Secretaire de la Conference, Margaret Kelley, ce sont eux qui se
sont occupes de tout ce qui nous parait aller de soi aussi
longtemps que les choses vont bien.
Pendant la Conference, les traducteurs et les interpretes se
sont heurtes a des problemes du fait de certains termes techniques
tres difficiles mais ils ont surmonte ces problemes. Nous leur en
sommes tous infiniment reconnaissants.
Nous avons une dette envers les presidents des groupes de
travail et envers tous ceux qui y ont participe. On ne saurait
trop rendre hommage aux deux vice-presidents du Comite plenier.
Lionel Hurst a fait montre a la fois de beaucoup de calme et d'une
poigne solide. L'Ambassadeur Nicolaas Biegman a une patience
d'ange et une determination de bouledogue, et elles n'ont ete de
trop ni l'une ni l'autre. Tout au long de la Conference, son
charme et son sens de l'humour ne l'ont jamais quitte. Au
President du Comite plenier, Fred Sai, je voudrait dire : la mer a
ete houleuse mais vous nous avez menes a bon port. Vous avez su
nous eviter de redoutables ecueils. Vous avez ete fort quand il le
fallait, mais vous avez egalement fait preuve de souplesse. Nous
vous sommes infiniment reconnaissants.
Je voudrais enfin remercier tous ceux qui, ressortissants du
pays hote ou membres de l'Organisation des Nations Unies, ont
assure notre securite au cours des deux dernieres semaines. Nous
connaissions l'hospitalite du peuple cairote, et sommes ravis que
les rumeurs se soient revelees sans fondement; mais nous etions
tres heureux de savoir que ceux qui devaient assurer notre securite
etaient la, a tout hasard.
Maintenant, il vous appartient de passer aux actes. Quand
vous rentrerez dans vos pays respectifs, vous relirez le document
national que vous avez etabli pour la Conference - le secretariat
de la Conference a recu 168 rapports nationaux a ce jour - et vous
deciderez des mesures qu'il convient de prendre pour donner suite
aux accords auxquels vous etes parvenus ici. Vous veillerez, j'en
suis sure, a ce que le consensus qui a ete realise a la Conference
fasse l'objet d'autant de publicite que les controverses qui ont
precede et que tous ceux qui seront charges de la mise en oeuvre du
Programme d'action a tous les niveaux aient parfaitement conscience
de l'importance de ce consensus et de sa teneur.
Ne soyez pas modestes quant a ce que vous avez reussi a faire.
Compare a tous les autres documents precedemment consacres a la
population et au developpement, le Programme d'action procede d'une
analyse detaillee, comporte des objectifs specifiques, utilise une
methodologie transparente et contient des recommandations precises.
Dans le domaine qui nous interesse, il constitue un enorme bond en
avant. Grace aux medias, il a deja suscite l'interet du monde
entier; j'espere que le processus se poursuivra et que chacun
pourra contribuer a la realisation des objectifs fixes.
Au nom du systeme des Nations Unies en general et du Fonds des
Nations Unies pour la population en particulier, je puis vous
assurer que nous sommes prets a fournir tous les services et toute
l'assistance possibles, a n'importe quel moment et sous n'importe
quelle forme. Je m'engage personnellement a ne menager aucun
effort dans les annees a venir pour faire en sorte que les accords
que vous avez conclus ici se concretisent. Je crois que pour
construire l'avenir, il faut donner a chacun le pouvoir de choisir,
et je m'emploierai a cette tache.
Le Programme d'action merite que vous vous y investissiez et
lui apportiez tout votre soutien. Vous avez etabli un document
dont vous pouvez etre fiers. Je vous souhaite de parvenir a
pleinement le mettre en oeuvre.
Declaration de M. Amre Moussa, Ministre egyptien des
affaires etrangeres
Au nom du Gouvernement et du peuple egyptiens, qui ont eu
l'honneur d'accueillir des representants du monde entier a
l'occasion de cette conference, permettez-moi de vous adresser a
tous mes felicitations et de vous remercier sincerement des
contributions extremement constructives que vous avez apportees.
Si les debats qui ont eu lieu dans le cadre de cette conference ont
ete particulierement intenses, c'est en raison des interrogations
qui s'y sont exprimees quant au progres de l'humanite en cette fin
de siecle et a l'aube du prochain millenaire.
La Conference a ete reunie dans un contexte qui a parfois ete
marque par des tensions et de vives controverses, et ou se sont
fait jour souvent de grandes divergences d'opinion et de points de
vue concernant le document qui nous a ete soumis et la facon dont
pourraient etre abordees, traitees et resolues les questions qu'il
souleve.
Mais au-dela des differends, si la population et le
developpement ont suscite de vifs debats, c'est en fait pour des
raisons d'ordre intellectuel et culturel liees a la diversite de
nos cultures et a la multiplicite de nos modes de vie, qui n'ont eu
ni la meme genese ni la meme evolution.
Vous conviendrez tous, j'en suis certain, que depuis la fin de
la guerre froide, la communaute internationale a entame une
profonde interrogation sur toutes les questions liees a l'existence
de l'homme : l'edification d'un avenir meilleur, la poursuite du
progres, et l'elargissement des perspectives dans lesquelles
s'inscrira notre vie dans les annees et les decennies a venir.
Vous le savez, du Sommet mondial pour les enfants de 1990 au
Sommet "Planete Terre" de 1992, et de la Conference mondiale sur
les droits de l'homme de 1993 a la Conference internationale sur la
population et le developpement de 1994, les annees 1990 ont deja vu
se succeder des conferences internationales au cours desquelles ont
ete abordees d'importantes questions liees au progres de l'humanite
et a son developpement economique et social. Ces conferences vont
etre suivies par le Sommet mondial pour le developpement social et
par la Quatrieme conference mondiale sur les femmes en 1995, puis
par la Conference des Nations Unies sur les etablissements humains
(Habitat II) en 1996. La communaute internationale ne cesse de
prendre des initiatives pour elaborer une nouvelle approche du
developpement humain, qui tienne compte de tous les aspects de la
question, notamment de sa dimension sociale, et qui associe
l'ensemble des populations et des societes du monde a la
construction de leur avenir.
Il convient de souligner que cette conference a ete l'occasion
d'entamer un dialogue interculturel et de favoriser le
rapprochement des civilisations. C'est la premiere fois depuis la
fin de la guerre froide, et meme depuis la seconde guerre mondiale,
que des questions touchant aux fondements de nos valeurs, de nos
principes religieux, de nos convictions et de nos traditions ont
ete abordees simultanement.
Mon propos n'est pas de porter des accusations en laissant
entendre que les debats ont oppose des cultures tournees vers le
passe a d'autres tournees vers l'avenir. Il serait plus juste de
dire qu'un dialogue a ete entame entre des societes qui ont opte
pour un mode de vie dans lequel la conscience collective, les
comportements, la morale et les valeurs se fondent essentiellement
sur la religion et les rapports avec le sacre, et d'autres qui ont
opte pour un mode de vie guide par une ethique differente et par un
systeme de valeurs fonde sur des conditions sociales differentes,
qui ne sont pas necessairement acceptables dans d'autres societes.
Bien sur, on peut penser que l'evolution des differentes
cultures dans le monde a ete benefique en ce sens qu'elle a abouti
a un consensus international consacrant la superiorite de la
democratie sur le plan politique et de la libre entreprise sur le
plan economique. Mais dans un domaine qui met en jeu des valeurs
culturelles, il n'est pas facile de parvenir a un accord sur
l'adoption d'une orientation commune susceptible de nous guider
dans l'examen d'une question aussi complexe que celle de la
population, qui se rapporte a l'homme et a son systeme de valeurs,
aux relations entre l'individu et le groupe, ainsi qu'a la religion
et a l'influence qu'elle exerce sur la societe. La question de la
population met aussi en jeu notre passe, notre present et nos
aspirations a la securite et a la stabilite pour l'avenir, et
l'interaction de nos societes. Ces considerations ont ete
sous-jacentes dans les longues negociations que nous avons engagees
afin de parvenir a un consensus sur le programme d'action et a
l'issue desquelles ce document, qui comporte de nombreux points
encourageants, a ete adopte.
S'agissant des fondements des convictions et des opinions, des
fondements de la civilisation ou des valeurs essentielles adoptees
par chaque societe, il n'est pas concevable qu'une conviction, une
civilisation ou une culture donnees soient imposees aux autres.
Nous n'avons d'autre choix que d'entamer un dialogue juste et
equitable, fonde sur l'acceptation et le respect mutuels et la
volonte de coexister dans l'harmonie, compte tenu de nos
differences et de ce qui fait nos identites. Un dialogue engage
sur de telles bases pourrait se poursuivre tout au long du siecle
prochain.
C'est dans ce contexte qu'il convient de replacer les
resultats auxquels ont abouti les longs debats et deliberations qui
ont eu lieu au Caire. La mesure de notre succes residera dans
notre aptitude a examiner la question de la population dans une
perspective juste, en soulignant les liens solides qui existent
entre la population et le developpement dans tous leurs aspects
economiques et sociaux, et sans en negliger les dimensions humaines
et culturelles.
Pour l'examen du document dont nous avons ete saisis, l'Egypte
a scrupuleusement observe les principes suivants :
Elle s'est inspiree des dogmes prescrits par les revelations
divines en respectant scrupuleusement les valeurs et les principes
ethiques qu'ils consacrent.
Elle a souligne l'importance du respect integral de notre
ethique sociale et de nos dispositions legislatives nationales.
Elle a fermement fait valoir que la famille, telle qu'elle est
definie par la societe et la religion depuis des siecles, est
l'unite de base de la societe.
Elle s'est attachee a respecter strictement les dispositions
de la Constitution en ce qui concerne la garantie de droits
equitables aux femmes.
Elle s'est attachee a respecter strictement les dispositions
de la charia islamique et de la legislation nationale concernant
l'avortement, que le document exclut en tant que moyen de
planification familiale.
Il est important que le consensus auquel nous sommes parvenus
sur le programme d'action elabore par la Conference soit renforce
par l'adoption, lors de la prochaine session de l'Assemblee
generale, d'un accord sur les modalites d'evaluation, de suivi et
d'application de ce programme dans le cadre de mecanismes et de
structures appropries. Parmi les taches importantes qui nous
incombent, il nous faut determiner comment tirer le meilleur parti
de l'attention sans precedent que la communaute internationale
porte aux questions relatives a la population, en veillant a ce que
les conclusions de la Conference soient toujours respectees et que
ses recommandations restent credibles.
Il ne pourra etre donne suite au programme d'action et aux
recommandations qui y figurent qu'a condition qu'il existe une
volonte de mobiliser les ressources financieres necessaires a
l'application des programmes et projets adoptes par la Conference.
Esperons qu'avec la fin de la guerre froide et l'avenement d'une
nouvelle ere de cooperation internationale, les pays donateurs
respecteront l'engagement qu'ils ont pris de verser 0,7% de leur
produit national brut aux pays en developpement et de soutenir les
efforts continus que ceux-ci deploient pour parvenir a un
developpement durable.
Avant de conclure, je voudrais adresser mes remerciements a
tous ceux qui ont contribue au succes de la Conference, au
President, au Secretariat, a ceux qui ont organise la Conference,
assure la securite et veille au confort des participants, ainsi
qu'a ceux qui ont travaille jour et nuit pour que les travaux
aboutissent aux meilleurs resultats possibles. Il me semble
important de souligner a ce stade que l'Egypte, qui a participe
activement aux debats et a la recherche d'un terrain d'entente,
examinera le programme d'action compte tenu de ce qui est enonce
dans ses deux premiers chapitres, son preambule et les principes
qui y sont formules. La mise en oeuvre de ce document exige le
respect integral de la souverainete nationale, des convictions
religieuses et des valeur sociales qui y sont inscrites dans notre
Constitution, ainsi que de nos traditions et de nos lois divines
appelant a la tolerance.
Ce seront toujours la religion, les valeurs, l'ethique, la
droiture et l'integrite qui nous guideront dans la lecture de ce
document et des recommandations qu'il contient.
Annexe IV
ACTIVITES ANNEXES
1. A la suite de consultations avec le Gouvernement egyptien et
la Secretaire generale de la Conference, un grand nombre
d'activites ont ete organisees au Caire en marge de la Conference
internationale sur la population et le developpement.
2. Le forum des ONG 94, qui a eu lieu du 4 au 12 septembre 1994,
a l'initiative du Comite de planification des ONG de la Conference,
a reuni plus de 260 organisations non gouvernementales ayant des
activites dans les domaines de la population, de la promotion des
femmes, de la protection de l'environnement, des droits de l'homme,
du developpement et de la sante. Plus de 4 200 personnes et les
representants de plus de 1 500 organisations non gouvernementales
venus de 133 pays, reunis dans le stade couvert du Caire, pres du
site ou se tenait la Conference, ont procede un echange de vues
et de donnees d'experience sur une vaste gamme de sujets ayant un
lien avec ceux qu'etudiait la Conference, dans le cadre d'un
programme d'activites ayant donne lieu a environ 90 seances par
jour. Le programme et les travaux du forum ont comporte des
reunions plenieres, des exposes liminaires, des ateliers, des
reunions de travail, des reunions-debats, des stages de formation,
des reunions d'information quotidiennes, de nombreuses expositions
d'ONG et un centre multimedia.
3. Plus de 100 jeunes gens - femmes et hommes - venus de toutes
les regions du monde et provenant d'horizons tres divers sur le
plan culturel, religieux et politique ont pris part a une
Consultation internationale des jeunes des organisations non
gouvernementales sur la population et le developpement
(International NGO Youth Consultation on Population and
Development) qui s'est tenue au Caire du 31 aout au 4 septembre au
Centre du scoutisme international. Les debats et les
recommandations ont porte essentiellement sur les jeunes et la
sante de la reproduction, le developpement durable, la protection
de l'environnement et les droits de l'homme, la grossesse des
adolescentes et les comportements sexuels sans risque. Cette
Consultation, a l'issue de laquelle a ete adoptee la Declaration du
Caire sur les jeunes (Cairo Youth Declaration), a ete organisee par
neuf organisations non gouvernementales qui etaient constituees de
jeunes ou qui s'occupaient de questions se rapportant aux jeunes.
4. Les 3 et 4 septembre 1994, quelque 300 parlementaires venus de
107 pays ont participe a la Conference internationale de
parlementaires sur la population et le developpement, organisee par
le Forum asiatique de parlementaires sur la population et le
developpement, le Comite mondial de parlementaires pour les
questions de population et de developpement, le Groupe
parlementaire interamericain sur la population et le developpement,
l'International Medical Parliamentarians Organization et les
Parlementaires pour une action mondiale. A l'issue de cette
conference, invitee par le Gouvernement egyptien, les participants
ont adopte la Declaration du Caire sur la population et le
developpement. Le 7 septembre 1994, l'Union interparlementaire
(UIP) a organise au Caire la Journee 1994 des parlementaires a
l'Assemblee populaire, a laquelle ont assiste plus de 200 membres
de l'UIP venus du monde entier. L'UIP a presente une declaration
a la Conference internationale sur la population et le
developpement.
5. Le Reseau d'information en matiere de population de la
Division de la population du Secretariat des Nations Unies a cree
sur place un centre de communication et de reference afin de
diffuser les documents de la Conference et de favoriser la
participation des differents pays du monde aux activites organisees
en marge de la Conference. Des fonctionnaires ont rassemble les
declarations faites lors des seances plenieres et ont charge les
textes sur le serveur d'informations Gopher du Reseau, accessible
par Internet et par courrier electronique. Un grand nombre de
delegues, de journalistes et d'organisations non gouvernementales
ont utilise les services disponibles au Centre pour faire des
copies des declarations et d'autres informations concernant les
questions de population; ces informations ont egalement pu etre
consultees par voie electronique sur le serveur Gopher par des
milliers d'utilisateurs dans le monde. Le centre a beneficie de
l'assistance technique du Centre d'information du Gouvernement
egyptien.
6. Quatre quotidiens independants ont ete publies au Caire a
l'intention des participants a la Conference. Chacun d'eux a
diffuse des reportages sur les activites en cours de la Conference
et du Comite plenier, des analyses portant sur les questions
abordees au cours des negociations, des entretiens avec les
participants et des articles d'information de la presse
internationale consacres a differents sujets se rapportant a la
population et au developpement. Un bulletin d'information resumant
les declarations et les negociations de la Conference a egalement
ete publie chaque jour.
7. Cinquante-huit grands journalistes des pays en developpement
ont ete invites a participer a une Rencontre coparrainee par le
Departement de l'information du Secretariat de l'ONU et le FNUAP,
qui s'est tenue au Caire les 3 et 4 septembre, immediatement avant
la Conference. Dans le cadre de cette rencontre, ils ont
participe, en meme temps que des centaines d'autres journalistes
venus assister a la Conference, a des reunions d'information sur
tous les principaux sujets qui devaient etre abordes a la
Conference. Au total, plus de 4 000 representants des medias ont
ete accredites et ont assiste a la Conference.
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