L'étude "Dynamique de peuplement dans les zones rurales libérées de l'onchocercose. Pour une mise en valeur durable" conduit aux observations suivantes qui concernent tout à la fois la dynamique démographique, la dynamique épidémiologique et la dynamique économique de ces régions subsahariennes.
La dynamique démographique
Les zones rurales libérées de l'onchocercose en Afrique de l'ouest sont encore peu peuplées.
Elles connaissent pour la plupart l'accroissement démographique le plus élevé de leur histoire.
Leurs populations sont l'objet de mouvements migratoires qui s'intensifient et se diversifient dans ces zones en particulier dus à leur aménagement.
1) Elles connaissent en particulier d'importants mouvements d'immigration de populations aux pratiques agraires et agricoles très différentes.
2) Le peuplement se développe par densification de la population dans les anciens lieux d'installation, par extension à partir de ces installations, par dispersion et création de nouveaux noyaux de peuplement.
3) Ces transformations s'accompagnent de notables transformations de la distribution de la force de travail des vallées.
4) Ces conditions de peuplement sont à l'origine d'importantes modifications de la gestion de l'espace agricole.
5) L'exemple du Burkina Faso montre que, dans les zones de colonisation rapide et intense, les mouvements d'immigration et d'émigration augmentent avec l'accroissement de la population et avec la mise en valeur de l'espace.
6) L'ouverture des vallées a permis le retour de populations jeunes à partir des zones urbaines et des régions côtières.
7) Le désenclavement des zones libérées de l'onchocercose a ouvert des opportunités de production agricole et pastorales, et provoqué des migrations spontanées.
La dynamique épidémiologique
L'onchocercose n'a pas été la cause fondamentale du dépeuplement des vallées.
C'est aux faibles densités de peuplement que l'on doit le développement de l'endémie qui a conduit à la désaffection des vallées.
La densification du peuplement, le regroupement autour de pôles de peuplement permettent d'écarter les risques de recrudescence de l'onchocercose.
La création de nombreux petits pôles d'établissements humains et la dilution des activités agricoles dans des zones inhabitées éloignées de leur résidence, constituent une situation qui devrait rester sous surveillance épidémiologique.
1) L'absence d'identification et de suivi des nouvelles unités de peuplement non répertoriées par les pouvoirs publics chargés de la protection sanitaire et plus particulièrement par le programme OCP, peuvent contrarier l'action d'éradication entreprise depuis vingt ans.
L'immigration qui gagne les vallées est composée en partie de populations provenant des zones forestières du Golfe du Bénin qui n'ont pas été traitées.
Les installations spontanées ou la mise en oeuvre de nouvelles zones de cultures selon des schémas d'occupation très dispersés ne manquent pas de poser de nouveaux problèmes d'ordre épidémiologique. C'est le cas pour les attaques de bilharziose mais aussi et surtout pour la dissémination du sida fortement influencée par les migrations de retour provenant des zones forestières et urbaines du golfe du Bénin.
La lutte épidémiologique justifie donc, à elle seule, l'étude des modalités de peuplement.
La dynamique économique
La maîtrise du peuplement est essentielle au développement durable des vallées.
Comprendre et soutenir les mécanismes qui peuvent conduire à la maîtrise de la dynamique démographique est une condition essentielle du développement durable des vallées.
Le désenclavement des régions rurales libérées de l'onchocercose a entraîné un peuplement spontané de nature réticulaire à partir des axes routiers. Les installations n'étant pas stables, les populations se livrent le plus souvent, durant leur séjour, à une exploitation agricole "minière" qui conduit ou peut conduire à une dégradation des ressources agricoles, pastorales, ou piscicoles.
La mobilité des populations conditionne l'organisation et les activités de production des exploitations installées de façon stable.
La redistribution des activités au sein des exploitations agricoles détermine le mode d'exploitation de l'espace et des ressources. L'émigration ou l'absence plus ou moins longues des hommes jeunes entraîne un vieillissement et une féminisation de la population active dans l'agriculture.
1) Les femmes devant assumer une charge croissante dans la fonction de production vivrière, s'orientent vers une réduction des temps de travaux, ou vers des modifications des choix de production, plutôt que vers une amélioration de la productivité et vers une préservation des ressources.
Les difficultés d'accès à la terre et d'obtention de la responsabilité de l'unité de production conduisent les jeunes migrants à tirer parti le plus possible des ressources disponibles plutôt qu'à mettre en valeur durablement les portions d'espace occupées.
En dépit du fait qu'elles présentent des potentialités agricoles favorables à l'installation d'unités domestiques tournées vers la production agricole, les zones libérées de l'onchocercose peuvent être considérées par les populations comme des relais entre les zones soudano-sahélienne et les métropoles urbaines ou les régions côtières du Golfe du Bénin, ou de la côte Atlantique.
C'est en essayant de favoriser l'installation à demeure des jeunes générations autochtones et allocthones - comme agriculteur, éleveur, pêcheur, et autre - tout en leur permettant de rester mobile que l'on parviendra à une stabilisation des systèmes d'exploitations.
2) L'aménagement du territoire, en particulier l'établissement d'infrastructures routières devraient permettre le désenclavement des zones rurales et la rétention ou l'installation de populations cherchant à produire et à écouler leur production.
L'obtention de la sécurité foncière est essentielle au développement durable de la productivité dans ces zones d'immigration, en particulier lors d'aménagements (irrigation, colonisation, etc.). Elle sera particulièrement délicate à mettre en oeuvre. En effet l'individualisation de l'espace foncier, qui se confirme comme l'une des conditions d'une production durable et rentable, peut se heurter aux revendications des autochtones à travers l'affirmation de droits de nature communautaire et coutumière.
La maîtrise du peuplement exige une connaissance bonne et localisée de la dynamique du peuplement de ces zones, de ses composantes naturelles (évolution de la mortalité et de la fécondité), et de ses composantes migratoires (ici complexes et intenses).
L'analyse spatiale de la croissance démographique de ces populations rurales, doit permettre d'identifier les caractéristiques de leurs extensions ou de leurs établissements. Elle apparaît plus que jamais nécessaire à l'orientation ou à la réorientation de la mise en valeur de ces zones rurales.
Cette étude administre maintenant la preuve que la dynamique du peuplement de ces vallées ne peut être analysée sans prendre en compte les interactions entre certaines des caractéristiques mises en oeuvre dans l'application de ces différentes spécialités. L'éradication de l'onchocercose ne peut être correctement conduite sans prendre en compte l'origine, la destination et l'intensité des migrations qui affectent ces zones. Le développement des vallées ne peut être conduit sans considérer les effets des modifications de structure des populations sous l'effet des migrations et le degré de stabilité de ces migrations. La préservation des ressources naturelles des vallées ne peut être assurée sans observer les évolution des modes de faire-valoir et des types d'utilisation des terres, qui dépendent de la mobilité des populations, et peuvent générer elles-mêmes de nouvelles formes de mobilité. Ces nouvelles formes de mobilité peuvent conduire à de nouvelles attaques épidémiologiques provenant de foyers extérieurs encore subsistants, etc.
Dans ces conditions la réhabilitation des recensements anciens ainsi qu'un effort de capitalisation d'information de natures i) démographique sur la transition démographique, sur la mobilité, ii) géographique, agronomique et écologique sur le couvert végétal, sur l'état des ressources naturelles en terre et en eau, et sur leur évolution, iii) économique sur le mode de faire valoir, le type d'utilisation des terres et leur évolution, pourrait permettre l'établissement de systèmes d'information géographique qui constituent l'outil de référence en matière de maîtrise du peuplement et du développement durable des vallées libérées de l'onchocercose.
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