Allocution
de Son Excellence,
Monsieur Nagoum Yamassoum
Premier Ministre, Chef du Gouvernement de la
République du Tchad
Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Délégations,
Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi avant tout de vous transmettre les salutations du Président de la République, Son Excellence, IDRISS DEBY, du Gouvernement et du peuple tchadiens et émettre le voeu que cette session exceptionnelle débouche sur des décisions tout aussi exceptionnelles, à la mesure de l'événement.
Je voudrais également, féliciter le Secrétaire Général de notre Organisation, Monsieur KOFI ANNAN, pour l'importante et heureuse initiative qu'il a prise d'organiser ce sommet du millénaire pour marquer l'entrée de notre monde dans le nouveau siècle.
Rendons lui hommage pour avoir su exprimer de façon claire et objective les grandes préoccupations auxquelles l'humanité est confrontée, dans son rapport qui nous est soumis à l'occasion de ce Sommet.
Celui ci nous donne l'occasion de faire tous ensemble le bilan du siècle écoulé, de tracer des perspectives pour le siècle à venir afin que notre monde soit plus juste et plus humain pour la grande majorité de ses habitants.
Mais d'ores et déjà, nous savons tous que le tableau résultant de plus de cinquante années de vie commune dans le cadre de notre Organisation Universelle dont les principaux objectifs sont la coopération internationale pour l'élimination de la guerre et de la pauvreté, est très sombre.
Comment, en effet pouvons-nous être satisfait d'un système international ayant réduit plus de 3 milliards d'êtres humains à une vie de misère quasi absolue, alors que moins d'un milliard de personnes détiennent près de 70 % des revenus de la planète
Les conséquences en sont des millions d'hommes, de femmes et d'enfants qui ne reconnaissent ni la joie, ni la paix intérieure que procure la satisfaction des besoins les plus élémentaires.
Mesdames, Messieurs;
Le Millénaire qui s'achève a sans doute été le plus éprouvant de l'histoire de l'humanité avec ses guerres, ses tensions, ses épidémies et ses catastrophes.
Notre monde du nouveau millénaire a un
ennemi qui a pour nom la misère.
Il est constitué de deux versants : une pauvreté extrême d'une part et une opulence insolente de l'autre. Tant que nous ne réussirons pas à rapprocher ces deux extrêmes, à introduire plus d'humanisme dans leurs rapports, le troisième millénaire ne sera pas différent du deuxième.
Ceux qui ont le plus besoin de sollicitude sont les plus nombreux. Ce sont les pays en développement et en particulier ceux d'Afrique, dont la situation ne cesse de se dégrader, alors que les autres avancent toujours vers plus de croissance et plus de prospérité.
Certes, nous dirigeants, avons notre part de responsabilité parce que nous n'arrivons pas à répondre à toutes les attentes de nos populations.
Mais, notre seule volonté suffit-elle dans un univers où tous les pouvoirs économiques, financiers, industriels, technologiques et politiques nous échappent et transcendent les frontières des Etats nationaux, voire de leurs regroupements ?
Que pouvons-nous faire lorsque nos propres ressources aussi importantes soient elles ne nous permettent pas du fait de l'égoïsme des plus riches, de répondre aux attentes légitimes de nos concitoyens ?
Le siècle qui s'achève a été essentiellement dominé par l'injustice découlant de la recherche effrénée du profit. Celui qui commence devrait tirer toutes les leçons du passé pour construire un avenir meilleur. Pou ce faire, il doit être bâti sur l'humanisme et la justice.
A défaut d'enrayer définitivement les fléaux dont souffre la grande partie de l'humanité, essayons de les réduire ou du moins, d'en atténuer les effets.
Notre monde d'aujourd'hui en a les moyens intellectuels et matériels ; Seule manque la volonté d'y parvenir. Le présent sommet nous offre une occasion historique de poser les jalons d'un nouveau monde.
Mesdames et Messieurs,
La vision et l'ambition que nous nourrissons pour l'humanité, nous les avons aussi pour notre pays.
Le Gouvernement tchadien tente depuis près d'une décennie de répondre aux exigences de libertés et de bien-être dont le peuple a été privé depuis l'indépendance.
A ce sujet, le projet pétrolier de Doba qui a suscité une grande controverse à travers le monde, traduit bien le grand dessein que nous avons pour notre pays.
Ce projet inédit en ce sens qu'il implique deux Etats, le Tchad et le Cameroun, les institutions financières internationales et la société civile, se veut un véritable projet-pilote de développement en même temps qu'il constitue un exemple-type du nouveau partenariat qui devrait sous-tendre les relations internationales.
Si le Gouvernement tchadien s'est employé à vaincre toutes les réticences suscitées par ce projet, c'est parce que les tchadiens attendent ce pétrole depuis 30 ans.
C'est aussi parce que le pays a besoin des ressources de ce pétrole pour promouvoir des secteurs vitaux comme la santé, l'éducation, le développement rural, l'environnement, les infrastructures qui ne peuvent être indéfiniment financés sur l'aide extérieure.
C'est enfin parce que le progrès économique et social du Tchad est la seule voie, la meilleure base pour conforter la liberté et la démocratie dans le pays.
Je saisis l'occasion de ce sommet pour renouveler la reconnaissance du peuple tchadien à tous les Etats, à toutes les Institutions et à toutes les personnes qui ont contribué, aux côtés du Tchad, à l'aboutissement heureux de ce projet.
Mesdames et Messieurs,
Il est unanimement admis que démocratie et pauvreté ne font pas souvent bon ménage.
La République du Tchad, Etat classé parmi les plus pauvres de la planète, tient depuis une décennie avec courage, le cap de la démocratie.
Les élections présidentielles et législatives qui s'y dérouleront dans quelques mois marqueront, par la transparence et la régularité que nous entendons leur conférer, notre détermination à ancrer davantage la pratique démocratique dans la société tchadienne.
Aussi, aurons nous besoin de l'appui et du soutien de nos amis et nos partenaires pour maintenir ce cap et résister aux éventuels tumultes que peuvent provoquer la misère et la pauvreté dans toute démocratie naissante ?
Le système de gestion consensuelle des affaires publiques que notre pays a adopté participe de notre désir de créer les conditions de quiétude et de sérénité indispensables à tout progrès.
Cette quiétude et cette sérénité, nous les souhaitons tout autant à l'ensemble du Continent Africain qu'au reste de la planète.
Les multiples conflits qui déchirent actuellement l'Afrique, notamment le dépècement de fait de la République Démocratique du Congo et de la Somalie, les guerres fratricides en Angola, en Sierra Leone, au Burundi ou entre l'Ethiopie et l'Erythrée, sont inadmissibles et même anachroniques.
La République du Tchad demande solennellement à tous les belligérants de se ressaisir en pensant à ces millions de femmes et d'enfants, chaque jour terrorisés, qui ne demandent ni or, ni diamant, même pas la liberté parfois, mais seulement la Paix.
Elle invite également l'Organisation des Nations Unies et l'Organisation de l'Unité Africaine à agir avec plus de conviction et plus de fermeté si nécessaire, pour mettre un terme à ces dérives ruineuses et
meurtrières pour l'Afrique.
Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement Mesdames et Messieurs,
Alors que les pays riches continuent à dépenser des milliards de dollars en armement de tout genre pour combattre, on ne sait trop qui et quoi, les nations pauvres et surtout l'Afrique se battent pratiquement les mains nues contre un ennemi aussi réel qu'invincible : le virus du SIDA.
Mon pays le Tchad, tout en se félicitant des dernières mesures prises par la Banque Mondiale et les firmes multinationales pour combattre cette épidémie, estime qu'on peut faire mieux et davantage.
Si un quart seulement des dépenses consacrées aux armements était orienté en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA notamment pour les soins et la recherche, la pandémie serait peut être déjà enrayée.
L'Afrique est entrain d'assister impuissante à l'épuration de sa jeunesse et de ses forces vives, du fait de cette maladie. Il ne faut pas l'abandonner à ce sort. Autrement, tous les efforts qui seront déployés par ailleurs seront vains.
A la Communauté Internationale dans son ensemble et aux pays industrialisés en particulier, le Tchad sollicite plus de compréhension dans leur approche des difficultés économiques de l'Afrique.
Cette sollicitude pourrait commencer par un traitement particulier du problème de la dette dont on sait que le poids constitue une entrave à l'essor économique et social de l'Afrique ou pire, entretient le cercle vicieux de la pauvreté.
Les palliatifs consistant à rééchelonner ou à alléger cette dette ne sont pas de nature à régler le fond du problème.
Si nous voulons sincèrement réduire l'inégalité criante dont est victime l'Afrique, il faut que les pays développés et les Institutions financières internationales prennent des initiatives plus hardies en annulant purement et simplement cette dette.
Ce n'est pas tout ! Ces initiatives devront s'accompagner d'une aide plus accrue et d'investissements privés internationaux plus conséquents si on veut véritablement que l'Afrique ne demeure pas en marge de l'économie mondiale.
Les réformes politiques et sociales entreprises dans la plupart des pays du Continent depuis une décennie devraient encourager une telle démarche.
Mesdames et Messieurs,
Mettre fin à la souffrance humaine, à l'incompréhension entre les hommes et entre les Etats, préserver la nature, tels sont les grands défis auxquels nous aurons à faire face avec davantage de conviction et qui exigent de nouvelles règles dans les relations entre les Nations. Dans cette perspective, l'Organisation des Nations Unies demeure un outil irremplaçable, voire
indispensable pour apaiser les conflits, rehausser la coopération, enrayer la misère, l'injustice et l'arbitraire, en un mot, réconcilier l'humanité avec elle-même.
Elle doit pour ce faire, être dotée de ressources à la hauteur des responsabilités et des espoirs placés en elle. Elle doit également fonctionner sur une base égalitaire en respectant la configuration actuelle du monde.
Nul ne peut ignorer aujourd'hui que la puissance ne repose plus sur la seule force militaire. Le système international ne peut continuer à fonctionner en fermant les yeux sur l'émergence de nouvelles puissances, l'évolution de la situation des anciennes, bref la profonde mutation subie par la société internationale depuis la fin de la 2ème guerre mondiale ; mutation caractérisée par la diversification de la notion même de puissance.
Pour toutes ces raisons, la République du Tchad, se prononce en faveur d'une réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Son élargissement aux autres Continents introduirait une plus grande démocratisation dans ses prises de décisions et plus d'équité dans les relations internationales.
Ces principes qui nous sont chers, devraient nous amener a admettre la République de Chine Taiwan au sein de notre Organisation. Ce serait justice rendue à cet Etat qui, plus que beaucoup d'autres, remplit toutes les conditions et qui contribue, autant que n'importe quel autre, la paix et au développement dans le monde.
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais terminer mon propos en émettant le vécu que par nos initiatives et nos décisions, ce Sommet qui inaugure notre entrée dans le nouveau millénaire soit différent de tous les autres ; qu'il laisse une trace inaltérable dans la oopération internationale.
Je vous remercie.