ALLOCUTION de Son Excellence

EMIL CONSTANTINESCU

PRESIDENT DE LA ROUMANIE

SOMMET DU MILLENAIRE


Madame la President,

Monsieur le President,

Monsieur le Secrétaire Général,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

L'initiative de réunir ce véritable aréopage universel pour réfléchir ensemble, à l'aube d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire, sur la mission et la vocation de l'Organisation des Nations Unies s'avère être compte tenu des débats qui ont eu lieu ces jours-ci non seulement un symbole, mais aussi un pas important vers la définition du cadre international où tous les Etats du monde entendent coopérer au nom des valeurs communes de la paix et du dialogue et pleinement conscients des nouveaux défis auxquels ils se confrontent.

Notre réunion s'intitule le Sommet du Millénaire. Nous pouvons nous demander, avant tout, s'il convient d'essayer une synthèse de l'expérience que l'humanité a accumulée pendant le millénaire qui touche à sa fin, ou bien de nous tourner déjà vers l'horizon du nouveau millénaire qui va commencer. Pour ma part, je pense que le temps historique qui prend fin non pas un millénaire, mais plusieurs, qui remontent de l'aube de la civilisation humaine jusqu'à ce jour nous oblige à comprendre que l'espoir d'un début innocent au seuil du nouveau millénaire est aussi improbable que la terreur millénariste des catastrophes totales. Nous devons assumer, dans la même mesure, avec lucidité et sagesse, les certitudes de la continuité et l'aspiration vers le progrès que le bilan d'un millénaire nous impose. Voilà pourquoi je crois que les leçons du passé ne manquent pas d'importance dans l'élaboration d'une vision de l'avenir.

A mon avis, c'est de cette double dimension qu'il convient d'évaluer les prémisses et les perspectives du nouveau siècle. L'humanité vient d'atteindre un point pas seulement critique, mais aussi plein d'espoir dans son histoire le XX-ème siècle a représenté, sous plusieurs aspects, un carrefour de cette histoire.

Pour la première fois au cours d'une expérience humaine multi-millénaire, des sociétés toutes entières, non seulement des individus ou des groupes isolés, ont échappé -au spectre de l'insécurité alimentaire, qui n'a cessé d'affecter l'humanité depuis sa naissance jusqu'à nos jours.

Il est vrai que ces sociétés du bien-être ne représentent qu'une minorité à l'échelle universelle, et que l'humanité doit mieux administrer, d'une manière équitable, son potentiel présent. Toutefois, il existe non seulement un discours sur cette gestion optimisée, mais aussi des institutions qui se chargent de l'expérimenter, justifiant nos espoirs généraux.

Après les expériences tragiques que l'humanité a subies à l'échelle planétaire ce dernier siècle, on voit naître pour la première fois dans l'histoire, la culture universelle de la paix.

Il est vrai que cette culture est née dans l'ombre des plus terribles moyens de détruire la vie la vie de l'homme, tout comme la Vie en général qu'on ait jamais connus. Mais le fait que la majorité des gens refusent cette possible Apocal-, se ne fait que conforter nos espoirs.

Valorisant son expérience, l'ONU n'a jamais cessé de jouer un rôle essentiel comme source d'une culture de la paix et comme gérant de l'équité. C'est juste ce rôle qui fait de l'Organisation des Nations pragmatique et comme expression d'une vision globale sur le monde. C'est dans cette vision, existant dès le début dans la Charte de l'ONU et dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, que l'Organisation trouve aujourd'hui encore les ressources pour la projection de l'avenir.

Sous cet aspect, nous estimons que, l'ONU est un acteur extrêmement important dans la gestion de la mondialisation, qui représente actuellement une certitude incontournable, comme processus apportant un maximum de bénéfices et un minimum d'effets négatifs dans le développement de toutes les sociétés et cultures du monde. L'Assemblée Générale et le Conseil Economique et Social doivent aborder en priorité les effets de la mondialisation, au sujet desquels la réaction de l'opinion publique risque de devenir de plus en plus hostile, et élaborer un cadre de principes et de pratiques communes et équitables qui fasse de la mondialisation un processus du progrès commun de l'humanité.

Cette mission de l'ONU complète, au niveau planétaire, la vocation démocratique de l'Organisation, qui n'a jamais cessé de soutenir la démocratie, considérée le cadre le plus propice pour le respect et la promotion des droits de l'homme.

En sa qualité de président en exercice de la Conférence des Démocraties Nouvelles et Restaurées, la Roumanie est directement intéressée à développer les efforts visant à consolider la démocratie. Nous avons initié, lors de la session de cette année de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, une résolution intitulée «La promotion et la consolidation de la démocratie », adoptée par la Commission. Nous envisageons de la promouvoir- lors de la session actuelle de l'Assemblée Générale, pour rendre plus précise la définition de la conduite démocratique par rapport aux droits de l'homme, de toutes les minorités, par rapport à la société civile, sur la base du respect de l'individu et de ses options et comme source de solidarité et de cohésion sociale et politique.

Dans le même sens, nous saluons l'initiative du Haut Commissaire de l'ONU aux Droits de l'Homme, Madame Mary Robinson, de proposer une Déclaration commune contre la discrimination, le racisme et toutes les formes de xénophobie.

La peur de l'altérité a de fortes racines dans la mémoire collective. C'est pourquoi il nous incombe a tous de nous opposer à ces craintes ataviques, conscients de représenter une humanité solidaire dans Ie respect réciproque et la dignité. Il faut le faire au nom des principes fondamentaux consacres par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme véritable clé de voûte de l'édifice auquel nous participons tous l'Organisation des Nations Unies mais que chacun d'entre nous doit faire internement siens pour que la réalité du XXI-ème siècle puisse être purifiée des expériences tragiques des siècles précédents.

Tout comme les lois qui régissent nos Etats se fondent sur la présomption d'innocence, tout aussi nous devrions adopter un code commun de conduite aux cultures et aux peuples, basé sur une présomption de bienveillance. J'estime que le projet de cette Déclaration répond à une question fondamentale du notre présent et futur commun, et j'appuie de tout mon coeur cette initiative.

La Roumanie, que j'ai l'honneur de la représenter devant vous, nourrit égalèment un profond respect pour l'action essentielle menée par l'ONU, pendant ce dernier demi-siècle, pour prévenir, ou du moins limiter les conflits armés, ainsi que pour la vocation fondamentale de lOrganisation d'assurer la dignité et les droits fondamentaux de chaque être humain. La Roumanie a contribué, sans hésiter, aux opérations de maintien de la paix, participant dernièrement avec plus de 7.000 officiers et policiers aux opérations déployées par l'ONU en Somalie, Angola, Bosnie et Hertzégovine et Kosovo.

disponibilité de reconsidérer le statut de la Roumanie dans le contexte financement des opérations de maintien de la paix de l'ONU, en renonçant volontairement à la réduction de 80 % dont nous avons bénéficiée jusqu'à ce jour, en tant que membre du groupe C. Cette décision sera appliqué graduellement, selon les débats relevants de la 5eme Commission de l'Assemblée Générale et conformément à la nouvelle étape de croissance économique durable de la Roumanie suite aux reformes internes opérées ces dernières années. Cette décision s'ajoute évidemment au soutien que nous prêtons constamment aux actions diplomatiques et de médiation initiées par lONU, pour lesquelles nous exprimons notre disponibilité toute entière.

Nous considérons, par ailleurs, que la fin de l'après-guerre définitivement marquée par la fin du monde bipolaire -, tout comme le caractère divers et modifié des menaces à l'adresse de la sécurité collective, pendant cette nouvelle étape, nous imposent de repenser le rôle du Conseil de Sécurité.

Pour rien au monde ne devrait-on croire que son rôle devrait être diminué. Tout au contraire ! Selon nous, cette nouvelle étape exige un nouveau consensus, afin de rendre l'action du Conseil de Sécurité plus énergique et d'en éviter le blocage. Ce consensus peut être obtenu si on identifie correctement les éléments sur lesquels un accord est possible suite à des négociations, et si on renonce à aborder « des paquets de thèmes » en débat, pour éviter de faire tourner indéfiniment les négociations autour de quelques sujets tout à fait délicats et complexes.

L'un des éléments sur lesquels il me semble que l'accord est déjà possible manifesté déjà dans quelques récentes circonstances est la nécessité de déplacer l'accent d'une culture réactive vers une culture préventive dans l'action de l'ONU et, plus particulièrement, du Conseil de Sécurité. En sa qualité de'futur président de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, la Roumanie s'attachera à promouvoir les principes de cette culture préventive et accordera une attention soutenue à la coopération harmonieuse et efficace entre l'OSCE et l'ONU.

J'ai beaucoup réfléchi aux propositions contenues dans le rapport du Secrétaire Général, M. Kofi Annan. Nous considérons que le rapport est une synthèse admirable des voies de restructuration de l'Organisation, afin de l'adapter aux défis de l'avenir.

Pendant l'entre-deux-guerres, la Roumanie a joué un rôle important dans l'élaboration de la vision et des concepts de la Société des Nations une organisation qui, au delà de ses nombreux échecs, a ébauché une philosophie des relations internationales que l'ONU n'a fait qu'amplifier et mettre en oeuvre. A l'aube d'un nouveau siècle et millénaire, c'est pour nous plus qu'un privilège, c'est un devoir d'honneur de mettre à la disposition de la communauté internationale toute notre expérience, le fruit d'une ancienne civilisation du dialogue, tout comme la force spirituelle que nous confère la perspective finalement, claire de notre avenir en tant que nation civique d'une Europe en voir d'unification. Nous chérissons la conviction ferme que les nations du monde, unies, peuvent affronter en toute confiance un avenir commun de paix et de respect réciproque, et que l'Organisation des Nations Unies a, à la fois, la vocation et la capacité d'institutionnaliser cet espoir partagé de progrès et de dignité humaine, qui nous anime tous.

Je vous remmercie.

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