PRINCIPAUTÉ DE
MONACO
Message
de
Son
Altesse Sérénissime
le
Prince Souverain de Monaco
délivré
par
Son
Altesse Sérénissime
le
Prince Héréditaire Albert de Monaco
Sommet du millénaire
de l’Organisation des Nations
Unies
7 septembre 2000
Le Prince Rainier III,
Mon Père, m’a chargé de délivrer le Message que voici :
Le
pouvoir politique, on le constate, a souvent du mal à s’imposer face à
l’influence croissante de l’économie mondialisée.
Les règles du grand jeu planétaire changent. C’est un constat plus qu’un jugement.
Les
peuples sont perplexes, de nombreux États meurtris et déroutés. Les Nations, même les plus puissantes,
doutent. Elles constatent, non sans
amertume, qu’elles ne peuvent plus bâtir, à elles seules, l’Histoire.
Parce que les progrès scientifiques et techniques sont immenses, que les mutations politiques, économiques et sociales qui en découlent sont rapides et profondes, le prochain millénaire est un inconnu.
Seule demeure, référence immuable, la Charte de San Francisco. Elle exprime la sagesse des Nations, le refus de la guerre et de la violence sous toutes ses formes, la nécessité d’une sécurité collective fondée sur le respect de l’indépendance, de la dignité et de la souveraineté des Etats, y compris des plus modestes de même que la ferme volonté de coopérer activement en faveur de la promotion des droits de l’homme et du développement économique et social.
Afin
d’être capable, dans ces temps incertains, d’assumer ses mandats, notre
Organisation doit impérativement s’adapter.
Elle le peut. Elle le fait, à
son rythme, celui imposé par la complexité de ses institutions et des intérêts
souvent antagonistes de ses membres.
En
matière de sécurité internationale, elle s’exprime clairement. Elle sait, aujourd’hui, mieux distinguer les
causes des litiges et partager les responsabilités de leur gestion. Il lui faudra se doter de moyens plus
efficaces pour leur prévention en recourant sans doute davantage aux recherches
sur la paix, les causes des violences et des conflits. Il lui faudra aussi combattre plus
efficacement les menaces autres que militaires : le terrorisme, le trafic
de stupéfiants, la traite des êtres humains et des plus faibles, les enfants
ainsi que les méfaits générés par les fonds d’origine criminelle.
C’est
sans doute dans le domaine du désarmement que les progrès risquent d’être les
plus lents. Seule la confiance que
Notre Organisation saura maintenir entre ses membres lui assurera la réussite
dans un domaine aussi vital pour l’avenir.
En matière de droits de l’homme et de droit humanitaire, l’ONU s’est
pourvue d’une série d’instruments remarquables dont la mise en oeuvre progresse
incontestablement bien que trop lentement.
Il lui sera nécessaire de veiller au renforcement et au bon
fonctionnement des instances chargées de leur promotion afin d’assurer le
bien-être et l’épanouissement de tous les êtres humains, présents et à venir,
quelque soit leur lieu de naissance ou de résidence. Il lui conviendra aussi d’examiner attentivement comment les
nouvelles puissances économiques et financières se comportent vis-à-vis des
droits de l’homme notamment ceux économiques, sociaux et culturels.
En
matière de développement, sa métamorphose est totale. Elle rappelle inlassablement que le progrès économique doit
également être social et être au service de l’humanité dans son ensemble. Sa démarche est pragmatique. Ses actions de plus en plus concrètes. Il sera indispensable aussi que Notre
Organisation s’emploie dans le cadre du processus irréversible de la
mondialisation à respecter la diversité des cultures et des langues grâce
auxquelles les peuples ont nourri leurs racines et construit leur identité.
En
matière d’environnement, elle sait dégager de véritables priorités et alerter
les opinions sur les atteintes les plus graves, parfois irrémédiables, à la
nature. Elle a pu, ces dernières
années, élaborer des normes écologiques qu’il nous faudra appliquer avec
diligence et célérité.
En
matière de justice, enfin, Notre Organisation sait aujourd’hui conduire ses
légitimes ambitions. Des voies
nouvelles s’ouvrent qui sont autant d’espérances. Elle devra les approfondir pour satisfaire, au plus vite, les
peuples exigeants et si sensibles, en ce domaine. Nous lui avons confié l’élaboration et la promotion de normes et
de principes qui sont notre patrimoine le plus précieux. Il est de notre devoir de la mettre en
mesure de toujours mieux remplir ces hautes missions.
Nous,
Chefs d’État et de Gouvernement, Représentants de milliards d’hommes et de
femmes, devons la remercier de ses efforts, la conforter et surtout
l’encourager. La Déclaration politique
que Nous allons adopter et à laquelle la Principauté de Monaco adhère
pleinement guidera les premiers pas de Notre Organisation à l’aube du prochain
millénaire.
Nous
avons plus que jamais besoin d’une Organisation universelle, active et
responsable, guidée par les besoins les plus pressants des peuples et surtout
de ceux défavorisés. Nous souhaitons
une Organisation qui soit une référence morale pour mener avec probité les
affaires du monde.
La
Principauté de Monaco, l’un des plus modestes de ses membres, par sa superficie
comme par sa population, apporte la preuve, à travers son histoire séculaire,
que la puissance militaire autant qu’économique ne suffit pas à assurer la
pérennité des Etats.
Leur
survie, leur développement et le bonheur de leur peuple ne peuvent, à Notre
sens, trouver de fondements solides que dans des relations pacifiques et
harmonieuses entre les Nations elles mêmes inspirées par l’équité et la justice
autant que par le respect du droit international et d’une éthique universelle.
En s’ouvrant plus largement sur la société civile, en collaborant plus étroitement avec les agents économiques, en associant plus régulièrement les institutions publiques et privées à ses initiatives, en utilisant radicalement les moyens de grande communication, y compris numériques, les Nations Unies s’efforcent d’être à l’écoute attentive des peuples et, comme sa Charte l’y invite, de rendre plus efficace son action à leur service. Nous nous en félicitons et l’en félicitons. Le remarquable rapport élaboré par son Secrétaire général nous y incite d’ailleurs vivement de même qu’il nous permet de rendre hommage aux 50 000 agents de la fonction publique internationale pour leur admirable dévouement et leur abnégation, parfois, comme hier à nouveau, au péril de leur vie.
Nous souhaitons sincèrement que Notre Organisation puisse poursuivre ses nobles mandats avec davantage d’autorité. Nous lui renouvelons Notre confiance. Nous le faisons, en ce qui Nous concerne, sans réserve et avec la force de la conviction.