Allocution de
S.E. Mme Lydie Polfer,
Vice-Premier Ministre,
Ministre des Affaires Etrangères et du
Commerce Extérieur
du Grand-Duché de Luxembourg
à l’occasion du Sommet du Millénaire
New York, le 8 septembre 2000
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Madame / Monsieur le co-Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs,
Le rassemblement à New York des dirigeants
des peuples de notre planète constitue un geste fort car il envoie l’image
d’une volonté commune, de l’affirmation de l’unité et de l’interdépendance des
nos nations.
Cette réunion est importante: il nous faut
des repères pour apprécier ce qui nous unit, mais aussi pour mesurer les
distances qui subsistent entre nous; mesurables, celles-ci deviendront moins
redoutables.
Kofi Annan a évoqué devant nous les
potentialités de la liberté face à la peur, la faim, la maladie et l’ignorance.
Le sage sera-t-il entendu ? Les sociétés des hommes ont depuis longtemps
dégagé l’instrument qui permet de retenir durablement le bonheur que procure la
sagesse : c’est le droit et son émanation la loi. Non pas la loi du plus
fort, mais celle que définissent et acceptent des partenaires égaux en droit.
La légalité internationale, sur laquelle se fonde l’action de la société
internationale, n’est certes pas un principe immuable, gravé dans l’airain des
certitudes. La société internationale, au même titre que les sociétés des
différents Etats, se trouve en constante évolution. A nous de veiller à ce que
notre action et les instruments dont nous disposons pour la mener à bien,
connaissent les adaptations nécessaires.
A l’aube du XXIème siècle,
l’aspiration à la paix et à la prospérité restent au cœur de notre engagement
alors que de nombreux foyers de tension subsistent de par le monde, qui
risquent d’éclater en crises ouvertes.
Au cours des décennies écoulées, notre
Organisation a développé son action en vue de maîtriser ces crises, que ce soit
en déployant des opérations de maintien de la paix de l’ONU ou en lançant des
actions internationales de gestion de crises en coopération avec des
organisations régionales. Les résultats de ces efforts sont pour le moins
mitigés, et méritent d’être soumis à un examen critique en vue d’améliorer leur
efficacité à l’avenir. Mais le rôle des Nations Unies ne saurait se limiter à
celui d’un pompier international.
Avec le rapport de M. Brahimi, notre
Organisation a entamé une réflexion globale sur la manière dont elle aborde les
conflits, qu’ils aient lieu entre un ou plusieurs Etats, ou encore à
l’intérieur de ceux-ci. Sur base de cette réflexion, nous devons développer une
stratégie globale sur la gestion des crises internationales. Il nous faudra,
avec davantage d’imagination et de persévérance que nous avons montré jusqu’à
présent, consacrer nos efforts concertés à une meilleure prévention des
conflits.
L’un des meilleurs moyens pour parvenir à cet
objectif dans les années à venir sera de continuer notre action en faveur d’un
développement équilibré et durable, qui réduise les disparités entre les
différents continents, et qui se traduise par une amélioration effective du
niveau de vie des populations concernées. Dans ce cadre, la lutte contre la
pauvreté représente l’un des pôles essentiels de l’action internationale.
Celle-ci demande des efforts considérables de coopération et de solidarité de
la part des Etats et des organisations du système des Nations Unies, mais aussi
de la part des acteurs économiques et de la société civile.
Le processus de mondialisation de l’économie
qui est en cours devrait offrir aux forces du travail et de l’intelligence, et
à la liberté d’entreprendre des perspectives nouvelles d’épanouissement; les
fermes, les ateliers, les manufactures, les commerces et les services devraient
se développer au sein de systèmes mieux équilibrés et dotés de mécanismes efficaces
d'auto-contrôle.
La mondialisation ne sera un succès que dans
la mesure où la communauté internationale saura se doter de l’encadrement
réglementaire nécessaire pour ouvrir à l’ensemble des pays et des groupes
sociaux un accès plus harmonieux et plus équitable aux formidables opportunités
qui nous sont offertes par les techniques de la communication.
La promotion des valeurs de paix, de justice
et de solidarité constitue un autre pilier essentiel de l’action des Nations
Unies. Au cours des années écoulées, notre Organisation s’est efforcée de
codifier au travers de conventions internationales les principaux droits et
devoirs qui permettent le développement des sociétés démocratiques et
tolérantes, dans l’acceptation de la différence et le respect de la personne
humaine.
Les tragédies qui continuent d’affecter de
trop nombreuses régions de notre planète résultent non pas des différences qui
distinguent les individus et les peuples, mais du manque de respect de certains
envers d’autres. Or, le mépris, le déni de l’égalité sont incompatibles avec la
construction d’une société stable, que ce soit sur le plan national ou au
niveau international.
Sans sentiment d’une égalité vécue
profondément, comment concevoir l’authenticité, la sincérité et la solidité de
l’entente entre groupes et peuples, entre régions et pays, entre nations et
Etats ? Sans assurance puisée dans les cultures, les langues, les
traditions les plus diverses, comment se résoudre à saisir la main
tendue ? Comment opérer sans confiance, comment partager le poids des
décisions sans reconnaissance mutuelle ?
Il appartiendra à l’instrument incomparable,
parce qu’universel, que représente le système des Nations Unies, de se donner
les moyens pour que ces droits et ces valeurs soient désormais effectivement
mis en œuvre et profitent à ceux auxquels ils sont destinés.
En vue de mieux s’acquitter à l’avenir des
tâches importantes qui lui ont été dévolues, l’ONU devra poursuivre et
intensifier l’effort de réforme interne qu’elle a entrepris, et rénover les
relations entre ses principaux organes: l’Assemblée générale qui nous rassemble
tous, le Conseil de sécurité qui devra être élargi afin d’être davantage
représentatif, et le Conseil Economique et Social qui devra être revitalisé.
Mais la responsabilité de ce nécessaire
effort d’adaptation ne saurait se limiter à l’initiative de notre Secrétaire
Général aux travaux et à l’engagement de nos représentants à New York. Si nous
entendons démontrer que nous prenons au sérieux la régulation des relations internationales
par une concertation et une coopération entre Etats, qui remplacera la raison
du plus fort par le respect de la loi et la prise en considération de l’intérêt
de chacun, il s’agira de faire preuve de détermination politique. Un tel
engagement rassemblera nécessairement la volonté des gouvernements, qui sont
les sujets de la communauté internationale, et nécessitera également la
coopération et le concours de la société civile, dont l’apport est inestimable.
Les Luxembourgeois sont une communauté qui
est très consciente de son identité, et forme en même temps une société qui se
veut véritablement multiculturelle. Depuis de nombreuses décennies, mon pays
est imbriqué dans un réseau étendu et intense de coopération régionale,
européenne et internationale. Le Luxembourg a œuvré pour contribuer à établir
la tolérance et la confiance en Europe, et il continuera dans cette voie.
Nous entendons également faire preuve de
solidarité active au-delà de notre continent: c’est pourquoi, notre programme
d’aide publique au développement respecte, dès cette année, l’objectif de 0,7%
du revenu national brut. Notre coopération au niveau international continuera à
porter de façon prioritaire sur la recherche de la confiance par le dialogue,
la construction de sociétés démocratiques et la prévention des conflits. Notre
angle de vue sera celui d’un partenaire certes modeste, mais déterminé à jouer
pleinement un rôle actif et engagé au sein de l’Organisation des Nations Unies.
Pour avancer dans la réalisation des objectifs
qu’elle s’est fixée, la communauté internationale aura besoin de courage,
d’engagement et de lucidité. Nos concitoyens mettent beaucoup d’espoirs en
nous. Ne les décevons pas.
Puisse ce Sommet du Millénaire former une
étape importante dans la voie de la réalisation de notre objectif commun
d’une société internationale plus juste, plus équitable, plus tolérante et plus
solidaire, pour le bien commun des peuples du monde.
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