INTERVENTION
DE
SON EXCELLENCE MONSIEUR RENE
PREVAL
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
D'HAITI
SOMMET DU MILLÉNAIRE
ORGANISATION DES NATIONS UNIES
New
York, le 7 septembre 2000
Madame,
Monsieur les Co-Présidents,
Monsieur
le Secrétaire général,
Chers
Collègues,
Je
remercie le Secrétaire général pour la convocation de ce Sommet et le félicite
pour la richesse du « Rapport » qu'il a soumis à notre attention.
Pendant
les 55 années de l'existence de notre Organisation, même si celle-ci a
été parfois dénigrée, l'histoire de la Communauté Internationale ne saurait
être écrite sans une référence constante à l'O.N.U. Et, aujourd'hui encore,
face à un contexte mondial qui change rapidement avec son cortège
impressionnant de nouveaux défis, nous la retrouvons comme instrument
privilégié pour aménager le 2lème siècle.
La preuve en est cette réunion exceptionnelle au plus haut niveau, pour essayer
de dissiper cette angoisse face aux problèmes à la fois anciens et de type
nouveau pour lesquels nous ne disposons pas encore de réponse.
La
République d'Haïti, membre fondateur de cette Organisation et qui deux cents
ans après la conquête de son indépendance politique cherche encore à se libérer
du sous-développement, y accourt pour contribuer à la réflexion sur les
moyens qui nous permettront d'affiner l'important outil d'action que constitue
le système des Nations Unies.
Chers
Collègues,
Dans la
turbulence des préoccupations, certaines nous interpellent plus
particulièrement car des réponses données dépendra le contour du monde à venir.
Premièrement,
la nécessité de garantir des conditions de vie dignes à tous les humains. Nous
savons en effet que des millions de personnes vivent dans l'indigence absolue
et en risque constant d'explosion sociale alors que, dans l'histoire de
l'humanité, jamais la capacité de création de richesses n'a-t-elle
été aussi élevée?
Deuxièmement,
la nécessité de démocratiser réellement la nouvelle économie de la connaissance
et de l'information. Nous constatons un accroissement considérable du savoir et
un progrès technologique impressionnant, mais jusqu'à présent l'accès n'y est
réservé qu'à quelques-uns. Ceci constitue une nouvelle source d'inégalité
et de division tant entre les nations qu'au sein même de celles-ci.
Alors: comment rompre l'exclusion et empêcher que le fossé s'approfondisse en
attendant de le combler? A quoi bon mettre les pieds sur Mars si la faim règne
dans plusieurs régions de notre planète?
Troisièmement,
la tendance d'une dérive du pouvoir, de la politique vers les finances et
l'économie. Les incessants flux de capitaux et d'échanges commerciaux semblent
se jouer des Etats Nationaux et donner naissance à des instances
supranationales non-choisies par les peuples. Ne sommes-nous pas en
train de rendre utopique la démocratie, puisque nous n'élisons que les
politiciens et non les financiers?
I
Quatrièmement,
le pouvoir immense et redoutable des moyens de communication dont la maîtrise
ne nous semble réservée qu'à quelques uns. Leur utilisation incontrôlée détruit
ceux qui s'y opposent alors qu'ils permettraient de résoudre de nombreux
problèmes s'ils étaient véritablement mis au service de l'épanouissement
humain.
En
dernier lieu, les pandémies qui ravagent certaines nations, presque «
naturellement » des nations pauvres, et menacent même leur survie. Le coût
humain de ces tragédies scandalise, d'autant plus que les moyens pour le
réduire fortement existent. Toutefois, souvent se pose ici la question de la
rentabilité car il y a pour plusieurs une primauté quasi absolue de l'économie
sur les considérations humaines. Alors: comment faire face à de tels drames en
mettant les intérêts supérieurs de l'humanité au-delà du mercantilisme?
Chers
Collègues,
L'ère
de l'autarcie a vécu. Les Etats ne peuvent plus concevoir leur politique sans
tenir compte du cadre régional et même planétaire: qu'il s'agisse de drogues,
de réseaux terroristes, de crimes organisés, de pandémies, tout s'inscrit dans
une perspective globale. Sans règles de jeux et sans arbitre, cette
mondialisation serait une jungle. Telle est la mission des Organisations
Internationales avec, à leur sommet, l'ONU qui permet de bâtir la paix et
promouvoir le développement.
Nous
devons consolider l'autorité et la légitimité de l'Organisation des Nations
Unies en la démocratisant, afin de renforcer son efficacité et pour qu'elle
soit capable de confronter avec succès les nouveaux défis du monde global.
L'enjeu
pour nous, c'est de jeter un regard sans complaisance sur l'avalanche
d'initiatives du passé et des maigres résultats obtenus et entreprendre
hardiment d'inventer un monde de civisme international où la logique de la
solidarité l'emporte sur celle de la seule possession des marchés.
La
mondialisation n'est pas nouvelle. L'esclavage, les deux grandes guerres de ce
siècle dernier en sont la démonstration. Ce qui effraie aujourd'hui, c'est que
la mondialisation tend à être la privatisation de tous les pouvoirs.
Je vous remercie.