Intervention de Monsieur Jacques Chirac
Président de la Republique Française
devant I'Assemblée Générale des Nations Unies
pour le Sommet du Millénaire
New York, le 6 septembre 2000
MISSION PERMANENTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES
245 EAST 47TH STREET, NEW YORK, N.Y. 10017 TEL. (21) 308-5700
Monsieur le Président,
Le temps a changé de rythme. Une génération a suffi pour qu'apparaisse un monde nouveau. Un monde qui garde les cicatrices du passé et oú perdurent les crises et les conflits. Mais un monde déjà dans le futur. Un monde ouvert dont les frontières s'estompent, un monde imprégné d'une culture globale inédite, celle des technologies de la communication. Un monde riche de promesses et d'avancees fulgurantes, mais un monde qui invente, hélas, de nouvelles exclusions.
Ce monde qui se dessine sous nos yeux a besoin de régles de principes, d'ambitions communes. C'est pourquoi ce Sommet vient à son heure. Il s'agit de bâtir ensemble, une nouvelle société internationale plus civilisée plus solidaire, plus juste, plus maîtrisée. L'ONU est le creuset naturel de cette entreprise.
Il s'agit de faire vivre une ethique pour le XXleme siecle, au service de l'Homme, de sa dignité, de ses droits.
Ce combat pour l'ethique est d'abord un combat pour la paix et la démocratie.
La paix, parce qu'elle est le bien le plus précieux des peuples. La paix, qui doit sans cesse être consolidée par des efforts redoublés en faveur de la non-prolifération et du désarmement : la ratification universelle du Traité d'interdiction des essais nucléaires, l'ouverture de nouvelles négociations contre les armes biologiques, balistiques, mais aussi les petites armes. La paix, qui appelle la réforme de I'ONU chargée de son maintien, et notamment lélargissement, dans ses deux catégories de membres, du Conseil de sécurité. La France est attachée à cette reforme indispensable.
La démocratie, parce que seule elle assure le respect des droits de l'Homme et de sa dignité, parce qu'elle est le chemin le plus sûr vers la stabilité, le développement et le progrès partag0s. Le plus sûr moyen, aussi, de garantir la paix.
Ce combat pour 1'éthique doit être mené par tous. Par les Etats, mais aussi les associations, les entreprises, les médias, nouveaux acteurs qui s'affirment sur la scène internationale. Parce qu'il est global, notre monde a besoin dinstances qui travaillent ensemble pour mieux le maîtriser, pour faire progresser nos idéaux.
D'abord la solidarité. La richesse creée par la mondialisation doit se traduire par davantage de solidarité. Eradiquer la faim et la pauvreté doit rester une priorité entre les priorités. Les moyens existent. Ayons la volonté et le courage de les mettre en ceuvre, conformément à 1'engagement que nous avons pris.
Ensuite, le combat pour un meilleur environnement et pour la sauvegarde des richesses de notre planète. Des politiques concertées pour préserver la diversité des cultures et des langues, qui fondent l'identité des peuples. La volonté d'agir, sans relâche, contre l'insécurité, en s'attaquant à tous les fleaux sans frontière : le terrorisme, le crime organisé la drogue. La volonté, aussi, de lutter efficacement contre les grandes pandémies, et notamment le SIDA.
Sur tous ces sujets, essentiels pour les habitants de notre planète nous ne pourrons progresser qu'ensemble, dans un esprit de responsabilité partagée.
Notre monde, qui reste secoué par des crises politiques, économiques, financières, ne souffre pas d'un excès de règles, mais de la difficulté à faire évoluer le droit et les pratiques internationales au rythme des changements et des progrès.
Pour construire un ordre adapté aux exigences de notre temps, nous avons besoin de renforcer et de mieux faire vivre ensemble les grandes institutions que sont le FMI, la Banque Mondiale, I'OMC, et d'abord I'ONU.
Nous le savons : I'ONU joue un rôle majeur. Forte d'une demi d'existence, universelle, démocratique, elle est irremplaçable. Permettons-lui de s'adapter au monde d'aujourd'hui. En modernisant les méthodes de l'Assemblée Générale, qui est en quelque sorte le Parlement du monde. En appuyant les réformes engagées par notre Secrétaire Général, M. Kofi ANNAN, à qui je tiens à rendre hommage. En tirant profit de la révolution de l'information. En apportant, enfin, les ressources nécessaires, comme le font d'ailleurs les pays de l'Union européenne, pour plus du tiers du budget et la moitié du financement des fonds et programmes de I'Organisation. C'est ainsi que I'ONU aura la capacité de remplir ses missions et de peser sur le cours du monde.
En ce qui la concerne, l'Union Européenne, acteur majeur de l'économie mondiale et des institutions multilatérales, a la ferme intention d'assumer toujours mieux ses responsabilités au service de la paix. Elle s'en donne les moyens, car cest en s'affirmant qu'elle contribue à l'émergence d'un monde plus divers, plus equilibré, plus solidaire, plus pacifique.
La mondialisation, nouvelle étape de I'aventure humaine, nous met au défi de réinventer I'action politique à l'échelle planétaire, une action politique inspirée par l'intelligence, le courage et le coeur. Nos peuples attendent beaucoup de nous. Je souhaite que ce Sommet du Millénaire permette d'avancer sur le chemin de la paix, de la liberté, de la sécurité et du développement.
Monsieur le Président,
Je vous remercie.
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