DJIBOUTI
DISCOURS
DE SON EXCELLENCE
M. ISMAEL OMAR GUELLEH
PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE DE DJIBOUTI
A L'OCCASION DU
SOMMET MILLENAIRE DES NATIONS UNIES
Madame et
Monsieur les Co-Présidents,
Monsieur le
Secrétaire Général,
Mesdames et
Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Mesdames et
Messieurs,
En cette
occasion historique où la communauté des Nations Unies se retrouve pour
célébrer l'avènement du nouveau millénaire, je voudrais vous apporter ce
message de paix et d'amitié du peuple djiboutien.
Je voudrais,
avant tout, rendre un hommage appuyé au Secrétaire général M. Kofi Annan pour
la préparation de cette rencontre historique. Le rapport qu'il nous a soumis
nous offre un large éventail d'idées et de propositions.
Avec la fin de
la guerre froide, la montée de la mondialisation et l'explosion de l'ère de
l'information, la décennie des années 90 fut capitale pour l'humanité. Par
chance, l'aube du nouveau millénaire nous donna l'occasion de faire le point,
de revoir nos programmes et de remanier nos priorités. Aux fins de ce sommet,
les problèmes critiques auxquels l'humanité est confrontée ont été divisés en
quatre catégories : la paix et la sécurité; le développement, y compris
l'élimination de la pauvreté; les droits de l'homme; et le renforcement des
Nations Unies. En ce qui nous concerne, le problème qui nous semble le plus
urgent est celui du développement et de l'élimination de la pauvreté.
Aujourd'hui,
quelques trois milliards de personnes, soit près de la moitié de l'humanité,
souffrent de faim ou de carences alimentaires graves. Dans un monde qui produit
suffisamment de nourriture pour satisfaire les besoins de chaque homme, de
chaque femme et de chaque enfant, voilà qui est totalement inacceptable. La
faim est fille de la misère et pour les laissés-pour-compte, le désespoir
qu'elle fait naître est à bien des égards à la source des quatre problèmes que
nous traitons lors de ce sommet.
Le feu de
brousse économique qui balaie notre planète aujourd'hui s'appelle
mondialisation; elle favorise la déréglementation des marchés, le libre échange
et la privatisation. Mais dans de nombreuses régions du globe, en particulier
en Afrique, plusieurs pays pauvres en développement se sont retrouvés piégés
dans une "spirale d'appauvrissement et de désintégration sociale". Ne
présentant aucun attrait pour les investisseurs privés étrangers, les pays qui
affichaient des faibles niveaux d'épargne et d'investissement intérieurs se
sont retrouvés dans une impasse. Les organismes de prêts internationaux, qui
ont exigé que ces pays se serrent davantage la ceinture au nom des « politiques
économiques rationnelles », semblent avoir contribué à faire empirer la crise.
En
outre, pour que les pays pauvres puissent opérer un réel revirement et afficher
une croissance vigoureuse, le problème terrible du fardeau de la dette doit
être résolu. L'ajustement structurel préconise une réduction des dépenses
internes afin que ces pays puissent accroître leurs exportations et rembourser
leurs dettes. Mais les contraintes internes, le montant de l'endettement, la
dégradation des termes de l'échange et l'accès toujours restreint aux marchés
des pays développés font qu'actuellement, à l'ère numérique, les perspectives
sont peu encourageantes.
Mesdames et
Messieurs,
Pour
pallier à cette situation, la CNUCED a proposé d'augmenter fortement au cours
de cette décennie l'aide accordée à l'Afrique subsaharienne, qui devrait
s'élever à 20 milliards de dollars des États-Unis. Cette aide devrait largement
contribuer à faire progresser l'épargne et les investissements intérieurs et
peut-être même permettre à la région d'afficher une croissance durable de 6 %,
ce qui, en retour, attirerait les investisseurs étrangers. Seuls les organismes
publics de financement seraient en mesure de donner un tel coup de pouce aux
pays en développement. Au niveau actuel de 10 milliards de dollars par an,
l'APD ne joue pas son rôle de catalyseur de la croissance et se borne à
perpétuer la dépendance par rapport à l'aide.
Comme
le « Centre Sud » est venu nous le rappeler, le fait de partir à la quête du
changement et des améliorations dans ces secteurs n'est pas synonyme de demande
d'aide ou de « concessions » supplémentaires. Il s'assimile plutôt à la
recherche de politiques, de mécanismes et de systèmes plus équitables,
renforçant le processus de développement et donc l'ensemble de l'économie
mondiale.
De
toute évidence, le principal défi que nous devons relever aujourd'hui consiste
à faire en sorte que la mondialisation devienne une force positive pour tous
les peuples de la planète, riches et pauvres. La responsabilité de gérer les
problèmes économiques internationaux, ainsi que les risques et les menaces qui
pèsent sur la paix et la sécurité, doit être partagée par tous. L'effondrement
de l'économie mondiale représenterait la menace systémique la plus grave que
l'on puisse imaginer pour l'ordre mondial. Pour l'éviter, le système mondial ne
peut pas rester totalement indifférent au sort de la majorité des peuples du
globe.
Nous
sommes témoins de la mise en place d'un nouveau système de valeurs
internationales et d'une prise de conscience générale, qui prend ses racines
dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Nous avons d'une part,
les droits que tout un chacun doit pouvoir exercer, dont la liberté
d'expression et de conscience, libéré de la misère et de la crainte, le droit à
la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne, ne sont que quelques
exemples.
Mais
nous savons aujourd'hui que ces « droits » ne confèrent que des avantages
limités sans un milieu social favorable et des moyens de subsistances au moins
minimaux.
Mesdames et
Messieurs,
La principale
menace qui pèse aujourd'hui sur la paix et la sécurité n'est plus l'agression
extérieure des États contre d'autres
États, mais la violence
intérieure perpétrée contre des communautés et des individus. Elle a atteint
des proportions de crise partout dans le monde, même si elle frappe démesurément
l'Afrique, où, conflits, violation des droits de l'homme, destructions
physiques, et déplacement généralisés ont anesthésié la communauté
internationale. L'incroyable sauvagerie de certains conflits et les souffrances
inacceptables qu'ils infligent nous ont obligés à trouver de nouveaux moyens
d'aider nos semblables pris dans l'étau des crises.
Dans cet ordre
d'idée, nous devons activer et utiliser de toute urgence le nouveau Tribunal
pénal international de façon à faire
comparaître devant la justice
les criminels qui défient la loi.
De toute
évidence, il faut renforcer considérablement les capacités de maintien de la
paix de l'Organisation des Nations Unies et pallier à ses faiblesses
structurelles. Il convient en outre d'améliorer ses compétences en matière de
maintien de la paix pour y inclure, comme ce fut le cas au Kosovo et au Timor
oriental, l'administration civile.
Pour faire face
efficacement à certaines crises, l'Organisation des Nations Unies doit pouvoir
faire appel à ses États membres, qui peuvent lui fournir des contingents bien
entraînés et bien équipés, prêts à intervenir rapidement pour ouvrir un passage
qu'emprunteront les forces de maintien de la paix.
Mesdames et
Messieurs,
L'élimination
des conflits sous toutes leurs formes et l'établissement de la paix et de la
sécurité sont au nombre des principales tâches qui nous attendent si nous
voulons répondre à notre besoin le plus urgent : le développement et
l'élimination de la pauvreté. A cet égard, le Secrétaire général nous a lancé
un immense défi : réduire de moitié le nombre d'habitants de la planète vivant
dans l'extrême pauvreté d'ici à 2015. Cela représente près d'un milliard de
personnes.
Ce résultat doit intervenir, tout le monde en convient, dans le contexte de la sacro-sainte économie de marché (qui balaie le globe). Mais le système de libre échange est cruel et impitoyable. Les institutions multilatérales doivent donc maintenir l'ordre et faire appliquer les réglementations mondiales pour que règne
la
transparence et l'équité démocratiques. Dans le cas contraire, nous risquons de
succomber à la tyrannie du marché et au chaos international.
L'effort doit être mondial, un
effort collectif et international, avec au centre, les Nations Unies
représentant les peuples et les États du monde,
C'est dans ce contexte, semble-t-il,
que nous devons aborder la question du renforcement des Nations Unies. Il ne
faut pas permettre que l'organisation soit de plus en plus marginalisée par
nombre de dispositifs administratifs et de procédures introduits par certains
États, alors qu'on lui refuse les fonds auxquels a légitimement droit. Le
développement sera limité s'il est entre les mains des organismes spécialisés,
loin de l'Organisation des Nations Unies. La paix sera incertaine si elle est
largement entre les mains d'une Organisation des Nations Unies sous domination
et d'un Conseil de sécurité qui n'est pas représentatif.
En conclusion, je voudrais
réaffirmer notre foi en l'avenir de l'Organisation des Nations Unies. Le sort
de nos populations est étroitement lié à son devenir.
Une Organisation restructurée,
rendue plus efficace contribuera, j'en suis persuadé, à l'avènement d'une ère
de paix et de prospérité pour tous.