INTERVENTION DE SON EXCELLENCE

MONSIEUR DENIS SASSOU-NGUESSO

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CONGO BRAZZAVILLE

AU SOMMET DU MILLENAIRE

(New York, le 8 septembre 2000)


Madame la Présidente,

Monsieur le Président,

Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,

Monsieur le Secrétaire Général,

Permettez-moi d'associer ma voix à celles des orateurs qui m'ont précédé, pour adresser à Madame et à Monsieur le Président ainsi qu'aux autres membres du Bureau mes plus vives et chaleureuses félicitations pour leur élection à la Présidence de cette auguste Assemblée.

A Monsieur Kofi ANNAN, Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies, je voudrais exprimer notre gratitude pour son dévouement et pour la perspicacité dont il continue de faire preuve dans l'accomplissement de sa lourde et noble mission au service de l'humanité.

Madame et Monsieur les Présidents,

Dans son rapport intitulé « Nous les peuples, le rôle des Nations Unies au 21ième siècle », rapport qui passe en revue de manière détaillée et précise les problèmes épineux auxquels les peuples de la planète sont confrontés au seuil de ce millénaire, le Secrétaire Général traduit assurément notre volonté partagée de renforcer l'Organisation afin de lui permettre de faire face à ses nombreux défis. 

A cet égard, cette réflexion de très haute valeur qui emporte notre conviction, devrait susciter en nous un regard plus attentif sur tant de questions préoccupantes auxquelles nous nous sommes pourtant engagés, des années durant, à apporter des solutions salutaires pour l'humanité tout entière. 

Ainsi, qu'il s'agisse des questions de paix et de sécurité, de développement, de protection de l'environnement, de santé, de lutte contre la pauvreté ainsi que de bien d'autres qui font toute la qualité et la richesse de ce rapport, une plus grande détermination des Nations Unies est à requérir; tant la tâche nous parait immense et les enjeux de la plus grande importance à l'heure de la mondialisation.

Vivre à l'abri du besoin dans un monde libéré de la peur, où se trouvent réunies les conditions requises pour un avenir viable, voilà en effet ce que nos peuples appellent sans cesse de leurs voeux depuis la création de notre Organisation. 

Madame et Monsieur les Présidents, 

C'est sans doute pourquoi, réunis à la Havane à Cuba du 10 au 14 avril 2000, Les Chefs d'Etat et de Gouvernement du groupe des 77 et la Chine, ont décidé de ne plus être témoins passifs de l'histoire. 

A travers une Déclaration et un Programme d'action, ils se sont engages à construire l'avenir par l'instauration d'un système plus efficace de coopération internationale pour le développement et d'un nouvel ordre économique qui tiennent compte également des besoins et des intérêts particuliers des pays en voie de développement.

Madame et Monsieur les Présidents, 

Le peuple congolais se sent pleinement concerné par le rapport du Secrétaire Général et par les conclusions du Sommet de la Havane d'autant plus que les questions abordées telles la bonne gouvernance, la paix et la sécurité, la mondialisation, la dette, la lutte contre la pauvreté, l'intéressent tout particulièrement. 

Après tout le désastre causé par les guerres civiles à répétition qu'il vient de vivre, il lui faut absolument refaire son unité pour rebâtir la patrie meurtrie. 

C'est ainsi que la paix, condition sine qua non de tout développement et qui demeure notre credo, compte présentement, avec la relance du processus démocratique, parmi les urgences et les priorités de notre gouvernement. 

Cette paix qui demande à être consolidée reste tributaire, comme vous pouvez le comprendre, du ramassage des armes détenues illégalement et de la réinsertion dans la vie économique et sociale des ex-combattants. 

Grâce à la paix, les conditions nécessaires à la relance du processus démocratique sont aujourd'hui réunies. Il sera bientôt organisé sur l'ensemble du pays un grand débat national sur l'avant projet de Constitution, en prélude aux élections générales.

Madame et Monsieur les Présidents, 

Soucieux d'améliorer les conditions de vie de notre peuple, nous venons d'adopter un programme intérimaire post conflit pour la période 2000-2002 qui détermine les actions prioritaires à mener, lesquelles intègrent tout aussi l'urgence humanitaire, la lutte contre la pauvreté que le développement durable. 

La mise en oeuvre de ce programme fait appel à une mobilisation d'importantes ressources financières que nous avons estimées à près de huit cent millions de dollars américains. 

Permettez-nous, Mesdames et Messieurs, de redire ici notre gratitude à tous les partenaires bilatéraux et multilatéraux de notre pays ainsi qu'aux Organisations Non- Gouvernementales qui, par leur assistance multiforme, accompagnent déjà nos efforts dans cette entreprise. Puisse cet élan de solidarité se raffermir.

Madame et Monsieur les Présidents, 

La paix au Congo sera toujours fragile si l'Afrique Centrale ne retrouve pas rapidement ses équilibres et sa stabilité. Il faut pour cela que les conflits qui la déchirent, notamment le plus important d'entre eux, celui de la République Démocratique du Congo, trouvent leur juste règlement. 

La responsabilité en incombe aussi et surtout à la communauté internationale. Il est temps qu'elle sorte du carcan des atermoiements et des tergiversations pour agir dans le sens qu'exige l'histoire: afin de sauver la République Démocratique du Congo et l'ensemble de la sous-région dAfrique Centrale et des Grands Lacs. 

Il est un fait indéniable que l'implosion de la République Démocratique du Congo aura des conséquences incalculables sur les neuf pays qui ont des frontières communes avec ce vaste territoire, et entraînera l'explosion de la sous­-région entière. Car la crise qui sévit dans cette sous-région n'est pas exclusive aux seuls pays des "Grands Lacs" Elle concerne l’Afrique Centrale dans son ensemble.

A titre d'exemple: mon pays est sur le point de connaître une grande catastrophe humanitaire avec l'afflux sur son territoire, dans la région de la Likouala, de 70 à 100 mille réfugiés fuyant les combats qui sévissent dans le Nord de la République Démocratique du Congo. Ces réfugiés sont abandonnés à eux-mêmes, sans assistance, dans l'indifférence totale de la communauté internationale. 

Il est temps que soient créées, sans plus attendre, toutes les conditions et toutes les opportunités propices à l'éclosion d'une solution globale de paix et de stabilité au bénéfice de tous les pays de la sous-région. 

Il est temps et urgent que les Etats de ce vaste ensemble s’unissent et mettent en commun leur volonté et leurs énergies pour engager le processus d'intégration sous-régionale. La paix définitive est au prix de la réalisation de cette noble ambition. 

C'est pourquoi je suggère que soit rapidement envisagée la tenue d'une conférence internationale regroupant tous les pays de la sous-région d’Afrique Centrale et des Grands Lacs et la communauté internationale, sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies et de l'Organisation de l'Unité Africaine.

Madame et Monsieur les Présidents, 

Le siège des Nations Unies est le lieu par excellence d'expression des droits de l'homme, l'endroit privilégié pour rappeler leur universalité, C'est-à-dire leur extension au monde entier, à l'humanité tout entière quels qu'en soient le lieu et le temps. 

Qu'il me soit permis, ici, du haut de cette tribune des Nations, d'inviter la communauté internationale à regarder son passé, notre passé commun, pour se rappeler que sur cette terre a été commis le plus grand attentat contre la dignité humaine. Il s'agit de la traite négrière et de l'esclavage qui, pour avoir dénié à des hommes et à des femmes leur humanité, constituent la plus grande négation des droits de l'homme. 

Au moment où s'achève le deuxième millénaire au cours duquel cette tragédie de l'histoire universelle a été perpétrée, nous en appelons à l'humanité, à la communauté internationale ici représentée afin que la traite négrière et l'esclavage soient reconnus comme crimes contre l'humanité.

Non pas tant pour réclamer une quelconque réparation, mais surtout pour l'histoire, pour le devoir de mémoire, pour la vérité et la dignité de l'humanité. Ainsi cette sombre page du millénaire qui s'achève sera définitivement tournée. 

Madame et Monsieur les Présidents, 

Lorsqu'on est à la croisée des chemins, il y a des signes qu'il faut savoir lire, des symboles qu'il faut savoir interpréter pour ne pas se fourvoyer dans son choix. L'Organisation des Nations Unies est à la croisée des chemins. Nous devons, ensemble, veiller à l'orienter sur la bonne voie pour exonérer le monde d'une régression collective. 

Cette bonne voie est celle de sa réforme, suggérée, souhaitée, exigée par la majorité de nos nations, mais hélas toujours différée. Le moment est venu de la mettre en oeuvre. 

Il s'agira, à travers cette réalisation, de parvenir à une représentation équitable de l'ensemble des nations, par le renforcement des compétences de l’Assemblée Générale et l'élargissement du Conseil de Sécurité dans sa composition.

Il s'agira aussi, à travers cette réforme, d'humaniser l'Organisation, de replacer l'homme au centre de ses préoccupations et de ses intérêts, afin que l'Organisation des Nations Unies reprenne sa place au coeur des relations internationales, au coeur de l'universel et de l'universalité dont elle est en même temps le socle. 

Il s'agira encore de promouvoir la vertu du multilatéralisme et surtout de faire que l'Organisation des Nations Unies retrouve son rôle et sa responsabilité dans le maintien de la paix. 

Il s'agira enfin de démocratiser réellement les Nations Unies afin qu'elles soient l'espace qui facilite la concrétisation véritable des aspirations de l'humanité tout entière, et qui permet à l'ensemble de la Communauté des Nations de participer au pouvoir effectif de notre Organisation. 

L'Afrique attend, grâce à cette réforme espérée, d'y prendre la juste et légitime place qu'elle mérite. 

Je vous remercie.

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