REPUBLIQUE
DU BURUNDI
ALLOCUTION
DE SON EXCELLENCE MONSIEURSEVERIN
NTAHOMVUKIYE,
MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES
ET
DE LA COOPERATION DE LA REPUBLIQUE DU BURUNDI.
PRONONCEE
A L'OCCASION DU SOMMET DU MILLENAIRE
LE
8 SEPTEMBRE 2000 A NEW YORK.
Excellences
Madame et Monsieur les Co-Présidents,
Excellence
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences
Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Honorables
Chefs de délégation,
Honorables
Délégués,
C'est un
privilège pour moi de prendre la parole devant cette Auguste Assemblée du
Millénaire, au nom du Peuple et du Gouvernement burundais, de la délégation qui
m'accompagne et au mien propre.
Excellence
Monsieur le Président, comme le temps imparti est court, je voudrais me limiter
à informer l'Auguste Assemblée de l'évolution de la situation dans mon pays
qui, comme vous le savez, subit les affres dune guerre civile depuis sept ans.
Les considérations sur les autres questions internationales sont développées
daps la suite de mon discours qui sera distribué.
Il y a deux
ans, à cette même tribune, le Président de la République du Burundi, Son
Excellence Monsieur Pierre BUYOYA, s'exprimait sur le processus de paix global
et inclusif qui venait d'être lancé. Tout le monde, à l' intérieur comme à l'
extérieur du pays, était sceptique quant à l' issue positive de cette gageure.
Où en
sommes-nous aujourd'hui? Le peuple burundais est en train de tourner une page
de son Histoire. L'ACCORD D'ARUSHA POUR LA
PAIX ET LA RECONCILIATION AU BURUNDI, signé le 28 août devant le monde
entier venu saluer l'événement, est un saut qualitatif dans un avenir
définitivement meilleur pour le peuple burundais.
Le
Gouvernement salue la capacité de dépassement dont les négociateurs burundais,
toutes tendances confondues, viennent de faire la preuve. Il les exhorte à
enterrer définitivement la hache de guerre et de division et à conduire le
peuple sur la voie du développement.
Le
Gouvernement du Burundi exprime aussi sa grande reconnaisssance à toute la
Communauté Internationale, aux pays de la région en particulier, pour
l'assistance, le conseil et la facilitation apportés tout au long de cette
Tongue et pénible lutte pour la paix.
Une
mention spéciale va à feu Mwalimu Nyerere, ingénieur et catalyseur du processus
de paix à ses débuts, ainsi qu'au Prix Nobel de la paix, Son Excellence le
Président Nelson Mandela dont la maestria, la médiation inédite et la
détermination inégalée ont fini par ébranler la méfiance. Il a réussi et en
fait, c'est le peuple burundais tout entier qui a gagné.
Excellence
Monsieur le Président,
Tout nest
pas réglé pour autant. Il reste des défis à relever. A part quelques réserves à
l'Accord qu'on a déjà entrepris de lever, le plus grand défi reste celui de
l'arrêt de la guerre sans lequel l'application de l'Accord est quasi
impossible. Le rendez-vous Armée Gouvernementale-Groupes armés du 20 septembre
à Naïrobi sera déterminant à cet effet.
Monsieur
le Président,
Honorables
Chefs de délégation,
Mesdames
et Messieurs,
Le Burundi
est exsangue, détruit et ruiné aprés sept ans de guerre, d' embargo et de gel
de la coopération internationale. La conditionnalité inexorable pour la reprise
de cette coopération a toujours été la signature de l'Accord de paix. C'est
maintenant chose faite. Nous lançons un appel vibrant à tous les partenaires
tart bilatéraux que multilatéraux de se réinscrire Bans une solidarité sans
plus de réserve envers le Burundi.
Monsieur le Président,
Comme je
l'avais annoncé, je m'arrête ici. La suite de mon discours donne les avis du
Burundi sur le rôle des Nations Unies au 21ème siècle, spécialement sur
l'adaptation du Conseil de Sécurité pour une représentation équitable de toutes
les régions de la planète. Elle traite également de la lutte contre la
pauvreté, de la paix et de la sécurité internationales.
Je vous remercie.
Excellence
Monsieur le Président,
Honorables
Chefs de délégation,
Mesdames
et Messieurs,
Il serait illusoire de croire que le Burundi parviendra à assainir son état sécuritaire sans un environnement favorable daps la sous-région et sur le continent africain. Malheureusement, rien ne permet encore d'espérer que lapaix va bientôt se matérialiser daps la région des Grands Lacs. Les Accords de Lusaka signés en août 1999 noun jettent encore quelques mirages avant d'entrer réellement en vigueur. Il constituent pourtant un fondement important pour la résolution du conflit en République Démocratique du Congo. Le Sommet qui a eu lieu encore une fois à Lusaka du 14 au 15 août 2000 s'est hélas soldé par un échec alors qu'il constituait une chance de plus d'asseoír les bases de paix. Cependant, une occasion manquée ne doit pas noun décourager. Nous voulons exprimer ici tout notre soutien au Président Frederick CHILUBA de la République de Zambie pour les efforts inlassables qu'il déploie pour le bon aboutissement de la question congolaise et l'encourageons à rester perseverant.
Quant à
moi, je voudrais réaffirmer que le seul intérêt de mon pays, le Burundi,
consiste à maintenir la sécurité sur ses frontières et qu'il ne nourrit aucune
ambition, ni politique ni économique, vis-à-vis d'un quelconque pays voisin. En
toute réciprocité,.nous souhaitons qu'il en soit de même de la part de nos pays
voisins afin que chacun et la soul-région en général puissent se cencentrer sur
les problèmes du développement. En tout état de cause, l'idéologie du génocide
qui mine toute la région des Grands Lacs et la multitude des rébellions armées
qui s'en font les champions ne seront vaincues que par les efforts concertés et
déterminés de tous les Etats de 1a région des Grands Lacs avec le soutien actif
de la communauté internationale.
Dans ce
contexte, la Conférence sur la paix, la sécurité et le développementpour les
pays des Grands Lacs envisagée déjà depuis quelques années ne pourra connaître
un bon aboutissement que quand chaque pays de la région aura franchi une étape
significative vers l'assainissement de la politique intérieure.
Excellence
Monsieur le Président,
Honorables
Chefs de délégation,
Mesdames
et Messieurs,
Au moment
où notre Organisation tient le Somrnet du Millénaire, elle a choisi cette
occasion combien opportune pour s' interroger sur les grands défis qui
l'attendent pour le Siècle prochain.
Il s' agit
en l' occurence de:
-
la paix, la sécurité et le désarmement d’une part
- le développement et l'éradication de la
pauvreté d'autre part.
Comme le
résume si bien le Secrétaire Général dans son rapport, il s' agit de vivre à l'
abri de la pear et à l' abri du besoin.
Quoi que ces deux objectifs soient
l'essence même de notre Organisation, force est de constater que noes sommes
hélas loin du compte. Des guerres fratricides continuent de surgir ici et là et
les feux prennent trop longtemps à s'éteindre. Des conflits éclatent sur les
frontières de pays voisins et des communautés entières sont réduites à
l'errance. Face à la multiplicité des conflits et leurs complexité, la
communauté internationale n' enregistre souvent que des succès mitigés. Comme
les Honorables Chefs d'Etat et de Gouvernement qui m'ont précédé; je suis
enclin à me demander pourquoi notre organisation ne fait pas mieux dans la
résolution des conflits et dans le maintien de la paix.
Si notre Organisation procédait à une introspection, noun trouverions probablement que l'une des premières causes réside daps le fonctionnement même des Nations Unies. Le Conseil de Sécurité décide de tout et trop lentement. Face à des urgences on rencontre trop de tergiversations dues à des calculs politiques souvent mal compris par la communauté internationale.
Depuis cinquante ans, ce sont les mêmes qui décident du sort de l'humanité en sauvegardant en toute priorité les intérêts de certains Etats. Les peuples en quête de secours urgent gardent ainsi l'impression d'être pris en otage ou laissés à euxmêmes, car la solidarité internationale tart espérée n'arrive pas.
Ma
délégation réitère donc le voeu de repenser le fonctionnement, la composition
et les attributions du Conseil de Sécurité pour sa redynamisation et sa
réadaptation aux mutations permanentes. La question de la représentation
équitable au Conseil de Sécurité et l'augmentation du nombre de ses membres
mérite toute notre attention.
En effet,
seule cette réforme pourra redonner confiance à toes Ies Etats membres en
restaurant la force de la Ioi dans les affaires internationales car aujourd'hui
les Nations faibles se voient quasiment confrontées à la loi de la force. Pour
ce faire, la mise en marche du Tribunal pénal international adopté à Rome en
1998 servira d' outil essentiel pour hitter contre l' impunité.
L'autre
aspect qui constitue un obstacle majeur à la paix mondiale est Ia prolifération
des armes légères, paradoxalement dans les pays pauvres.
Seuls des efforts conjugués de
tour les Etats pourront venir à bout de ce phénomène, car les industriels
d'armement et les marchands des armes forment un réseau mondial représentant de
gros intérêts financiers. Tout programme de maintien de la paix devrait
comporter donc un volet prioritaire de contrôle de fourniture en armes légères,
étant donné que c'est de celles-ci que se servent la plupart des mouvements
cladestins pour semer mort et la désolation par le terrorisme.
En outre, la peur ne peut être dissipée dans le monde tant que persistera une certaine compétition en matière de production d'armes de destruction massive. Notre Organisation devra mettre tout en oeuvre pour aboutir à la dénuclérisation totale et globate à moyen terme. Cette menace permanente qui pèse sur l'humanité hypothèque tous les espoirs d'un monde de paix dont rêvaient les pères fondateurs de l'Organisation mondiale.
Excellence
Monsieur Ie Président,
Honorables
Chefs de délégation,
Mesdames
et Messieurs,
Ceux qui, comme Nous, ont Ia responsabilité de gérer certains des pays Ies moms nantis du monde se rendent compte au quotidien que faire régner Ia paix dans une communauté affamée et démunie du minimum vital constitue une véritabte gageure. Un proverbe de notre langue nationale, le Kirundi, dit "Qui se couche l'estomac vide se Iève le coeur plein de haine". Il nest un secret pour personne que le monde regorge de richesses et de ressources de toute nature. Mais il n' empêche que dans certaines parties du monde, des êtres humains meurent de faim ou de mal nutrition tandis que ts semblables baignent dans l' opulence dans d' autres parties du monde et même dans leurs propres pays et dans les mêmes villes.
Notre
Organisation se doit donc d'être à l' avant-garde pour trouver des mécanismes
d'un partage plus humain et de les faire adopter. En l'occurence le fardeau de
Ia dette qui pèse sur tes pays les plus pauvres depuis des décennies et dont le
remboursement annihile tous Ies efforts de développement devrait être allégé
par l'annulation ou la réduction substantielle de cette dette.
Tandis que
certains partenaires du Nord se montrent de plus en plus sensibtes à cette
problématique, d'autres par contre réagissent trop lentement ou trop
sétectivement alors que tous tes peuptes attendent d'être traités avec la même
compréhension.
Dans ce contexte, l'on doit se féliciter de la prise
de conscience générale que l' on constate ces derniers temps auprès de beaucoup
d' institutions internationales d'orienter leurs actions vers la réduction de
la pauvreté, c'est améliorer le bien être de la population sur le plan social
et sur le plan économique. Cela implique que la coopération véritable sera
celle qui incite à accroître la production et les revenus qui permettront à nos
populations à se prendre en charge en matière de santé, d'éducation,
d'alimentation same et d'habitat décent.
En
consentant une aide plus importante en faveur des pays pauvres, les pays riches
oeuvrent non seulement pour un monde plus juste, mais aussi pour plus de
sécurité de leurs populations.
Excellence
Monsieur le Président,
Honorables
Chefs de délégation,
Mesdames
et Messieurs,
Avant de
noes assurer d'avoir édifié un monde plus sûr et prospère, nous devons garder
en conscience qu' il nous incombe de léguer à nos enfants une piantète
équilibrée sur le plan écologique. Hélas, force est de constater que les
progrès industriels censés générer la prospérité rendent de plus en plus le
milieu naturel insalubre. Il s'avère urgent de maîtriser la qualité de la
production industrielle et le phénomène démographique surtout en milieu urbain
si l' on veut~ sauvegarder la qualité de la vie des générations futures. Nous
noes sommes souvent comportés comme si la nature restait same sans effort.
Aujourd'hui la désertification menace beaucoup de pays bier couverts de
verdure. La sécheresse a envahi des régions bier traversées de grands cours
d'eau. Là où l'eau coule encore en quantité suffisante, c' est à coup de
millions de dollars qu' il faut la reconditionner pour la rendre consommable
par l'homme.
Ma
délégation voudrait amplifier l'appel que le Secrétaire Général a lancé à tous
les Etats membres d' assurer le financement de l' évaluation des écosystèmes à
l'occasion de ce Millénaire et de s'y associer, avant qu'il ne soit trop tard.
Il en résulterait sans doute un programme clair et réaliste de protection de l'
environnement.
Excellence
Monsieur le Président,
Honorables
Chefs de délégation,
Distingués
Délégués,
Mesdames
et Messieurs,
Au milieu
de toutes les turpitudes qu'a traversées mon pays, le Burundi, ces derrières
années, il n'a pas cessé de se concerter avec l'Organisation mondiale et ses
agences surtout présentes sur le terrain. Nous remercions encore une fois
celles qui sort restées constamment à nos côtés pour nous aider à traverser la
crise et reconstruire notre pays. De notre côté, nous nous engageons à rester
actifs au sein de notre Organisation, à protéger ses agents selon les
conventions conjointement acceptées et à rentabiliser au maximum les ressources
qui seront raises à notre disposition pour le développement de notre pays et
notre peuple.
Je vous remercie.