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Press
Release · Communiqué de presse
(Exclusively for the use of the media. Not an official document)
CC/PIO/023-F
La Haye, le 9 octobre 1995
LES
JUGES DEMANDENT QUE LE TRIBUNAL INTERNATIONAL SOIT EXEMPTE DES RESTRICTIONS
BUDGETAIRES.
Les
Juges du Tribunal Penal International pour l'ex-Yougoslavie ont tenu leur huitième
Session Plenière du mercredi 4 au vendredi 6 octobre 1995, au siège du Tribunal,
à La Haye. A l'issue de leur réunion, les Juges ont adopté à l'unanimité la
résolution suivante, qui a été immédiatement envoyée au Secrétaire-Général des
Nations-Unies:
Résolution
sur les répercussions des restrictions budgétaires imposées par les Nations
Unies au Tribunal Pénal International pour l'ex-yougoslavie
"Les
Juges du Tribunal ont été informés des mesures financières draconiennes imposées
récemment par le Bureau du Secrétaire général adjoint à l'administration et
à la gestion à tous les organes des Nations Unies, y compris ledit Tribunal.
Les
Juges sont conscients que le Secrétaire général demeure fermement engagé en
faveur du Tribunal, tant au niveau de son principe que de sa mise en oeuvre.
Il sont eux-mêmes extrêmement conscients de la situation périlleuse dans laquelle
se trouvent actuellement les finances des Nations Unies et ils ont soutenu les
efforts du Greffe du Tribunal pour minimiser les dépenses dans toute la mesure
du possible.
Cependant,
les Juges du Tribunal s'estiment tenus d'attirer l'attention du Secrétaire général
sur certains aspects pratiques de l'application des mesures demandées. Le caractère
unique du Tribunal, un organe judiciaire répressif déjà saisi de plusieurs affaires,
entraîne certaines répercussions qui n'ont peut-être pas été anticipées et qui
n'ont, par conséquent, pas été voulues. Maintenant que le Tribunal est pleinement
opérationnel, il serait contraire à l'intérêt de la justice d'entraver ses activités
de la façon visée par le Bureau du Secrétaire général adjoint à l'administration
et à la gestion en limitant les déplacements et le recrutement.
Des
déplacements substantiels (mais non excessifs) sont un élément essentiel des
activités du Tribunal. Interdire aux enquêteurs et juristes de se rendre dans
l'ex-Yougoslavie et ailleurs pour effectuer leurs enquêtes, interroger les témoins
etc. revient à sabrer au coeur même du Tribunal. Ce personnel ne pourrait plus
effectuer ses enquêtes qu'à distance, ce qui ne pourrait que discréditer le
Tribunal. Les actes d'accusation cesseront d'être émis et les enquêtes sur des
crimes odieux s'arrêteront, les laissant impunis.
Un
autre aspect crucial et unique des besoins de déplacement du Tribunal se manifeste
dans le caractère des poursuites dont il est saisi et son recours aux témoignages
oculaires. Si ces témoins ne peuvent pas se rendre à La Haye, la raison d'être
même du Tribunal pour lequel le Secrétaire général a lutté si vigoureusement
s'effondrera. Le Secrétaire général aura été informé de l'ouverture de la première
procédure au titre de l'article 61, dans le cadre de laquelle des témoins doivent
déposer en public et qui doit commencer le lundi 9 octobre. Le haut degré d'intérêt
que cet événement générera incontestablement chez les médias rendra plus difficile
encore d'expliquer qu'aucune nouvelle mesure ne sera prise contre d'autres accusés,
qu'il s'agisse de leaders ou d'auteurs de crimes, pour manque de capitaux.
De
surcroît, les Juges s'estiment tenus de faire remarquer au Secrétaire général
que la simple réduction ou le simple ralentissement des activités du Tribunal
dans l'attente d'un redressement de la situation financière de l'Organisation
n'est pas une option disponible. Toutes les personnes déjà accusées ont un droit
fondamental à se défendre et, si innocentes, à rétablir leur réputation, et
c'est plus encore le cas pour l'accusé qui est déjà interné. Un accusé a droit
à un procès équitable et rapide. Tout retard excessif dans l'administration
de la justice pénale pourrait avoir des résultats particulièrement indésirables.
Enfin,
les juges se permettent de rappeler (tiennent à rappeler) que l'opinion publique
internationale, particulièrement attentive en ce moment à leur action, ne comprendrait
pas que la mission confiée au Tribunal par l'ONU soit compromise et annihilée
pour les seules raisons budgétaires invoquées, si légitimes soient-elles par
ailleurs.
Les
Juges du Tribunal demandent, par conséquent, au Secrétaire général de donner
pour instruction au Bureau du Secrétaire général adjoint à l'administration
et à la gestion d'exonérer ledit Tribunal des mesures spécifiques de réduction
des dépenses qu'il cherche à imposer. Pour sa part, le Tribunal demeure résolu
à minimiser les dépenses et à réaliser des économies à tous les niveaux possibles
tout en continuant, dans le même temps, à remplir son mandat spécial".
ELECTIONS
ET ROTATION
Durant
cette huitième Session, les Juges ont réélu par consensus Antonio Cassese (Italie)
en tant que Président du Tribunal, et ont élu par consensus Adolphus Karibi-Whyte
(Nigéria) en tant que Vice-Président.
Le
Juge Cassese présidera la Chambre d'Appel, dont seront membres le Juge Adolphus
Karibi-Whyte, le Juge Haopei Li (Chine), le Juge Jules Deschênes (Canada) et
le Juge Ninian Stephen (Australie).
Le
Juge Claude Jorda (France) a été désigné par consensus en tant quie Juge Président
de la Chambre de Première Instance I, dont seront membres le Juge Elizabeth
Odio-Benito (Costa-Rica) et le Juge Fouad Riad (Egypte).
Le
Juge Gabrielle McDonald (Etats-Unis) a été confirmée en tant que Juge Président
de la Chambre de Première Instance II, dont seront membres le Juge Lal Chand
Vohrah (Malaisie) et le Juge Rustam Sidhwa (Pakistan).
Cette
composition des Chambres restera en vigueur jusqu'au 15 septembre 1996.
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