
Monsieur le Président,
Honorables Délégués,
Mesdames, Messieurs
Je voudrais, avant toute chose, au nom de ma délégation et de mon pays, m'acquitter d'un agréable et impérieux devoir:
- vous féliciter, Monsieur le Président,
pour votre élection à la tête de notre auguste assemblée.
C'est assurément un insigne honneur fait à votre personne
pour ses éminentes qualités et surtout pour sa grande expérience;
- féliciter aussi tous les membres du Bureau
ainsi que vos autres collaborateurs, avec qui vous avez la redoutable responsabilité
de conduire nos travaux jusqu'à leur terme.
Nous ne saurions oublier de remercier également les autorités de votre pays, qui nous accueillent aujourd'hui.
Monsieur le Président,
C'est presqu'un truisme de dire que les présentes assises revêtent une importance primordiale pour l'avenir de notre monde, tant l'enjeu est évident; ce qui fait dire à beaucoup que c'est l'un des projets les plus ambitieux que la Communauté internationale ait conçu depuis la création des Nations Unies. En effet, de cette Conférence dépend, pour l'essentiel, ce que sera notre monde au prochain millénaire. De son succès, dépend l'espoir de millions d'êtres humains que choquent les crimes, les violences et les massacres quotidiens et qui veulent en finir avec l'impunité.
A vrai dire, devant l'ampleur de tels psychodrames, de tant de tragédies, il eût été inconcevable que la communauté internationale abordât le second millénaire sans un instrument juridique efficient, à même de prévenir ou de réprimer ces inqualifiables barbaries de l'homme contre l'homme dont le point culminant, faut-il encore le rappeler, fut l'affreux génocide au Rwanda et dans l'ex-Yougoslavie impudiquement habillé du qualificatif "épuration ethnique".
Pour ces deux tragédies, des solutions ont été imaginées: ainsi sont nés les tribunaux d'Arusha et de la Haye; mais de par leur compétence trop délimitée, de par les multiples difficultés inhérentes à leur mode de fonctionnement, ceux-ci s'apparentent plutôt à des expédients. D'où la volonté exprimée par la communauté internationale de se doter enfin d'une Cour criminelle permanente et à compétence universelle.
La tenue d'une Conférence diplomatique de cet ordre est, au demeurant, l'aboutissement d'un long processus de codification, par l'Organisation des Nations Unies, de normes juridiques pour la sauvegarde de la paix et de la sécurité collective et pour la promotion des droits de l'homme. La mise en place d'une Cour criminelle permanente constituera, sans conteste, un des moyens de prévention des grands crimes et d'autres violations qui frustrent notre monde, en ce sens que sa présence sera une dissuasion pour tous les criminels en puissance qui ourdissent le dessein de commettre ces actes odieux.
En parlant de Cour criminelle, comment ne pas saluer le rôle éminent joué par les organisations non gouvernementales et, en particulier, les organismes humanitaires qui, par une intense campagne de sensibilisation et de mobilisation des opinions publiques, ont été un catalyseur pour la convocation des présentes assises.
Monsieur le Président,
Les points litigieux de cette Conférence sont multiples et ont souvent en partage leur complexité, tant ils reposent sur des diversités et des particularités qui appellent de la part de chacun de nos Etats des concessions au regard de nos intérêts nationaux.
Le projet de statut de la Cour qui nous est soumis, ne comporte pas moins de 1700 parenthèses, autrement dit autant de points de divergences. C'est donc dire que nous devrions transcender nos égoïsmes nationaux pour ne voir que l'essentiel. Pour que la future cour soit crédible, il faut une adhésion de tous. Mon pays y est résolu.
De manière soutenue, Le Burkina Faso a fait la preuve de son attachement aux droits de l'homme.
L'engagement du peuple burkinabé en faveur d'un Etat de droit, protecteur des droits fondamentaux de l'homme, s'est traduit par la mise en place d'institutions républicaines qui garantissent la protection de la vie, la sûreté et l'intégrité physique de la personne humaine, de même qu'elles proscrivent les traitements inhumains et dégradants.
Au niveau régional, le Burkina Faso s'est résolument engagé, avec les autres frères africains, dans la recherche de solutions aux crises qui secouent le continent africain et dont certaines ont été sources de crimes visés dans le projet de statut de la future Cour.
Cet engagement lui vaut de présider, depuis le 34ème Sommet, tenu à Ouagadougou du 1er au 10 juin dernier, aux destinées de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) et de son organe central de prévention, de gestion et de règlement des conflits.
Mon pays est venu à cette Conférence, confiant qu'ensemble nous relèverons le défi. Nous n'avons donc plus le temps ni le droit de tergiverser sur la nécessité et l'urgence d'une juridiction pénale internationale, tant notre devoir et nos responsabilités, vis-à-vis de nos peuples et singulièrement des générations futures, nous interpellent. Il va sans dire que nous ne voulons pas de n'importe quelle Cour. Celle que nous appelons de tous nos voeux doit prendre en compte les préoccupations suivantes:
- le principe de la complémentarité de la Cour avec les juridictions nationales;
- l'initiative de la saisine par le Procureur;
- l'indépendance de la Cour vis-à-vis de tout organe politique et notamment du Conseil de Sécurité;
- sa compétence dans la définition des crimes de guerre;
- le non consentement des Etats dans le régime juridique de la Cour.
Enfin, ma délégation estime que l'efficacité de la Cour dépendra également de son mode de financement; elle souhaite en conséquence que ce financement obéisse, si possible, au système de quote-parts en vigueur aux Nations Unies.
Monsieur le Président,
Honorables Délégués,
Mesdames, Messieurs,
Faisons en sorte que l'Histoire dise un jour que Rome, la Cité éternelle, qui au long des âges et des intempéries, garde une étonnante jeunesse, a vu naître, pas seulement l'une des civilisations les plus fécondes de notre monde, mais aussi le Traité le plus ambitieux contre l'avilissement et la négation de l'homme, à savoir: l'Acte constitutif de la Cour Criminelle internationale pour connaître des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des crimes de génocide.
Merci de votre attention