REPUBLIQUE TOGOLAISE

 

INTERVENTION

DE SON EXCELLENCE

 

GNASSINGBE EYADEMA,

 

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TOGOLAISE,

 

PRESIDENT EN EXERCICE DE L'O.U.A.

 

DEVANT

 

LA 55EME  SESSION ORDINAIRE

 

DE L'ASSEMBLEE GENERALE

 

DES NATIONS UNIES

 

 

New York, le 12 Septembre 2000

 

 

 



 

Monsieur le Président de l'Assemblée Générale de l'ONU,

Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

 

Avant de partager avec vous, quelques unes des préoccupations du continent africain ainsi que nos vues sur certains problèmes auxquels l'Organisation des Nations Unis est confrontée, je voudrais, en premier lieu, vous féliciter, Monsieur le Président de l'Assemblée Générale, d'avoir été choisi pour diriger les travaux de cette importante session de notre organisation mondiale.

 

Les hautes fonctions que vous avez assumées dans votre pays, la Finlande et le rôle éminent que celui-ci joue dans le monde, sont pour nous des assurances que l'organe que vous présidez est véritablement dans de bonnes mains.

 

Je tiens, d'autre part, à rendre hommage à notre Frère M. Koffi ANNAN, Secrétaire Général des Nations Unies, dont nous apprécions hautement la compétence et le dévouement.

 

Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Il y a quarante ans, la session ordinaire de cette Assemblée avait été considérée comme la session de l'Afrique.

 

En effet, c'était au cours de cette session qu'après leur accession à l'indépendance, un grand nombre de pays africains avaient participé, pour la première fois, en tant qu' Etats Membres de l'ONU, aux travaux des divers organes des Nations Unies.

 


Malgré les progrès accomplis par notre continent depuis quarante ans, l'Afrique reste encore une région affaiblie par les maux du sous-développement.

 

Aujourd'hui, 33 des 48 pays classés parmi les moms avancés du monde sont des pays africains. En d'autres termes, les trois cinquième des Etats de notre continent font partie de ce groupe de pays en retard dans leur marche vers le développement.

 

Région la moins développée du monde, l'Afrique souffre d'un certain nombre de maux spécifiques qui freinent son essor et auxquels il importe que la communauté internationale contribue à porter remède dune manière substantielle et efficace.

 

Je mentionnerai, en tout premier lieu, deux pandémies qui font un grand ravage sur notre continent et dont les conséquences humaines et économiques sont particulièrement graves et préoccupantes. Il s'agit du SIDA et de la malaria.

 

Nous avons hautement apprécié l'ínitiative prise par le Conseil de Sécurité au mois de janvier de cette année d'examiner Ia situation du SIDA en Afrique. Plus récemment s'est tenue à Durban, en Afrique du Sud, la Treizième Conférence Mondiale sur le SIDA qui a fait le point de la situation sur l'état d'avancement de cette épidémie ainsi que sur les possibilités de la maîtriser.

 

Vous savez sans doute que 70% des 34 à 35 millions de malades affectés par le virus du SIDA à travers le monde aujourd'hui se trouvent en Afrique au Sud du Sahara. Dans certains pays africains, des écoles sont fermées suite aux ravages causés par le SIDA parmi les enseignants.


 

            Dans plusieurs pays, la main d'oeuvre qualifiée est considérablement réduite à cause du SIDA. Le nombre d'orphelins dans beaucoup de pays affectés par cette épidémie est relativement élevé, aggravant ainsi la situation économique et sociale des pays en question.

 

Il est donc essentiel que la communauté internationale se mobilise réellement et rapidement afin d'aider le continent africain à maîtriser le SIDA et à en éliminer les ravages.

 

S'agissant de la malaria, un Sommet extraordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays concernés s'est tenu les 24 et 25 avril 2000 à Abuja ( Nigeria ) et a adopté un plan d'action en vue de faire reculer le paludisme. Car le paludisme tue une personne dans le monde toutes les trente secondes.

 

La Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA réunie à Lomé du 10 au 12 juillet de cette année a lancé un appel à l'ONU pour qu'elle proclame la période 2001 à 2010, Décennie pour " Faire reculer le paludisme".

 

Nous avons le ferme espoir que cette auguste Assemblée réagira positivement à notre appel au cours de sa présente session et qu'elle prendra les dispositions appropriées pour assurer le succès de cette Décennie de lutte contre le paludisme.

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Mesdames et Messieurs,

 

            Le problème de la dette africaine a aussi préoccupé les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA pendant leur Sommet de Lomé. Il y a plus de douze ans, la Troisième Session extraordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA adoptait une position commune sur la crise de la dette extérieure de l’Afrique.

 


Malheureusement, notre continent continue d'être la région du monde où le fardeau de la dette est le plus lourd. Ainsi que l'Assemblée Générale l'a constaté l'an dernier dans sa résolution 54/202, " le problème persistant de la dette et de son service, est l'un des facteurs qui freinent le développement et la croissance économique des pays en développement très endettés ".

 

Ces constatations devraient motiver la communauté internationale, et tout particulièrement les pays développés et les institutions financières internationales, à prendre des mesures plus courageuses telles que l'annulation pure et simple de la dette des pays africains.

 

Une telle décision contribuera largement au succès des efforts de nos pays qui se sont engagés à mettre en oeuvre des programmes soutenus de lutte contre la pauvreté.

 

C'est pourquoi, nous appuyons fermement les propositions du Secrétaire Général M. Koffi ANNAN qui estime que les pays industrialisés devraient prendre un certain nombre de mesure en faveur des pays africains et des autres régions en développement pour leur assurer la possibilité de progresser de manière significative dans la nouvelle économie mondiale.

 

Le continent africain est reconnaissant au PNUD pour l'aide inestimable qu'il lui a accordée depuis plusieurs années et grâce à laquelle elle a pu réaliser de nombreux projets. Mais le déclin continu des ressources du PNUD nous préoccupe car il affecte nos perspectives de développement.

 

Sur un plan plus global, nous constatons que les grandes compagnies multinationales qui jouent un rôle crucial dans l'économie mondiale, sont remarquablement absentes dans les forums économiques de l'ONU.

 


Comme au sein de l'Organisation Internationale du Travail où les représentants des Gouvernements, des employeurs et des employés travaillent ensemble, il serait souhaitable qu'au sein du Conseil Economique et Social de l'ONU, se retrouvent et siègent côte à côte, les représentants des gouvernements et ceux des compagnies multinationales. Ainsi, l'efficacité et l'impact de cet important organe de l'ONU pourraient être améliorés.

 

La communauté internationale pour sa part, devrait prouver, par des actes décisifs, qu'elle veut réellement mettre fin à la souffrance des populations les plus démunies dont la grande proposition se trouve malheureusement en Afrique.

 

Je saisis cette occasion pour remercier le Président Bill CLINTON d'avoir fait approuver par le Congrès américain une loi permettant l'établissement d'un partenariat plus étroit entre les Etats Unis d'Amérique et les Etats africains.

 

Je me réjouis aussi de la tenue au Caire, au mois d'avril de cette année, du tout premier Sommet entre l'Europe et l'Afrique. Nous fondons beaucoup d'espoirs dans de telles rencontres qui ne peuvent que renforcer la coopération qui existe déjà entre l'Union Européenne et les pays africains.

 

Notre continent, comme vous le savez, ne souffre pas que du sous-

développement économique qui le place au bas du palmarès en matière de qualité de la vie. I1 est aussi la région du monde où de nombreux conflits meurtriers continuent de semer la mort et la désolation.

 

De ce fait, l'Afrique compte le plus grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur des frontières nationales. Nous sommes reconnaissants à l'ONU et à ces institutions spécialisées en particulier le Haut Commissariat pour les Réfugiés, pour le concours qu'elles apportent à notre continent, en vue de maîtriser les divers conflits et atténuerleurs consequences désastreuses.

 


Nous devons néanmoins reconnaître, bien tristement, que par rapport à d'autres régions du monde qui elles aussi ont connu des conflits .sanglants, l'attention que notre continent reçoit de la part de la communauté internationale est plutôt faible.

 

Nous souhaitons très vivement que le Conseil de Sécurité veuille bien nous manifester la même sollicitude que celle qu'elle accorde à d'autres régions du monde affectées par des conflits, notamment l'Europe et l'Asie.

 

Nous adhérons aux recommandations pertinentes faites par le Comité d'Experts que le Secrétaire Général de l'ONU a chargé d'examiner tous les problèmes concernant une meilleure utilisation des opérations de maintien de la paix.

 

Nous sommes d'avis que les mandats des missions onusiennes de maintien de la paix doivent être clairs, crédibles et réalisables. Ces missions doivent être convena-

blement financées et rapidement déployées, là où elles sont attendues. Elles doivent être capables d'accomplir leur mandat avec succès et être en mesure de se défendre et de maîtriser tous ceux qui sur place, essayeraient d'entraver leur action.

 

En matière de maintien de la paix en Afrique, l'Organisation de l'Unité Africaine s'est dotée depuis plusieurs années de précieux instruments de gestion des conflits, tels que le Mécanisme de Prévention, le Centre de Gestion des Conflits et le Système d'Alerte Précoce.

 

Plus de cinq ans après la constitution de ces mécanismes, nous pensons que ceux-ci devraient être complétés par la mise en place dune Force Africaine de Maintien de la Paix, opérationnelle et efficace. Si une telle Force était constituée, elle dissuaderait routes les actions subversives, sources des conflits.


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C'est pourquoi, j'ai proposé, pour renforcer cette Force, la création aver l'aide des Nations Unies et de I'OUA, d'un Institut Africain pour la Paix et la Prévention des Conflits.

 

Cette institution assurera la formation des cadres africains à l’art de la négociation, de la gestion des conflits ainsi qu'à la culture de la paix.

 

La persistance des conflits en Afrique affecte sérieusement Ies chances de développement du continent ainsi que ses efforts en faveur de l'unité africaine.

 

C'est pour pallier à cette situation que les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA ont pris la décision à Syrte, en Libye, le 9 Septembre 1999, de transformer I'OUA en une nouvelle organisation qui s'appelle l'Union Africaine.

 

Sa Charte a été unanimement adoptée pendant la 3ème Conférence ordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA tenue à Lomé au mois de Juillet de cette année.

 

Nous sommes persuadés qu'avec la naissance de l'Union Africaine, le continent va accélérer le processus de son intégration économique et politique ainsi que le renforcement de la paix et de la solidarité, indispensables à son développement.

 

Monsieur le Président de l'Assemblée Général,

Excellences

Mesdames et Messieurs,

 

L'Assemblée Générale des Nations Unies a eu raison de convoquer le sonlmet du millénaire qui s'est tenu ici la semaine dernière, du 6 au 8 Septembre.


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Dans mon message au Sommet du millénaire, j'ai mis l'accent sur deux problèmes essentiels. L'un porte sur les activités et l'ONU en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationale. L'autre concerne les enjeux du développement, surtout en relation avec l'Afrique.

 

Lorsque l'Organisation a été créée il y a 5 5 ans, les deux tiers de ses Membres actuels n'existaient pas en tant qu'Etats souverains, et leurs populations vivaient encore sous le joug colonial.

 

La planète ne comptait guère que 2,5 milliards d'habitants contre 6 milliards actuellement. Malgré son élargissement au cours des ans, la composition du Conseil de Sécurité n'a, en réalité, pratiquement pas changé depuis la création de l'ONU. Pour reprendre les termes utilises par le Secrétaire Général M. Kofi ANNAN, " cette composition ne correspond plus aux caractères ni aux besoins de notre monde planétaire".

 

Nous pensons donc qu'il est grand temps de revoir la composition du Conseil de Sécurité afin d'y admettre notamment de nouveaux membres permanents, choisis parmi les nouvelles puissances économiques qui ont émergé depuis la seconde guerre mondiale, auxquelles viendraient s'ajouter des puissances régionales des pays en dévelppement

 

Voilà, Monsieur le President de l'Assemblée Générale, Excellence, Mesdames et Messieurs, quelques réflexions que je tenais à verser dans ce débat général.

 

Malgré ses imperfections et ses faiblesses, l'ONU me paraît irremplaçable. Mais nous devons tout faire pour améliorer son impact et son influence.


Je voudrais, en terminant, souligner que le continent africain malgré ses difficultés, reste une région potentiellement riche dont les ressources sont insuffisamment inventoriées, développées et exploitées.

 

Il ne faut donc pas désespérer de voir l'Afrique surmonter ses difficultés.

 

Nous sommes déterminés à faire tout ce qui est en notre pouvoir afin d'améliorer la situation politique, économique et sociale de ce continent.

 

Nous avons tout simplement besoin du concours bienveillant de tous ceux qui, actuellement mieux nantis, sont prêts à se joindre à nous pour appuyer nos efforts.

 

Je vous remercie.