REPUBLIQUE TOGOLAISE
INTERVENTION
GNASSINGBE
EYADEMA,
PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE TOGOLAISE,
PRESIDENT
EN EXERCICE DE L'O.U.A.
DEVANT
LA 55EME SESSION ORDINAIRE
DES NATIONS
UNIES
Monsieur le Président de
l'Assemblée Générale de l'ONU,
Monsieur le Secrétaire
Général des Nations Unies,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Avant de partager avec
vous, quelques unes des préoccupations du continent africain ainsi que nos vues
sur certains problèmes auxquels l'Organisation des Nations Unis est confrontée,
je voudrais, en premier lieu, vous féliciter, Monsieur le Président de
l'Assemblée Générale, d'avoir été choisi pour diriger les travaux de cette
importante session de notre organisation mondiale.
Les hautes fonctions que vous avez assumées dans votre pays, la Finlande
et le rôle éminent que celui-ci joue dans
le monde, sont pour nous des assurances que l'organe que vous présidez est
véritablement dans de bonnes mains.
Je tiens, d'autre part, à rendre hommage à notre Frère M. Koffi ANNAN, Secrétaire Général des Nations Unies, dont nous apprécions hautement la compétence et le dévouement.
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Il y a quarante ans, la
session ordinaire de cette Assemblée avait été considérée comme la session de
l'Afrique.
En effet, c'était au cours de cette session qu'après leur accession à
l'indépendance, un grand nombre de pays africains avaient participé, pour la
première fois, en tant qu' Etats Membres de l'ONU, aux travaux des divers
organes des Nations Unies.
Malgré les progrès accomplis par notre
continent depuis quarante ans, l'Afrique reste encore une région affaiblie par
les maux du sous-développement.
Aujourd'hui,
33 des 48 pays classés parmi les moms avancés du monde sont des pays africains.
En d'autres termes, les trois cinquième des Etats de notre continent font
partie de ce groupe de pays en retard dans leur marche vers le développement.
Région la
moins développée du monde, l'Afrique souffre d'un certain nombre de maux
spécifiques qui freinent son essor et auxquels il importe que la communauté
internationale contribue à porter remède dune manière substantielle et
efficace.
Je mentionnerai, en tout premier lieu, deux
pandémies qui font un grand ravage sur notre continent et dont les conséquences humaines et économiques sont
particulièrement graves et préoccupantes. Il s'agit du SIDA et de la malaria.
Nous avons
hautement apprécié l'ínitiative prise par le Conseil de Sécurité au mois de
janvier de cette année d'examiner Ia situation du SIDA en Afrique. Plus
récemment s'est tenue à Durban, en Afrique du Sud, la Treizième Conférence
Mondiale sur le SIDA qui a fait le point de la situation sur l'état d'avancement
de cette épidémie ainsi que sur les possibilités de la maîtriser.
Vous savez
sans doute que 70% des 34 à 35 millions de malades affectés par le virus du
SIDA à travers le monde aujourd'hui se trouvent en Afrique au Sud du Sahara.
Dans certains pays africains, des écoles sont fermées suite aux ravages causés
par le SIDA parmi les enseignants.
Dans plusieurs pays, la main
d'oeuvre qualifiée est considérablement réduite à cause du SIDA. Le nombre d'orphelins
dans beaucoup de pays affectés par cette épidémie est relativement élevé,
aggravant ainsi la situation économique et sociale des pays en question.
Il est
donc essentiel que la communauté internationale se mobilise réellement et
rapidement afin d'aider le continent africain à maîtriser le SIDA et à en
éliminer les ravages.
S'agissant
de la malaria, un Sommet extraordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement des
pays concernés s'est tenu les 24 et 25 avril 2000 à Abuja ( Nigeria ) et a
adopté un plan d'action en vue de faire reculer le paludisme. Car le paludisme
tue une personne dans le monde toutes les trente secondes.
La
Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA réunie à Lomé du 10 au
12 juillet de cette année a lancé un
appel à l'ONU pour qu'elle proclame la période 2001 à 2010, Décennie pour " Faire reculer le
paludisme".
Nous avons
le ferme espoir que cette auguste Assemblée réagira positivement à notre appel
au cours de sa présente session et qu'elle prendra les dispositions appropriées
pour assurer le succès de cette Décennie de lutte contre le paludisme.
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire
Général,
Mesdames et Messieurs,
Le problème de la dette africaine a
aussi préoccupé les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA pendant leur
Sommet de Lomé. Il y a plus de douze ans, la Troisième Session extraordinaire
de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA adoptait une
position commune sur la crise de la dette extérieure de l’Afrique.
Malheureusement,
notre continent continue d'être la région du monde où le fardeau de la dette est
le plus lourd. Ainsi que l'Assemblée Générale l'a constaté l'an dernier dans sa
résolution 54/202, " le problème persistant de la dette et de son service,
est l'un des facteurs qui freinent le développement et la croissance économique
des pays en développement très endettés ".
Ces
constatations devraient motiver la communauté internationale, et tout
particulièrement les pays développés et les institutions financières
internationales, à prendre des mesures plus courageuses telles que l'annulation
pure et simple de la dette des pays africains.
Une telle
décision contribuera largement au succès des efforts de nos pays qui se sont
engagés à mettre en oeuvre des programmes soutenus de lutte contre la pauvreté.
C'est
pourquoi, nous appuyons fermement les propositions du Secrétaire Général M.
Koffi ANNAN qui estime que les pays industrialisés devraient prendre un certain
nombre de mesure en faveur des pays africains et des autres régions en
développement pour leur assurer la possibilité de progresser de manière
significative dans la nouvelle économie mondiale.
Le
continent africain est reconnaissant au PNUD pour l'aide inestimable qu'il lui
a accordée depuis plusieurs années et grâce à laquelle elle a pu réaliser de
nombreux projets. Mais le déclin continu des ressources du PNUD nous préoccupe
car il affecte nos perspectives de développement.
Sur un
plan plus global, nous constatons que les grandes compagnies multinationales
qui jouent un rôle crucial dans l'économie mondiale, sont remarquablement
absentes dans les forums économiques de l'ONU.
Comme au
sein de l'Organisation Internationale du Travail où les représentants des
Gouvernements, des employeurs et des employés travaillent ensemble, il serait
souhaitable qu'au sein du Conseil Economique et Social de l'ONU, se retrouvent
et siègent côte à côte, les représentants des gouvernements et ceux des
compagnies multinationales. Ainsi, l'efficacité et l'impact de cet important
organe de l'ONU pourraient être améliorés.
La
communauté internationale pour sa part, devrait prouver, par des actes
décisifs, qu'elle veut réellement mettre fin à la souffrance des populations
les plus démunies dont la grande proposition se trouve malheureusement en
Afrique.
Je saisis
cette occasion pour remercier le Président Bill CLINTON d'avoir fait approuver
par le Congrès américain une loi permettant l'établissement d'un partenariat
plus étroit entre les Etats Unis d'Amérique et les Etats africains.
Je me
réjouis aussi de la tenue au Caire, au mois d'avril de cette année, du tout
premier Sommet entre l'Europe et l'Afrique. Nous fondons beaucoup d'espoirs
dans de telles rencontres qui ne peuvent que renforcer la coopération qui
existe déjà entre l'Union Européenne et les pays africains.
Notre
continent, comme vous le savez, ne souffre pas que du sous-
développement économique qui le
place au bas du palmarès en matière de qualité de la vie. I1 est aussi la
région du monde où de nombreux conflits meurtriers continuent de semer la mort
et la désolation.
De ce
fait, l'Afrique compte le plus grand nombre de réfugiés et de personnes
déplacées à l'intérieur des frontières nationales. Nous sommes reconnaissants à
l'ONU et à ces institutions spécialisées en particulier le Haut Commissariat
pour les Réfugiés, pour le concours qu'elles apportent à notre continent, en
vue de maîtriser les divers conflits et atténuerleurs consequences désastreuses.
Nous
devons néanmoins reconnaître, bien tristement, que par rapport à d'autres
régions du monde qui elles aussi ont connu des conflits .sanglants, l'attention
que notre continent reçoit de la part de la communauté internationale est
plutôt faible.
Nous
souhaitons très vivement que le Conseil de Sécurité veuille bien nous
manifester la même sollicitude que celle qu'elle accorde à d'autres régions du
monde affectées par des conflits, notamment l'Europe et l'Asie.
Nous
adhérons aux recommandations pertinentes faites par le Comité d'Experts que le
Secrétaire Général de l'ONU a chargé d'examiner tous les problèmes concernant
une meilleure utilisation des opérations de maintien de la paix.
Nous
sommes d'avis que les mandats des missions onusiennes de maintien de la paix
doivent être clairs, crédibles et réalisables. Ces missions doivent être
convena-
blement financées et rapidement
déployées, là où elles sont attendues. Elles doivent être capables d'accomplir
leur mandat avec succès et être en mesure de se défendre et de maîtriser tous
ceux qui sur place, essayeraient d'entraver leur action.
En matière
de maintien de la paix en Afrique, l'Organisation de l'Unité Africaine s'est
dotée depuis plusieurs années de précieux instruments de gestion des conflits,
tels que le Mécanisme de Prévention, le Centre de Gestion des Conflits et le
Système d'Alerte Précoce.
Plus de
cinq ans après la constitution de ces mécanismes, nous pensons que ceux-ci
devraient être complétés par la mise en place dune Force Africaine de Maintien
de la Paix, opérationnelle et efficace. Si une telle Force était constituée,
elle dissuaderait routes les actions subversives, sources des conflits.
7
C'est
pourquoi, j'ai proposé, pour renforcer cette Force, la création aver l'aide des
Nations Unies et de I'OUA, d'un Institut Africain pour la Paix et la Prévention
des Conflits.
Cette
institution assurera la formation des cadres africains à l’art de la
négociation, de la gestion des conflits ainsi qu'à la culture de la paix.
La
persistance des conflits en Afrique affecte sérieusement Ies chances de
développement du continent ainsi que ses efforts en faveur de l'unité
africaine.
C'est pour
pallier à cette situation que les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA ont
pris la décision à Syrte, en Libye, le 9 Septembre 1999, de transformer I'OUA
en une nouvelle organisation qui s'appelle l'Union Africaine.
Sa Charte
a été unanimement adoptée pendant la 3ème Conférence ordinaire des Chefs d'Etat
et de Gouvernement de l'OUA tenue à Lomé au mois de Juillet de cette année.
Nous
sommes persuadés qu'avec la naissance de l'Union Africaine, le continent va
accélérer le processus de son intégration économique et politique ainsi que le
renforcement de la paix et de la solidarité, indispensables à son
développement.
Monsieur le Président de
l'Assemblée Général,
Excellences
Mesdames et Messieurs,
L'Assemblée
Générale des Nations Unies a eu raison de convoquer le sonlmet du millénaire
qui s'est tenu ici la semaine dernière, du 6 au 8 Septembre.
ó
Dans mon
message au Sommet du millénaire, j'ai mis l'accent sur deux problèmes
essentiels. L'un porte sur les activités et l'ONU en matière de maintien de la
paix et de la sécurité internationale. L'autre concerne les enjeux du
développement, surtout en relation avec l'Afrique.
Lorsque
l'Organisation a été créée il y a 5 5 ans, les deux tiers de ses Membres
actuels n'existaient pas en tant qu'Etats souverains, et leurs populations
vivaient encore sous le joug colonial.
La planète
ne comptait guère que 2,5 milliards d'habitants contre 6 milliards
actuellement. Malgré son élargissement au cours des ans, la composition du
Conseil de Sécurité n'a, en réalité, pratiquement pas changé depuis la création
de l'ONU. Pour reprendre les termes
utilises par le Secrétaire Général M. Kofi ANNAN, " cette
composition ne correspond plus aux caractères ni aux besoins de notre monde
planétaire".
Nous
pensons donc qu'il est grand temps de revoir la composition du Conseil de
Sécurité afin d'y admettre notamment de nouveaux membres permanents, choisis
parmi les nouvelles puissances économiques qui ont émergé depuis la seconde
guerre mondiale, auxquelles viendraient s'ajouter des puissances régionales des
pays en dévelppement
Voilà,
Monsieur le President de l'Assemblée Générale, Excellence, Mesdames et
Messieurs, quelques réflexions que je tenais à verser dans ce débat général.
Malgré ses
imperfections et ses faiblesses, l'ONU me paraît irremplaçable. Mais nous
devons tout faire pour améliorer son impact et son influence.
Je
voudrais, en terminant, souligner que le continent africain malgré ses
difficultés, reste une région potentiellement riche dont les ressources sont
insuffisamment inventoriées, développées et exploitées.
Il ne faut
donc pas désespérer de voir l'Afrique surmonter ses difficultés.
Nous
sommes déterminés à faire tout ce qui est en notre pouvoir afin d'améliorer la
situation politique, économique et sociale de ce continent.
Nous avons
tout simplement besoin du concours bienveillant de tous ceux qui, actuellement
mieux nantis, sont prêts à se joindre à nous pour appuyer nos efforts.
Je vous
remercie.