SENEGAL
 
                                                      ALLOCUTION

                                         DE SON EXCELLENCE MONSIEUR

                                         CHEIKH TIDIANE GADIO, MINISTRE

                                           DES AFFAIRES ETRANGERES
                                      ET DES SENEGALAIS DE L'EXTERIEUR

                                       A LA 55E SESSION DE L'ASSEMBLEE

                                                 GENERALE DE L'ONU
 
                                          New york, le 12 septembre 2000
 

Monsieur le Président,
 
L'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies vient, unanimement, de porter son choix sur votre personne pour diriger nos travaux.
 
C'est là un hommage, rendu à la fois, à vos qualités de diplomate et d'homme d'Etat et à votre pays, la Finlande pour le rôle combien positif
qu'elle joue dans la gestion des grands dossiers du monde contemporain.
 
Le Sénégal est heureux de vous exprimer, par ma voix, ses félicitations et ses voeux de succès dans la conduite de cette session.
 
Son Excellence M. Théo-Ben GURIRAB, Ministre des Affaires étrangères, de l'Information et de la Radiodiffusion de la République soeur de
Namibie, qui, au nom de l'Airique, notre Continent, vous a précèdé dans les mêmes fonctions a su mener nos débats avec succès, tout au long
de son mandat, si riche en évènements importants, pour la vie de notre Organisation.
 
Je voudrais, en même temps, saluer l'action de notre Secrétaire général, M. Kofi ANNAN, qui a mis toute son énergie et son dévouement au
service de notre Organisation, dans un monde de plus en plus complexe.

 
      Je voudrais, enfin saluer la présence parmi nous de la délégation de TUVALU dont le pays devient le 189e Etat-membre de notre
Organisation.
 
Monsieur le Président,
 
      La Communauté internationale se retrouve, dans sa diversité, pour examiner l'état du monde, dans le cadre exceptionnel d'une session
qui s'ouvre, sous une double et heureuse coincidence, avec l'avènement d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire.
 
      Cet évènement a été salué par tous les peuples du monde, unis dans leur quête et dans leurs nouvelles espérances d'un avenir de paix,
de progrès et de solidarité.
 
      L'Histoire retiendra que dans le cadre de l'Assemblée du millénaire, le Sommet du millénaire a réuni, dans cette vénérable enceinte, nos
illustres Chefs d'Etat et de Gouvernement qui se sont penchés sur le rôle que notre Organistion est appelée à jouer au XXIe siècle.
 
      Ces éminents dignitaires ont réafirmé ici, et solennellement, leur adhésion aux nobles idéaux des Nations Unies ainsi que leur conviction
dans la mission irremplaçable de l'Organisation au service de la paix, du progrès, de la coopération internationale et de la primauté du droit.
 
      Nos Chefs d'Etat et de Gouvernement ont également ouvert de nouvelles perspectives pour relever le grand défi de la mondialisation par
la promotion d'un nouvel ordre humain international.

 
Monsieur le Président,
 
      Le premier semestre de l'année 2000 a également été intensément vécu par l'ONU et la Communauté internationale avec la tenue en
juin dernier de deux importantes sessions extraordinaires de l'Assemblée générale.
 
      Ces sessions extraordinaires cle suivi et d'évaluation de la 4e Conférence mondiale sur les femmes de Beijing et du Sommet mondial
pour le développement social de Copenhague ont abouti à des résultats encourageants. Ma délégation nourrit l'espoir qu'elles contribueront à
renforcer la place et le rôle des femmes dans nos sociétés respectives par la promotion de l'égalité entre les sexes, l'éradicatian de la pauvreté
et de sa féminisation, la promotion de l'emploi productif et de l'intégration sociale.
 
Monsieur le Président,
 
      Malgrè ces perspectives nouvelles et de portée historique, cette session n’est pas exempte de sources de profonde inquiétude et même
de désespoír.
 
      En effet, en dépit de nos efforts, sans cesse renouvelés, nombre de conflits persistent et continuent de s'enliser.
 
      De la Sierra Léone, à la Républíque Démocratique du Congo, de l'Angola à la frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée, du Burundi à la
Somalie, du Kosovo au Timor Oriental nous parviennent les échos, les images et l'horreur de foyers de tension.
 
 

      S'agissant plus spécifiquement des situations sur le Continent africain, les Organisations régionales, conscientes du fait que l'Afrique
paie un lourd tribut à ces conflits, se sont engagées résolument à rechercher des solutions politiques à ces conflits avec le concours de la
communauté internationale.
 
      II en est ainsi de la Sierra Léone où l'Accord de Lomé conclu sous l'égide de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'
Ouest avait permis de nourrir de légitimes espoirs dune solution durable.
 
      II en est ainsi de l'Angola et de la République Démocratique du Congo aver les Accords respectifs de Lusaka en 1994 et en 1899.
 
      Malheureusement, ces efforts louables se heurtent souvent au non-respect, par les rnouvements rebelles ou les factions armées, des
Accords qu'ils ont eux-mêmes signés.
 
      En dépit de ce tableau sombre, nous ne devons pas pour autant céder au découragement.
 
      Comme le proclame si bien, l'Acte constitutif de l'UNESCO "les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes et c'est dans
l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix". Nous avons l'obligation morale de continuer à agir avec détermination et
persévérance, auprès des parties prenantes à ces conflits pour leur faire admettre et partager une culture de la paix qui permet aux hommes de
se dépasser et de s'inscrire dans une logique de pardon et de réconciliation.
 

      C'est dans ce contexte que ma délégation félicite les membres du Groupe d'étude sur les opérations de paix dont le récent rapport, par
la finesse de ses analyses et la pertinence de ses recommandations, ouvre à l'ONU de nouvelles perspectives dans la réduction des tensions
et dans la gestion judicieuse des confiits.
 
      Le Sénégal attache une grande importance à l'examen de ces recommandations afin d'asseoir une nouvelle doctrine de maintien de la
paix.
 
Monsieur le Président,
 
      L'expérience ayant prouvé que le langage des armes ainsi que l'alimentation des conflits pax l'exploitation illicite des ressources
naturelles ne sauraient se traduire par une solution humainement acceptable, la seule issue qui vaille est celle qui permet aux peuples de jouir
pleinement et entièrement de situations de paix et de sécurité économique et sociale.
 
      C'est dans cette dynamique que s'inscrit l'Acte portant constitution de l'Union africaine signé, le l2 juillet dernier à Lomé par la 36e
session de la Conférence des Chefs d'état et de Gouvernement de l'Organisation de l'Unité africaine.
 
      Par cet acte, l'Afrique s'engage de manière résolue, dans un élan unitaire, à trouver des solutions africaines aux nombreux défis qui
l'interpellent. C'est pourquoi, le Président de la RépubÍique SE Maître Abdoulaye WADE, en panafricaniste convaincu, a fait mener à son terme,
la procédure faisant du Sénégal, le deuxième pays africain, à ratifier cet Acte historique.
                                                                              s

      Avant Lomé, l'Afrique avait déjà pris une autre décision significative au Sommet d'Alger, en proclamant l'Année 2000, année de la paix
et de la concorde sur le Continent.
 
      L'avénement de la démocratie en Guinée-Bissau et les efforts déployés en vue du retour progressif à la normalité, dans la vie des
hommes, comme des institutions de ce pays, participent de cette exigence de démocratie.

      La transition politique pacifique intervenue récemment dans mon pays et qui a porté SE Maître Abdoulaye WADE à la magistrature
suprême n’est-elle pas aussi le témoignage que nos peuples peuvent, démocratiquement et souverainement se choisir leurs dirigeants-
 
Monsieur le Président,
 
      Me tournant à présent, vers le Proche-Orient, mon pays a noté les percées majeures intervenues, au cours de cette année, dans le
conflit israelo-arabe au centre duquel, se trouve la question de la Palestine.
 
      L'évacuation du territoire libanais par les troupes d'occupation israéliennes et les longues et délicates négociations de Camp David
entre Palestiniens et Israéliens constituent, en dépit de leur échec relatif, des développements porteurs de grands espoirs.
 
      Une telle évolution autorise donc aujourd'hui, tous les espoirs, notamment l'espoir de voir enfin se créer un espace de cohabitation
durable entre Israéliens et Palestiniens, entre Israel et ses voisins arabes, dans le respect de la dignité et des droits des peupÍes et des Etats
de la région.
 

      Il n'est que justice, de rendre hommage à tous les acteurs de cette évolution positive, particulièrement les dirigeants palestiniens et
israéliens qui, grâce à leur courage politique et grâce aussi à leur sens de l'histoire, ont ouvert cette voie pour que se lève une aube nouvelle de
paix au Moyen-Orient.
 
      Le Sénégal, par ma voix, voudrait renouveler à SEM le Président Yasser Arafat son soutien constant ainsi que son admiration pour le
courage et la lucidité politiques de cet homme qui n'a jamais laissé tomber le rameau d'olivier dont il parlait ici, en 1974.
 
      Nos félicitations s'adressent également au Président CLINTON, au Premier Ministre d'Israel M. BARAK ainsi qu'aux autres acteurs du
processus de paix pour leurs efforts determinés dans la recherche de la paix et de la réconciliation entre tous les peuples de cette région.
 
Monsieur le Président,
 
      L'année 2000 a aussi été marquée par le dégel majeur, intervenu dans les relations entre les deux Corées et cet évènement de haute
portée politique aidera à la consolidation de la paix et de la sécurité dans la Péninsule Coréenne et dans Í'ensemble de la sons-région du
Sud-­est asiatique.
 
      L'Organisation des Nations Unies, symbole universel pour traduire les aspirations de paix et de sécurité des peuples devrait apporter
une contribution significative à la protection du processus en cours entre les deux Corées.

 
      C'est au nom de ce rapprochement entre les peuples et du principe d'universalité que mon pays appuie la demande de la République de
Chine Taiwan à rejoindre le concert des nations libres au sein de l'ONU et de ses institutions spécialisées et participer ainsi, à la consolidation
de la paix et de la sécurité dans le monde.
 
Monsieur le Président,
 
      Avec la finalisation en juin dernier, de la définition des éléments constitutifs des crimes et du règlement de procédure et de preuve, la
Commission préparatoire de la Cour Pénale internationale a amorcé un virage particulièrement décisif en faveur de cette importante institution
judiciaire.
 
      Ces progrès, combinés avec les nouvelles ratifications du Statut de Rome sont autant de signaux encourageants quant à la volonté de la
Communauté internationale de refuser le fait accompli, l'injustice et l'impunité.
 
      Je voudrais renouveler encore ici, l'appui du Sénégal au processus devant mener à la création dune Cour pénale internationale crédible,
indépendante et eficace.
 
Monsieur le Président,
 
      Construire et consolider la paix, c'est aussi et surtout, relever le défi chronique qu'est le sous-développement car comme on l'a déjà dit,
le développement c'est l'autre nom de la paix.

 
      II y a déjà vingt ans, la Commission Nord-Sud sur les problèmes de développement soulignait aver force, je cite « Là où règne la faim, la
paix ne peut pas prévaloir. Celui qui veut bannir la guerre doit aussi bannir la pauvreté » fin de citation.
 
      Et pourtant aujourd'hui encore, malgré ce cri d'alarrne, la pauvreté persiste et s'étend, alors que les moyens de la combattre existent.
 
      Nous assistons à cette situation parce que la coopération internationale pour le développernent recule en dépit des efforts de relance
initiés par la série des grandes Conférences de la décennie écoulée. Les plateformes d'action issues de ces Conférences ont contribué, de
manière remarquable, à l'identification des besoins, à la formulation des objectifs et à la définition des stratégies de réalisation d'un
développement durable fondé sur la croissance économique soutenue, la justice sociale et la sauvegarde de l'environnement.
 
      Force est de constater que les progrès dans la mise en oeuvre des engagements convenus ont été entravés par la faible mobilisation
des ressources financières, la baisse continue de l'Aide publique au Développement et la réduction des moyens d'action des Fonds et
Programmes du PNUD, du FNUAP et de l'UNICEF.
 
      Nous osons espérer que la réunion de haut niveau sur le financement du développement, prévue l'année prochaine, constituera une
occasion unique de procéder à un examen approfondi des causes de ce déclin de l'APD et surtout de rechercher les voies et moyens de
redresser cette situation préoccupante.
 
      C'est dire l'urgence liée au traitement de la crise de la dette, au rééquilibrage des écllanges commerciaux intexnationaux et à la maîtrise
des risques de marginalisation nés de la mondialisation.

 
 
      Je voudrais réitérer ici l’appréciation du Sénégal à l'égard de cadres de coopération tels que les accords UE-ACP et la Conférence de
Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD). Nous espérons également que les récentes décisions issues du Sommet du G8 à Okinawa
ainsi que l'initiative amêricaine Bite « African Growth and Opportunity Act » seront le point de départ d'un nouveau partenariat fondé sur la
solidarité et les avantages mutuellement bénéfiques.
 
Monsieur le Président,
 
      Le développement est indissociable de la promotion et de la protection des droits de l'homme, de l'Etat de droit, de la bonne gestion
des affaires publiques, et mon pays, le Sénégal, reste fermement attaché à ces principes.
 
      En effet, en créant un Guichet des droits de l'homme rattaché à la Présidence de la République, le Chef de l'Etat du Sénégal, SE Maître
Abdoulaye WADE, a voulu témoigner de son engagement personnel à assurer et à faire assurer le respect des libertés et des droits
fondamentaux des citoyens par l'Administration, et à tour les niveaux de la vie publique.
 
      Le Sénégal continuera à tout mettre en oeuvre pour consolider les bases de l'Etat de droit, pour protéger les défenseurs des droits de
l'homme et pour se conformer à ses obligations découlant de son adhésion aux instruments juridiques internationaux relatifs aux droits humains
.
                                                                              0

Monsieur le Président,
 
      Je vais conclure.
 
      Aujourd'hui plus que jamais, nos peuples s'interrogent sur la volonté politique et la capacité réelle de nos Etats à exploiter au mieux le
contexte international qui semble propice, à la fois, à une dynamique généralisée de paix et à la prise en compte de la dimension humaine
dans les innovations technologiques.
 
      Il y a cinquante cinq ans, au sortir du cauchemar planétaire que fut la deuxième Guerre mondiale, un espoir était né et une conviction
avait pris corps.
 
      L'espoir était que les Hommes, partout, à travers le monde, feraient tout pour empêcher l'éclatement de nouvelles guerres et
oeuvreraient, ensemble, pour faire respecter les droits de chaque individu à la liberté, à la justice et au progrès.
 
      Aujourd'hui, les ressources intellectuelles et matérielles dont dispose l'Humanité devraient logiquement être consacrées davantage à
l'édification d'un avenir de paix, de progrès et de bonheur partagé.
 
      Mais force est de constater que pour la très grande majorité des peuples et des nations, la situation internationale que nous vivons ne
répond pas à ces aspirations de paix et de progrès.

 
Monsieur le Président,
 
      En définitive, pour bâtir cette société pan humaine, reconciliée avec elle-même, il nous faut rassembler toutes nos énergies afin de jeter
les bases d'un développement plus humain et plus solidaire porteur, pour les générations futures, de nouvelles espérances.
 
      C'est en cela que le Sommet du millénaire garde toute sa signification et son importance en nous appelant à apporter une contribution
collective au renforcement de l’Organisation des Nations Unies pour le salut de l'Humanité.
 
      Je vous remercie.