MISSION PERMANENTE DE LA RÉPUBLIQUE DU NIGER

 AUPRES DES NATIONS UNIES

 

INTERVENTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR

OUSMANE MOUTARI

AMBASSADEUR, REPRESENTANT PERMANENT

DU NIGER AUPRES DES NATIONS UNIES

 

DEVANT

 

LA 55EME SESSION ORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE

GENERALE DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Excellences Mesdames Messieurs,

 

Mes premiers mots devant cette auguste tribune seront de transmettre aux pays et aux institutions représentés ici le message d'amitié sincère du peuple nigérien et son désir ardent d'entretenir et de renforcer totjours davantage les liens de coexistence pacifique et de coopération fructueuse et mutuellement avantageuse avec tous les peuples du monde.

 

Notre peuple vient d'émerger d'une période d'instabilité politique et de régression économique, pleinement confiant en la pérennité des institutions démocratiques qu'établit la Constitution du 18 Juillet 1999'et affermi dans sa détermination à faire prévaloir les idéaux universels de paix, de liberté, de justice et d'équité au Niger, en Afrique et dans le monde.

 

Nous prenons part à ce grand rendez-vous du 2lème siècle, fiers de compter parmi les Nations Démocratiques, attelés, au dedans comme au dehors, à l'instauration de dispositifs institutionnels et juridiques reposant sur la libre et égale participation de tous, la transparence, la responsabilité et la solidarité.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Le Niger d'aujourd'hui connaît la même libération des énergies créatrices que favorise le triomphe des libertés et le même foisonnement des initiatives individuelles et collectives que génèrent partout aujourd'hui les sociétés démocratiques.

 

Nous nourrissons le même optimisme quant à l'inéluctable triomphe des valeurs universelles dont cette auguste Assemblée est le tabernacle. Mais nous ressentons aussi la même angoisse lancinante des lendemains incertains entretenue par la persistance de conflits, le dénuement de la plus grande majorité qui ploie sous le poids de la dette, des maladies endémiques, de l'analphabétisme et surtout de la trop déconcertante inadéquation des remèdes jusqu'ici prescrits pour faire face avec efficacité aux maux qui assaillent l'humanité.

 

Voilà qui fonde encore davantage notre profond attachement aux principes et idéaux de la Charte et notre pleine conviction que les Nations Unies, au risque de se trouver en déphasage par rapport aux évolutions actuelles vers une gestion toujours plus participative des biens publics communs, entreprendront les réformes nécessaires pour rendre leurs institutions et organes plus réceptifs aux aspirations des peuples qu'elles prétendent incarner.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Remodeler l'Organisation à l'image du siècle qui s'amorce pour en faire un véritable instrument de changement et faire renaître l'espoir va bien au delà de la seule restructuration de ses organes principaux, de ses organismes subsidiaires et de ses institutions spécialisées.

 

Nous devons également poursuivre avec vigueur l'élan d'ouverture de l'ensemble du système aux partenaires de plus en plus actifs que sont les Parlements, les organisations gouvernementales régionales, les organisations non-gouvernementales, les nombreuses autres organisations de la société civile, les médias et le secteur privé, sans jamais perdre de vue la vocation primordiale de l'ONU d'être l'émanation des exécutifs nationaux des Étais Membres.

 

Voila qui rehausserait grandement la capacité d'action de la Communauté internationale dans des secteurs aussi variés que la paix et la sécurité internationales, la lutte contre les pandémies, notamment le VIH/SIDA, l'éradication de la pauvreté, le règlement de la question de la dette et, d'une manière générale, la promotion d'un développement durable dans le monde.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Pour le NIGER, pour l'Afrique, le Moyen Orient, l'Asie, l'Amérique latine et bien des pays de l'Europe de l'Est, la première source d'angoisse permanente provient de l'absence de l'élémentaire sécurité physique des citoyens, victimes de conflits armés; et de la prolifération inacceptable d'armes légères et de petits calibres, que les Etats nationaux, par trop instables et économiquement exsangues peinent à endiguer. D'autres instances, dont l'OUA, ont indiqué les modalités de règlement des conflits en Sierra Léone, en Angola, en République Démocratique du Congo en coopération étroite avec l'ONU. Pour le Moyen Orient, le récent échec du processus de Camp David doit affermir encore davantage notre détermination dans la quête inlassable d'une paix juste et durable qui puisse restaurer le peuple palestinien dans ses droits inalienables, y compris ses droits à un Etat indépendant et garantir la récupération par la Syrie du plateau du Golan.

 

En Asie du sud-est la tension persistante sur la frontière Indo-Pakistanaise ne pourra être désamorcée sans un règlement définitif de la question du Jamu et Cashemir à travers la reconnaissance du droit du peuple du Cashemir à l'autodétermination.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

S'agissant de la prolifération des armes légères et de petit calibre, qui constitue un des défis majeurs auxquels la Communauté internationale doit faire face, mon Gouvernement estime que des mesures concrètes et soutenues doivent être prises au triple niveau national, régional et mondial pour s'attaquer au commerce illicite, a la prolifération et à l'utilisation illégale de ces types d'armes.

 

Dans cette perspective, mon pays, a créé dès 1994, la Commission Nationale de Collecte et de Contrôle des armes illicites pour identifier, concevoir et mettre en oeuvre des stratégies de lutte contre la prolifération des armes légères.

 

A cet égard mon gouvernement se félicite qu'une mission des Nations Unies ait récemment séjourné au Niger en vue d'évaluer sur le terrain la pertinence de la requête de financement soumise par mon Gouvernement.

 

Il me plaît de remercier tres vivement les Gouvernements de tous les Etats intéressés en particulier ceux de l'Allemagne, de Norvege, de France et du Japon, pour leur contribution financière au Fonds des Nations Unies pour l'assistance aux Etats pour la collecte des armes légères, Fonds qui a permis la réalisation de cette mission.

 

Ce projet soumis par mon pays s'inscrit dans le cadre de toutes les initiatives sous-régionales et régionales destinées à endiguer la circulation illicite des armes légères et de petit calibre, notamment le moratoire adopté le 31 Octobre 1998 par la Conférence des Chefs d'Etats et de Gouvernements de la CEDEAO et le projet intégré de sécurité et de développement dénommé "Programme de coordination et d'assistance pour la sécurité et le développement (P.C.A.S.E.D).

 

La remise, le 05 Juin dernier, des armes détenues par les différents fronts de l'ex-rébellion et l'organisation, le 25 de ce mois d'une flamme de la paix fonde l'espoir d'un retour de la quiétude pour le peuple nigérien et d'une mise en oeuvre sans encombres des projets conçus avec l'aide bienveillante des partenaires bilatéraux et multilateraux du Niger.

 

Et à cet égard, la convocation de la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères et de petit calibre sous tous ses aspects l'an prochain est de bonne augure.

 

Pour le Niger, l'objectif de cette conférence devrait être de développer et de renforcer les efforts nationaux, régionaux et internationaux en vue de prévenir, combattre, restreindre et éradiquer le commerce illicite des armes légères et de petit calibre à travers le renforcement des capacites nationales en matières de douanes, de police, de justice et de renseignements.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Jamais, autant qu'à notre époque l'humanité n'a disposé de tant de richesses et de potentialités à même de générer le bien-être commun.

 

Et pourtant, aujourd'hui, plus de la moitié de la population mondiale vit encore dans le dénuement, exclue des bénéfices de la mondialisation et des bienfaits liés à la révolution numérique.

 

L'on peut certes se féliciter de la volonté unanime affirmée par la Communauté internationale de réduire de moitié la pauvreté d'ici l'an 2015. Mais il faut aller au delà des professions de foi pour asseoir une véritable stratégie internationale de développement résolument axée sur l'élimination de la pauvreté absolue et la relance de la croissance dans le monde en développement et plus particulièrement en Afrique, region la plus vulnérable.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Le traitement de la question de la dette extérieure des pays pauvres représente l'un des baromètres privilégiés par lequel l'on mesurera le degré réel d'engagement de la communauté internationale dans la recherche des solutions idoines visant à enrayer la pauvreté.

 

L'initiative pour la réduction de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), cadre actuel de l'allégement de la dette, s'avère en effet trop lente, trop sélective et assortie de conditions restrictives d'éligibilité qui demandent à être assouplies, sous peine de maintenir de nombreux pays dans la pauvreté à perpétuité.

 

D'où la nécessité urgente d'imprimer un nouvel élan à cette initiative.

 

De même, il est essentiel, de coopérer étroitement au plan international en vue de renforcer davantage la cohérence des mécanismes de coordinations des diverses initiatives en faveur de l'Afrique, afin que ce continent puisse mieux tirer profit de l'aide au développement.

 

Par ailleurs, sans être la panacée, les technologies de l'information et des communications, constituent un facteur important de croissance et d'intégration du monde en développement en général et de l'Afrique en particulier dans l'économie mondialisée. L'Organisation des Nations Unies a un rôle primordial à jouer dans la création d'un cadre partenariat favorable aux initiatives visant à combler le fossé numérique, afin que les bienfaits technologiques ne restent pas une promesse lointaine.

 

Le récent débat de haut niveau du Conseil Economique et Social sur le rôle des technologies de l'information a opportunément mis en exergue la nécessité impérieuse de faire de la révolution numérique un instrument au service du developpement et d'en partager équitablement les bénéfices grâce à la coopération internationale. Aussi, mon pays adhère entièrement à la recommandation du Groupe d'Experts de haut niveau, contenue dans le rapport du Secrétaire général demandant que l'accès universel aux nouvelles technologies soit inscrit par une résolution de l'Assemblée générale, au nombre des droits fondamentaux de la personne humaine.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Le partenariat mondial contre le VIH/SIDA en Afrique dont la vitalité s'est illustrée à l'occasion de la Conférence de Durban, doit désormais se fonder entre autres, sur la mobilisation des ressources suffisantes, sur la prévention et sur l'accès aux médicaments.

 

Dans un tout autre ordre d'idée, ma délégation estime qu'une attention particulière doit être accordée au problème insidieux du paludisme.

 

Résistant de plus en plus aux traitements médicaux jusque la appliqués, cette maladie, qui affecte surtout les populations les plus vulnérables que sont les femmes et les enfants, constitue à l'heure actuelle une source de profonde préoccupation pour lAfrique. En témoigne le récent Sommet des Chefs d'Etat tenu à Abuja sur la question, et qui a mis en exergue l'importance de l'action préventive et de l'accroissement des moyens de lutte contre le paludisme.

 

D'où la nécessité pour la Communauté internationale toute entière de conférer à ce problème tout l'intérêt qu'il mérite et de contribuer davantage à la mobilisation des ressources nécessaires pour la recherche, la prévention, le traitement et l'éradication de cette maladie mortelle.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Au seuil de ce nouveau millénaire, l'opportunité est assurément là de repenser le développement. Le moment est en effet venu, comme l'a si bien proposé le Secrétaire général à la 10eme conférence de la CNUCED à Bangkok, pour un "New deal" mondial en faveur des pays les Moins Avancés. ce nouveau Pacte mondial serait destiné à combler les déséquilibres et à permettre à tous de participer à la nouvelle économie mondiale et d'en partager équitablement les bénéfices.

 

Il est aujourd'hui indéniable que la mondialisation s'est accompagnée d'une exacerbation des inégalités et ne peut dès lors répondre , telle qu'elle évolue, aux attentes des pays pauvres dont les populations rurales et urbaines paient un coût social trop élevé à ce processus.

 

Qui plus est, l'échec de la conférence de l'OMC à Seattle a compromis le lancement de ce qui devait être "le cycle du développement qui aurait permis de recueillir enfin les bénéfices tant miroités de la libéralisation du commerce. Un développement qui, soit dit au passage, ne cesse d'être freiné par le protectionnisme des pays industrialisés.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Instance démocratique et universelle chargée de la réalisation des objectifs du développement, l'Organisation des Nations Unies se doit, plus que par le passé, de promouvoir la réforme et la coordination des mécanismes internationaux du Commerce et de la Finance. Notre organisation commune dispose à cet effet, de l'autorité morale requise pour réguler le processus de mondialisation dans l'intéret bien compromis de tous.

 

D'où la nécessité de renforcer son rôle et de mettre en place les règles d'une bonne gouvernânce mondiale apte a promouvoir, selon le terme consacré, "une mondialisation a visage humain".

 

A cet égard mon pays attache la plus grande importance a la tenue en 2001 de la Conférence internationale sur le financement du développement et de la 3ème Conférence des Nations Unies sur les PMA. Nous nourrissons le ferme espoir que ces deux fora offriront à la Communauté internationale l'occasion de jeter les bases nouvelles d'une plus grande mobilisation de ressources financières, d'une meilleure coordination des politiques et d'une coopération plus efficace entre acteurs du developpement, en particulier les gouvernements, le système des Nations Unies, les intitulions financières internationales, le secteur privé et la société civile tout entière, en vue de réaliser les objectifs majeurs d'éradication de la pauvreté et de développement.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Les efforts louables que déploient les Nations Unies pour promouvoir et consolider les démocraties nouvelles ou rétablies méritent d'être fortement soutenus, car participant de la volonté de notre organisations de répondre aux aspirations des peuples du monde.

 

Au Niger, nous apprécions à sa juste valeur tout le concours précieux apporté par le système des Nations Unies et les pays amis, à la restauration de la démocratie. Après plus d'une décennie d'instabilité politico institutionnelle, le Niger, l'un des pays les moins avancés, subissant avec acuité le poids de la dette, les méfaits de la baisse tendancielle de l'Aide publique au Développement et les aléas climatiques, connaît un retour à la démocratie, conformément aux aspirations profondes de notre peuple.

 

Toutefois, comme l'a si bien évoqué, le Président de la République S.E.M MAMADOU TANDJA à l'occasion de son discours d'investiture, je cite " ... Nous sommes conscients que pour réussir ce redressement, le soutien de la Communauté internationale nous est indispensable. Aussi, poursuit-t-il, nous lançons un appel en direction de tous les pays épris de paix et de solidarité et des organisations internationales afin qu'ils accompagnent nos efforts, sur la base d'intérêts mutuellement bénéfiques et dans le respect strict dela souveraineté nationale". Fin de citation.

 

C'est le lieu ici de renouveler solennellement notre gratitude au PNUD, au FNUAP, à l'UNICEF et à tous les partenaires au développement du Niger, pour le soutien inestimable qu'ils n'ont cessé d'apporter à mon pays et à ses populations, dans les moments les plus difficiles.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

Le hasard de calendrier fait que le Niger intervienne juste avant la clôture du débat général de cette 55ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies, dite session du Millénaire.

 

Quoi donc de plus normal que de conclure mon propos en rappelant notre satisfaction du travail remarquable qu'accomplit notre frère, S.E.M. KOFI ANNAN, à la tête de cette Organisation Universelle.

 

Que ce soit dans le domaine de maintien de la paix et de la sécurité internationale, dans le domaine de l'assistance des nantis aux moins favorisés pour promouvoir le développement, le Secrétaire général mérite notre confiance, notre appui et notre encouragement.

 

Monsieur le Président, votre prédécesseur, Mr. Théo Ben GUIRIRAB, Ministre des Affaires Etrangères de Namibie, fut un bon Président. Fen Jonhy MACKATHINY, aussi exigent fut-il de son vivant aurait été comme nous l'avons été, au comble de fierté de voir se déployer une année durant les talents diplomatiques inegalés dont Théo nous a gratifies. Je lui présente ici, au nom du Niger, mes hommages déférents. And lIl dare to reiterate what all of us know here : Theo, you will allways be a freedom fighter.

 

Quant à votre Excellence Monsieur le Président, nous savons que le flambeau qui vous échoit est dans de bonnes mains.

 

Votre compétence personnelle et la tradition de la Finlande d'être toujours aux côtés des plus faibles nous font fermement croire que les conclusions du Sommet du Millénaire trouveront en vous un avocat à la fois fidèle et engagé pour qu'enfln notre Organisation revête les habits neufs qu'exige l'entrée au 2 1 eme siècle.

 

JE VOUS REMERCIE.