DES NATIONS UNIES
12 septembre 2000
NEW YORK
Monsieur le Président,
Permettez-moi d'abord de vous féliciter trés vivement pour
votre élection à la présidence de cette 55ème
session de l'Assemblée Générale et d'exprimer la
conviction que nos travaux seront conduits, sous votre autorité,
avec la méme hauteur de vues et extréme compétence
dont vient de témoigner la Présidente de votre pays, Mme
Tarja HALONEN, dans sa coprésidence du Sommet du Millénaire, aux
côtés du Président de la Namibie, M. Sam NUJOMA.
Mes félicitations et mes remerciements vont aussi au Secrétaire
Général qui ne cesse d'imprégner l'Organisation mondiale
et tout le personnel international qu'il
dirige des vertus de rigueur, de modération et d'intégrité
dont il offre l'illustration au service des grands idéaux auxquels celle-ci
s'identifie.
Ce sont ces mêmes idéaux que les Chefs d'Etat et de Gouvernement
viennent de réaffirmer, ainsi que leur confiance dans la capacité
des Nations Unies à en
assurer la promotion et le respect pour autant que la communauté
internationale apporte à celles-ci, par un engagement renouvelé,
son nécessaire soutien.
Pour un petit
Etat tel que Monaco, rien nest plus important que ce rappel des principes qui
doivent guider les relations entre Etats souverains dans un esprit
d'égale dignité. Il ne s'agit pas de méconnaître
les différences profondes qui peuvent exister entre les Etats sur
le plan de leurs caractéristiques objectives comme sur celui de
leur
rayonnement ou de leur poids dans les affaires du monde. Mais il est
bon que soit ainsi réaffirmé que chacun, aussi petit soit-il,
a droit au respect et que tous se trouvent liés par
les mêmes régles dans leurs comportements internationaux.
Permettez-moi, avant d'en venir aux thémes qui retiendront l'attention
au cours de la présente session et auxquels Monaco porte un intérêt
traditionnel, d'évoquer
un sujet qui, à l'expérience, apparaît encore assez mal
connu au noms dans ses réalités actuelles et qui nest rien moins
que la Principauté de Monaco elle-même.
C'est que, si sa notoriété extérieure paraît
suffisamment établie puisque son nom suscite à travers le
monde un large écho, elle est trop souvent l'objet dune vision
pour le moins partielle, sinon partiale, la Principauté actuelle ne se
ramenant pas, il s'en faut, à quelques clichés non sans séduction
mail tout imprégnés de relents archaïques.
C'est ainsi qu'on s'imagine encore volontiers que le Casino est la source
principale des revenus de l'Etat ; or, la relevance versée par la
Société des Bains de Mer
qui le gére ne représente que 4 % des recettes publiques,
tout le reste de celles-ci étant le produit de l'impôt et,
plus accessoirement, des revenus des biens publics. La vérité
aujourd'hui est que la structure du budget monégasque, pour
les recettes, ne se différencie guére globalement de celle
de n'importe quel autre pays. Quant aux dépenses, la plupart
nous envierait puisque nous pouvons consacrer chaque année à
l'investissement, c'est-à-dire à de Brands travaux publics,
un tiers de nos ressources.
S'agissant de l'activité de la Principauté, le sentiment
spontané est qu'elle est essentiellement tributaire du tourisme.
Nous nous réjouissons, bien súr, de
constater l'attrait qu'exerce Monaco dans ce domaine en accueillant
quelque 6 millions de visiteurs par an. Mais la réalité,
là aussi, contredit ce sentiment si répandu dune vie
économique suspendue à la fréquentation touristique.
Celle-ci ne représente, en effet, qu'approximativement 10 % du chiffre
d'affaires de la Principauté, l'essentiel étant constitué
pour 40 % d'activités commerciales locales ou de trading international,
pour 20 % d'activités bancaires, pour 10 % aussi d'activités
industrielles qui sont le fait dune centaine
d'entreprises dans le domaine des hautes technologies et à caractére
non polluant, le reste relevant de services divers.
Comme on le voit, Monaco, loin de pouvoir aujourd'hui être identifié
à une some de survivance d'un temps révolu pour quelques
happy few, a toutes les
caractéristiques d'un pays à haut développement.
A cet égard, il faut souligner combien la Principauté constitue
pour sa région une très importante source d'emplois : alors
que la population résidente s'éléve à un
peu plus de 30.000 personnel, la population active pour sa part atteint
38.000 personnel dont prés de 30.000 résident à l'extérieur
de Monaco et viennent chaque jour y travailler en
bénéficiant pour elles-mêmes ou pour leur famille
de tous les avantages sociaux et des équipements éducatifs,
sportifs ou hospitaliers dont disposent les Monégasques
eux-mêmes.
Monaco
est sans nul doute un petit pays ; mail ce n'est nullement un pent pays
recroquevillé sur ce qui a fait son lustre passé pour l'entretenir
avec loin comme on
le ferait dune piéce de musée. Tout au contraire, à
Monaco on voit moderne et on voit grand et c'est cette vision qui a permis
d'en faire un Etat hautement développé, recourant
volontiers aux techniques de pointe et à ties travaux massifs
qui lui ont, notamment, permis, par ties emprises sur la mer, d'accroître
son territoire de plus de 20 % au cours du
régne de l'actuel Prince Souverain.
Bien entendu, une telle démonstration, pourtant fondée sur
ties faits incontestables, ne peut que susciter ties réactions mettant
en cause la source de cette
prospérité. On en a recueilli récemment un écho
qui a suscité l'incompréhension, voire l'indignation dans
la Principauté tant il laissait entendre qu'il y aurait une complaisance
à
l'égard de pratiques délictueuses. Celle-ci s'est, au
contraire, donné les moyens de les combattre et n'a cessé
d'affirmer sa volonté de les renforcer pour répondre aux
exigences du
monde actuel.
C'est ainsi que toute activité étrangére est soumise
à une autorisation gouvernementale qui nest donnée qu'aprés
ties enquêtes approfondies ; les exemples de
refus en Conseil de Gouvernement sont quasi hebdomadaires. Dans le
secteur ties banques et de la finance, ce sont ties contrôles permanents
qui sont exercés en faisant appel
aussi aux institutions compétentes du grand pays ami et voisin,
c'est-à-dire la France. La législation appropriée
pour hitter contre le blanchiment de l'argent est tout à fait similaire
à
celle adoptée dans les principaux Etats développés
; sur certains points, elle va même au-delà et Monaco s'est,
par ailleurs, doté d'un service d'information et de contrôle
ties
circuits financiers pour assurer, lorsqu'il y a lieu, la saisie ties
autorités judiciaires et procéder aux échanges d'informations
avec les services étrangers comparables. La Principauté
ne s'identifie donc nullement à une zone de laissez faire propice
à toutes sortes d'enrichissements pas plus qu'elle ne justifie le
qualificatif de « place financière opaque » sauf à
penser que la transparence n'existe nulle part.
On voit aussi volontiers en elle un « paradis fiscal » comme
si elle s'était employée à mettre en place artificiellement
ties mécanismes susceptibles d'attirer ties
capitaux flottants et ties fortunes soucieuses d'échapper à
la fiscalité de leur pays d'origine alors que c'est en 1869 que
les impôts directs ont été supprimés à
Monaco, c'est-à-dire
à un moment où l'impôt sur le revenu ties personnel
physiques n'existait nulle part et où il ne pouvait s'agir de concurrencer
qui que ce soit. Le maintien de cette situation à notre
époque place sans doute la Principauté parmi les pays
de fiscalité « douce » ; mail l'impôt n'y est
pas absent puisque plus ties deux tiers ties ressources de l'Etat proviennent
de
contributions fiscales directes ou indirectes, c'est-à-dire, pour l'essentiel,
la T.V.A. et l'impôt sur les bénéfices des activités
commerciales, industrielles ou intellectuelles.
Au total, Monaco s'affirme comme un Etat hautement développé
et soucieux de participer à sa sphére naturelle, fondamentalement
européenne, dans le respect
ties engagements internationaux visant à hitter contre ces fléaux
actuels que constituent la criminalité financiére et les
flux d'argent sale, sources d'évidentes menaces pour
l'équilibre ties systémes financiers. Comment peut-on
penser qu'un pent pays aussi étroitement imbriqué daps l'économie
de son voisinage puisse s'abstraire ties disciplines
qu'impose cette lutte - La Principauté est par nature solidaire
de son environnement ; elle Pest aussi par la volonté de ses dirigeants.
J'en reviens maintenant à ce qui fonde son action extérieure
et qui traduit aussi sa condition de pent Etat aux ambitions concentrées
sur quelques domaines où sa
tradition, son expérience, ses compétences peuvent apporter
une plus value à faction internationale.
Une de ses priorités a toujours été constituée
par faction humanitaire et le développement social. On l'a vu lorsque,
le 26 juin dernier, Son Altesse Sérénissime le
Prince Héréditaire de Monaco a signé, en présence
du Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, les deux protocoles consacrés
respectivement à l'implication d'enfants dans les
conflits armés et à la vente, la prostitution et la pornographie
mettant en cause ties enfants. Ce qui a été fait en marge
du Sommet mondial pour le développement social trouvera sa
prolongation naturelle lors du Sommet mondial pour les enfants qui
aura lieu l'an prochain et dont nous attentions notamment qu'il traite
efficacement de la protection ties enfants,
premiéres victimes au sein ties populations civiles en temps
de guerre.
La Principauté s'attache également à apporter
sa contribution au développement tant au niveau public qu'à
celui ties O.N.G., trés actives à Monaco où elles
trouvent ties
soutiens particuliérement généreux de la part
de tons ceux qui, y vivant, ressentent le devoir moral de contribuer à
ties actions de solidarité émanant d'un pays qui, par
ailleurs, leur assure une existence privilégiée. Nous
attendons de la Conférence qui traitera notamment, en mai prochain,
de la lutte contre la pauvreté dans les pays les moins
avancés et, plus encore, du Sommet sur le développement
durable, dit Rio + 10, une relance de la coopération internationale
daps ces domaines si essentiels pour l'avenir de
l'humanité, coopération dont on peut regretter qu'elle
marque quelque peu le pas à l'heure actuelle.
J
Il va de soi que les questions d'environnement auxquelles Monaco n'a cessé
de porter une attention prioritaire, qu'il s'agisse du milieu ambiant ou
de
l'environnement marin qui la touche au premier chef en tans que pays
riverain de la Méditerranée, continueront non seulement d'étre
suivies mais aussi de susciter des initiatives de
notre part dans la ligne de toutes celles que nous aeons su promouvoir.
Je ne peux, par ailleurs, que revenir sur la part que la Principauté
emend prendre dans toutes les enceintes appropriées au renforcement
de la lutte contre ces
graves fléaux de notre temps que constituent le terrorisme,
le traffic de stupéfiants, la traite des êtres humains, avec
les flux financiers illégaux qu'ils engendrent ou entretiennent.
Au moment de conclure, j'exprime le souhait d'avoir pu établir une
meilleure perception des réalités monégasques présentes,
faites de contrastes : un des plus
petits pays de la planéte, Monaco en est aussi un des plus développés
; anachronique Bans une vision superficielle, il se révéle
en être, daps ses structures économiques, un des
plus modernes et des plus dynamiques ; associé à une
image ludique ou de divertissement, il est en fait générateur
d'emplois bien au-delà de son territoire ; perçu comme une
curiosité, il n'en est pas moins un Etat souverain reconnu comme
tel ainsi qu'en atteste sa participation aux principales organisations
internationales et sachant se faire écouter
dans les domaines oú sa contribution mérite d'être
prise en compte.
Je pourrais
poursuivre ces paradoxes. Mais je crois suffisant pour en donner la clef de
citer Son Altesse Sérénissime le Prince Rainier III qui, lors
de l'inauguration
toute récente d'un nouveau et spectaculaire centre de conférences
et de culture à Monaco, le Grimaldi Forum, a résumé
en une formule éclairante l'inspiration qui n'a cessé de
soutenir à travers les siécles sa Dynastie et la Principauté
: « Il n'est pas nécessaire d'être territorialement
grand pour avoir de grand rêves, ni d'être nombreux pour les
réaliser. »
Je vous remercie Monsieur le Président.