Monsieur le Président,
Permettez-moi, tout d'abord, de vous adresser mes félicitations les plus chaleureuses pour votre élection comme Président de la cinquantecinquième session ordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU.
Je saisis
cette occasion pour vous assurer du soutien total de ma délégation dans l'exercice
de votre lourde et exaltante charge.
Je suis persuadé
qu'avec votre expérience et vos talents de fin diplomate vous conduirez nos
débats avec succès.
A votre prédécesseur,
M. Théo Ben - Gurirab, Ministre des Affaires étrangères de la Namibie, je
voudrais adresser mes sincères et chaleureuses félicitations pour la compétence
et l'autorité dont il a fait preuve dans l'accomplissement de sa mission tout
au long de la cinquantequatrième session de l'Assemblée générale.
Permettez-moi
de saisir cette occasion pour renouveler à Monsieur Kofi Annan, Secrétaire
général de notre Organisation, toute la reconnaissance et tout le soutien
de mon pays le Mali pour son combat constant et sa détermination dans la recherche
d'un monde meilleur face aux multiples et complexes défis du nouveau millénaire.
Son remarquable
rapport “ Nous, les Peuples des Nations Unies: le rôle de l'ONU au XXlème
siècle” témoigne de cela.
Le Mali souhaite
la bienvenue dans cette enceinte à Tuvalu dont l'admission consacre et renforce
le caractère universel de notre Organisation.
Monsieur le Président,
Notre monde
aspire plus que jamais à la paix et à la sécurité ainsi qu'à un développement
humain durable.
Notre cinquante-cinquième
session revêt à cet égard une portée sans précédent à la fois historique et
politique.
La chance
exceptionnelle que constitue le Sommet du Millénaire qui vient de nous faire
espérer de l'Humanité ne doit pas être perdue. Avec la Déclaration du Millénaire
qui témoigne de notre maturité et de notre sens élevé de la responsabilité
face à l'avenir de l'humanité, il nous revient maintenant de bâtir ce monde
meilleur que nous appelons de tous nos voeux. Les “ Peuples des Nations Unies
“ nous regardent, ils sont impatients, ils veulent être plus que jamais acteurs
de leur devenir; singulièrement les peuples démunis, nos peuples veulent être
acteurs et bénéficiaires de la mondialisation.
Monsieur
le Président, je vois là le sens historique et politique de notre session,
son devoir de s'engager pour donner corps à la dynamiquë enclenchée.
En cela,
nous avons, en parfaite communion, réaffirmer la place et le rôle des Nations
Unies dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et dans
la coopération pour le développement. Place et rôle qui exigent une Organisation
des Nations Unies plus que jamais légitime parce que démocratique et forte.
Mes propos à cette tribune s'inscrivent dans ce cadre.
Monsieur le Président,
Le maintien
de la paix et de la sécurité internationales dolt demeurer pour nous un objectif
prioritaire.
En effet, notre organisation est de plus en plus confrontée aux conflits internes, violents et meurtriers, qui ont coûté la vie à des millions de civils. II est donc crucial d'améliorer
le système de prévention et
de renforcer la capacité de notre institution à organiser et
conduire les opérations avec
efficacité et succès.
Qu'il me soit permis à cet égard
de saluer le Rapport du Groupe d'étude sur les opérations de paix dirigé par
Lakhdar Brahimi qui prend date dans le processus visant à faire des Nations
Unies “véritablement une force crédible de paix”. II importe donc de donner
rapidement une suite positive à ce rapport.
Et comme
le souligne fort justement le Rapport Brahimi, l'intervention de l'Organisation
des Nations Unies doit être décidée selon des critères uniformes, quelle que
soit la région géographique des conflits. Le caractère pluridisciplinaire
des nouvelles missions de maintien de la paix de l'Organisation des Nations
Unies exige des mandats clairs et précis.
Dans cette
perspective, le Mali se félicite des efforts accomplis en vue de renforcer
la coopération avec les organisations régionales dans le cadre du maintien
de la paix et dans le respect des compétences du Conseil de sécurité. C'est
qu'en effet, les récents évènements en Sierra Leone nous le rappellent et
nous interpellent fortement. Les efforts de l'OUA et des organisations sous
régionales doivent être soutenus pour asseoir de véritables capacités régionales
de proximité; il devrait en être ainsi pour la CEDEAO
qui dispose déjà d’une force de maintien de la paix et, bientôt, d'un système
d'alerte précoce.
Monsieur le Président,
Les opérations
de maintien de la paix ne peuvent représenter des solutions permanentes aux
conflits, ni constituer une réponse à leurs causes profondes. La Communauté
internationale doit passer d’une culture de réaction à une culture de prévention,
basée sur une approche multidimensionnelle, permettant sûrement d'épargner
de nombreuses vies humaines et certainement de rendre disponibles des ressources
additionnelles pour le développement.
Comment ne
pas souligner aussi que l'efficacité de l'Organisation des Nations Unies en
matière de maintien de la paix dépend largement de sa capacité de prévention,
de gestion des crises et de consolidation de la paix.
Je voudrais,
à cet égard, lancer un appel à la communauté internationale en vue de fournir
une assise financière stable et saine pour les activités de maintien de la
paix de notre Organisation.
Monsieur le Président, dans la même
perspective je voudrais saluer la tenue le 7 septembre dernier, du deuxième
Sommet du Conseil de sécurité qui s'est penché sur la nécessité d'assurer
au Conseil un rôle effectif dans le maintien de la paix et de la sécurité
internationales, en particulier en Afrique. La résolution issue de ce sommet
mérite notre soutien à tous car elle renforce à n'en pas douter, notre capacité
de prévention et de gestion des crises.
Monsieur le Président,
II nous faut poursuivre les efforts pour libérer le monde de la peur face aux armes de destruction massive. II nous faut également faire face à la menace que constitue les armes légères.
Dans le domaine de la non-prolifération nucléaire, la prorogation indéfinie du régime du Traité de non-prolifération (TNP), l'entrée en vigueur de la Convention sur les armes chimiques, la signature et la ratification de bien d'autres traités touchant à des domaines importants du désarmement, la création de zones exemptes d'armes nucléaires sont un apport important dans l'établissement de la confiance et dans le désarmement nucléaire.
De même,
le Mali est pleinement engagé dans les actions en cours pour endiguer le fléau
de la prolifération des armes légères. Et je voudrais du haut de cette tribune
lancer un appel en vue d'un appui coordonné et accru en faveur des efforts
régionaux en la matière: soutien aux moratoires, respect des embargos sur
les livraisons d'armes et renforcement des contrôles.
De l'avis
de ma délégation, la prochaine conférence des Nations Unies de 2001 sur la
question dolt offrir à la Communauté internationale l'occasion de prendre
les mesures appropriées pour mettre fin à l'accumulation excessive et déstabilisatrice
de ces types d'armes. A cette fin cette conférence doit aborder tous les aspects
et privilégier la transparence.
Comment ne pas évoquer ici la lancinante situation des enfants
touchés par les conflits, des enfants soldats, tant les liens sont patents
entre la prolifération des armes légères et le sort inacceptable fait à ces
enfants.
Notre responsabilité
est grande à leur égard et nous devons mettre fin à tant d'espoirs assassinés.
La Conférence Internationale de Winnipeg sur les enfants touchés par les conflits
qui vient de s'achever il y a quelques jours a été l'occasion de raffermir
notre engagement en vue d'assurer à tous les enfants un état de santé meilleure,
l'école pour tous, filles et garçons, à l'abri des guerres, des violences
et des famines.
Monsieur le Président,
A l'aube
du troisième millénaire, l'une des tâches la plus urgente à laquelle est confrontée
l'humanité est de mettre un terme à l'aggravation croissante des inégalités
qui ne cessent de se creuser entre les pays riches et les pays pauvres.
A cette fin,
il nous faut nous attaquer aux causes profondes des conflits, principalement
dans leurs dimensions économiques et sociales.
C'est qu'en
effet, dans un environnement international plus que jamais marqué par le processus
de mondialisation, la persistance de la pauvreté représente le défi le plus
redoutable qu'il convient de relever.
Dans cette
perspective, le problème de la dette des pays en développement doit continuer
d'être au centre des préoccupations parce qu'elle constitue un obstacle majeur
aux efforts de développement de ces pays.
L'annulation
totale de la dette est aujourd'hui nécessaire dans la perspective d'une nouvelle
stratégie de développement.
Cette nouvelle
stratégie de développement implique des investissements directs, l'accès sans
entrave aux marchés par un traitement spécial et différencié, une juste rémunération
de nos produits, les transferts des nouvelles technologies qui sont tous des
facteurs déterminants pour le développement.
C'est dire,
Monsieur le Président, que la question du financement du développement doit
rester à l'ordre du jour de nos travaux et ma délégation se réjouit de la
convocation en 2001 d'une réunion de haut niveau, chargée d'examiner cette
question à l'échelon intergouvernemental.
II reste
également que les défis du développement ne pourront être relevés sans la
mise en place d'un système financier inernational stable. Mon pays plaide
pour une réforme de l'architecture financière internationale qui tienne compte
de la dimension sociale du développement et qui ne compromette point la capacité
des pays à poursuivre leurs objectifs nationaux de développement.
L'Afrique
quant à elle, Monsieur le Président a bien compris que le rôle et la place
qui lui reviennent dans le monde qui se dessine, implique une approche politique
renouvelée de l'intégration et de l'unité du continent. C'est dans cette vision
que s'inscrit la création de L'Union Africaine. Celle-ci se veut une Afrique
unie, forte du développement intégré de ses potentialités avec une conscience
aiguë de ses atouts stratégiques. Premier pays à ratifier l'acte constitutif
de l'Union Africaine, le Mali est convaincu qu'elle constitue le tremplin
indispensable au développement du continent, à une Afrique responsable, une
Afrique qui compte.
Au total,
nous devons nous atteler à l'éradication de la pauvreté. Notre devoir sera
de garantir à tou les être humains l'accès à une vie décente et digne, garantir
l'égalité des chances à tous les peuples.
Cet objectif
est à notre portée et nécessite le renforcement de la coopération et de la
solidarité internationales selon une approche multilatérale conduite par les
Nations Unies.
Nous devons
favoriser le développement social global, car nous sommes d'avis qu'une richesse
sans mesure ni partage est une richesse pauvre, une richesse dénuée de toute
valeur sociale et donc contraire à l'essence de notre existence.
Monsieur le Président,
Les valeurs qui donnent un sens à la richesse du monde sont celles de la démocratie. Qu'il me soit permis à cet égard de rappeler les fortes paroles du Président Konaré qui déclarait à juste titre à la Conférence des Démocraties de Varsovie: “Le développement de la démocratie est l'assise d'un monde de paix, d'un monde de solidarité et de justice sociale. La démocratie seule permet à chacun de nous d'assumer la charge certes, mais aussi l'honneur d'être Homme, d'être au service des Hommes. Quel honneur d'être Homme!".
La Conférence
sur la Sécurité, la Stabilité, le Développement et la Coopération en Afrique
(CSSDA) ne s'y est pas trompée en déclarant que « la démocratie, la bonne
gouvernance, le respect des droits de l'homme et des peuples et l'Etat de
droit sont des conditions préalables à la réalisation de la sécurité, de la
stabilité et du développement du continent», et que «rien ne doit empécher
la confrontation des idées et la promotion du pluralisme politique».
Malgré des
insuffisances, des difficultés et des ruptures parfois violentes le processus
démocratique se consolide sur notre continent. L'Afrique en démocratie devient
chaque jour une réalité, une réalité encore fragile qu'il faut conforter.
Aussi, le
Mali se félicite de l'adoption, en juin dernier, par la Communauté des Démocraties,
de la Déclaration de Varsovie qui préconise le renforcement de la coopération
entre les pays démocratiques en vue de partager leurs meilleures expériences,
de se protéger face aux menaces contre les processus démocratiques et de favoriser
l'émergence d'un Forum de partenariat pour l'assistance aux démocraties en
transition.
Nous devons être plus fermes face aux changements inconstitutionnels
de régimes politiques pour consolider la démocratie. La condamnation dolt
être le principe et doit être suivie d'effets. A cet égard, le Président Konaré
indiquait que “les pressions ne seront crédibles et n'atteindront les objectifs
visés que si la communauté internationale adopte une attitude à la fois ferme,
cohérente et constructive face aux putschs et autres coups de force. II faut
éviter l'encouragement que pourrait constituer toute double lecture pour ceux
qui sont tentés par la violation des règles républicaines et démocratiques...
A cet égard, la Communauté internationale doit être plus claire et plus rigoureuse
dans sa démarche et apporter son soutien à l'O.U.A dans sa volonté de dissuasion
des putschs par une prise de position politique claire assortie de sanction
politique. Et pourquoi ne serait il pas envisagé que cette position soit reprise
par les Nations Unies ?”.
Dans le même
ordre d'idée, la Création d'une Cour pénale internationale que consacre le
Statut de Rome, institution permanente pour agir contre l'impunité, permettra
non seulement de juger les auteurs des crimes les plus attentatoires à la
dignité humaine, mais elle sera également un organe de dissuasion, susceptible
de contribuer ainsi au maintien de la paix et de la sécurité internationales.
A cet égard, je rappelle que le Mali a déjà ratifié le Statut de la Cour pénale
internationale marquant ainsi son adhésion à la lutte contre la culture de
l'impunité et pour le respect de la dignité humaine.
Monsieur le Président,
Le Mali,
se fondant sur les progrès réalisés dans le règlement de la question dite
Affaire de Lockerbie, en appelle à la levée définitive et immédiate des sanctions
qui frappent injustement le peuple frère de la Jamahiriya arabe libyenne.
II nous faut
être attentifs à la question des sanctions en raison des coûts humanitaires
qu'elles peuvent entraîner, et recourir de plus en plus aux sanctions ciblées
plus efficaces.
S'agissant
de la situation dans la péninsule coréenne, ma délégation se félicite de la
tenue récente du Sommet inter-coréen et de l'échange de visites des populations
des deux pays.
Dans ce contexte,
nous accueillons et appuyons ces initiatives qui instaurent un dialogue direct
entre les parties concernées et concourent à la paix et à la stabilité dans
la péninsule coréenne.
Monsieur le Président,
Le VIH/Sida
n'hypothèque pas seulement l'avenir de millions d'hommes, de femmes et d'enfants
d'Afrique, il constitue aussi une menace à la paix et à la sécurité internationales.
Ne pas s'en préoccuper serait une indifférence coupable et suicidaire. Nous
appuyons pleinement, à cet égard la proposition de convoquer une session extraordinaire
de l'Assemblée Générale consacrée à la question du SIDA.
Monsieur le Président,
L'adaptation
de l'Organisation des Nations Unies aux exigences de notre époque est d’une
ardente nécessité.
Les défis
auxquels nous sommes confrontés dans les domaines politique, économique et
social nous commandent de faire preuve de créativité et de réalisme pour formuler
des propositions novatrices et constructives et les traduire en actes concrets
dans l'intérêt bien compris de nos peuples.
Ma délégation est convaincue de la nécessité de démocratiser
davantage l'Organisation, et de la restructuration de l'ensemble des principaux
organes. A cet égard, la réforme du Conseil de sécurité traduira notre volonté
de moderniser cet important organe auquel la Charte confère des responsabilités
particulières en cas de menace et de rupture de la paix et de la sécurité
internationales. Le Conseil réformé devrait être plus transparent dans ses
méthodes de travail, plus démocratique, plus représentatif et plus légitime
dans sa composition et plus crédible dans sa perception par les autres Etats-membres.
Dans cette
optique, le Mali réaffirme les exigences de l'Afrique pour une répartition
équitable dans les deux catégories de sièges conformément à la Déclaration
de Hararé adoptée par le Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA.
Monsieur le Président,
Plus que jamais, l'homme doit être
au coeur du nouveau millénaire et les peuples attendent des Nations Unies
d'être le promoteur et le garant d'un monde de progrès pour tous, un monde
de paix et de partage. A cet égard, le Mali trouve dans la Déclaration du
millénaire, la trame d'un monde meilleur qu'il nous faut bâtir. Assurément,
c'est le temps de l'action.
Je vous remercie.