REPUBLIQUE DU MALI

 

Intervention de S.E.M Modibo Sidibé

 

Ministre des Affaires étrangères et des Maliens de l'extérieur


devant la 55e session ordinaire de


l'Assemblée générale des Nations Unies


New York, le 19 Septembre 2000



                                                                            

 

Monsieur le Président,

 

Permettez-moi, tout d'abord, de vous adresser mes félicitations les plus chaleureuses pour votre élection comme Président de la cinquante­cinquième session ordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU.

Je saisis cette occasion pour vous assurer du soutien total de ma délégation dans l'exercice de votre lourde et exaltante charge.

Je suis persuadé qu'avec votre expérience et vos talents de fin diplomate vous conduirez nos débats avec succès.

 

A votre prédécesseur, M. Théo Ben - Gurirab, Ministre des Affaires étrangères de la Namibie, je voudrais adresser mes sincères et chaleureuses félicitations pour la compétence et l'autorité dont il a fait preuve dans l'accomplissement de sa mission tout au long de la cinquante­quatrième session de l'Assemblée générale.

 

Permettez-moi de saisir cette occasion pour renouveler à Monsieur Kofi Annan, Secrétaire général de notre Organisation, toute la reconnaissance et tout le soutien de mon pays le Mali pour son combat constant et sa détermination dans la recherche d'un monde meilleur face aux multiples et complexes défis du nouveau millénaire.

 

Son remarquable rapport “ Nous, les Peuples des Nations Unies: le rôle de l'ONU au XXlème siècle” témoigne de cela.

 

Le Mali souhaite la bienvenue dans cette enceinte à Tuvalu dont l'admission consacre et renforce le caractère universel de notre Organisation.

                                                                            

Monsieur le Président,

 

Notre monde aspire plus que jamais à la paix et à la sécurité ainsi qu'à un développement humain durable.

 

Notre cinquante-cinquième session revêt à cet égard une portée sans précédent à la fois historique et politique.

 

La chance exceptionnelle que constitue le Sommet du Millénaire qui vient de nous faire espérer de l'Humanité ne doit pas être perdue. Avec la Déclaration du Millénaire qui témoigne de notre maturité et de notre sens élevé de la responsabilité face à l'avenir de l'humanité, il nous revient maintenant de bâtir ce monde meilleur que nous appelons de tous nos voeux. Les “ Peuples des Nations Unies “ nous regardent, ils sont impatients, ils veulent être plus que jamais acteurs de leur devenir; singulièrement les peuples démunis, nos peuples veulent être acteurs et bénéficiaires de la mondialisation.

 

Monsieur le Président, je vois là le sens historique et politique de notre session, son devoir de s'engager pour donner corps à la dynamiquë enclenchée.

 

En cela, nous avons, en parfaite communion, réaffirmer la place et le rôle des Nations Unies dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et dans la coopération pour le développement. Place et rôle qui exigent une Organisation des Nations Unies plus que jamais légitime parce que démocratique et forte. Mes propos à cette tribune s'inscrivent dans ce cadre.

                                                                        

Monsieur le Président,

 

Le maintien de la paix et de la sécurité internationales dolt demeurer pour nous un objectif prioritaire.

En effet, notre organisation est de plus en plus confrontée aux conflits internes, violents et meurtriers, qui ont coûté la vie à des millions de civils. II est donc crucial d'améliorer

le système de prévention et de renforcer la capacité de notre institution à organiser et

conduire les opérations avec efficacité et succès.

Qu'il me soit permis à cet égard de saluer le Rapport du Groupe d'étude sur les opérations de paix dirigé par Lakhdar Brahimi qui prend date dans le processus visant à faire des Nations Unies “véritablement une force crédible de paix”. II importe donc de donner rapidement une suite positive à ce rapport.

 

Et comme le souligne fort justement le Rapport Brahimi, l'intervention de l'Organisation des Nations Unies doit être décidée selon des critères uniformes, quelle que soit la région géographique des conflits. Le caractère pluridisciplinaire des nouvelles missions de maintien de la paix de l'Organisation des Nations Unies exige des mandats clairs et précis.

 

Dans cette perspective, le Mali se félicite des efforts accomplis en vue de renforcer la coopération avec les organisations régionales dans le cadre du maintien de la paix et dans le respect des compétences du Conseil de sécurité. C'est qu'en effet, les récents évènements en Sierra Leone nous le rappellent et nous interpellent fortement. Les efforts de l'OUA et des organisations sous régionales doivent être soutenus pour asseoir de véritables capacités régionales de proximité; il devrait en être ainsi pour la CEDEAO qui dispose déjà d’une force de maintien de la paix et, bientôt, d'un système d'alerte précoce.


 

Monsieur le Président,

 

Les opérations de maintien de la paix ne peuvent représenter des solutions permanentes aux conflits, ni constituer une réponse à leurs causes profondes. La Communauté internationale doit passer d’une culture de réaction à une culture de prévention, basée sur une approche multidimensionnelle, permettant sûrement d'épargner de nombreuses vies humaines et certainement de rendre disponibles des ressources additionnelles pour le développement.

 

Comment ne pas souligner aussi que l'efficacité de l'Organisation des Nations Unies en matière de maintien de la paix dépend largement de sa capacité de prévention, de gestion des crises et de consolidation de la paix.

 

Je voudrais, à cet égard, lancer un appel à la communauté internationale en vue de fournir une assise financière stable et saine pour les activités de maintien de la paix de notre Organisation.

 

Monsieur le Président, dans la même perspective je voudrais saluer la tenue le 7 septembre dernier, du deuxième Sommet du Conseil de sécurité qui s'est penché sur la nécessité d'assurer au Conseil un rôle effectif dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier en Afrique. La résolution issue de ce sommet mérite notre soutien à tous car elle renforce à n'en pas douter, notre capacité de prévention et de gestion des crises.


 

Monsieur le Président,

 

II nous faut poursuivre les efforts pour libérer le monde de la peur face aux armes de destruction massive. II nous faut également faire face à la menace que constitue les armes légères.

 

Dans le domaine de la non-prolifération nucléaire, la prorogation indéfinie du régime du Traité de non-prolifération (TNP), l'entrée en vigueur de la Convention sur les armes chimiques, la signature et la ratification de bien d'autres traités touchant à des domaines importants du désarmement, la création de zones exemptes d'armes nucléaires sont un apport important dans l'établissement de la confiance et dans le désarmement nucléaire.

 

De même, le Mali est pleinement engagé dans les actions en cours pour endiguer le fléau de la prolifération des armes légères. Et je voudrais du haut de cette tribune lancer un appel en vue d'un appui coordonné et accru en faveur des efforts régionaux en la matière: soutien aux moratoires, respect des embargos sur les livraisons d'armes et renforcement des contrôles.

 

De l'avis de ma délégation, la prochaine conférence des Nations Unies de 2001 sur la question dolt offrir à la Communauté internationale l'occasion de prendre les mesures appropriées pour mettre fin à l'accumulation excessive et déstabilisatrice de ces types d'armes. A cette fin cette conférence doit aborder tous les aspects et privilégier la transparence.

 

Comment ne pas évoquer ici la lancinante situation des enfants touchés par les conflits, des enfants soldats, tant les liens sont patents entre la prolifération des armes légères et le sort inacceptable fait à ces enfants.


 

Notre responsabilité est grande à leur égard et nous devons mettre fin à tant d'espoirs assassinés. La Conférence Internationale de Winnipeg sur les enfants touchés par les conflits qui vient de s'achever il y a quelques jours a été l'occasion de raffermir notre engagement en vue d'assurer à tous les enfants un état de santé meilleure, l'école pour tous, filles et garçons, à l'abri des guerres, des violences et des famines.

 

Monsieur le Président,

 

A l'aube du troisième millénaire, l'une des tâches la plus urgente à laquelle est confrontée l'humanité est de mettre un terme à l'aggravation croissante des inégalités qui ne cessent de se creuser entre les pays riches et les pays pauvres.

 

A cette fin, il nous faut nous attaquer aux causes profondes des conflits, principalement dans leurs dimensions économiques et sociales.

 

C'est qu'en effet, dans un environnement international plus que jamais marqué par le processus de mondialisation, la persistance de la pauvreté représente le défi le plus redoutable qu'il convient de relever.

 

Dans cette perspective, le problème de la dette des pays en développement doit continuer d'être au centre des préoccupations parce qu'elle constitue un obstacle majeur aux efforts de développement de ces pays.

 

L'annulation totale de la dette est aujourd'hui nécessaire dans la perspective d'une nouvelle stratégie de développement.

 

Cette nouvelle stratégie de développement implique des investissements directs, l'accès sans entrave aux marchés par un traitement spécial et différencié, une juste rémunération de nos produits, les transferts des nouvelles technologies qui sont tous des facteurs déterminants pour le développement.

 

C'est dire, Monsieur le Président, que la question du financement du développement doit rester à l'ordre du jour de nos travaux et ma délégation se réjouit de la convocation en 2001 d'une réunion de haut niveau, chargée d'examiner cette question à l'échelon intergouvernemental.

 

II reste également que les défis du développement ne pourront être relevés sans la mise en place d'un système financier inernational stable. Mon pays plaide pour une réforme de l'architecture financière internationale qui tienne compte de la dimension sociale du développement et qui ne compromette point la capacité des pays à poursuivre leurs objectifs nationaux de développement.

 

L'Afrique quant à elle, Monsieur le Président a bien compris que le rôle et la place qui lui reviennent dans le monde qui se dessine, implique une approche politique renouvelée de l'intégration et de l'unité du continent. C'est dans cette vision que s'inscrit la création de L'Union Africaine. Celle-­ci se veut une Afrique unie, forte du développement intégré de ses potentialités avec une conscience aiguë de ses atouts stratégiques. Premier pays à ratifier l'acte constitutif de l'Union Africaine, le Mali est convaincu qu'elle constitue le tremplin indispensable au développement du continent, à une Afrique responsable, une Afrique qui compte.

          

Au total, nous devons nous atteler à l'éradication de la pauvreté. Notre devoir sera de garantir à tou les être humains l'accès à une vie décente et digne, garantir l'égalité des chances à tous les peuples.

 

Cet objectif est à notre portée et nécessite le renforcement de la coopération et de la solidarité internationales selon une approche multilatérale conduite par les Nations Unies.

 

Nous devons favoriser le développement social global, car nous sommes d'avis qu'une richesse sans mesure ni partage est une richesse pauvre, une richesse dénuée de toute valeur sociale et donc contraire à l'essence de notre existence.

 

Monsieur le Président,

 

Les valeurs qui donnent un sens à la richesse du monde sont celles de la démocratie. Qu'il me soit permis à cet égard de rappeler les fortes paroles du Président Konaré qui déclarait à juste titre à la Conférence des Démocraties de Varsovie: “Le développement de la démocratie est l'assise d'un monde de paix, d'un monde de solidarité et de justice sociale. La démocratie seule permet à chacun de nous d'assumer la charge certes, mais aussi l'honneur d'être Homme, d'être au service des Hommes. Quel honneur d'être Homme!".

                                                                       

La Conférence sur la Sécurité, la Stabilité, le Développement et la Coopération en Afrique (CSSDA) ne s'y est pas trompée en déclarant que « la démocratie, la bonne gouvernance, le respect des droits de l'homme et des peuples et l'Etat de droit sont des conditions préalables à la réalisation de la sécurité, de la stabilité et du développement du continent», et que «rien ne doit empécher la confrontation des idées et la promotion du pluralisme politique».

 

Malgré des insuffisances, des difficultés et des ruptures parfois violentes le processus démocratique se consolide sur notre continent. L'Afrique en démocratie devient chaque jour une réalité, une réalité encore fragile qu'il faut conforter.

 

Aussi, le Mali se félicite de l'adoption, en juin dernier, par la Communauté des Démocraties, de la Déclaration de Varsovie qui préconise le renforcement de la coopération entre les pays démocratiques en vue de partager leurs meilleures expériences, de se protéger face aux menaces contre les processus démocratiques et de favoriser l'émergence d'un Forum de partenariat pour l'assistance aux démocraties en transition.

 

Nous devons être plus fermes face aux changements inconstitutionnels de régimes politiques pour consolider la démocratie. La condamnation dolt être le principe et doit être suivie d'effets. A cet égard, le Président Konaré indiquait que “les pressions ne seront crédibles et n'atteindront les objectifs visés que si la communauté internationale adopte une attitude à la fois ferme, cohérente et constructive face aux putschs et autres coups de force. II faut éviter l'encouragement que pourrait constituer toute double lecture pour ceux qui sont tentés par la violation des règles républicaines et démocratiques... A cet égard, la Communauté internationale doit être plus claire et plus rigoureuse dans sa démarche et apporter son soutien à l'O.U.A dans sa volonté de dissuasion des putschs par une prise de position politique claire assortie de sanction politique. Et pourquoi ne serait il pas envisagé que cette position soit reprise par les Nations Unies ?”.

 

Dans le même ordre d'idée, la Création d'une Cour pénale internationale que consacre le Statut de Rome, institution permanente pour agir contre l'impunité, permettra non seulement de juger les auteurs des crimes les plus attentatoires à la dignité humaine, mais elle sera également un organe de dissuasion, susceptible de contribuer ainsi au maintien de la paix et de la sécurité internationales. A cet égard, je rappelle que le Mali a déjà ratifié le Statut de la Cour pénale internationale marquant ainsi son adhésion à la lutte contre la culture de l'impunité et pour le respect de la dignité humaine.

 

Monsieur le Président,

 

Le Mali, se fondant sur les progrès réalisés dans le règlement de la question dite Affaire de Lockerbie, en appelle à la levée définitive et immédiate des sanctions qui frappent injustement le peuple frère de la Jamahiriya arabe libyenne.

 

II nous faut être attentifs à la question des sanctions en raison des coûts humanitaires qu'elles peuvent entraîner, et recourir de plus en plus aux sanctions ciblées plus efficaces.

 

S'agissant de la situation dans la péninsule coréenne, ma délégation se félicite de la tenue récente du Sommet inter-coréen et de l'échange de visites des populations des deux pays.

 

Dans ce contexte, nous accueillons et appuyons ces initiatives qui instaurent un dialogue direct entre les parties concernées et concourent à la paix et à la stabilité dans la péninsule coréenne.

 

Monsieur le Président,

 

Le VIH/Sida n'hypothèque pas seulement l'avenir de millions d'hommes, de femmes et d'enfants d'Afrique, il constitue aussi une menace à la paix et à la sécurité internationales. Ne pas s'en préoccuper serait une indifférence coupable et suicidaire. Nous appuyons pleinement, à cet égard la proposition de convoquer une session extraordinaire de l'Assemblée Générale consacrée à la question du SIDA.

 

Monsieur le Président,

 

L'adaptation de l'Organisation des Nations Unies aux exigences de notre époque est d’une ardente nécessité.

 

Les défis auxquels nous sommes confrontés dans les domaines politique, économique et social nous commandent de faire preuve de créativité et de réalisme pour formuler des propositions novatrices et constructives et les traduire en actes concrets dans l'intérêt bien compris de nos peuples.

 

Ma délégation est convaincue de la nécessité de démocratiser davantage l'Organisation, et de la restructuration de l'ensemble des principaux organes. A cet égard, la réforme du Conseil de sécurité traduira notre volonté de moderniser cet important organe auquel la Charte confère des responsabilités particulières en cas de menace et de rupture de la paix et de la sécurité internationales. Le Conseil réformé devrait être plus transparent dans ses méthodes de travail, plus démocratique, plus représentatif et plus légitime dans sa composition et plus crédible dans sa perception par les autres Etats-membres.

 

Dans cette optique, le Mali réaffirme les exigences de l'Afrique pour une répartition équitable dans les deux catégories de sièges conformément à la Déclaration de Hararé adoptée par le Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'OUA.

 

Monsieur le Président,

 

Plus que jamais, l'homme doit être au coeur du nouveau millénaire et les peuples attendent des Nations Unies d'être le promoteur et le garant d'un monde de progrès pour tous, un monde de paix et de partage. A cet égard, le Mali trouve dans la Déclaration du millénaire, la trame d'un monde meilleur qu'il nous faut bâtir. Assurément, c'est le temps de l'action.

 

Je vous remercie.