ALLOCUTION

 

DE

 

SON EXCELLENCE MONSIEUR FRITZ LONGCHAMP

 

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

 

DE LA REPUBLIQUE D'HAITI

 

A

 

LA CINQUANTE CINQUIEME SESSION ORDINAIRE

 

DE L'ASSEMBLEE GENERALE

 

DES NATIONS UNIES

 

New York, le 20 septembre 2000

 

 

 

Monsieur le Président,

 

Il me plaît de joindre la voix de la République d'Haïti à toutes celles qui se sont déjà élevées pour vous féliciter de votre élection à la présidence de la 55ème Session ordinaire de l'Assemblée Générale des Nations Unies. Je profite également de l'occasion pour rendre hommage au Dr Theo Ben GURIRAB qui a su conduíre à bon port les travaux de Ia 54ème Session de l'Assemblée Générale. Je ne saurais manquer d'avoir une pensée particulière pour le Secrétaire Général, M. Kofi ANNAN qui a contribué de manière notable à raffermir la confiance en notre Organisation.

 

La République d'Haïti s'estime heureuse de souhaiter la bienvenue à Tuvalu au sein de notre Organisation.

 

Monsieur le Président,

 

Cette Session revêt pour les Etats membres de l'Organisation une importance particutière; car elle leur permettra d'étudier les moyens d'exécution des décisions que les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont prises durant le Sommet du Mitlénaire afro de parvenu à une politique de coopération globate et effective pour le 21ème siècle.

 

Monsieur le Président,

 

En dépit de toutes les critiques légitimes qu'on peut formuler à son encontre après 55 années d'existence, le système des Nations Unies n'en demeure pas moms la seine structure à l'échelle globate appelée à apporter des réponses collectives aux problèmes auxquels nous sommes confrontés tant au niveau de la sécurité internationale, de la sécurité écologique que du dévetoppement économique et social.

Très souvent notre Organisation se trouve prise à défaut auant aux solutions à apporter aux problèmes. It est toutefois biers connu que cette inefficacité résulte de plusieurs facteurs dont le manque de ressources, les défaillances dans la gestion des ressources disponibles, des redondances au niveau des institutions ou des agences onusiennes.

 

Nous pensons qu'il est important de poursuivre l'effort de rationalisation du fonctionnement de l'Organisation afin d'obtenir le maximum de résultats avec les moyens existents. Car, nous devons garder à l'esprit que confier des mandats à l'ONU sans les assortir des moyens d'exécution appropriés a comme conséquence inévitable et néfaste de miner la crédibilité de l'Organisation.


 

Monsieur le Président,

 

En juin dernier, à Genève, une évaluation a été faite concernant les résultats du Sommet Mondial de Copenhague sur le Développement Social. Le bilan à ce sujet s'est révélé très mitigé, pour ne pas dire négatif.

 

Le fait est que la Déclaration de Copenhague et son Programme d'action répondaient à une situation socio-historique globate caractérisée par un écart grandissant entre le Nord et le Sud, dune part et, de l'autre, par un processus de désarticulation prononcée entre les aspects économiques positifs et des aspects sociaux négatifs de la mondialisation.

 

La question du Développement social est donc d’une urgence de plus en plus marquée au fur et à mesure que la mondialisation s'accélère. Pour sa part, en dépit de toutes les difficultés d'ordre politique et économique que confronte la République d'Haïti, le Gouvernement haïtien a déployé des efforts constants dens le but d'atteindre les objectifs fixés par le Sommet. En témoigne le fait minime mais significatif que de 1997 à 2000 Haïti a progressé de la 156ème à la 150ème place à l’échelle du développement humain conçue par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Cependant, nous savons que nous sommes encore très loin d'atteindre un niveau acceptable en matière de développement social; c'est pourquoi, le Gouvernement haïtien continue d'accorder une attention particulière à la "mise en oeuvre du Programme d'action pour les années 90 en faveur des pays les moms avancés ".


 

La Troisième Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés se tiendra en mai 2001 à Bruxelles. Elle devra, entre autres, dresser le bilan de ce qui a été accompli dans le domaine du renforcement des capacités humaines et institutionnelles des PMA. Renforcement sans lequel il sera particulièrement difficile pour les Pays les moins Avancés d'atteindre pleinement les objectifs fixés par le plan d'action de Copenhague.

 

Monsieur le Président,

 

Au-delà de son aspect social, la question du Développement sera déterminante en ce qui a trait au devenir pacifique des relations internationales. Les statistiques nous rappellent quotidiennement combien les pays du Nord et ceux du Sud s'éloignent de plus en plus les uns des autres au rythme des transformations s'opérant dans la mouvance de la globalisation. Cette situation est dangereuse pour la stabilité du système international tart au niveau politique, économique qu'écologique et pourrait conduire à long terme à (extension des zones de non droit, aux phénomènes migratoires intempestifs et à la perpétuation des conflits ou de violence armée comme mode de relations entre les nations et à l'intérieur même des Nations.

 

Aussi la République d'Haïti se félicite-t-elle que le deuxième dialogue de haut niveau sur le renforcement de la coopération économique internationale pour le développement par le partenariat, qui aura lieu l'année prochaine, aura pour thème central l'identification des moyens propres à “ faciliter l'intégration des pays en développement daps l'économie mondiale au 21ème siècle ".

 

Monsieur le Président,

 

L'économie du 21ème siècle sera de plus en plus fondée sur les Nouvelles Technologies de l’Information. Ce qui constituera un enjeu de taille et un défi immense pour les pays en développement. De ce fait, la valorisation des ressources culturelles et génétiques locales en vue du développement et de la préservation des connaissances traditionnelles devient une exigence dans la problématique du développement durable dans la mesure où elle offre aussi un cadre juridique adéquat susceptible de permettre aux pays du Sud de préserver leurs droits de propriété intellectuelle  sur leurs resources génétiques.

 

Monsieur le Président,

 

La mise en oeuvre dune politique globale en faveur du développement économique sera sans effet significatif sur le développement réel de l'être humain si la question de la paix est négligée. Les concepts de paix et de développement sont donc interdépendants et se stimulent mutuellement. Dans la Convention créant l'UNESCO, nous avons déclaré de façon explicite que "les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ". Il est donc impératif que le concept et la praxis de la paix soient élevés au rang dune véritable culture afin de permettre aux sociétés et aux individus de se développer et de s'enrichir à travers et grâce à leur diversité culturelle. Nous nous félicitons de la consécration de l'armée 2001 comme "année du dialogue entre les civilisations ".

 

Le développement social et la diffusion à l'échelle planétaire dune culture de la paix sont certes des éléments fondamentaux; cependant il importe, à notre avis, d'accueillir favorablement l'idée de les intégrer dans un champ conceptuel et opérationnel plus vaste: celui de la sécurité humaine qua situe la personne humaine au coeur même des priorités internationales. Car loin de léser les intérêts de l'Etat -Nation, la sécurité humaine rejoint pleinement ses préoccupations. En effet, en dépassant sur le plan formel le champ d'action naturel de l'Etat-Nation, la sécurité humaine vise des phénomènes transnationaux comme la dégradation de l'environnement, les catastrophes naturelles, la criminalité internationale dans ses variantes multiples qua font peser des menaces graves sur la maîtrise et la conduite des affaires nationales. Le grand défi aujourd'hui est d'élaborer et de mettre en application un programme pour la sécurité humaine qui établit comme étalon de mesure de son succès sa capacité à libérer les hommes et les femmes de notre monde de l’esclavage, de la pauvreté.


 

Monsieur le Président,

 

Dans la recherche des solutions aux problèmes actuels, il nous faudra envisager la réforme de notre Organisation et spécialement le Conseil de Sécurité et le Conseil économique et social.

 

Les questions de développement étant liées à celles de sécurité internationale, il importe, Monsieur le Président, de ne négliger ni l'une ni l'autre de ces réformes. Après des années de négociation et de débats, le moment est venu pour la communauté internationale d'arriver à un consensus au sujet de la démocratisation du Conseil de Sécurité afin qu'il soit plus adapté aux nouvelles dynamiques de la réalité internationale. Il serait tout à fait opportun de penser également à une réévaluation profonde du droit de veto qui ne Concorde plus avec l'état actuel des relations internationales.

 

La réalisation de ces objectifs permettra à notre Organisation d'atteindre sa double mission, à savoir: assurer la paix entre les nations et aider les peuples de la terre à développer leur potentiel.

 

De même, la réforme du Conseil Economique et Social est un paramètre essentiel à toute velléité de dotes l'Organisation des Nations Unies des instruments indispensables pour affronter les défis du 21ème siècle. Cette réforme devra nécessairement éviter ou éliminer le chevauchement fonctionnel des programmes d' action des institutions et des agences du système des Nations Unies tout en développant la politique du "partenariat pour le développement". Dans cette perspective, il est indispensable de renforcer les fonctions du Conseil Economique et Social en ce qui concerne la coordination des fonds et programmes de l' Organisation. Ce renforcement du rôle et de l’action du Conseil Economique et Social est d'autant plus crucial qu'à l'heure de la mondialisation, seule la définition et la mise en oeuvre au niveau multilatéral de plans d'actions coordonnés permettront de contribuer de façon significative aux efforts des Etats visant à éradiquer la pauvreté et jeter des bases solides pour un développement durable intégral.


                                                    

Monsieur le Président,

 

Notre organisation est appelée à juste titre une organisation universelle. Voilà pourquoi la République d'Haïti a accueilli avec satisfaction et enthousiasme notre décision unanime d'admettre Tuvalu comme son 18ème membre. Il est en effet juste que les 9,000 habitants de ce pays soient normalement représentés dans l' Organisation mondiale.

 

Dans ce contexte, Monsieur le Président, la situation dans laquelle se trouvent les 23 millions de chinois de Taiwan ne peut nous laisser indifférents. Nous nous félicitons que l'approche du dialogue continue de prévaloir des deux côtés du Détroit de Taiwan. En attendant que la disposition au dialogue produise des résultats satisfaisants pour les deux parties, nous estimons que la question de la représentation de ces 23 millions de personnes mérite de retenir l'attention de l'Organisation des Nations Unies.

 

Monsieur le Président,

 

Permettez-moi de terminer en citant quelques chiffres. D'après le dernier rapport sur le développement élaboré par la Banque Mondiale, le cinquième des hommes et femmes de notre monde, soit non moins de 1.2 milliards de personnel, vit avec moins d'un dollar par jour. Un enfant sur cinq mourra avant d' atteindre son cinquième anniversaire. La Banque Mondiale nous apprend aussi que les vingt pays les plus riches ont un revenu moyen 37 fois plus élevé que celui des 20 pays les plus appauvris, écart double de celui enregistré au début des quarante dernières années.



            Et pourtant, Monsieur le Président, ces quarante dernières années ont constitué autant de décennies consacrées au développement par la communauté internationale. Il y a donc un problème, Monsieur le Président, que je qualifierais de « Paradoxe du vingtième siècle. » Jamais l'humanité n'a atteint une capacité aussi grande de produire toutes sortes de biens et de richesses. Jamais cependant l'humanité n'a contenu dans son sein un nombre aussi élevé d'humains manquant de pain sans justification.

 

Le défi suprême aujourd'hui est que le 21ème siècle ne ressemble soul ce rapport au 20`eme. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que l'augmentation fulgurante et incessante des connaissances scientifiques soit mise dans la proportion convenable au service de la lutte pour l'élimination de la pauvreté dans ses différentes manifestations.

 

L' Organisation des Nations Unies ne peut passer cinquante-cinq autres années à parler de développement. Le moment est venu, est déjà révolu, de le rendre possible. Toute la crédibilité de l'Organisation se joue daps cette question, car Bans le fond le « développement est l' autre nom de la paix. »

 

En dépit des obstacles multiples, la République d'Haïti nourrit l'espoir que la Communauté des Etats arrivera à construire au cours de ce siècle et de ce millénaire un monde dans lequel les besoins essentiels seront satisfaits, la nature protégée, le fléau de la drogue et du crime organisé maîtrisé, avec des opportunités pour tous, des espoirs et des perspectives d'avenir plus rassurantes, en particulier pour les jeunes et les moins favorisés.

 

Je vous remercie !