RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

 

DISCOURS

DE

 

SON EXCELLENCE MADAME CAMARA MAHA WA BANGOURA

MINISTRE A LA PRESIDENCE CHARGE DES AFFAIRES

ETRANGERES ET DE LA COOPERATION

DE LA REPUBLIQUE DE GUINEE

 

A LA CINQUANTE CINQUIEME SESSION ORDINAIRE

DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

 

14 Septembre 2000

 



Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Distingués Délégués,

Mesdames et Messieurs,

 

Je suis particulièrement heureuse, au nom du Peuple et du Gouvernement guinéens, de vous adresser mes chaleureuses félicitations pour le choix unanime porté sur vous pour présider les travaux de cette 55ème Session de l'Assemblée Générale.

 

Votre brillante élection témoigne de votre mérite personnel, de vos qualités humaines et de votre riche expérience des relations internationales.

 

Elle traduit également la haute considération de la Communauté internationale pour votre grand pays, la Finlande, dont l'engagement au service des idéaux de paix, de justice, de progrès et de la promotion des femmes est connu et apprécié de tous.

 

Membre de surcroît du Bureau de l'Assemblée, ma délégation voudrait vous assurer Monsieur le Président, de son soutien et de sa pleine coopération.

 

Aussi, il me plaît de rendre hommage, à votre prédécesseur Monsieur THEO BEN GURIRAB de la Namibie qui, durant son mandat, s'est honorablement acquitté de ses lourdes responsabilités au service de notre Organisation.

 

Je rends également hommage, au Secrétaire Général de l'ONU, Monsieur Kofi Annan, dont le travail élogieux à la tête de l'Organisation mérite notre haute appréciation et notre soutien.

 

C'est aussi l'occasion d'exprimer notre appréciation pour son excellent rapport intitulé: « Nous, les Peuples des Nations Unies : le rôle de l'ONU au XXlème siècle ».

 

Ce document remarquable a le mérite de prendre en compte toutes les préoccupations actuelles de nos États.

 

Je voudrais ensuite saluer l'admission de l'Etat de Tuvalu comme 189ème membre de notre Organisation, ce qui vient conforter ainsi l'universalité de l'ONU.

 

La présente Session de l'Assemblée Générale qui revêt un caractère historique, se tient au moment où notre Organisation vient d'enregistrer le succès du Sommet du Millénaire qui a réuni dans cette enceinte la quasi-totalité des leaders du monde.

 

Les résultats de cette importante rencontre constituent un gage d'espoir pour nos peuples à l'aube de ce nouveau millénaire.



                                                                             

Monsieur le Président,

 

Il y a tout juste une semaine, du haut de cette même tribune, le Premier Ministre guinéen informait la Communauté Internationale d'une agression barbare contre la République de Guinée.

 

Cette agression n'avait pour objectif que la déstabilisation de mon pays.

 

Les attaques meurtrières et dévastatrices menées contre les paisibles populations guinéennes ont été menées par des bandes armées venues du Libéria.

 

Il est cependant regrettable de constater qu'un autre pays africain frère, le Burkina Faso, soit impliqué dans cette agression.

 

La République de Guinée, pays de paix et d'hospitalité, qui a payé un lourd tribut pour accueillir des centaines de milliers de réfugiés et oeuvrer pour la restauration de la paix et de la concorde en Afrique de l'Ouest, vient d'être ainsi agressée par ceux-là mêmes qui ont provoqué les génocides et les mutilations au Libéria et en Sierra Leone.

 

Je voudrais ici lancer un appel pressant à la Communauté Internationale pour condamner fermement cette agression qui s'inscrit dans un plan de déstabilisation de la sous-région.

 

C'est ce qui justifie la saisine du Conseil de Sécurité par mon Gouvernement pour que des mesures énergiques soient prises pour garantir la paix, la sécurité et la stabilité dans la région ouest-africaine.

 

Confronté aux dures conséquences de la présence massive de 800 000 réfugiés sur son territoire depuis une dizaine d'années, le gouvernement guinéen a dû opérer des réaffectations de ressources au détriment du programme de développement économique du pays. C'est pourquoi, mon gouvernement apprécie à sa juste valeur l'initiative des Nations Unies relative à l'organisation d'une conférence de soutien et de solidarité de la Communauté lnternationale à l'endroit de la Guinée.

 

A cet égard, je tiens au nom du Gouvernement guinéen, à renouveler au Secrétaire Général en particulier, et à tous ceux qui ont contribué à la mise en oeuvre de cette importante initiative, les sincères remerciements de ma délégation.

 

Aussi, mon pays attend avec un grand intérêt la conduite à son terme de cette initiative par la tenue effective de la 2ème rencontre prévue à Genève au mois de novembre prochain.

 

C'est le lieu d'aborder l'épineuse question des conflits en Afrique.


 

En effet, les nombreuses crises survenues sur ce continent, constituent une menace à la paix et une atteinte grave aux buts et principes poursuivis par l'Organisation des Nations Unies.

 

L'ampleur et la multiplication de ces crises compromettent aujourd'hui tous les efforts de développement national et d'intégration sous-régionale.

 

Je voudrais saisir cette opportunité pour saluer l'excellent rapport du groupe d'Étude sur les Opérations de Paix des Nations Unies sous la direction de Monsieur Lakhdar Brahimi. Les recommandations contenues dans ce rapport ont permis au Conseil de Sécurité d'adopter une importante résolution portant sur la nécessité d'assurer au Conseil un rôle effectif dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier en Afrique.

 

Ma délégation souhaite que les innovations contenues dans cette résolution soient prises en compte pour garantir l'efficacité des opérations de paix.

 

L'Afrique qui reste encore le théâtre de nombreux conflits a fait du renforcement de ses capacités en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits, l'une de ses principales priorités.

 

Ainsi, qu'il s'agisse du conflit entre l'Éthiopie et l'Érythrée ou de la situation dans la région des grands lacs, en Angola ou en République Démocratique du Congo, des percées significatives ont été réalisées dans la recherche de solutions pacifiques, justes et durables grâce à l'action concertée de l'Organisation de l'Unité Africaine et de l'Organisation des Nations Unies.

 

Dans la Sous-région Ouest Africaine, la recherche de la paix en Sierra Léone se poursuit avec le concours méritoire des Etats membres de la CEDEAO et le soutien actif de l'Organisation des Nations Unies à travers le déploiement de la MINUSIL.

 

Ma délégation tient ici à exprimer son soutien total à la Résolution 1206 du Conseil de Sécurité imposant un embargo sur la commercialisation et la vente illicite des diamants dans les zones de conflits.

 

Elle lance un appel pressant à tous les États et aux institutions spécialisées pour leur collaboration active dans l'application effective de cette décision.



Monsieur le Président,

 

La prolifération des armes légères et leur circulation incontrôlée constituent un autre sujet de grande préoccupation et un facteur majeur qui complique et prolonge les conflits en Afrique et de manière plus tragique, encourage l’enrôlement des enfants-soldats.

 

En effet, la résurgence des mouvements de rébellion et l'expansion du grand banditisme dans nos pays, sont rendus possibles par ce phénomène dont l'éradication requiert le soutien ferme de la Communauté Internationale.

 

A cet égard, mon pays se réjouit des initiatives prises par les Nations Unies et l'OUA visant à conforter les efforts de nos États dans la lutte contre ce fléau qui menace la stabilité de notre continent.

 

Monsieur le Président,

 

Ce 3ème millénaire qui débute sera celui de tous les défis et aussi de tous les espoirs. Espoir de voir se réaliser le plan de règlement du conflit au Sahara Occidental grâce aux efforts conjugués de l'OUA et des Nations Unies. Espoir de voir enfin Israël et ses voisins arabes offrir une chance à la paix par un règlement juste et durable de la crise, prenant en compte les aspirations légitimes du Peuple palestinien, le respect des droits et de la dignité de tous les peuples de la région.

 

Monsieur le Président,

 

La question du développement reste un des enjeux majeurs de ce siècle et à ce titre, elle doit demeurer au centre des préoccupations de notre Organisation.

 

Au moment où une partie de la planète a franchi allègrement le seuil de ce nouveau millénaire et s'engage à la faveur de la mondialisation dans ce que l'on appelle aujourd'hui, la «mouvelle économie », une bonne partie du monde, du reste, la plus grande, continue toujours de vivre dans la pauvreté subissant ainsi les effets pervers de cette mondialisation.

 

Au regard de la situation préoccupante qui prévaut sur le continent africain, la principale preoccupation des Peuples des Nations Unies devrait être l'Afrique, afin d'éradiquer les causes profondes de son non-développement et lui permettre d'éliminer la pauvreté, d'accroître ses capacités en vue d'un meilleur accès aux marchés.

 

Pour ce faire, l'annulation de la dette, l'accroissement de l'aide publique au développement et une meilleure prise en compte de ses besoins spécifiques devront permettre l'intégration du continent africain au marché mondial.



C'est pourquoi, ma délégation se fondant sur la corrélation entre la paix et le développement se félicite des récentes décisions du G-8 tenu à Okinawa, visant à lutter plus efficacement contre la pauvreté, à combler la fracture numérique entre le Nord et le Sud et à humaniser la mondialisation.

 

A cet égard, elle en appelle à plus de solidarité des pays riches et espère vivement qu'au-delà des professions de foi, des mesures concrètes soient prises pour permettre aux pays en développement et particulièrement à l'Afrique, de connaître une croissance soutenue devant conduire à un développement durable.

 

Dans cette perspective, ma délégation lance un appel à tous les partenaires au développement afin qu'ils contribuent au moyen d'une aide plus généreuse et mieux ciblée au renforcement des capacités institutionnelles de nos États, à la création d'infrastructures adéquates, gage d'un développement équilibré et de succès de la lutte contre la pauvreté.

 

Monsieur le Président,

 

La République de Guinée est très préoccupée par les ravages causés par le virus du SIDA. Elle estime que c'est là un front de lutte qui doit davantage mobiliser la Communauté Internationale en vue de consentir les sacrifices nécessaires pour enrayer ce fléau qui fait plus de victimes en Afrique que partout ailleurs dans le monde.

 

C'est pourquoi, ma délégation soutient les importantes décisions issues de la récente conférence internationale tenue à Durban en Afrique du Sud.

 

Monsieur le Président,

 

La protection des droits fondamentaux de l'homme, la satisfaction de ses besoins prioritaires et la justice sociale doivent demeurer au centre des préoccupations de l'Organisation des Nations Unies.

 

L'ONU dans son rôle irremplaçable d'instrument de promotion de la coopération et de la compréhension entre les peuples doit renforcer la culture de la paix et du partage.

 

II est unanimement admis aujourd'hui que l'Organisation des Nations Unies ne pourra continuer à jouer efficacement son rôle que par la nécessaire réforme de ses organes, notamment le Conseil de Sécurité qui assume la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales.


 

Renforcer son autorité et assurer une représentation plus équitable des membres de l'Organisation en son sein demeurent les aspirations maintes fois réitérées par l'immense majorité de ses membres et récemment par la quasi-totalité des Chefs d'État et de Gouvernement lors du dernier Sommet du Millénaire.

 

Rendre à l’Assemblée Générale son rôle central en tant que principal organe de délibération.

 

Reformer enfin, les autres organes en vue dune plus grande revitalisation de tout le système des Nations Unies.

 

Telles sont les aspirations des Peuples des Nations Unies pour permettre à l'Organisation de faire face aux défis du XXIème siècle.

 

Monsieur le Président,

Distingués délégués,

Mesdames et Messieurs,

 

Dans son intervention au Sommet du Millénaire, Son Excellence Monsieur le Premier Ministre de la République de Guinée a renouvelé l'attachement total de mon pays aux principes et à la Charte de l'Organisation des Nations Unies.

 

]e voudrais devant cette auguste assemblée, réaffirmer cet attachement jamais démenti dans l'histoire de mon pays.

 

La Guinée sous la conduite de Son Président, le Général Lansana CONTE, homme de paix et de dialogue, a toujours été de tous les combats pour exalter la dignité humaine, défendre la liberté, restaurer la paix et cultiver la concorde entre les peuples.

 

Elle continuera aux côtés des autres États membres de notre Organisation à s'investir résolument en faveur d'une humanité débarrassée du spectre de la guerre, de la violence, de l'exclusion et de l'intolérance, pour un monde de paix, de justice et de solidarité pour tous.

 

Je vous remercie.