RÉPUBLIQUE
DE GUINÉE
DISCOURS
DE
SON EXCELLENCE MADAME CAMARA MAHA WA BANGOURA
MINISTRE A
LA PRESIDENCE CHARGE DES AFFAIRES
ETRANGERES
ET DE LA COOPERATION
DE LA
REPUBLIQUE DE GUINEE
A LA
CINQUANTE CINQUIEME SESSION ORDINAIRE
DE
L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire
Général,
Distingués Délégués,
Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement heureuse,
au nom du Peuple et du Gouvernement guinéens, de vous adresser mes chaleureuses
félicitations pour le choix unanime porté sur vous pour présider les travaux de
cette 55ème Session de l'Assemblée Générale.
Votre brillante élection témoigne de
votre mérite personnel, de vos qualités humaines et de votre riche expérience
des relations internationales.
Elle traduit également la haute
considération de la Communauté internationale pour votre grand pays, la
Finlande, dont l'engagement au service des idéaux de paix, de justice, de
progrès et de la promotion des femmes est connu et apprécié de tous.
Membre de surcroît du Bureau de
l'Assemblée, ma délégation voudrait vous assurer Monsieur le Président, de son
soutien et de sa pleine coopération.
Aussi, il me plaît de rendre
hommage, à votre prédécesseur Monsieur THEO BEN GURIRAB de la Namibie qui,
durant son mandat, s'est honorablement acquitté de ses lourdes responsabilités
au service de notre Organisation.
Je rends également hommage, au
Secrétaire Général de l'ONU, Monsieur Kofi Annan, dont le travail élogieux à la
tête de l'Organisation mérite notre haute appréciation et notre soutien.
C'est aussi l'occasion d'exprimer
notre appréciation pour son excellent rapport intitulé: « Nous, les Peuples des
Nations Unies : le rôle de l'ONU au XXlème siècle ».
Ce document remarquable a le mérite
de prendre en compte toutes les préoccupations actuelles de nos États.
Je voudrais ensuite saluer
l'admission de l'Etat de Tuvalu comme 189ème membre de notre Organisation, ce
qui vient conforter ainsi l'universalité de l'ONU.
La présente Session de l'Assemblée
Générale qui revêt un caractère historique, se tient au moment où notre
Organisation vient d'enregistrer le succès du Sommet du Millénaire qui a réuni
dans cette enceinte la quasi-totalité des leaders du monde.
Les résultats de cette importante
rencontre constituent un gage d'espoir pour nos peuples à l'aube de ce nouveau
millénaire.
Monsieur le Président,
Il y a tout juste une semaine, du
haut de cette même tribune, le Premier Ministre guinéen informait la Communauté
Internationale d'une agression barbare contre la République de Guinée.
Cette agression n'avait pour objectif que la déstabilisation
de mon pays.
Les attaques meurtrières et
dévastatrices menées contre les paisibles populations guinéennes ont été menées
par des bandes armées venues du Libéria.
Il est cependant regrettable de
constater qu'un autre pays africain frère, le Burkina Faso, soit impliqué dans
cette agression.
La République de Guinée, pays de
paix et d'hospitalité, qui a payé un lourd tribut pour accueillir des centaines
de milliers de réfugiés et oeuvrer pour la restauration de la paix et de la
concorde en Afrique de l'Ouest, vient d'être ainsi agressée par ceux-là mêmes
qui ont provoqué les génocides et les mutilations au Libéria et en Sierra
Leone.
Je voudrais ici lancer un appel
pressant à la Communauté Internationale pour condamner fermement cette
agression qui s'inscrit dans un plan de déstabilisation de la sous-région.
C'est ce qui justifie la saisine du
Conseil de Sécurité par mon Gouvernement pour que des mesures énergiques soient
prises pour garantir la paix, la sécurité et la stabilité dans la région
ouest-africaine.
Confronté aux dures conséquences de
la présence massive de 800 000 réfugiés sur son territoire depuis une
dizaine d'années, le gouvernement guinéen a dû opérer des réaffectations de
ressources au détriment du programme de développement économique du pays. C'est
pourquoi, mon gouvernement apprécie à sa juste valeur l'initiative des Nations
Unies relative à l'organisation d'une conférence de soutien et de solidarité de
la Communauté lnternationale à l'endroit de la Guinée.
A cet égard, je tiens au nom du
Gouvernement guinéen, à renouveler au Secrétaire Général en particulier, et à
tous ceux qui ont contribué à la mise en oeuvre de cette importante initiative,
les sincères remerciements de ma délégation.
Aussi, mon pays attend avec un grand intérêt la conduite à son terme de cette initiative par la tenue effective de la 2ème rencontre prévue à Genève au mois de novembre prochain.
C'est le lieu d'aborder l'épineuse
question des conflits en Afrique.
En effet, les nombreuses crises
survenues sur ce continent, constituent une menace à la paix et une atteinte
grave aux buts et principes poursuivis par l'Organisation des Nations Unies.
L'ampleur et la multiplication de
ces crises compromettent aujourd'hui tous les efforts de développement national
et d'intégration sous-régionale.
Je voudrais saisir cette opportunité
pour saluer l'excellent rapport du groupe d'Étude sur les Opérations de Paix
des Nations Unies sous la direction de Monsieur Lakhdar Brahimi. Les
recommandations contenues dans ce rapport ont permis au Conseil de Sécurité
d'adopter une importante résolution portant sur la nécessité d'assurer au
Conseil un rôle effectif dans le maintien de la paix et de la sécurité
internationales, en particulier en Afrique.
Ma délégation souhaite que les
innovations contenues dans cette résolution soient prises en compte pour
garantir l'efficacité des opérations de paix.
L'Afrique qui reste encore le
théâtre de nombreux conflits a fait du renforcement de ses capacités en matière
de prévention, de gestion et de résolution des conflits, l'une de ses
principales priorités.
Ainsi, qu'il s'agisse du conflit
entre l'Éthiopie et l'Érythrée ou de la situation dans la région des grands
lacs, en Angola ou en République Démocratique du Congo, des percées
significatives ont été réalisées dans la recherche de solutions pacifiques,
justes et durables grâce à l'action concertée de l'Organisation de l'Unité
Africaine et de l'Organisation des Nations Unies.
Dans la Sous-région Ouest Africaine,
la recherche de la paix en Sierra Léone se poursuit avec le concours méritoire
des Etats membres de la CEDEAO et le soutien actif de l'Organisation des
Nations Unies à travers le déploiement de la MINUSIL.
Ma délégation tient ici à exprimer
son soutien total à la Résolution 1206 du Conseil de Sécurité imposant un
embargo sur la commercialisation et la vente illicite des diamants dans les
zones de conflits.
Elle lance un appel pressant à tous
les États et aux institutions spécialisées pour leur collaboration active dans
l'application effective de cette décision.
Monsieur
le Président,
La prolifération des armes légères
et leur circulation incontrôlée constituent un autre sujet de grande
préoccupation et un facteur majeur qui complique et prolonge les conflits en
Afrique et de manière plus tragique, encourage l’enrôlement des
enfants-soldats.
En effet, la résurgence des
mouvements de rébellion et l'expansion du grand banditisme dans nos pays, sont
rendus possibles par ce phénomène dont l'éradication requiert le soutien ferme
de la Communauté Internationale.
A cet égard, mon pays se réjouit des
initiatives prises par les Nations Unies et l'OUA visant à conforter les
efforts de nos États dans la lutte contre ce fléau qui menace la stabilité de
notre continent.
Monsieur le Président,
Ce 3ème millénaire qui débute sera celui de
tous les défis et aussi de tous les espoirs. Espoir de voir se réaliser le plan
de règlement du conflit au Sahara Occidental grâce aux efforts conjugués de
l'OUA et des Nations Unies. Espoir de voir enfin Israël et ses voisins arabes
offrir une chance à la paix par un règlement juste et durable de la crise,
prenant en compte les aspirations légitimes du Peuple palestinien, le respect
des droits et de la dignité de tous les peuples de la région.
Monsieur le Président,
La question du développement reste
un des enjeux majeurs de ce siècle et à ce titre, elle doit demeurer au centre
des préoccupations de notre Organisation.
Au moment où une partie de la
planète a franchi allègrement le seuil de ce nouveau millénaire et s'engage à
la faveur de la mondialisation dans ce que l'on appelle aujourd'hui, la
«mouvelle économie », une bonne partie du monde, du reste, la plus grande,
continue toujours de vivre dans la pauvreté subissant ainsi les effets pervers
de cette mondialisation.
Au regard de la situation
préoccupante qui prévaut sur le continent africain, la principale preoccupation
des Peuples des Nations Unies devrait être l'Afrique, afin d'éradiquer les
causes profondes de son non-développement et lui permettre d'éliminer la
pauvreté, d'accroître ses capacités en vue d'un meilleur accès aux marchés.
Pour ce faire, l'annulation de la
dette, l'accroissement de l'aide publique au développement et une meilleure
prise en compte de ses besoins spécifiques devront permettre l'intégration du
continent africain au marché mondial.
C'est pourquoi, ma délégation se fondant sur la corrélation
entre la paix et le développement se félicite des récentes décisions du G-8
tenu à Okinawa, visant à lutter plus efficacement contre la pauvreté, à combler
la fracture numérique entre le Nord et le Sud et à humaniser la mondialisation.
A cet égard, elle en appelle à plus
de solidarité des pays riches et espère vivement qu'au-delà des professions de
foi, des mesures concrètes soient prises pour permettre aux pays en
développement et particulièrement à l'Afrique, de connaître une croissance
soutenue devant conduire à un développement durable.
Dans cette perspective, ma
délégation lance un appel à tous les partenaires au développement afin qu'ils
contribuent au moyen d'une aide plus généreuse et mieux ciblée au renforcement
des capacités institutionnelles de nos États, à la création d'infrastructures
adéquates, gage d'un développement équilibré et de succès de la lutte contre la
pauvreté.
Monsieur le Président,
La République de Guinée est très
préoccupée par les ravages causés par le virus du SIDA. Elle estime que c'est
là un front de lutte qui doit davantage mobiliser la Communauté Internationale
en vue de consentir les sacrifices nécessaires pour enrayer ce fléau qui fait
plus de victimes en Afrique que partout ailleurs dans le monde.
C'est pourquoi, ma délégation
soutient les importantes décisions issues de la récente conférence
internationale tenue à Durban en Afrique du Sud.
Monsieur le Président,
La protection des droits fondamentaux
de l'homme, la satisfaction de ses besoins prioritaires et la justice sociale
doivent demeurer au centre des préoccupations de l'Organisation des Nations
Unies.
L'ONU dans son rôle irremplaçable
d'instrument de promotion de la coopération et de la compréhension entre les
peuples doit renforcer la culture de la paix et du partage.
II est unanimement admis aujourd'hui
que l'Organisation des Nations Unies ne pourra continuer à jouer efficacement
son rôle que par la nécessaire réforme de ses organes, notamment le Conseil de
Sécurité qui assume la responsabilité principale du maintien de la paix et de
la sécurité internationales.
Renforcer son autorité et assurer
une représentation plus équitable des membres de l'Organisation en son sein
demeurent les aspirations maintes fois réitérées par l'immense majorité de ses
membres et récemment par la quasi-totalité des Chefs d'État et de Gouvernement
lors du dernier Sommet du Millénaire.
Rendre à l’Assemblée Générale son
rôle central en tant que principal organe de délibération.
Reformer enfin, les autres organes
en vue dune plus grande revitalisation de tout le système des Nations Unies.
Telles sont les aspirations des
Peuples des Nations Unies pour permettre à l'Organisation de faire face aux
défis du XXIème siècle.
Monsieur le Président,
Distingués délégués,
Mesdames et Messieurs,
Dans son intervention au Sommet du
Millénaire, Son Excellence Monsieur le Premier Ministre de la République de
Guinée a renouvelé l'attachement total de mon pays aux principes et à la Charte
de l'Organisation des Nations Unies.
]e voudrais devant cette auguste
assemblée, réaffirmer cet attachement jamais démenti dans l'histoire de mon
pays.
La Guinée sous la conduite de Son
Président, le Général Lansana CONTE, homme de paix et de dialogue, a toujours
été de tous les combats pour exalter la dignité humaine, défendre la liberté,
restaurer la paix et cultiver la concorde entre les peuples.
Elle continuera aux côtés des autres
États membres de notre Organisation à s'investir résolument en faveur d'une
humanité débarrassée du spectre de la guerre, de la violence, de l'exclusion et
de l'intolérance, pour un monde de paix, de justice et de solidarité pour tous.
Je vous
remercie.