Côte d’Ivoire
Monsieur le Président,
Permettez-moi
tout d'abord de vous exprimer la satisfaction de ma délégation de vous voir
présider les travaux de cette cinquante cinquième session de l'Assemblée
Générale des Nations Unies. Soyez assuré du soutien de ma délégation.
Je
voudrais également rendre un hommage appuyé à votre prédécesseur, S.E. M Théo
Ben Guirirab pour la qualité du travail accompli pendant son mandat et saluer
ici notre Secrétaire Général, M. Kofi Annan, pour son engagement à renforcer le
rôle universel et la crédibilité de notre organisation.
La famille
des Nations Unies s'agrandit au fil des jours et nous ne pouvons que nous en
réjouir. C'est pourquoi ma délégation souhaite la bienvenue à la République de
TUVALU.
Avant
d'aborder la situation qui prévaut dans mon pays et à laquelle je souhaite
consacrer la quasi-totalité de mon intervention, j'aimerais partager avec vous
quelques préoccupations relatives à la situation internationale.
Monsieur le Président,
Les défis
du troisième millénaire ne sont pas nouveaux. Ils ont été largement mis en
exergue par le Secrétaire Général des Nations Unies dans son rapport intitulé :
"Nous les peuples, les Nations Unies au 21ème siècle". Pour la
délégation de la Côte d'ivoire, face aux difficultés auxquelles la Communauté
internationale est confrontée, il s'agit surtout d'inventer des solutions
nouvelles en agissant selon des priorités soigneusement établies.
Monsieur le Président,
Comme le
souligne le Secrétaire Général dans le rapport présenté lors de l'Assemblée du
Millénaire "le milliard des personnes qui vivent dans les pays développés
gagnent 60% du revenu de la planète, tandis que 3,5 milliards d'habitants
gagnent moins de 20".
En outre,
les progrès technologiques enregistrés dans les domaines informatiques et de la
communication que nous saluons, ont, malheureusement eux aussi, creusé un fossé
numérique marginalisant là encore les pays pauvres.
Si nous reconnaissons donc les avantages de la mondialisation, pour l'heure, il nous semble qu' elle ne prend pas suffisamment en compte les préoccupations des pays en développement, notamment celles des pays africains.
En effet,
le taux de participation de l'Afrique au commerce international demeure encore
en dessous de 2%. En Afrique Subsaharienne, singulièrement, la misère est
presque la même qu'il y a 20 ans.
C'est
pourquoi nous appelons de tous nos voeux l'intégration de l'Afrique aux efforts
visant à la construction de la nouvelle architecture de l'économie mondiale.
La pauvreté et la misère qui sont le lot quotidien des populations des pays en développement, se trouvent exacerbées par le poids de la dette sur leurs économies.
Dans le
cas particulier de mon pays, j'aimerais souligner que même dans la situation
difficile qu'il connaît actuellement, le Gouvernement continue de consacrer 52 de
ses recettes budgétaires au remboursement de sa dette extérieure, et cela
naturellement au détriment de programmes prioritaires concernant la santé,
l'éducation et l'autosuffisance alimentaire. A cela s'ajoutent l'inflation et
la spéculation qui entraînent une fluctuation des prix de nos matières
premières.
Monsieur le Président,
Au delà de
la préoccupation première que constitue la lutte contre la pauvreté, la Côte
d'Ivoire considère que pour la résolution des conflits la diplomatie préventive
doit être renforcée et conçue comme une dimension complémentaires des
opérations de maintien de la paix sur le terrain.
Les
conflits qui secouent le monde ont placé les opérations de maintien de la paix,
devenues de plus en plus complexes, au premier rang des activités des Nations
Unies.
La
préparation, l'organisation, la mise en place sur le terrain, le financement de
celles-ci exigent des efforts et des moyens considérables. Celles menées, ces
dernières années, à travers le monde et particulièrement en Afrique n'ont
malheureusement pas eu les résultats escomptés. L'expérience des casques bleus
en Sierra Léone en est une illustration.
Nous espérons que l'excellent
rapport de l'Ambassadeur Brahimi, qui propose de nouvelles orientations des
opérations de paix des Nations Unies au 21 ème siècle, trouvera auprès des
Etats Membres l'attention qu'il mérite afro que la réalisation de ses recommandations
donne à notre Organisation les moyens qu'il faut pour assumer le rôle qui lui
incombe daps la préservation de la paix et de la sécurité internationales.
Monsieur le Président,
Nous nous
réjouissons des conclusions de Beijing + 5 et des engagements pris en faveur de
la promotion de la Femme. Ces engagements permettront aux femmes, nous en
sommes convaincus, d'exercer pleinement tous leurs droits et de parvenir enfin
à l'égalité pleine et entière.
La Côte
d'Ivoire qui a pris une part active aux travaux de cette importante rencontre
s'engage quant à elle à oeuvrer à la réalisation des objectifs fixés.
Permettez,
Monsieur le Président, qu'à ce stade de mon propos, j'évoque la nécessaire
réforme structurelle de l'Organisation des Nations Unies, en particulier celle
du Conseil de Sécurité. En ces temps nouveaux, la Côte d'Ivoire tient à
réaffirmer la position de l' Organisation de l'Unité Africaine qui réclame deux
sièges permanents et deux nouveaux sièges non permanents.
Monsieur le Président,
Pour en
revenir à présent à la Côte d'Ivoire et à la situation qui y prévaut, je
voudrais rappeler que le 24 décembre 1999, mon pays a enregistré sa toute
première expérience de changement institutionnel en dehors des urnes. En effet,
commencée la veille, une mutinerie de soldats qui revendiquaient de meilleures
conditions de vie a culminé dans le renversement de l'ordre constitutionnel
existant.
Cette
accélération inattendue de l'histoire dans mon pays a suscité et continue de
susciter une grande préoccupation au sein de la communauté internationale,
inquiétude révélatrice de tout l'intérêt que celle-ci attache à ce pays.
En effet,
considérée jusqu'alors comme un havre de paix et un ilôt de stabilité et
reconnue comme la locomotive de l'économie de la sous-région, singulièrement
des pays qui constituent FUEMOA, la Côte d'Ivoire joue un rôle irremplaçable de
régulateur en Afrique de l'Ouest.
Les millions de frères venus des
pays de la sous-région qui y vivent, participent de manière substantielle au
développement de la masse monétaire dans leurs pays d'origine. L'implosion de
ce pays aurait sur cet ensemble de solidarité et de partage, des conséquences
imprévisibles.
Le 23 juillet dernier, le peuple ivoirien s'est prononcé par référendum sur les nouveaux projets de constitution et de code électoral qui lui étaient proposés par le Gouvernement de transition.
Il
convient de rappeler que le pouvoir militaire n'a pris part ni à la rédaction
de la nouvelle constitution, ni à celle du nouveau code électoral. Ce sont les
partis politiques, les organisations socio-professionnelles, les régions
administratives du pays, les cultes, les associations féminines et de jeunes,
les ONG, en un mot la société civile qui, à travers leurs représentants
librement désignés, ont rédigé et soumis au Gouvernement les textes
refondateurs que celui-ci n'a fait que proposer à la sanction populaire.
Cette
consultation, dont la transparence a été saluée par la communauté
internationale, s'est caractérisée par un vote massif de 86,23 %. Ce résultat
devrait, à notre sens, suffire à mettre un terme aux débats et spéculations qui
ont précédé et suivi le référendum et dont le ton a, à maints égards, indisposé
les ivoiriens.
Nous
saluons les efforts déployés par l'ONU, L"Union Européenne, l'OUA et la
CEDEAO pour tenter de rapprocher les points de vue au sein de la classe
politique ivoirienne et soutenir le processus de transition.
Nous
exprimons également notre sentiment de profonde gratitude à tous les pays amis
qui, guidés par un désir sincère de contribuer à la préservation de nos acquis,
se sont exprimés, publiquement ou non, sur la situation qui prévaut en Côte
d'Ivoire.
Que la
communauté internationale se rassure donc. Le peuple de Côte d'Ivoire se
prononcera le 22 octobre prochain, à travers des élections justes et
transparentes, sur les candidats dont l'éligibilité aura été établie par la
Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême.
S'attarder
aujourd'hui encore sur les conditions d'éligibilité telles que contenues dans
les textes qui ont été adoptés, revient à vouloir pérenniser un débat dont le
peuple ivoirien a définitivement scellé le sort.
Monsieur le Président,
Formés à
l'école du père fondateur de la Côte d'Ivoire moderne, apôtre de la paix, le
Président Félix Houphouët Boigny, et appartenant à une sous-région troublée par
des conflits dont certains se sont déroulés aux portes du territoire ivoirien,
le peuple de Côte d'Ivoire ne mesure que trop bien l'importance de la paix. Il
est déterminé à la préserver sans faiblesse ni compromission.
Monsieur le Président,
Mon pays
n' est pas xénophobe. Il n' est pas davantage un pays d' exclusion. La Côte
d'Ivoire demeure à ce jour le seul pays au monde où la population étrangère
représente plus de 40% de la population totale. Les problèmes de tous les
ordres (sociaux, économiques, et même politiques) que pose cette immigration à
nulle autre pareille sont réels.
Le pays y
fait face et les assume du mieux qu'il peut. II ne souhaite pas le départ de
ces frères et soeurs qui vivent, d'ailleurs, en bonne intelligence avec la
population ivoirienne.
Il est
fier d'être, de ce point de vue, le pays le plus intégrationniste de la CEDEAO
et entend le rester. C'est pourquoi nous pensons que la volonté du peuple
ivoirien de confier un seul poste politique, celui de Président de la
République, à un citoyen aux origines établies ne devrait pas servir de
prétexte à la propagation d'informations malveillantes sur notre pays et sur
son peuple.
Nous comptons à cet égard. sur la compréhension et l'appui de la communauté internationale pour nous aider à mener à bien la transition et déboucher, dans le délai que nous nous sommes impartis, sur la normalité constitutionnelle que notre peuple appelle de tous ses voeux.
Je vous remercie