La démocratisation des relations internationales
exige que nous adhérions fermement au principe de l'égalité
en droits souverains stipulé
dans la Charte. Les pays de partout, bien que différents quant
à leur taille, leur richesse et leur puissance, sont membres égaux
au sein de la
communauté internationale. Aucun d'entre eux ne doit faire l'objet
de la discrimination, ses droits souverains étant inviolables. Les
affaires
intérieures d'un pays doivent être gérées
par son peuple ; les questions majeures du monde, réglées
par l'ensemble des pays au moyen de
discussions ; et les défis d'ordre planétaire, relevés
à l'aide des efforts coordonnés à l'échelle
mondiale. I1 s'agit là d'un impératif de notre
époque, appelée à progresser, dune exigence de
l'avènement d'un nouvel ordre politique international juste et équitable.
C'est aussi la raison
d'être de l'ONU, la source de son dynamisme tout au long du nouveau
siècle.
La démocratisation des relations internationales
doit aussi se concrétiser largement daps la réforme de l'ONU.
Cette réforme vise à mieux
protéger les droits et intérêts fondamentaux de
tous les Etats Membres, notamment à refléter réellement
la volonté des pays en développement
représentant l'écrasante majorité des Etats Membres,
et non à satisfaire seulement les demandes de quelques pays. Quant
à celle de son
Conseil de Sécurité, elle a pour tâche primordiale
d'accroître la représentation des pays en développement.
La réforme implique de profondes
discussions entre tous les Etats Membres. L'établissement artificiel
d'un calendrier en la matière et la mise en oeuvre arbitraire d'un
plan
immature à cet égard vont à l'encontre du voeu
de la plupart des Etats Membres. Les contributions à l'ONU et les
frais de maintien de la paix
doivent être supportés conformément au principe
de la capacité de paiement. Voilà l'entente générale
de nombreux Etats Membres, en même
temps qu'un principe maintes fois réaffirmé dans les
résolutions pertinentes de l'Assemblée générale
de l'ONU. Il faut done s'y en tenir en toutes
circonstances. Toute modification du mode de répartition des
contributions et frais susmentionnés nécessite un accord
général à réaliser par
l'ensemble des Etats Membres à la suite d'amples consultations
et en tenant dûment compte du degré de développement
économique
spécifique des pays en développement. C'est ainsi qu'on
peut assurer à l'ONU un fonctionnement normal et régulier.
Réaliser le progrès commun de l'humanité,
en allant, avec des approches actives, au devant de la mondialisation,
c'est là une autre lourde
tâche que l'historique a assignée à l'ONU. Le 20e
siècle aura été marqué à la fois par
une prospérité sans précédent de l'économie
mondiale
et une aggravation extrême des inégalités entre
les riches et les pauvres. Les années 90 ont été témoins
de l'évolution la plus rapide de la
mondialisation économique, accompagnée d'un élargissement
continu de l'écart entre le Nord et le Sud. Selon les statistiques
de la Banque
mondiale, les pays à faible revenu où vivent plus de
la moitié des habitants du globe obtiennent seulement 6% de la totalité
des revenus
mondiaux, tandis que les pays développés, avec à
peine un sixième de la population mondiale, en disposent à
80%. Ce qui est
particulièrement préoccupant, c'est que les pays en développement
sont tenus loin derrière les pays développés dans
le domaine des hautes et
nouvelles technologies. A présent, la « nouvelle économie
» nest qu'un « phénomène des pays riches »,
alors que la plupart des pays en
développement se trouvent encore dans la « pauvreté
de l'information ». Si l'on laisse cet état de choses se perpétuer,
nombre de pays en
développement se verront toujours privés des chances
de prendre part aux progrès technicoscientifiques et de réaliser
la croissance de leur
économie nationale, et la dualisation de la société
mondiale s'accentuera encore davantage.
Pour empêcher la misère d'annihiler
les acquis du progrès de l'humanité et l'injustice sociale
de miner la stabilité mondiale, l'ONU doit jouer
le rôle qui est le sien daps la réduction de l'écart
entre les riches et les pauvres et la promotion de la prospérité
générale de la communauté
internationale. Travailler à la mise en place d'un nouvel
ordre économique international, caractérisé par la
coopération sur un pied d'égalité et
le développement commun, de façon à ce que
tous les coins du monde puissent bénéficier de la mondialisation
économique, tel est le devoir
de l'ONU au prochain siècle, un devoir important auquel
elle ne saurait se dérober.
L'ONU doit accorder une place prioritaire à la question du développement,
s'efforcer de modifier l'actuelle situation de la domination par une
petite poignée de pays des affaires économiques internationales
et garantir aux pays en développement le droit de participer, sur
un píed
d'égalité, à la prise des décisions relatives
à l'économie mondiale. L'élaboration et la révision
des règles relatives à l' économie mondiale
doivent s' effectuer, en prenant en considération avant tout
les besoins des pays en développement, de manière à
favoriser le développement
de ces derniers et à diminuer les risques dans leur participation
à la mondialisation. L'ONU doit, avec la mobilisation de toutes
les ressources
disponibles, pousser la communauté internatiohale à réduire
le « fossé numérique » et aider les pays en développement
à saisir autant que
possible les opportunités qu'offrent les progrès scientifiqués
et technologiques, illustrés notamment par la révolution
de l'information. En outre,
elle a l'obligation de proposer de nouvelles normes internationales,
propres à mettre les avancées technico-scientifiques vraiment
au service
de l'humanité tout entière, au service de la noble cause
de la paix et du développement sur 1e globe.
Monsieur le Président,
Face à une situation internationale marquée
par des mutations aussi complexes que profondes, quel est le concept de
sécurité à adopter -
Voilà une question d'importance majeure qui se pose aujourd'hui
à l'ONU et à tous ses Etats Membres.
Le maintien d'un équilibre stratégique planétaire
constitue la base de la préservation de la sécurité
mondiale, tandis que le Traité sur la
limitation des systèmes antimissiles balistiques de 197- (Traité
ABM) est un élément fondamental de cet équilibre.
Toute démarche tendant à
affaiblir l' intégrité et la validité du Traité
produira un effet néfaste et persistant sur la paix et la sécurité
internationales. Le projet de création d'un
« système national de défense antimissile »,
interdit par le Traité ABM, revient à rechercher une supériorité
unilatérale en matière
militaro-stratégique. Il s'agit là d'une manifestation
pure et simple de la logique de la guerre froide. La mise en oeuvre de
ce projet ne fera
qu'entraîner de Lourdes conséquences compromettant gravement
la sécurité des divers pays. L'adoption par la 54' session
de l'Assemblée
générale des Nations Unies à une majorité
écrasante dune résolution concernant « la préservation
et le respect du Traité sur la limitation des
systèmes antimissiles balistiques » témoigne bien
de la farouche détermination de la plupart des pays à défendre
et à observer
scrupuleusement ledit Traité. Aux actes d'un certain pays visant
à développer un système de défense antimissile
et perturbant ainsi l'équilibre
stratégique mondial,
l' ONU se doit de continuer à prêter une haute attention
; et il lui faut prendre par conséquent les dispositions nécessaires
pour stopper
l'évolution dangereuse de la situation.
La sécurité est tant mutuelle que relative.
Tout pays doit s'abstenir de renforcer sa propre sécurité
aux dépens de celle d'autres. La tentative
de s'assurer unilatéralement une sécurité “absolue”
n'aboutira pas ; au contraire, elle amènera une plus grave insécurité.
Avec la multiplication
des contacts et échanges internationaux, les différents
pays voient leurs intérêts s'identifier davantage et se trouvent
confrontés à un nombre
croissant de défis communs. Seul le dialogue, mené sur
un pied d'égalité, dans un esprit d'entente mutuelle et de
concessions réciproques,
permet de réaliser la sécurité; seule la
coexistence pacifique dans un respect mutuel la garantit; et seul le développement
commun à la faveur
dune coopération mutuellement avantageuse peut la consolider.
Créer un nouveau concept de sécurité, axé sur
l'égalité, la confiance mutuelle,
le bénéfice réciproque, la coopération
et le règlement des litiges par le dialogue, pour remplacer celui,
désuet, fondé sur des alliances militaires
et ayant comme moyens des armements accrus, voilà l'unique voie
à suivre pour renforcer la sécurité universelle et
sauvegarder les intérêts
essentiels de tous les pays.
Ces dernières années, la Chine, la
Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadj ikistan, dans le cadre
des « 5 Pays de Shanghai », ont
conclu, par voie de la coopération et de consultations menées
sur un pied d'égalité, des accords sur le renforcement de
la confiance dans le
domaine militaire et sur la réduction réciproque des
forces armées Bans les régions frontalières. Cette
façon d'agir a donné une inspiration utile
à la communauté internationale en quête d'un nouveau
concept de sécurité.
Nous nous réjouissons de constater que des
changements favorables sont intervenus récemment dans la situation
sur la péninsule
coréenne, avec la tenue réussie dune rencontre historique
entre les dirigeants suprêmes de la République populaire démocratique
de Corée
(RPDC) et de la République de Corée (RC), rencontre qui
a abouti à des résultats positifs. Cet événement
prouve une fois de plus que le
dialogue et les consultations entre les interlocuteurs se traitant
d'égal à égal favorisent l'approfondissement de la
confiance mutuelle et
l'amélioration des relations entre les parties concernées.
Nous apprécions les efforts déployés par la RPDC et
la RC pour promouvoir to paix,
la stabilité et le développement dans la région
en général et sur la péninsule coréenne en
particulier. Le récent sommet tripartite de Camp
David n'a pu déboucher sur un accord, ce que nous déplorons
profondément. Pourtant, nous aeons la conviction que le processus
de paix au
Moyen-Orient pourra progresser continuellement, pourvu que les parties
concernées prennent comme base les résolutions pertinentes
de
l'ONU, observent le principe de « la terre contre la paix »
et poursuivent sans relâche leurs négociations sérieuses
et patientes, dans un esprit
de confiance et de compréhension mutuelles, tout en appliquant
strictement les accords déjà conclus entre elles.
Au cours du 20e siècle, l'humanité
a été durement éprouvée par les fléaux
de la guerre et de l'agitation. Il est donc impératif de prévenir
au
21e siècle l'éclatement de crises humanitaires de grande
envergure et la répétition de tragédies du massacre
de nombreux civils innocents.
L'ONU, qui assume la responsabilité principale du maintien de
la paix mondiale, doit contribuer plus activement à arrêter
les conflits et à
éliminer les hostilités. Dans le monde d'aujourd'hui,
l'hégémonisme et la politique du plus fort sévissent
toujours, tandis que les conflits locaux
engendrés par des différends territoriaux, des contradictions
ethniques et des litiges religieux se succèdent sans cesse. Nous
comprenons
parfaitement que certains pays et régions éprouvent le
besoin de faire appel à l'ONU pour enrayer les conflits. Dans le
même temps, nous
sommes pleinement conscients de la complexité des actions d'intervention
internationales et des risques que comporte une intervention
inappropriée. A notre avis, les interventions de l'ONU doivent,
non prolonger les conflits, mais s'attacher à en éliminer
les sources; non
envenimer l'opposition et la haine entre les parties au conflit, mais
concourir à leur réconciliation. Les grandes puissances et
les blocs d'Etat
doivent respecter la souveraineté et l'intégrité
territoriale des pays concernés, en se gardant de s'immiscer dans
les affaires intérieures de ces
derniers et de susciter de nouveaux conflits.
Dans la nouvelle conjoncture présente, les
opérations de maintien de la paix demeurent pour l'ONU un moyen
important de remplir son
mandat quant à la sauvegarde de la paix et de la sécurité
internationales. I1 faut done préserver et accroître la responsabilité
ainsi que la
direction politique de son Conseil de Sécurité
à l'égard de ces opérations en se conformant indéfectiblement
aux buts et principes énoncés
Bans la Chaste. Ces opérations doivent être conduites
toujours dans un esprit réaliste et compte tenu des moyens disponibles,
pour que les
ressources limitées soient affectées là
où le besoin se révèle le plus pressant.
Monsieur le Président,
De tous les biens du monde, la personne humaine
est la plus précieuse. Promouvoir son épanouissement et protéger
tous les droits qui lui
sont inhérents, c'est là une aspiration unanime de l'humanité
tout entière. La Chine est le pays le plus peuplé du monde.
Défendre
l'indépendance de l'Etat, préserver la dignité
de la nation et garantir aux 1,3 milliards de Chinois le droit de vivre
et de travailler en toute
quiétude, derprogresser sur tous les plans, voilà un
devoir sacré que le gouvernement chinois garde constamment présent
à l'esprit et qu'il
s'attache à remplir sans ménager aucun effort.
L'amélioration des droits de l'homme
est un processus sans fin. Il appartient à chaque peuple de juger
de l'état des droits de l'homme
dans son pays et d'oeuvrer pour l'améliorer. L'homme vit toujours
dans un milieu concret. Aussi les droits de l'homme se traduisent-ils
différemment selon le temps et les circonstances. Il convient
d'adopter tel ou tel moyen concret de protection et de promotion de ces
droits en
fonction des spécificités nationales et des besoins réels
des différents pays. En fermant les yeux devant les différences
en la matière et en
imposant, à propos des droits de l'homme, une panoplie de règles
figées, il est absolument impossible de défendre effectivement
les droits et
intérêts des peuples. Quant aux ingérences perpétrées
à des fins politiques dans les affaires intérieures d'autrui
sous prétexte de protection
des droits de l'homme, elles sont, pis encore, des actes de profanation
et de trahison de la cause mondiale des droits de l'homme.
Dans le domaine des droits de l'homme, l'ONU se
doit d'encourager activement le dialogue et non la confrontation, les échanges
et non
l'exclusión entre les différentes civilisations et les
divers pays. Tel est d'ailleurs le courant principal qui va dans le sens
du progrès des droits de
l'homme dans le monde. Les opérations d'aide humanitaire de
l'ONU doivent veiller dune part, à prévenir et à arrêter
les conflits en vue de
promouvoir et de sauvegarder les droits de l'homme, d'autre part, à
réduire et à éradiquer la pauvreté pour mieux
assurer l'épanouissement de
l'homme. I1 importe de travailler autant que possible en coordination
et en coopération avec les gouvernements des pays concernés
et de
s'interdire d'agir à sa guise en tenant à l'écart
ces derniers. Il faut défendre effectivement les droits de l'homme
en faveur de la grande majorité
des populations, et non provoquer des désastres humanitaires
sur une échelle plus vaste encore. Seul le respect de ces principes
permet à
l'ONU de jouer un rôle positif et utile dans la protection des
droits de l'homme.
Monsieur le Président,
Il y a seulement quelques jours, le Président
de la République populaire de Chine Jiang Zemin a, depuis cette auguste
tribune, proclamé
au monde entier la détermination inébranlable du peuple
chinois à faire de la Chine un pays réunifié, prospère,
puissant et hautement
démocratique, et à contribuer à l'oeuvre de la
paix et du développement dans le monde. Au cours des deux décennies
qui ont suivi le lancement
de la politique de réforme et d'ouverture, la Chine a réalisé
successivement les objectifs qu'elle s'est fixés pour la première
et la deuxième
étapes de sa stratégie de modernisation. Avec l'arrivée
du nouveau siècle, elle va, en accélérant l'édification
nationale, inaugurer une nouvelle
phase de' son développement pour atteindre l'objectif de la
troisième étape de cette stratégie. Après son
entrée Bans l'OMC, la Chine s'ouvrira
beaucoup plus largement au monde extérieur. Elle honorera fidèlement
ses engagements et, tout en exerçant ses droits, remplira sérieusement
les obligations qui en découleront. Quels que soient les difficultés,
les risques et les défis dans sa marche en avant, elle saura surmonter
tous
les obstacles et matérialiser son vaste programme de modernisation.
La Chine, poursuivant invariablement sa politique extérieure
d'indépendance et de paix, intensifiera ses relations d'amitié
avec les divers pays du monde sur la base des Cinq Principes de la Coexistence
pacifique. Le développement et la montée en puissance
de la Chine profiteront non seulement au bonheur de plus d'un milliard
de Chinois,
mais également au progrès et à la prospérité
dans le monde entier.
Résoudre définitivement le problème
de Taiwan et réaliser la réunification totale de notre patrie,
c'est là le voeu unanime de tous les
Chinois, y compris nos compatriotes de Taiwan. Le règlement
de ce problème, fondé sur une application rigoureuse du principe
dit «
réunification pacifique et un pays, deux systèmes »,
favorisera un développement social partagé des deux rives
du détroit de Taiwan ainsi que
la bonne entente et l'union entre les compatriotes des deux côtés,
en même temps qu'il contribuera à la paix et à la stabilité
dans la région
AsiePacifique. Le gouvernement et le peuple chinois s'attachent
bien plus que tout autre à la réalisation dune réunification
pacifique, font
preuve de la plus grande sincérité et déploient
toes leurs efforts daps ce sens. Nous aeons la certitude que grâce
aux efforts conjugués de tous
les Chinois, y compris nos compatriotes de Taiwan, la réunification
totale de la Chine deviendra réalité dans un avenir rapproché.
Monsieur le Président,
Nous tous aeons aujourd'hui une tâche aussi
lourde que glorieuse à accomplir, celle de façonner l' avenir
radieux du genre humain pour le
prochain siècle. Que nous avancions la main dans la main à
la rencontre du nouveau millénaire et joignions nos efforts pour
l'avènement d'un
monde plus prospère, avec plus de sécurité et
plus de progrès !
Je vous remercie.