ALLOCUTION

 

DE

 

SON EXCELLENCE MONSIEUR

MARCEL METEFARA

MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

ET DE LA FRANCOPHONIE

 

DEVANT

LA CINQUANTE-CINQUIÈME SESSION

ORDINAIRE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES

 

New York, le 20 Septembre 2000



Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Mesdames et Messieurs les Chefs de Délégation,

Mesdames et Messieurs les Délégués,

 

Notre quête obstinée pour un monde de paix, de progrès, de solidarité et de Concorde a récemment amené les Chefs d'Etat et de Gouvernement de la planète à engager, dans le cadre du Sommet du Millénaire, une réflexión d'ensemble sur les moyens de réaliser cette aspiration au cours de ce XXIe siècle.

 

Les conclusions auxquelles ils sont parvenus et qui se résument pour l'essentiel en la nécessité d'imprimer une ère nouvelle aux relations internationales, constituent assurément le cadre de la tâche désormais dévolue à notre Organisation.

 

II est donc heureux que nos travaux se déroulent dans ce contexte pour que nous nous attachions aux orientations fixées par nos Chefs d'Etat pendant nos délibérations.

 

Mais, Monsieur le Président, avant que ma délégation ne puisse donner son appréciation de l'état du monde au regard des nouveaux défis du XXIe siècle, je voudrais au nom de Son Excellence Monsieur Ange Félix Patassé, Président de la République, Chef de l'Etat, qui souhaite plein succès à nos travaux, vous adresser, ainsi qu'aux autres membres du Bureau, nos chaleureuses félicitations pour votre élection à la Présidence de cette session.

 

Votre parfaite maîtrise de la chose internationale, dans laquelle votre pays, la Finlande, tient une place de .choix, est un gage de succès à nos assises et vous pouvez à cet égard compter sur la coopération de la délégation de la République Centrafricaine.


 

La compétence -avec laquelle votre prédécesseur, MonsieurTheo Ben Gurirab de la Namibie a conduit les travaux de la 54è` session emporte toute l'appréciation de ma délégation.

 

Je voudrais également ici renouveler au Secrétaire Général des Nations Unies tout l'appui du Gouvernement de la République Centrafricaine pour faction qu'il ne cesse de développer à la tête de l'Organisation, pour asseoir la paix et le développement dans un monde devenu aujourd'hui complexe. La pertinence des propositions qu'il a faites dans son rapport introductif au Sommet du Millénaire traduit son profond engagement à servir pleinement la cause de l'Organisation et nous lui en savons gré.

 

Par ailleurs, la République Centrafricaine, qui a toujours encouragé la marche de l'Organisation vers l'universalité, se réjouit de l'admission de Tuvalu comme le 189e Etat Membre. Je suis heureux d'adresser les vives félicitations de la délégation de la République Centrafricaine à cette jeune République.

Oui, Monsieur le Président,

 

Un monde de paix, de progrès, de solidarité et de Concorde, telle était la philosophie première des pères fondateurs de l'ONU.



    Comment expliquer que 55 ans après l'on reste si éloigné de cet objectif ?

 

La paix quand elle nest pas assurée, fait place à la guerre. Des facteurs comme la misère, le dénuement, la pauvreté, le SIDA, le paludisme, la tuberculose, ajoutés à l'intolérance, à l'injustice, à l'indifférence et aux inégalités sociales, constituent autant de menaces à l'équilibre de la paix.

 

Le progrès n’est réalité que pour le quart de l'humanité, les 3/4 vivant encore dans des conditions indignes.

 

La solidarité reste encore sélective dans un monde pourtant interdépendant.

 

Tout cela ne peut favoriser la Concorde au sein de ce monde en perpétuelle mutation.

 

Tel est, Monsieur le Président, l'état du monde où nous entrons dans le XXIe siècle.

 

Le rapport du Secrétaire Général intitulé :"Nous les peuples : le rôle des Nations Unies au XXIe siècle", a le mérite d'avoir relevé toutes ces distorsions qui ne concourent pas à assurer aux relations internationales un cours serein.

 

Mais si, au terme de 55 années d'existence, l'ONU n'a pas réalisé les espoirs suscités par sa création, il n'en demeure pas moins qu'elle existe. Et si elle existe encore, cette existence tient d'abord à la volonté des Etats qui paradoxalement en ressentent la nécessité. II faut donc provoquer un regain d'intérêt pour l'ONU, et c'est ici, Monsieur le Président, que se situe l'enjeu de cette session.


 

L'ONU doit retrouver son autorité pour contribuer à réguler la marche du monde au cours de ce XXIe siècle. II faut concevoir, sur la base dune solidarité réelle entre les Etats, une coopération nouvelle qui permette d'organiser collectivement la défense de la paix, la promotion du développement et du progrès, ainsi que la promotion des droits de l'homme et de la démocratie partout daps le monde.

 

Car, quand on jette aujourd'hui un regard sur le monde, on constate que la paix est menacée dans nombre de pays et particulièrement sur le continent africain.

 

Qui plus est, tout se passe comme si les mécanismes classiques de règlement de conflits étaient désormais inadaptés devant les situations de crise. Toutefois, les ressources offertes par les Nations Unies ainsi que par les organisations régionales ont permis de sécréter une nouvelle attitude devant les conflits et qui fait d'abord mettre en jeu la solidarité régionale.

 

Et c'est dans ce contexte que mon pays abrite encore aujourd'hui un bureau des Nations Unies, le BONUCA, chargé d'oeuvrer à la consolidation de la paix. En effet, les tragiques événements dont la République Centrafricaine a été le théâtre en 1996-1997 ont amené les pays africains à intervenir d'abord dans le cadre de la Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui (MISAB) avant de faire impliquer l'ONU. La Mission des Nations Unies en République Centrafricaine (MINORCA) a véritablement contribué par sa présence et son action à faire ramener la païx et à favoriser la réconciliation nationale grâce également à l'appui apporté à l'organisation des élections tant législatives que présidentielles.


                                                                                  

Je voudrais ici encore une fois renouveler la reconnaissance du Gouvernement de la République Centrafricaine au Secrétaire Général de l'ONU, aux membres du Conseil de Sécurité et particulièrement aux pays qui ont généreusement contribué à soutenir cette mission de paix en alimentant la MINORCA.

 

L'expérience centrafricaine peut être mise à l'actif de l'ONU comme relevant d'un succès en matière d'opération de maintien et de consolidation de la paix, et ma délégation qui soutient le rapport BRAHIMI, espère que les recommendations y contenues seront entièrement appliquées afin que s'instaure véritablement une nouvelle doctrine des opérations de maintien de paix aux Nations Unies.

 

Dans le même ordre d'idées, ma délégation souhaite que les Nations Unies offrent les mêmes ressources en vue de favoriser un règlement durable à la situation prévalant en Sierra Léone, en Angola, au Burundi, entre l'Ethiopie et l'Erythrée, ainsi qu'en République Démocratique du Congo.

 

S'agissant de la République Démocratique du Congo qui partage une assez longue frontière avec mon pays, ma délégation en appelle à la coopération de la communauté internationale, dans le cadre de l'ONU, pour que solution soit trouvée à ce conflit dont les conséquences sont déjà lourdes aussi bien pour le peuple frère congolais lui-même que pour les Etats voisins comme la République Centrafricaine qui abrite actuellement des dizaines de milliers de réfugiés fuyant les effets de la guerre. Ma délégation saisit l'occasion ici offerte pour demander aux instances internationales compétentes, le Haut Commissariat aux Réfugiés notamment, d'accorder une attention spéciale à la République Centrafricaine dans ce cas précis.


 

Par ailleurs ma délégation soutient fermement le processus en cours dans la recherche d'un règlement à la question du Moyen Orient et ne doute pas que la détermination des parties en cause permettra de lever les derniers obstacles afin qu'une solution juste, négociée et durable, conforme aux résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité soit trouvée.

 

Monsieur le Président,

 

Les Nations Unies devraient ensuite retrouver leur autorité pour leur permettre de contribuer, par le jeu du multilatéralisme, à la promotion du développement dans le monde. Car, sans pier faction internationale engagée contre la pauvreté et tout en admettant que les pays en développement ont la responsabilité première d'assurer les conditions de leur développement, ma délégation souhaite que la communauté des Etats s'attaque à la question de la pauvreté avec une nouvelle philosophie au cours de ce XXIe siècle.

 

Tous les indicateurs de l'état de pauvreté sont là et se retrouvent partout en Afrique: faiblesse de l'éducation de base, défaut de structure sanitaire, manque d'eau potable, d'hygiène, d'assainissement, etc. Le continent africain fait partie de ce milliard d'habitants de notre planète qui vit avec moins d'un dollar US par jour alors que les 2/3 de la population de la planète détiennent les 3/4 des revenus du monde.



            La pauvreté est extrême en Afrique et tout doit être imaginé au cours de ce XXIe siècle pour la réduire.

 

La République Centrafricaine qui a participé en ce début d'année au Sommet de Libreville sur la croissance et la pauvreté en Afrique a adhéré au nouveau cadre stratégique de lutte contre la pauvreté proposé par les institutions de Bretton Woods.

 

Aussi, ma délégation en appelle-t-elle à un renforcement des moyens alloués aux programmes tels que le PNUD, le FNUAP, le L'UNICEF et l'UNESCO de some à davantage soutenir la République Centrafricaine dans sa stratégie de lutte contre la pauvreté.

 

Monsieur le Président,

 

Pour permettre aux pays en développement et notamment africains de s'atteler à I’oeuvre de développement, il faudra bien sûr éradiquer la pauvreté. Mais il faudra également placer ces pays dans des conditions qui leur permettent véritablement de relever le défi du développement. Nous pensons ici à la question de la dette dont le fardeau constitue encore un lourd handicap à toute action de développement.

 

Ensuite, comment faire pour que la mondialisation produise des effets qui stimulent le développement de l'Afrique, plutôt que d'en favoriser une marginalisation ?

 

Pour autant que les nouvelles technologies mises en jeu concourent de manière générale à lessor de l'humanité,



l'Afrique ne peut que s'attendre à en bénéficier, et ici encore, nous plaidons pour que les règles devant régir le fonctionnement de l'Organisation mondiale du commerce prennent en compte les .intérêts de l'Afrique.

 

Monsieur le Président,

 

Dans son rapport introductif au Sommet du Millénaire, le Secrétaire Général rappelle que l'homme reste la finalité de toute activité. II n'y a rien de plus vrai. Et ma délégation souhaite à cet égard que l'ONU retrouve son autorité pour contribuer à assurer les conditions de la promotion des droits et de la démocratie dans le monde.

 

En effet, il apparaît que la protection et la garantie des droits de l'homme contribuent à la Concorde nationale et au renforcement de la démocratie dans un pays.

 

Nous l'avons si bien compris en République Centrafricaine qu'il a été créé au sein du Gouvernement une structure appelée Haut Commissariat aux droits de l'homme dont la mission est justement de veiller non seulement au respect des droits de l'homme mais encore à la mise en oeuvre des différents instruments juridiques internationaux visant la promotion des droits de~ l'homme et auxquels la République Centrafricaine a souscrits.

           

Cette mise en oeuvre requiert des moyens pour permettre une assez large vulgarisation des droits de l'homme à l'échelle nationale, mais les droits de l'homme étant indivisibles, il importe qu'une coopération s'instaure entre les Etats pour en favoriser la promotion à travers le monde.

 



Toutefois, ma délégation émet le voeu que les Nations Unies s'impliquent davantage, au cours de ce XXIe siècle dans faction internationale à mener pour asseoir une culture des droits de l'homme sur la planète.

 

Enfin, Monsieur le Président, pour permettre à l'ONU d'assumer tout ce rôle, il lui faut se réformer, il lui faut se rénover.

 

Se rénover, c'est-à-dire, Monsieur le Président, s'adapter à l'état du monde tel qu'il se présente aujourd'hui.

 

II lui faudra rationaliser ses procédures, ses méthodes et ses approches sur toute question relevant de sa compétence.

 

Mais ne l'oublions pas. La mission première confiée à L'ONU consiste en la défense de la paix et de la sécurité internationales. Et ce rôle revient à titre principal au Conseil de Sécurité.

 

Vous comprendrez que ma délégation souhaite une réforme de cet organe pour lui permettre de s'acquitter au

mieux de cette mission. Le monde a changé, profondément changé, et le Conseil de Sécurité dolt le refléter dans sa composition. Même si l'usage du droit de veto nest pas aussi abusif comme il l'était sous la guerre froide, il faut procéder à une recomposition du Conseil de Sécurité, tant au niveau des membres permanents que des non permanents, pour tenir compte de la nouvelle réalité internationale. Tel est le point de vue de la délégation de la République Centrafricaine.

 

Monsieur le Président,

 

Nous pouvons ainsi contribuer à imprimer aux relations entre Etats un autre cours. Cela exige volontiers un engagement réel de la part de ceux-ci. L'adoption cette année même de l'Acte constitutif de l'Union Africaine comme expression de la volonté de l'Afrique à relever avec l'ONU l'ensemble de ces défis traduit cet engagement. Mon pays ferait ce qui est en son pouvoir pour favoriser cette nouvelle dynamique d'intégration.

 

Monsieur le Président,

 

Le siècle qui a vu naître l'ONU finit. Un autre commence, toujours avec l'ONU et c'est un motif de satisfaction pour l'humanité. Mais qu'allons-nous faire de cette ONU au XXIe siècle ? C'est bien la question fondamentale que pose le Secrétaire Général dans son rapport sur le Sommet du Millénaire.

 

Doit-on continuer à l'enserrer dans l'étau des contradictions entre les Etats membres ? Doit-on continuer à assister, impuissant, et à voir son autorité bafouer sur les théâtres des opérations de maintien de la paix ? Doit-on encore continuer à accepter qu'elle soit mise à l'écart de la marche du monde ?

 

La réponse, du point de vue de la délégation de la République Centrafricaine est bien sûr non!


                                                                                   

Revenons donc au rêve des pères fondateurs et assurons à l'ONU, au cours de ce nouveau siècle, les moyens de réaliser un monde de paix, de solidarité et de Concorde. Un tel monde est possible si nous le voulons. Et cela correspond bien au message que nous ont légué nos Chefs d'Etat à l'occasion du Sommet du Millénaire.

 

Je vous remercie.