25ème SESSION
EXTRAORDINAIRE
DE L'ASSEMBLEE GENERALE

***

DISCOURS DE
Mosieur Slaheddine BELAID
MINISTRE DE L'EQUIPEMENT
ET DE L'HABITAT

Séance Plénière
NEW YORK
6 - 8 Juin 2001

 
Monsieur le Président de la Conférence,
Mesdames et Messieurs,

Il me plaît de vous exprimer, au nom de la Tunisie et au nom de son Président, Son Excellence Monsieur Zine El Abidine Ben Ali, notre fierté de voir se tenir la 25ème session extraordinaire de l'Assemblée générale, consacrée à l'évaluation des étapes franchies dans l'exécution de l'Agenda «Habitat II», adopté en juin 1996 à Istanbul. Ce programme est de nature à consolider davantage les bases du développement et du bien-être pour tous les peuples. Il doit permettre également aux générations présentes de préserver les fondements essentiels dune vie digne pour les générations futures.

Il me plaît aussi d'exprimer mes remerciements à l'Organisation des Nations Unies et à son Secrétaire général, M. Kofi Annan, ainsi qu'au Centre des Nations Unies pour les Etablissements Humains et à son directeur exécutif, Mme Anna Kajumolo Tibaijuka, pour l'excellente préparation de cette session, ce qui a favorisé le démarrage de ses travaux dans les meilleures conditions.

Monsieur le Président,

La Tunisie a participé à toutes les étapes régionales et internationales qui ont préparé le terrain à cette session extraordinaire à laquelle notre pays est représenté par une importante délégation de spécialistes et de partenaires de l'Agenda, représentant le Parlement, l'autorité locale, le secteur privé et le tissu associatif. Nous sommes venus à New York, munis d'un rapport national, à l'élaboration et à l'exécution duquel ont contribué avec enthousiasme, conformément aux directives de Monsieur le Président de la République, toutes les forces vives de la nation, structures officielles, ONG et compétences individuelles confondues.

Ce rapport, qui se fonde sur des indicateurs objectifs et précis, révèle que la Tunisie s'est souciée de mettre en place le cadre juridique et les structures nécessaires à une planification adéquate du développement urbain, en vue d'assurer l'extension des villes sur des bases solides, de rationaliser l'utilisation de l'espace du territoire national et d'associer les municipalités et les instances régionales et locales à la gestion rationnelle des établissements humains, de manière à être en phase avec l'évolution du taux d'urbanisation qui est passé de 61% en 1994 à 62,8% en 2000.

Pour faire face à cette évolution, la Tunisie a arrêté tout un train de mesures destinées à produire des terrains aménagés, à augmenter l'offre de lotissements sociaux, à mettre en place des mécanismes adéquats pour l'instauration d'une planification urbaine bien étudiée, et à créer une plate-forme favorable à une extension urbaine fondée sur un plan directeur d'aménagement du territoire national, ainsi que sur des plans directeurs d'aménagement des vines qui prennent en considération la nécessité de préserver les terres agricoles fertiles. Tous ces mécanismes s'inscrivent dans le droit-fil de l'un des thèmes choisis pour cette conférence onusienne, à savoir «maîtriser le phénomène d'urbanisation accélérée dans le cadre d'un développement durable».

Nous avons également mis en relief, dans notre rapport, la réussite de la Tunisie à mettre sur pied et à mener à bien des plans nationaux spécifiques ayant pour finalité de consacrer le Principe de justice et d'égalité, en comptant, pour ce faire, sur le citoyen lui-même, sans distinction aucune entre les deux sexes, et en ouvrant toute grande la voie à la fibre initiative, sous toutes ses formes, au sein de structures et d'associations indépendantes.

Nous sommes parvenus, sur cette base, à réaliser des succès considérables. C'est ainsi que le nombre de logements a dépassé de 13% celui des familles, en 1999, et que le pourcentage de ménages propriétaires de leur logement a atteint 78,2%. Par ailleurs, la plupart des agglomérations urbaines et des habitations sont dotées des équipements de base. Ainsi, le taux de connexion au réseau électrique s'est accru pour passer de 86% en 1994 à 94,6% en 1999. Le taux d'alimentation en eau potable s'est élevé à 75,2% en 1999 et le taux de connexion au réseau d'assainissement, s'est chiffré à 67,7% en milieu urbain, au cours de la même période.

Nous nous accordons avec la communauté internationale pour estimer que le développement équilibré des villes et des zones urbaines ne saurait être durable sans la mise en oeuvre de programmes de lutte contre la pauvreté (le taux de pauvreté a été ramené, en Tunisie, de 6,2% en 1995, 4,2% en 2000), de promotion des catégories sociales vulnérables et d'amélioration des conditions de vie des populations rurales. C'est la raison pour laquelle le Président Zine El Abidine Ben Ali a décidé d'inclure dans son programme d'avenir, en octobre 1999, l'éradication, avant fin 2004, des logements rudimentaires restants, lesquels représentent environ 1,2% de l'ensemble du parc national de logements. Ainsi, la Tunisie aura réussi à réaliser le premier objectif que votre auguste conférence s'est donné pour slogan : «Assurer un logement convenable pour tous».

Monsieur le Président,

[ La Tunisie, qui s'est toujours empressée d'apporter une contribution efficace à toutes les réunions onusiennes visant à consacrer les principes de coopération et de solidarité internationales et à édifier un monde fondé sur la foi partagée en la communauté de destin et en la nécessité de l'action commune au service du bien-être, de la sécurité et de la paix pour tous, exprime le ferme espoir que cette session extraordinaire consacrée aux établissements humains ouvrira plus grandes les portes de l'espérance; l'espérance de voir l'humanité parvenir, en ce début du siècle nouveau, à une coexistence où les droits de tous seraient sauvegardés, où l'égoïsme serait banni et où les humains entretiendraient entre eux des relations nouvelles faites de fraternité et fondées sur la réalisation de l'équilibre escompté entre un environnement sain et un développement durable.

Consciente de l'indissociabilité de ces deux dimensions, la Tunisie s'est attachée à mettre en oeuvre un programme national d'hygiène et de protection de l'environnement, à réaliser des projets de lutte contre la pollution, la désertification, l'érosion et les inondations, à rationalises l'exploitation de ses ressources naturelles, à créer des réserves protégées et des parcs de loisirs et à cultiver le sens de l'environnement chez les citoyens et, plus particulièrement, chez les enfants, dans les divers établissements éducatifs. ]

Nous espérons, pour notre part, que les débats sur l'évaluation des résultats de l'Agenda «Habitat II» permettront d'unifier davantage les concepts et de parvenu à une compréhension plus profonde de la relation qui existe entre la stratégie mondiale et les stratégies nationales en la matière.

C'est que les problèmes posés par l'urbanisation accrue, dans le contexte de la mondialisation accélérée de l'économie et de la nécessité impérieuse de répondre aux divers besoins des populations, sont à ce point imbriqués, que, dans la plupart des cas, ils prennent une dimension internationale.

C'est, précisément, en partant de cette base que la Tunisie, par la voix de son Président, Monsieur Zine El Abidine Ben Ali, a pris l'initiative d'appeler à la création d'un Fonds mondial de solidarité dont la tâche essentielle consisterait à fournir à la communauté internationale un mécanisme qui lui permette de lutter contre la pauvreté et de promouvoir les régions les moins favorisées dans le monde, et qui soft financé par des donations et des contributions volontaires.
 
Il s'agit là d'un appel procédant de la conviction personnelle de Monsieur le Président de la République qu'il n'est plus, désormais, possible de concevoir un monde ou d'assurer la stabilité et la paix sans que les conditions dune vie digne n'y soient assurées pour tous. Cet appel prend également appui sur une expérience nationale réussie, qui a démarré en 1993 avec la création du Fonds de solidarité nationale et qui a permis, en l'espace de sept ans à peine, de mobiliser près de 550 millions de dinars tunisiens (soit un peu moins que l'équivalent en dollars US) au service d'un grand nombre de zones d'ombre, dans diverses régions du pays. Grâce aux interventions de ce fonds, plus de 1.450 localités isolées, situées aussi bien en milieu rural qu'au cour même des grandes villes et habitées par quelque 200.000 familles dépourvues des commodités de vie les plus élémentaires, ont pu accéder à l'infrastructure et aux équipements collectifs indispensables (routes, eau potable, électricité). En outre, des sources de revenu et de nouvelles opportunités d'emploi y ont été créées, favorisant l'intégration d'un grand nombre de citoyens, jusque-là démunis, dans la dynamique du développement intégral du pays. Il nous a été, déjà, donné lors de la participation de la Tunisie à la conférence internationale «Urban 21 », tenue en juillet 2000, à Berlin, de démontrer l'efficacité de ces mécanismes dans la fixation des populations rurales dans leurs localités d'origine et la réduction du phénomène de l'exode vers les grandes villes. Ce qui représente là expérience dont pourraient s'inspirer de nombreux pays du monde.

De même, l'intérêt manifesté par les visiteurs de la Tunisie, parmi les responsables et les citoyens des pays frères et amis, à l'égard des projets du Fonds de solidarité nationale (FSN) et le désir qu'ils ont exprimé de tirer profit de cette oeuvre avant-gardiste, ont amené le Chef de l'Etat à décider de mettre l'expérience de la Tunisie dans ce domaine à la disposition de la communauté internationale, pour la promotion de l'homme et l'amélioration de son niveau de vie.

[ Sur un autre plan, l'expérience tunisienne a mis en évidence la relation étroite qui existe entre l'habitat et l'emploi. Elle a réussi, dans ce contexte, à mettre en place un nouveau mécanisme qui prend appui, lui aussi, sur l'élan de solidarité : il s'agit du Fonds National de l'Emploi 21-21 (FNE). Ce fonds vise à promouvoir l'emploi, à améliorer les revenus de l'homme et de la femme et à ouvrir des horizons nouveaux devant les jeunes et les enfants défaillants de l'enseignement. Il se propose aussi de mettre en oeuvre des programmes propres à créer des sources de revenu et à encourager les initiatives qui vont dans ce sens, notamment en favorisant la formation professionnelle dans les spécialités adaptées aux besoins du marché de l'emploi, y compris les techniques nouvelles de l'information et de la communication. ]

Monsieur le Président,

La Tunisie tient à saluer tons ceux qui ont contribué à la préparation de cet important forum international et appelle la communauté mondiale, gouvernements, organisations et associations confondues, à davantage de solidarité et d'entraide. Elle réaffirme, par la même occasion, qu'elle demeure constamment disposée à apporter sa contribution à tout effort international, régional ou bilatéral, ayant pour but de traduire dans le concret le slogan qui tend à consacrer le droit de l'homme à une vie digne.

Merci de votre attention.