Déclaration

de

M. Slaheddine Belaïd
le Président de la Commission Thématique
Ministre de l'Equipement et de l'Habitat, République de Tunisie

25e Session Speciale De L'Assemblee
Generale des Nations Unies
Consacree A Instanbul+5

New York
le 08 Juin 2001




Monsieur le Président, Distingués délégués, Mesdames et Messieurs,

J'ai eu l'honneur et le privilège de présider la Commission Thématique de cette Session Extraordinaire consacrée à l'application du Programme pour l'habitat. Cette Commission constituait, comme vous le savez, une innovation majeure dans l'histoire de l'Assemblée Générale. Je crois pouvoir dire que notre Commission s'est déroulée à la perfection et a totalement atteint son but, qui était de raconter de façon sélective et inductive l'histoire des établissements humains et de la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat depuis la Conférence d'Istanbul.

Nous avons bénéficié d'excellentes présentations qui ont montré comment le Programme pour l'habitat avait été mis en oeuvre de façon très concrète dans 16 pays, représentant toutes les régions du monde. Nos débats ont été de haute tenue et très animés. Au cours de la première session, sur le logement et les services de base, nous avons apprécié comment la politique sud-africaine du logement donnait corps au droit constitutionnel à un logement adéquat à travers d'importants investissements publics en appui à la participation communautaire.

Nous avons examiné les programmes massifs de logements sociaux réalisés en Egypte, ainsi que les stratégies de développement élaborées pour certaines villes égyptiennes telles que Louqsor et Ismailia. Ces stratégies reconnaissent le rôle essentiel des partnenaires communautaires et du secteur privé.

Nous avons étudié le programme d'amélioration intégrée des quartiers pauvres de Medellin, en Colombie, ainsi que le programme de restructuration de l'habitat spontané de Dakar au Sénégal.

Dans le domaine de l'accès aux services de base, nous avons apprécié les actions déterminées entreprises par les ONG indiennes pour fournir un assainissement convenable dans les quartiers pauvres de Bombay, Bangalore et Pune.

Nous avons constaté que le premier objectif du Programme pour l'habitat "un logement adéquat pour tous" était davantage qu'un slogan. Autant par l'amélioration des quartiers existants et que par la production de nouveaux logements, cet objectif est en cours de mise en oeuvre dans de nombreux pays.

Au cours de notre deuxième session, nous avons examiné comment des villes aussi différentes que Dar Es Salaam, Stockholm, Chengdu et Katowice s'étaient engagées dans des actions résolues d'amélioration de l'environnement urbain depuis 1996. Nous avons noté d'impressionnants succès et une application effective des principes fondamentaux du Programme pour l'habitat sur la gestion intégrée et participative de l'environnement local.

A Dar Es Salaam, les autorités mènent des actions avec les résidents pour faire de la ville une cité durable en améliorant concrètement les conditions de vie des populations. Les leçons apprises sont en train d'être transferées à d'autres villes à l'echelle nationale.

Stockholm pour sa part vise à densifier son tissu urbain et à optimiser son réseau de transports publics pour assurer un développement en harmonie avec son environnement naturel. Chengdu, Chine, a complètement rénové son environnement autour du projet des deux rivières, Fu et Nan. Pour contribuer à la lutte globale de réduction des émissions nocives et promouvoir l'échange des expériences, Chengdu a organisé une journée sans voiture lors d'une conférence préparatoire pour Istanbul+5 sur l'apprentissage par les meilleures pratiques. La ville de Katowice, Pologne a mené des actions concertées et inter-communales pour réduire la pollution de l'air et de l'eau dont elle était victime, pendant et après la phase d'expoitation des mines de plomb et de zinc dans la région.

Notre troisième session était consacrée à un thème qui a pris de plus en plus d'importance ces dernières années, à savoir celui de la gouvernance urbaine. Nous avons compris que les pays du Sud comme ceux du Nord cherchaient à amèliorer la gouverance de leurs agglomérations et que des leçons très intéressantes pouvaient déjà être tirées des expériences menées par les uns et les autres. A Santo Andre, Brésil, comme à Brasilia, les autorités locales ont engagé des programmes ambitieux d'intégration sociale impliquant les populations, y compris au stade des décisions budgétaires.

A Lyon, France, les collectivités locales ont lancé une démarche stratégique baptisée Millénaire 3 qui a doté l'agglomération d'un projet de développement global et durable. Cette démarche repose sur la promotion d'un débat public engageant toutes les composantes de la société civile ainsi que sur une réflexion sur le rôle de la ville-région dans l'avenir et sur les structures institutionelles nécessaires pour assurer un développement urbain plus harmonieux.

Le gouvernement du Nigéria, un pays fédéral comprenant 36 états et 774 gouvernements locaux, a entrepris depuis 1999 de reviser sa législation pour encourager la participation, éradiquer la corruption et promouvoir la bonne gouvernance. Le gouvernement a lancé une compagne nationale pour la bonne gouvernance urbaine, avec l'appui du CNUEH, en avril dernier.

La ville de Barcelone, seconde ville d'Espagne, fonde son dynamisme sur de vigoureux partenariats entre le secteur public et le secteur privé et sur la décentralisation systématique des responsabilités et des ressources, mettant en oeuvre le principe de subsidiarité qui doit être au cour de toute politique de décentralisation.

Toutes ces expériences montrent que les engagements d'Istanbul sur la gouvernance urbaine ne sont pas restés lettre morte. Même si nous n'avons pas encore une définition unique et commune de la bonne gouvernance, celle-ci n'attend pas d'être définie pour exister dans la pratique!

Notre dernière session abordait un théme multi-sectoriel, l'éradication de la pauvreté, en particulier dans ses dimensions urbaine et habitationnelle. Nous avons eu l'occasion d'examiner des cas provenant de trois continents différents.

L'exemple de la Thaïlande nous a éclairé sur l'importance des incitations financières et des partenariats entre le gouvernement et les organisations communautaires. Le Fonds de Développement Communautaire de Thaïlande octroie des prêts qui permettent aux populations défavorisées de briser le cercle vicieux de la pauvreté.

Au Pérou, la municipalité de Villa El Salvador a élaboré un plan de développement à long terme impliquant étroitement les ONG qui représentent les habitants des quartiers pauvres et autrefois déshérités. Elle a également mis sur pied une démarche de budget participatif.

Le Maroc pour sa part a initié un programme pilote de réduction de la pauvreté urbaine en 1998, qui concerne Casablanca, Marrakech et Tanger. Ce programme implique de nombreux partenaires, locaux, nationaux et internationaux. Le Maroc va organiser en octobre prochain le forum international sur la pauvreté urbaine, qui tirera les enseignements de l'expérience internationale dans ce domaine, au Nord et au Sud.

Monsieur le Président, Distingués délégués,

J'ai essayé de résumer en quelques mots les travaux de la première Commission Thématique de l'histoire des Sessions Spéciales des Nations-Unies. Je n'ai certainement pas rendu compte de la richesse des débats, de la qualité des films vidéo et du dynamisme des présentateurs. Je prie les Ministres, les Maires, les leaders d'organisations non-gouvernementales, et les facilitateurs qui ont animé notre Commission, de bien vouloir me pardonner la brieveté de mon compte-rendu. Ils ont effectué un travail fantastique dont nous avons tous bénéficié. Ils ont démontré une nouvelle fois que les Nations-Unies étaient le meilleur forum pour l'échange d'expérience et de bonnes pratiques. Je les remercie pour ce magnifique effort collectif. Merci aussi à tous les intervenants qui ont su faire de notre Commission un succès et qui ont facilité la tâche de notre Bureau par leur sérieux et leur professionalisme.

Pour finir je félicite le CNUEH (Habitat) qui a su organiser d'une main de maître, en un temps très court, une Commission Thématique très équilibrée, tant au niveau des sujets traités, que des pays couverts et des auteurs des présentations.

Monsieur le Président, Distingués délégués,

Je voudrais conclure sur le voeu de voir les travaux de notre Commission donner naissance à un ouvrage de synthèse qui permettrait non seulement de garder trace de cet excellent travail mais également - et surtout - de mettre à la disposition de l'ensemble des partenaires d'Habitat une documentation pertinente dont ils pourront tirer profit dans l'élaboration et la mise en oeuvre de leurs agendas nationaux. Je suis certain que le CNUEH trouvera les ressources nécessaires à la réalisation d'un tel ouvrage, qui viendra utilement compléter la belle série de publications et de rapports que nous avons reçus cette semaine.

Je vous remercie pour votre attention.