MISSION PERMANENTE D'OBSERVATION
DE LA SUISSE AUPRÈS DES NATIONS UNIES


Vingt-cinquième Session extraordinaire de l'Assemblée générale
consacrée à un examen et à une évaluation d'ensemble
de l'application des décisions de la Conférence des Nations Unies
pour les établissements humains (Habitat II)
 
 

DÉCLARATION
de

S.E. le Secrétaire d'État Peter GURTNER
Directeur général de l'Office fédéral du logement

 
 
 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Délégués,

Qu'a fait la Suisse pendant ces cinq dernières années, en d'autres termes, depuis la Conférence d'Istanbul, pour améliorer la qualité de vie duns les villes et les agglomérations et pour conformer le développement des établissements humains aux principes du développement durable, tant sur son territoire national que dans des régions du monde moins favorisées?

Par cette courte intervention, je ne pourrai vous présenter que quelques exemples. Mais avant cela, je dois préciser que les mesures qui ont été prises ne l'ont pas seulement été grâce au programme Habitat. Les choix de politique intérieure et le processus de Rio ont joué un rôle plus important encore. Et comme vous le verrez, ces mesures s'inscrivent d'elles-mêmes dans le processus du programme Habitat.

L'année dernière, la Suisse s'est dotée d'une nouvelle Constitution. La Confédération s'y engage à promouvoir le développement durable dans tous les domaines et à tous les niveaux de l'Etat. Cela vaut donc aussi pour les thèmes centraux du programme Habitat, à savoir la politique en matière de villes et d'agglomérations, la politique en matière de logement et la coopération au développement.

Permettez-moi d'illustrer ce propos par 3 exemples:

Premier exemple: la politique de la ville. Aux yeux des Suisses et de nombreux étrangers, la Suisse reste un pays essentiellement rural, mais on admet peu à peu que près des deux tiers de la population vit dans les villes ou dans leurs agglomérations. Ces zones urbaines, qui représentent des pôles d'activité économique, des centres culturels et de progrès, des portes d'ouverture sur le monde, jouent donc un rôle important dans le développement du pays. On découvre également peu à peu que les centres de ces agglomérations sont confrontés à certains problèmes générés par une forme de ségrégation sociale et fonctionnelle de plus en plus marquée. L'extension croissante des zones d'habitation entraîne une augmentation massive des flux de transport et de circulation, une détérioration rapide de la qualité de l'environnement urbain et de nouveaux déplacements d'habitants qui quittent le centre des villes pour la périphérie. Une telle évolution pose des problèmes aux autorités locales, qui n'ont pas les moyens de les résoudre seules. Face à cela, la population qui est directement touchée a certes pris de nombreuses initiatives implicitement ou explicitement inspirées du programme local Agenda 21, mais les villes concernées, qui sont autonomes sur le plan politique et sont en principe seules responsables de la résolution de leurs problèmes, dépendent alors de la solidarité des autres régions et des autres pouvoirs publics. Cette solidarité s'est récemment manifestée avec la Conférence sur les agglomérations, permettant de créer un cadre institutionnel dans lequel les villes et les communes, les cantons et la Confédération peuvent élaborer une politique commune et globale en la matière.

Deuxième exemple: la politique du logement. L'exigence formulée dans le programme Habitat d'"un logement décent pour tous" fait partie des buts sociaux inscrits duns la nouvelle Constitution fédérale. Pour la Suisse, il est incontestable que le logernent, tout comme l'alimentation, la sécurité ou l'éducation, constitue un des besoins fondamentaux de l'être humain et que l'Etat doit aider les groupes de population qui ne peuvent pas satisfaire ce besoin par leurs propres moyens. Pour ce faire, il doit veiller à l'instauration de conditions économiques et politiques favorables et, en cas de nécessité, à l'introduction de mesures d'encouragement ciblées. L'actuelle révision de la politique suisse en matière de logement vise ainsi à soutenir les acteurs du marché les plus faibles économiquement, et ce en étroite collaboration avec les organisations privées chargées de la construction de logements d'utilité publique. Cet exemple montre par ailleurs à quel point le partenariat entre secteur privé et secteur public est important en Suisse.

Troisième exemple: la coopération au développement. La coopération suisse au développement dans le domaine urbain est guidée par trois orientations importantes: premièrement, il s'agit de penser développement rural et développement urbain dans leur interdépendance et leur complémentarité. Deuxièmement, la coopération s'adresse aux urbains les plus pauvres parce que c'est un principe de base de la loi fédérale sur la coopération au développement, et parce que c'est un principe fondamental de solidarité de notre pays vis à vis du monde. En troisième lieu, la coopération suisse s'efforce de renforcer les initiatives et le sens de responsabilité des urbains pour qu'ils deviennent des promoteurs de leur développement. Actuellement, la coopération suisse au développement soutient des .programmes urbains dans différents pays en misant sur la gouvernance locale, la décentralisation, le renforcement des capacités, la participation de la société civile, la création d'infrastructures et la lutte contre la pauvreté. Elle contribue également activement au dialogue politique international à travers les principaux réseaux urbains multilatéraux et bilatéraux.

Monsieur le Président,

Cette brève présentation montre que les principes et les stratégies d'exécution du programme Habitat constituent un cadre particulièrement utile pour la politique suisse. II est donc important aux yeux de la Suisse qu'au cours de cette conférence, la communauté internationale renouvelle et renforce les engagements qu'elle a pris à Istanbul en adoptant le programme Habitat et la déclaration qui s'y rapporte. Pour tous les pauvres et les défavorisés du monde, Istanbul est symbole d'espoir et de mieux vivre. Istanbul + 5 ne doit pas décevoir cet espoir et doit devenir le symbole d'un véritable changement vers plus de démocratie, moins d'inégalité sociale et plus de chances pour tous. Avec ses moyens, la Suisse s'engage à tout faire pour que ce voeu se réalise.

Je vous remercie, Monsieur le Président.