Intervention de S.E.M. Soumaila CISSE
Ministre de l'Equipement, de l'Amenagement
du territoire, de l'Environnement et de l'Urbanisme
devant la 25ème session extraordinaire de l'Assemblee
générale consacrée à un examen et à une evaluation
d'ensemble de l'application des résultats de la conférence
des Nations Unies sur les établissements humains
(HABITAT 11)
 

New York
Le 06 juin 2001






Monsieur le Président de l'Assemblée générale
Monsieur le Secrétaire général
Mesdames et Messieurs les Présidents et Chefs de Gouvernement
Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations internationales
Honorables invités
Mesdames et Messieurs

Permettez-moi tout d'abord d'exprimer ma fierté de prendre la parole à une rencontre aussi importante. Je salue vivement l'initiative et félicite le système des Nations unies et particulièrement le Secrétaire général Kofi Annan dont l'action personnelle a été déterminante dans la tenue de ce sommet. Le Mali accorde une réelle importance à de tels forums et manifeste un vif intérêt pour les problèmes d'habitat.

La Politique sectorielle du Mali en matière de développement urbain constitue le cadre de base pour les programmes et projets identifiés pour la circonstance. Cette politique vise à renforcer la coordination des actions de tous les partenaires potentiels à savoir: l'Etat, les Collectivités décentralisées, les Opérateurs privés et les Partenaires au développement.

L'histoire de notre pays le Mali, nous enseigne qu'avant les contacts liés au fait colonial, le réseau d'établissements humains était riche et varié. Qu'il s'agisse de hameaux, de campements nomades, de villages ou d'agglomérations urbaines, ce réseau se caractérisait par une dynamique particulière des échanges. Les preuves de cet héritage sont encore visibles tant sur les rives des deux grands fleuves que sont le Niger et le Sénégal (véritables mers intérieures), que dans les espaces transsahariens qui ont largement contribué à l'ouverture du pays sur le reste du monde arabo-africain.

En effet, la prospérité des différents Empires et Royaumes qui se sont succédé sur le territoire national s'était essentiellement appuyée sur un réseau de centres urbains parmi lesquels des métropoles comme Tombouctou, Gao, Djenné, Ségou, Sikasso, et bien d'autres, ont joué chacune, un rôle important. L'histoire a ainsi retenu l'admiration des voyageurs, missionnaires, colons et autres explorateurs devant l'organisation administrative de ces Cités-Etats.

C'est cependant leur architecture, à travers la célèbre argile de Djenné ou l'alhor de Tombouctou, les deux perles qui émerveilleront les visiteurs arabes ou européens. Cette architecture dite soudanienne caractérisée par sa finesse et son style adapté est le résultat de profonds échanges et d'intenses brassages entre ces différents royaumes et le monde extérieur, arabo-musulman, notamment. L'influence des styles orientaux est visible. La spécificité de cette architecture s'est traduite par son classement par l'UNESCO au prestigieux rang de patrimoine de l'humanité.
 

Monsieur le Président,

Notre pays connait d'énormes problèmes liés notamment à une urbanisation croissante due à une démographie galopante, à un exode rural prononcé, exacerbé par l'inexistence de villes moyennes et un manque de ressources suffisantes. Malgré donc les nobles idéaux poursuivis à travers une politique de développement urbain décentralisée, l'impact reste très faible sur la dynamique urbaine dans son ensemble.

L'objectif général de la politique sectorielle de développement urbain est de créer les conditions idoines pour améliorer le cadre. de vie des populations en renforçant particulièrement la lutte contre la pauvreté avec comme cadre général d'action la Décentralisation.

La Décentralisation en cours au Mali, constitue, sans nul doute, la plus grande opportunité pour aboutir à une véritable démocratie, condition fondamentale pour mieux répondre aux exigences des populations. Elle favorise leur implication et leur responsabilisation dans la gestion des affaires les concernant, cela, à travers leurs représentants librement élus à la base.
 

Monsieur le Président,

La Stratégie Nationale du Mali de lutte contre la Pauvreté retient le manque de logements et de services collectifs de base comme l'une des principales dimensions de son action, en milieu urbain, notamment.

C'est donc à juste titre que la Stratégie Nationale du Logement met l'accent sur la problématique de l'Habitat, basée sur une forte synergie et une harmonie durable entre le logement et son environnement au triple plan physique, socioculturel et économique.

La mise en oeuvre de la politique sectorielle de Développement Urbain et celle de la Stratégie Nationale du Logement ont nécessité la prise des mesures importantes notamment au niveau institutionnel. Cette cohérence favorise le professionnalisme dans le secteur, à travers une plus grande mobilisation des ressources adaptées à son financement et une nécessaire simplification de la plupart des procédures.

Ainsi, la mise en place de plusieurs ordres professionnels, la relecture du Code Domanial et Foncier, l'élaboration des codes de l'urbanisme et de la construction, ainsi que la promulgation de la loi régissant le secteur immobilier procèdent de cette dynamique.

La création en 1996, de l'Office Malien de l'Habitat d'une part, celle de la Banque de l'Habitat du Mali, d'autre part, sont des témoignages éloquents de cette volonté politique. L'initiation en 2000 d'un Fonds de Garantie Hypothécaire achève la pyramide des structures nécessaires au fonctionnement du secteur.

Le Mali déploie depuis quelque temps, avec ses modestes moyens, des actions concrètes pour assurer au maximum de citoyens un logement décent. On peut à ce sujet rappeler la réalisation par l'Etat, à titre démonstratif, d'un programme de 300 logements, à faible coût; 400 autres logements ont été l'oeuvre du secteur privé. De modestes actions initiées avec un relatif succès par les organisations professionnelles regroupées en coopératives d'habitat.

La mise en place des programmes d'urbanisme depuis 1996, s'est concrétisée par l'élaboration de 11 Schémas Directeurs d'Aménagement et d'Urbanisme et de 6 Plans d'Urbanisme Sectoriel. De même, 60 lotissements ont permis la viabilisation d'environ 45.000 parcelles.

Le gouvernement de notre pays est convaincu que la promotion des matériaux locaux à travers des technologies alternatives, permettra non seulement de réaliser massivement des infrastructures et des équipements à faible coût, mais aussi de renforcer la capacité nationale de création d'emplois. L'initiative valorisera et améliorera le savoir-faire au niveau communautaire tout en offrant de meilleures conditions d'habitat au plus grand nombre.

La libéralisation du secteur a ainsi eu pour corollaire l'émergence de plusieurs acteurs, dont les femmes, constituent un nouvel élément de taille. Ainsi sur le terrain, plusieurs coopératives de femmes exploitent déjà avec un réel professionnalisme, des carrières de sables, de graviers et de moellons.
 

Monsieur le Président,

La mise en ceuvre de l'objectif général de la Politique Sectorielle de Développement Urbain passe par les objectifs spécifiques suivants

Pour l'amélioration des conditions de vie dans les villes, certaines actions vigoureuses s'imposent .

Il s'agit:
 

Dans le cadre d'un développement urbain harmonieux, mon pays s'engage, conformément aux normes internationales, à faire une priorité de la sauvegarde, la restauration et la mise en valeur de cités et sites historiques. Djenné, Tombouctou et le pays Dogon sont ainsi au coeur de nos priorités.

En vue d'atteindre les objectifs spécifiques relatifs à la maîtrise de la croissance des villes, le Gouvernement, dans le cadre de son Plan d'action, s'engage à la mise en ceuvre des mesures institutionnelles et réglementaires. Il s'agit particulièrement du renforcement de la capacité de gestion des communes du développement d'un réseau de villes secondaires et de la décentralisation des activités économiques et socioculturelles.

Pour la protection de notre patrimoine le Gouvernement s'engage à assurer la sauvegarde des sites classés, la reconstitution et la diffusion du capital culturel national, la création de Musées et de Centres de Documentation locaux, de même que la promotion de l'architecture locale.

La bonne mise en oeuvre de ces différents mesures est une annonce pour la maîtrise des faits urbains. Son exécution permettrait ainsi la réalisation générale de la politique sectorielle de développement urbain qui est l'amélioration du cadre de vie des populations, d'une manière générale, de celui des centres urbains, en particulier.

Ainsi, il est nécessaire de renforcer la coopération internationale afin d'assurer pour le plus grand nombre un développement humain durable.
 

Monsieur le Président,

Le problème d'habitat n'est pas une question à sens unique . Son traitement implique la prise en compte de phénomènes connexes comme la salubrité, l'hygiène, la santé, la sécurité et même l'immigration. C'est dire que le sujet est complexe et interpelle plusieurs acteurs.

La réponse aux problèmes soulevés tiendra compte, pour être efficace, de l'environnement socioculturel. Permettez-moi, à ce sujet de paraphraser un penseur qui, parlait lui, de culture, pour dire qu' « un habitat moderne est commode, un habitat ancien est étrange ». Toute la problématique est ainsi posée, car il ne s'agit pas d'une question uniforme, mais modulée au travers du prisme culturel de chaque communauté.

Il n'y a ainsi aucun lien apparent entre la tente nomade, l'igloo de l'Esquimo, la case en pilotis des gens de l'Eau et les gratte-ciel de la mégapole. Chacun de ces habitats traduit cependant, la dimension culturelle de son occupant et explique ses rapports cosmogoniques. La culture des bidonvilles constitue ainsi un sujet intéressant pour les anthropologues, les psychologues et autres sociologues.

La coopération internationale trouve là également un de ces champs d'action privilégiés. Si la bonne gouvernance et la stabilité sont des critères objectifs retenus pour appuyer les actions des pays en développement, l'urgence des questions posées et leurs répercussions sur des domaines voisins commandent de nouvelles attentions. Il s'agit, en effet, de tenir compte davantage du caractère social de ces urgences qui peuvent à long terme compromettre le fragile équilibre obtenu au prix de mille efforts.

Mon pays occupe actuellement la présidence de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et celle de l'Union Economique et Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA). L'action du Mali, sous la houlette du président Alpha Oumar KONARE, vise à mettre en commun les expériences nationales de la sous-région pour une meilleure intégration non seulement dans le domaine économique, mais aussi aux plans de la sécurité, de l'immigration, de la protection de l'environnement ou de l'habitat.
 

Monsieur le Président,

Le défi est immense. Le fardeau est lourd pour les seuls pays en voie de développement. La communauté peut rechercher la solution aux problèmes d'habitat dans le cadre global du développement, à travers des actions spécifiques de lutte contre la pauvreté. Il ne s'agit pas de solutions clés- en- mains mais, d'initiatives partagées, régies par de nouveaux critères axés sur la solidarité et le partenariat. C'est une voie originale, peu évidente pour tous, mais porteuse d'espoir. Les questions d'environnement, de santé, de sécurité, d'immigration, nous interpellent tous, car, relevant du village planétaire. Le problème d'une partie du monde concerne infailliblement l'ensemble de l'humanité. Ici comme ailleurs, personne ne sauvera seul sans les autres. La solution sera globale ou ne sera pas.

Je vous remercie.