Intervention prononcée
Par
M. Claude BARTOLONE
Ministre délègue à la Ville, Chef de la délégation française
25ème Session extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies
HABITAT II + 5
Séance plénière du 7 juin 2001


Monsieur le Président, Chers Collègues, Mesdames et Messieurs les Délégués,

M'exprimant au nom de la délégation française, je veux tout d'abord souligner que j'adhère pleinement aux termes de la déclaration prononcée hier par la délégation suédoise au nom de l'Union Européenne. Je partage les préoccupations qu'elle a exprimées et je fais miennes les recommandations qu'elle a formulées.

Cette convergence va de soi, car nous sommes, les uns et les autres en Europe, résolument fidèles au message d'Istanbul. Après Habitat II, nul ne devrait plus ignorer que c'est avant tout dans les villes que va se jouer l'avenir de nos pays, au Nord comme au Sud.

C'est pourquoi je souhaite vivement, avec beaucoup d'autres, que cette session extraordinaire puisse permettre de remobiliser l'opinion internationale, sur l'ampleur, l'acuité et la complexité des défis auxquels toutes les villes du monde restent confrontées. Nous aeons pour cela besoin dune déclaration finale vigoureuse, résolument politique, prolongeant et amplifiant les conclusions d'Istanbul, susceptible d'avoir un impact réel sur l'opinion mondiale.

Si nous voulons conjurer les risques qui s'attachent au mouvement d'urbanisation et saisir les chances qu'il offre, nous devons tout faire pour mettre en oeuvre, le plus rapidement possible, le plan mondial d'action adopté à Istanbul.

Nous sommes réunis ici pour dresser un premier bilan des progrès accomplis et des difficultés persistantes. Faisons le lucidement et sans complaisance. Loin de nous décourager, les obstacles rencontres doivent nous inciter à l'optimisme de
l 'action.

Il va de soi que beaucoup reste à faire. Même s'il faut agir vite, la mise en oeuvre de « l'Agenda Habitat » s'inscrit nécessairement dans la durée.

En France, le gouvernement auquel j'appartiens et les autorités locales se sont résolument engagés sur le chemin trace à Istanbul.

D'importantes réformes sont venues, depuis 1996, renouveler en profondeur la politique de l'habitat et de la ville. Une nouvelle impulsion a été donnée à la lutte contre l'exclusion et à la mise en oeuvre du droit au logement. Dans le prolongement des lois de décentralisation des années 80, le cadre institutionnel de l'intercommunalité a été profondément réformé, pour l'adapter aux évolutions des agglomérations. De nouveaux outils de planification urbaine ont été introduits, coordonnant mieux les politiques sectorielles, tenant mieux compte des réalités et des attentes locales.

Les objectifs fondamentaux de solidarité sociale et territoriale, de diversité et de mixité urbaines, de développement durable et de bonne gouvernance inspirent désormais l'ensemble de faction publique.

C'est ainsi que les moyens consacrés à la requalification des quartiers en difficulté et à la réinsertion de leurs habitants ont été considérablement renforcés, afin que ces femmes et ces hommes bénéficient, comme l'ensemble de la population française, du retour de la croissance économique.

De façon globale, un nouvel élan a été donné à la contractualisation entre l'Etat, les autorités territoriales et leurs partenaires de la société civile, afm de conjuguer leurs efforts respectifs au service de projets communs, dans un double objectif de solidarité sociale et de développement local.

Des mesures ont également été prises pour développer la participation des habitants aux décisions qui les concernent, et faire en sorte que la ville redevienne ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, le lieu privilégié de la démocratie et de la citoyenneté.

Vous le voyez, M. le Président, la France s'est fortement mobilisée au service des deux grands thèmes du sommet d'Istanbul : «un logement convenable pour tous», «le développement durable des établissements humains ».

Mon gouvernement considère en effet que les pouvoirs publics ont un rôle déterminant à jouer. Quels que soient ses mérites, le marché seul ne saurait rendre la vine économiquement efficace, écologiquement prudente et socialement harmonieuse, pas plus qu'il ne saurait permettre l'accès de chacun à un logement décent et à des services satisfaisants.

La ville doit être désormais considérée comme un objet prioritaire de faction collective, comme un véritable enjeu de gouvernement.

Nous sommes donc particulièrement attachés à la bonne fin des travaux de cette session extraordinaire. Nous souhaitons bien entendu qu'elle ne donne en aucune manière à quiconque l'occasion de revenir sur les engagements pris à Istanbul. Elle doit permettre au contraire d'en assurer la bonne mise en oeuvre, dans un esprit constructif et mobilisateur.

Nous souhaitons aussi qu'elle permette de promouvoir la décentralisation et de renforcer les capacités des autorités locales, dans le respect du cadre juridique propre à chaque Etat. Nous attendons beaucoup de la concertation entre les délégations nationales et les représentants des associations d'élus locaux, des organisations non gouvernementales et des autres partenaires de « l'Agenda Habitat ». Nous espérons que les dialogues thématiques, qui incarnent le partenariat en marche, seront l'un des temps forts de cette session.

Nous attendons aussi de cette session qu'elle aboutisse à une meilleure implication de l'ensemble des organisations internationales, et notamment des organismes compétents des Nations-Unies, dans la mise en oeuvre du plan mondial d'action adopté à Istanbul. Il s'agit d'améliorer l'efficacité du système de partage des responsabilités et de renforcer le rôle d'impulsion et de coordination dévolu au Centre des Nations-Unies pour les Etablissements Humains de Nairobi.

Enfin, je veux insister sur la contribution essentielle que peuvent et doivent apporter les villes aux grands objectifs du développement durable. A cet égard, il est important que le Sommet mondial sur le développement durable, qui se tiendra l'année prochaine à Johannesburg, prenne explicitement en compte la dimension urbaine.

Je vous remercie de votre attention.