ALGERIA
 
 
 
 

ALLOCUTION
DE
SON EXCELLENCE MONSIEUR
ABDALLAH BAALI,
AMBASSADEUR,
REPRESENTANT PERMANENT,
CHEF DE DELEGATION
 

DEVANT

L'ASSEMBLEE GENERALE

EXTRAORDINAIRE
DES NATIONS UNIES,
RELATIVE A L'EXAMEN
ET A L'EVALUATION
DE LA MISE EN OEUVRE
DU PROGRAMME POUR L'HABITAT.









Monsieur le Président,

Nous voilà aujourd'hui réunis à New York pour procéder, ensemble, à un bilan rigoureux et lucide de ce qui a été accompli depuis Istanbul en matière d'Etablissements humains et de réfléchir, ensemble, aux mesures à prendre pour relever les défis posés par le développement durable, la protection de l'environnement, la promotion des droits de l'homme et l'élimination de la pauvreté.

Depuis des temps immémoriaux, l'homme n'a eu de cesse d'associer le modèle idéal d'organisation communautaire -la cité- et l'inscription dans l'espace des formes de l'Etablissement humain.

Ainsi, en Algérie, la taille du Ksar, de la Casbah ou du village, soigneusement proportionnée aux ressources naturelles, les systèmes d'irrigation adaptés pour leur exploitation judicieuse et économique, de rnême que le tracé et la taille des voies, ainsi que le volume des constructions dessinées pour permettre à chacun de jouir de l'air et du soleil dans le respect du voisin, traduisent, dans la matière et la structure des Etablissements humains, toute une culture de la vie en Communauté.

Ils témoignent, clans le même temps, de l'existence d'un double corps de règles : le premier, un véritable code de l'urbanisme gérant les rapports de l'habitation avec sa voisine et le second régissant les conditions de l'utilisation de l'entretien et de l'aménagement des espaces communs en faisant appel à la solidarité communautaire appelée chez nous Touiza, Taoussa ou encore Thiwizi.

Dans notre monde moderne, ces valeurs sont maintenant recherchées. Les notions de citoyenneté, de responsabilité partagée, de partenariat et de gouvernance sont-elles autre chose que l'expression fondamentale du principe que l'Etablissement humain est d'abord une communauté solidaire?

Le rappel de ce principe de solidarité nous parait d'autant plus nécessaire que, partout dans le monde, les conditions de vie dans les villes, l'accroissement du nombre des sans-abri et des bidonvilles, le dénuement des campagnes, la remontée de la pauvreté, la récurrence des maladies infantiles sont loin de s'améliorer.

De plus, la concentration de populations poussées par la misère à la périphérie des villes et dans les zones à risques contribue à fragiliser les mal-logés et à aggraver le sentiment d'insécurité dans les cadres urbains des pays en développement.

L'Agenda d'Istanbul offre, à cet égard, des perspectives et des cadres de coopération utiles et réalistes dont il convient de tirer profit.

Face à l'immensité des défis, il importe cependant qu'une véritable solidarité internationale fondée sur une aide massive au développement et sur l'effacement ou la reconversion de la dette en aide au logement, à la lutte contre la pauvreté et à la préservation de l'environnement se mette en place et vienne appuyer et consolider les actions prises au plan national ou régional.
 

L'urbanisation massive associée à la pauvreté soulève, à son tour, un certain nombre de questions rendues encore plus difficiles par la fragilité de la gouvernance et des finances locales, une gestion urbaine déficiente, ainsi que des concepts et des pratiques de gestion archaïques et dépassés qui requièrent des mesures décisives visant à l'implication plus grande des autorités locales et des organismes chargés de la gestion du logement et de l'habitat en tant que partie intégrante d'une approche de cette question fondée sur les droits humains.

La sécurité d'occupation du logement contribue, quant à elle, à l'émergence d'une nouvelle approche de la politique de l'habitat fondée sur un souci d'améliorer l'accès des pauvres mais également et de plus en plus des femmes, non seulement à un meilleur logement, mais aussi aux services publics garantissant par là-même, le droit à un emploi décent et à la représentation politique au plan local et national.

Enfin, la gouvernance locale, en tant que transfert de pouvoir vers les collectivités de base, signifie aussi la reconnaissance du droit des différentes catégories de la population à participer, directement et effectivement aux décisions qui les concernent.

Monsieur le Président,

La multiplication et la diversité des manifestations symboliques à l'échelle de la planète centrées sur l'environnement, le patrimoine et la ville, constituent pour nous une occasion renouvelée de rappeler nos responsabilités communes en ces domaines.

Aujourd'hui, les exigences de la mondialisation, la recherche légitime de la satisfaction des besoins du plus grand nombre pour l'accès à l'emploi, au logement, à l'offre de santé et d'éducation semblent nous pousser inexorablement vers un développement basé sur la quantité, qui écartèle nos villes et distend nos villages.

La réponse aux principaux défis du troisième millénaire repose sur l'élévation de nos capacités créatrices, afin de rentrer dans l'universalité sans nous y dissoudre, et d'apporter des réponses conformes aux nouvelles nécessités, tout en nous inspirant des meilleurs apports de notre culture et de nos traditions.

Mûs par cet esprit, nous devons, ensemble, ici à New York, oeuvrer à concrétiser les deux objectifs majeurs en matière d'habitat : un logement adéquat pour tous et un développement durable des Etablissements humains dans un monde gagné par l'urbanisation et que la mondialisation transforme chaque jour un peu plus en un village global.