TUNISIA
 
 

Allocution

du

Président Zine El Abidine Ben Ali
Président de la République Tunisienne

à la Session extraordinaire des Nations Unies consacrée aux enfants

Prononcée en son nom par
M. Abderrahim Zouari Ministre de la Jeunesse,
Ministre de la Jeunesse, de l'Enfance et des Sports

New York
9 mai 2002



Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Majestés,
Altesses,
Excellence,
Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies,

Je voudrais tout d'abord vous adresser mes salutations et exprimer mes vifs remerciements à toutes les parties qui ont déployé des efforts généreux en vue d'assurer la tenue de cette séance spéciale et de lui garantir les conditions de réussite. Mes remerciements s'adressent, en premier lieu, à l'Organisation des Nations Unies et aux diverses structures qui en dépendent, et tout particulièrement à l'Organisation des Nations Unies pour l'Enfance, l'UNICEF.

Il me plait d'exprimer, également, ma considération aux organisations gouvernementales, continentales et régionales, ainsi qu'aux organisations non-gouvernementales concernées par l'enfance, pour leur contribution à la préparation de cette rencontre.

La communauté internationale ayant, dans une initiative qui est la première en son genre, adopté, en septembre 1990, la Déclaration mondiale en faveur de la survie, de la protection et du développement de l'enfant dans les années 90, et présenté un plan d'application type destiné à aider les Etats dans l'application de cette Déclaration, notre rencontre se renouvelle aujourd'hui, à l'effet d'évaluer le chemin parcouru par les Etats membres dans l'application de cette Déclaration, onze ans après son adoption, et de préparer un nouveau plan d'action pour la décennie à venir.

En examinant les travaux préparatoires qui ont précédé la tenue de cette session extraordinaire et les recommandations qui en ont émané, et qui ont été enrichies par la contribution des Gouvernements et des organisations et associations concernées par l'enfance, l'on se rend compte de l'engagement de la communauté internationale en faveur des problèmes de l'enfance et de la plus grande prise de conscience de leur importance, et cela grâce aux initiatives des Nations Unies et des organisations spécialisées qui en relèvent, et grâce aussi à l'adhésion des Gouvernements et des composantes de la société civile à ce processus.

La Tunisie a, pour sa part, ratifié la Convention internationale sur les droits de l'enfant et a établi une stratégie nationale en vue de l'application des principes qui y sont énoncés.

Aujourd'hui, nous relevons avec fierté que les réalisations que nous avons accomplies au profit de l'enfance, sont allées au-delà des résultats que nous attendions de la stratégie nationale que nous avions établie à cette fin, sans compter d'autres initiatives au nombre desquelles je citerais, en particulier, la promulgation, dès l'année 1995, d'une loi spécifique sur la protection de l'enfant. Nous avons, également, mis en place des mécanismes pour la mise en oeuvre et le suivi, dont notamment le corps des délégués à la protection de l'enfance, qui constitue une structure de prévention chargée de suivre les diverses situations de l'enfance en danger, qui lui sont signalées, outre la prise en charge des cas d'enfants délinquants, avec le concours des parties concernées par l'enfance.

Nous avons, en outre, créé un observatoire d'information, de formation, de documentation et d'études sur la protection des droits de l'enfant, chargé de suivre la condition de l'enfance et de collecter des données à ce sujet, aux plans tant national qu'international, en plus de la participation à l'élaboration des politiques et programmes visant la promotion des droits de l'enfant, sa protection et sa croissance.

Nous avons, également, aménagé un espace de dialogue que nous avons baptisé " parlement de l'enfant", avec pour objectif d'initier l'enfant, dès l'âge tendre, à l'esprit de responsabilité, à la tolérance et aux valeurs de démocratie, ainsi qu'à l'écoute de l'opinion contraire, et à la participation à la vie publique, à travers la discussion des diverses questions qui sont en rapport avec ses préoccupations.

La Tunisie vient du reste d'adhérer, dernièrement, aux protocoles facultatifs annexés à la Convention sur les droits de l'enfant et relatifs aux conflits armés et à l'exploitation sexuelle.

Majestés,
Altesses,
Excellences,

Nous avons adopté, en Tunisie, un modèle de développement durable qui assure la complémentarité entre le volet économique et le volet social.
La Tunisie est, ainsi, l'un des pays en développement qui consacrent 50% de leur budget aux secteurs sociaux, et allouent au secteur de l'éducation et de la formation 20% du budget de l'Etat. Cet effort a permis de porter le taux de scolarisation à 99%, et s'est accompagné de réformes qualitatives du système éducatif, telles que l'actualisation et la modernisation des programmes d'enseignement, l'amélioration des conditions de la vie scolaire, et l'institution de l'obligation scolaire permettant le maintien de l'enfant au sein de l'établissement éducatif jusqu'à l'âge de seize ans.

Nous sommes persuadés que le milieu familial représente le cadre idéal pour la croissance et la protection de l'enfant, tant il est vrai que semblable objectif ne peut être réalisé qu'à travers l'amélioration du statut de la femme dans la société, le renforcement du rôle de la mère dans l'éducation des enfants, et la mise en place de programmes sanitaires et démographiques appropriés.

Nous nous sommes préoccupés en Tunisie de conforter les acquis de la famille et de consacrer les droits sociaux et politiques de la femme, dans le texte comme dans la pratique, à telle enseigne que la femme est devenue un partenaire de plein droit au sein de la société. Notre pays a réussi, en outre, à abaisser à 1,15% le taux annuel de croissance démographique, à maintenir l'indice synthétique de fécondité dans la limite de 2,2 enfants par femme, à abaisser à vingt-six pour mille le taux de mortalité infantile, et à porter l'espérance de vie à la naissance pour la femme à 74 ans.

Nous avons, également, consolidé nos choix sociaux, en créant le Fonds de solidarité nationale, destiné à appuyer les efforts de l'Etat, pour mettre fin à l'isolement des régions éloignées, à y développer les équipements collectifs et pour créer des emplois et des sources de revenus pour leurs habitants, afin de favoriser leur intégration dans la vie économique du pays.

La réussite de l'expérience tunisienne en la matière a eu un impact évident dont témoigne l'adhésion de la communauté internationale à notre appel en faveur de la création d'un Fonds Mondial de Solidarité. Tout en exprimant la fierté que m'inspire ce soutien, je forme l'espoir que cet appel sera concrétisé à bref délai.
Et si les rapports du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont confirmé la capacité de nombreux pays à assurer la conciliation entre les volets économique et social et à investir dans le développement des ressources humaines, nous sommes persuadés que les progrès enregistrés par ces pays et les succès qu'ils ont réalisés dans le domaine de l'enfance commandent, aujourd'hui, de réfléchir à la mise en place d'un nouveau type de coopération en matière d'échanges d'expertise technique, sous la coordination directe de l'ONU et de ses organismes spécialisés.

L'enfance reste encore, dans de nombreuses régions du monde, privée de ses droits les plus élémentaires et vit dans des conditions extrêmement précaires que nul ne saurait ignorer ou taire.

Indépendamment des priorités proposées en matière d'encadrement de l'enfance, pour la prochaine décennie, la concrétisation de la solidarité internationale d'une manière efficiente peut redonner espoir à des enfants qui ont été privés de leur droit à une vie digne et à une croissance saine : ainsi, l'enfant palestinien endure, aujourd'hui, les affres de l'occupation; tandis que l'enfant irakien souffre des effets de l'embargo et, qu'en Afrique, des enfants sont en proie à la pauvreté, à la faim, aux maladies et aux complications nées des conflits, sans compter les nombreux enfants qui, un peu partout dans le monde, sont victimes de l'exploitation et des abus.

Nous avons le devoir d'unifier nos efforts et nos initiatives pour la protection de l'enfance et la solution de ses problèmes, afin d'être à la hauteur de la responsabilité que nous exerçons et des défis auxquels nous nous trouvons exposés, pour l'édification d'un avenir meilleur pour nos enfants et pour l'humanité entière.

Merci de votre attention.