SENEGAL

Déclaration
par
S.E. Maitre Abdoulaye Wade
Président de la République du Sénégal

 
à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
8 mai 2002


 

Monsieur le Président de l'Assemblée générale,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames, Messieurs les Chefs d' Etat et de Gouvernement ,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la Directrice exécutive de l'UNICEF,
Mesdames, Messieurs,

C'est un grand honneur pour moi de prendre la parole à ce débat général de la 27eme session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée aux enfants.

Mais, Monsieur le Président, laissez-moi d'abord vous remercier d'avoir participé au Sommet de Dakar sur le Partenariat
avec le Secteur privé pour le financement du NEPAD, et de m'avoir rendu visite. Pour nous, Africains, le New Partnership for Africa's Development, NEPAD, grâce à ses composantes de partenariat avec le secteur public, représenté par le G8, et de partenariat avec le secteur privé, à la fois vision et stratégie, est le seul moyen de réinsérer l'Afrique dans la compétition internationale, à armes égales, pour assurer la croissance de l'économie mondiale.

Monsieur le Président,

Il me plait, avant tout, de rendre hommage à mon frère et ami, le Président Nelson MANDELA, ainsi qu'à Madame Graça MACHEL, qui, de par leur initiative mobilisatrice, ont pris la tête d'un mouvement sans précédent à l'échelle planétaire, en faveur des enfants.
 
L'évaluation du Plan d'action adopté, lors du Sommet de 1990, par les dirigeants du monde entier, a permis de constater que des progrès notables ont été réalisés en faveur de la survie, du développement et de la protection des enfants. Pour ma part, je voudrais résumer l'essentiel de mon document écrit, en expliquant surtout ce que nous avons fait au Sénégal.

Concernant notre pays, je n'insisterai pas sur les résultats de l' évaluation des objectifs de fin de décennie.

Je veux tout juste signaler que le Sénégal a été l'un des premiers pays au monde à ratifier la Convention sur les droits des enfants, et a joué un rôle actif pour son adoption par tous les pays du Continent.

La mise en oeuvre de mesures vigoureuses a également contribue à faire reculer les maladies infantiles, réduire a malnutrition et améliorer les conditions de vie es filles et des femmes, en leur assurant un accès réel à la santé et à l'éducation.

Monsieur le Président,

Depuis l' avènement de l'alternance démocratique et grâce à la tenue du Forum mondial de l' Education, le Senégal a fait du développement de la Petite Enfance ne des principales priorités.
 
Je voudrais partager, avec vous, cette option, car il est désormais établi qu'un bon départ dans la vie est essentiel au développement physique, intellectuel et psycho-affectif de l'individu.

Au Sénégal, nous pratiquons la généralisation des programmes de vaccination, la supplémentation en fer et en vitamine A, l'iodation du sel, la promotion de l'allaitement maternel exclusif, la surveillance et l' éd cation nutritionnelles. Le projet de nutrition communautaire est érigé en programme de renforcement de la nutrition dont les principaux bénéficiaires sont le enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes ou allaitantes. L'Association Education et Santé de la Présidente a lancé un programme de production de spiruline pour enrichir l'alimentation.
 
La poliomyélite est pratiquement éradiquée et le ver de Guinée a totalement disparu.

Vous connaissez, en outre, nos résultats cités en exemple dans la lutte contre le VIH/SIDA : 1,7% de taux de prévalence. Nous développons la recherche avec les deux sommités mondiales que compte notre Pays.

En février 003, sous les auspices du Ministère de la Santé, la même association organisera un se min ire à Dakar avec les chercheurs les plus connus du onde, sur le thème « Le palu, ça suffit ».

Sur l'objectif déclaré d'éduquer tous les enfants, nous avons lancé l'initiative « Case des Tout-Petits » qui, généralisant le pré-scolaire, sera construite dans chacun des 28.000 villages du Sénégal. Les enfants de 2 à 4 ans y sont reçus pour être formés aux jeux éducatifs modernes et rattraper ainsi cet avantage qu'ont sur eux les enfants des pays développés qui, eux, ont des jouets et des plus sophistiqués. De plus, dans la journée, la Grand-mère ou le Grand-père du village vient leur raconter une légende avec sa moralité. Cela les ancre à notre culture profonde pendant que les enfants des villes auront perdu ce cordon. Ce modèle a été adopté par l'UNESCO comme modèle à universaliser.

En outre, la jeunesse constitue incontestablement un centre d'intérêt majeur, car les adolescents qui sont à la porte de l'âge adulte, donc dans une période de transition entre deux groupes, ont une grande capacité de remise en cause et d'analyse, c'est-à-dire d'imagination et de créativité.

C'est dans cette optique que les mesures suivantes d'ordre législatif ont été prises:

. Les droits des enfants ont été reconnus dans la constitution;
. Les lois conta les violences à l'égard des femmes et des enfants, condamnant des pratiques comme l'excision ont été votées.


Ces mesures ont été renforcées sur le plan institutionnel par
 

. La création d'un Ministère de la Famille et de la Petite Enfance, ce qui est significatif à double titre:
1) En effet, l'ancrage de la Petite Enfance à la famille constitue un élément essentiel pour l'épanouissement de l'enfant et l'émergence d'une culture genre;
2) La mise en cohérence des programmes en faveur des femmes, et ceux au bénéfice des enfants, est nécessaire pour agir efficacement sur le couple mère-enfant.
- Les jeunes ont des députés à l'Assemblée Nationale dont au moins un étudiant;
. La création d'un Ministère chargé de la Jeunesse, dirigé par un jeune, met en exergue notre volonté de reconstruire le Sénégal avec les jeunes et pour les jeunes.

J'ai également décidé de la création d'un Espace jeune dans chacun des 35 Départements du Pays. Ils seront des lieux de formation et d'épanouissement qui permettront de créer nouveaux centres d'intérêt pour les jeunes.

Il faut enfin souligner la mise en place des mécanismes et structures de concertation comme le Conseil National e la Jeunesse et le Parlement des Enfants, qui visent à faire prendre en compte leurs préoccupation spécifiques et leurs visions, sur toutes les questions.

Monsieur le Président,

Le Rapport du Secrétaire général qui a procédé à une analyse sans complaisance de la situation des enfants dans le monde, et plus particulièrement ceux de l'Afrique subsaharienne, a identifié les défis que nous, Dirigeants, devrons relever pour construire un monde digne des enfants.

Ces défis semblent avoir été bien perçus par les Etats membres de l'Union Africaine (U.A.) qui ont adopté une Déclaration et un Plan d'action lors du Sommet de Lusaka en juillet 2001.

Les grands axes de cette position commune africaine, ont été présentés et discutés par nos représentants, lors de la troisième session qui s'est tenue ici à New York u mois de juin.

La présente session extraordinaire doit être l'occasion pour nous, Dirigeants, de déclarer solennellement notre ambition, non seulement de consolider les acquis, mais de construire pour nos enfants, un monde digne d'eux. Ce sera un monde fait de paix, de solidarité, de progrès économique et social avec un accès à l' éducation, aux soins de santé et à une nourriture de qualité pour tous.