LUXEMBOURG
 

Déclaration

par

S.E. Mme Marie-Josée JACOBS
Ministre de la Famille, de la Solidarité sociale et de la Jeunesse Ministre de la Promotion féminine

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Au nom des enfants et des jeunes vivant au Luxembourg, je remercie très chaleureusement les Nations Unies de consacrer cette session extraordinaire à leur bien-être. Deux de ces jeunes, Béatrice et David, m'ont accompagnée et m'ont aidée à préparer mon intervention.

Avec les représentants de la très grande majorité des autres pays présents à cette tribune, je salue la Convention des Droits de l'Enfant comme un instrument indispensable de stimulation, d'orientation et d'évaluation de nos actions diverses au bénéfice de nos enfants et de nos jeunes. Si la ratification de la Convention par nos pays constitue en elle-même un progrès certain, nous sommes appelés à transcrire nombre de ses principes dans nos législations nationales pour que nous disposions d'instruments rigoureux et contraignants. Au Luxembourg, je me réjouis de l'institution par la voie législative, dans les prochaines semaines, d'une structure de médiation pour les droits de l'enfant.

Disposant de moyens financiers, le Luxembourg est en mesure de se doter de dispositifs parfois onéreux pour promouvoir le bien-être de ses enfants. Je considère que notre pays peut relever le système de ses allocations familiales, ses aides au logement, la qualité de ses prestations psycho-sociales et médicales, ses infrastructures sur les plans sportifs et culturels... Notre Gouvernement investit grandement pour améliorer l'instruction et la formation de ses jeunes, pour prévenir l'éclatement des familles ou pour lutter contre toutes formes de violence, d'exclusion et de discrimination.

Pourtant, je dois constater que le bonheur des enfants n'est pas forcément fonction de l'argent investi. Au Luxembourg, nos enfants ne sont point menacés par la guerre, l'illettrisme, la famine ou les maladies non traitées. Ils souffrent d'autres maux : la rupture affective de nombreuses familles, la consommation à outrance, la toxicomanie, la colonisation par les médias de tout genre, la banalisation dangereuse de la violence dans de nombreux médias...

Dans un monde ouvert à toutes les influences, de nombreux parents, enseignants et éducateurs semblent en manque de repères pédagogiques; d'aucuns pratiquent des styles éducatifs qui risquent de promouvoir le laisser-aller, le chantage affectif et qui ne cherche peut-être plus suffisamment à prévenir les transgressions en tout genre par un apprentissage cohérent des comportements en société. Un tel climat risque d'être propice à des séductions dangereuses, comme l'intolérance et la complaisance sur les plans pédagogique, social et politique.

Si la majorité des enfants et des jeunes dans les pays prospères, bénéficie de conditions matérielles très enviables, il ne faut pas oublier les laissés-pour-compte dans les rangs notamment des familles des chômeurs, des réfugiés, des toxicomanes, des personnes fragiles sur le plan psychique, voire des malades mentaux. Dans nos sociétés dites «à deux vitesses», la promotion de leurs droits requiert des efforts particuliers.

Je me préoccupe également du nombre grandissant d'enfants qui, dans le cadre de notre système scolaire traditionnel, n'arrivent pas à déployer leurs talents. Nos pays doivent continuer leurs efforts pour une école qui éveille et cultive les ressources de tous ses élèves.

Nous ne pourrons protéger les droits des enfants, sans souligner leurs devoirs. Ce qui m'amène à relever le troisième axe de la Convention des Droits de l'Enfant. A part la protection et la prestation de services, elle insiste sur la participation active de l'enfant. Je considère que nous avons tout intérêt à creuser ce volet de la citoyenneté et de la responsabilisation. L'enfant doit avoir droit à la parole tout comme à l'écoute respectueuse à chaque fois que son intérêt est en cause: en famille, à l'école, dans ses associations, devant le juge, dans le médias, en présence des élus locaux, régionaux et nationaux...

Il appartient aux parents, enseignants et éducateurs d'aider l'enfant ou le jeune à formuler sa pensée et à prendre la parole de façon consciente, éclairée et responsable. En contre-partie, nous - adultes, décideurs, magistrats, journalistes - devrons apprendre à accueillir ces messages avec empathie et respect. Je suis convaincue que dans d'innombrables situations - divorce de parents, échec scolaire, aménagement de zones résidentielles - nous avons des leçons à recevoir. C'est avec beaucoup de joie que j'ai pu assister à des forums locaux où des jeunes ont exprimé vis-à-vis des décideurs communaux leurs visions de l'organisation de la vie de quartier. Nous avons des leçons à recevoir, mais, en même temps, nous aurons la chance de promouvoir chez nos enfants et jeunes des attitudes plus responsables, plus disciplinées et plus solidaires. L'enjeu est de taille. Ces enfants seront les adultes de demain.

Dans notre engagement pour la cause des enfants, nous avons l'obligation de constituer des réseaux de coopération au-delà de nos frontières nationales, communautaires et même continentales. La lutte contre l'exploitation sexuelle à des fins commerciales ne pourra réussir que dans la mesure où nous unissons nos efforts et que les pays moins privilégiés bénéficient de la solidarité des pays riches. L'engagement pour la paix, le combat contre le fléau du HIV/SIDA ou la protection efficace de notre environnement constituent d'autres champs d'initiative qui requièrent des actions solidaires. Je me félicite de ce que le Luxembourg consacre quelque 0,8% de son revenu national brut à des projets divers de coopération publique au développement dans le cadre de notre réseau de coopération bilatérale et multilatérale.

De même, en tant que représentante du pays qui assume actuellement la Présidence du Comité des Ministres, je relève le rôle précurseur du Conseil de l'Europe sur les plans de la concertation et de la collaboration internationales. La promotion des droits de l'enfant en constitue un thème particulièrement important, alors qu'elle s'intègre dans la protection des droits de l'homme.

Dans son message adressé en mai 2001 aux délégués de notre session, le comité des ministres du Conseil de l'Europe souligne la préoccupation de mieux promouvoir la participation active des enfants.

L'humanité, aujourd'hui, dispose de moyens technologiques éblouissants qui nous ouvrent des perspectives inouïes de conquête et de progrès. Nous ne sommes légitimés à nous en servir que dans la mesure que nous visons un mieux-être de tous, et en priorité de tous les enfants de ce monde. De même, nous devrons faire appel à toute notre sagesse pour éviter de léguer des hypothèques de malheur et de souffrance aux générations futures.

Je rends hommage aux innombrables femmes et hommes qui éduquent avec amour, respect et compassion. Je remercie les nombreuses ONG, leurs collaborateurs professionnels et bénévoles, qui s'engagent avec ardeur et compétence pour la promotion des causes humanitaires.

Merci de votre attention.