IVORY COAST
 
Déclaration
par
S.E. M. Abou Drahamane Sangaré
Ministre d'État, ministre des affaires étrangères

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002


 

Monsieur le Président,

Je saisis l'occasion que m'offre cette tribune pour vous adresser les félicitations de ma délégation pour votre accession à la Présidence de l'Assemblée Générale et pour réitérer les sentiments de fierté de la Côte d'Ivoire à l'endroit de notre Secrétaire Général, M. Kofi Annan, pour l'organisation de ce sommet consacré aux enfants.

Nos félicitations vont également à la Directrice Exécutive de l'UNICEF, Mme Carol Bellamy ainsi qu'à S.E.Mme Patricia Durrant pour le travail accompli en vue du succès de cette session spéciale consacrée aux enfants.

Le Chef de l'Etat ivoirien, S.E.M Laurent GBAGBO aurait souhaité être parmi vous en cette occasion solennelle, mais a été retenu pour des raisons indépendantes de sa volonté. Il me charge d'adresser à cette auguste assemblée ses voeux de succès à nos délibérations.

Ce sommet revêt pour mon pays une importance capitale car la majorité de la population ivoirienne est jeune : 52% des ivoiriens ont moins de 18 ans. Assurer le bien-être de cette frange jeune de la population et protéger ses droits constituent un impératif pour le Gouvernement ivoirien.

Aussi, la Côte d'Ivoire a t-elle ratifié sans réserve la Convention relative aux droits de l'enfant le 4 février 1991 et a adhéré à la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l'enfant.

Notre pays s'est doté en septembre 1992 d'un plan national d'action pour la survie, le développement et la protection de l'enfant conformément aux recommandations du Sommet Mondial de 1990 et a présenté son rapport devant le Comité chargé de la mise en oeuvre de la Convention sur les droits de l'enfant.
Mon Gouvernement a mis en place un ensemble de politiques orientées vers la promotion des droits de l'enfant en adoptant des lois visant entre autres à la répression des mutilations génitales féminines, à l'interdiction des mariages forcés ou précoces, et vers la mise en oeuvre des stratégies opérationnelles pour le développement et la protection de l'enfant, qui commencent à porter du fruit.

L'intense campagne de sensibilisation contre l'infection du VIH/SIDA dans laquelle s'est impliquée la Première Dame de Côte d'Ivoire, à qui je voudrais ici rendre un hommage mérité, a eu un impact sur les comportements face à cette maladie. La campagne d'éradication de la poliomyélite a enregistré un succès remarquable et les mesures de vulgarisation de la moustiquaire imprégnée pour réduire la mortalité due au paludisme sont encourageantes. La mortalité causée par les maladies infantiles les plus répandues est en baisse grâce à une campagne de vaccination soutenue.
 
Le Ministère de la Famille, de la Femme et de l'Enfant et celui chargé du SIDA constituent entre autres, les structures pour la mise en oeuvre de cette politique de promotion des droits et du bien-être de l'enfant. Ils sont appuyés dans leurs actions par le Comité National de lutte contre le trafic et l'exploitation des enfants, le Comité National de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants et la Commission Nationale de la Femme et de l'Enfant.

Assurer le bien-être de l'enfant c'est non seulement préserver sa santé, mais aussi lui donner une éducation solide afin de faire de lui un futur agent du développement. Notre Gouvernement s'attelle à cela malgré les difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre d'une politique de promotion cohérente de l'éducation orientée vers l'emploi des jeunes. Plus de 40% du budget national vont à l'éducation et l'enseignement est désormais obligatoire et gratuit jusqu'à l'âge de 16 ans.

La politique de promotion des enfants implique une politique résolue de lutte contre la pauvreté. Une population pauvre ne peut engendrer que des enfants misérables dont l'avenir est contrarié. Assurer le bien-être de la population en réduisant la pauvreté est une priorité de notre politique de développement.

Monsieur le Président,

Le phénomène de trafic transfrontalier des enfants, de plus en plus dénoncé dans les médias, est un sujet de grande préoccupation pour le Gouvernement ivoirien.
Pays essentiellement agricole, la Côte d'Ivoire a fondé son développement sur des produits de rente dont le cacao, cultivés par des planteurs villageois dans des exploitations familiales de petites tailles. Des travailleurs de pays voisins ont acquis des plantations exploitées sur le même mode familial et ont, au fil des ans, fait venir leurs parents y compris des enfants pour les aider dans les travaux champêtres.

C'est au nom de ce regroupement familial tout à fait légitime que des trafiquants véreux ont crée des réseaux transfrontaliers à l'insu des Autorités ivoiriennes et parfois des Autorités des pays d'origine en abusant le plus souvent de la pauvreté et de la bonne foi des parents de ces enfants.
Dès qu'il en a été informé, le Gouvernement ivoirien a pris des mesures énergiques pour enrayer ce fléau:

Au plan National,

- un plan d'urgence a été adopté pour l'amélioration des conditions socio-éducatives et économiques des enfants et familles identifiés dans les zones à risques;
- des campagnes de sensibilisation ont été entreprises dans les zones d'utilisation possible de la main-d'oeuvre infantile;
- l'identification et le rapatriement des enfants victimes de trafic et la condamnation des auteurs de ce trafic ont été effectués;
- la limitation de l'âge minimum d'accès à l'emploi et la réglementation du travail des enfants ont été adoptées;
- un projet de loi spécifique à l'exploitation et au trafic d'enfants est sur le bureau de l'Assemblée nationale;
- le 25 juillet 2001, un comité national de lutte contre le trafic et l'exploitation des enfants a été mis en place.


Au niveau sous-régional,
 

- la participation de notre pays à de nombreuses concertations dont l'atelier sur le travail et le trafic des enfants en particulier les filles domestiques en Afrique de l'Ouest et du Centre, qui s'est tenu à Cotonou au Bénin en 1998;
- la réunion à Yamoussoukro, du 8 au 10 janvier 2002, sur le trafic des enfants en Afrique de l'Ouest et du Centre avec la participation du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et de la Côte d'Ivoire ainsi que des organismes des Nations Unies;
- la signature avec le Mali, le ler septembre 2000, d'un accord de coopération en matière de lutte contre le trafic transfrontalier des enfants;
- l'envoi en 2001 au Mali, en Guinée et au Burkina Faso des missions conduites par le Premier Ministre.


Au plan international,

La ratification des Conventions 182 et 138 de DOIT, le premier sur les pires formes de travail des enfants et l'action immédiate en vue de leur élimination, et le second, sur l'âge minimum d'accès à l'emploi dont les instruments de ratification ont été transmis le 06 mars dernier.

Les Autorités ivoiriennes rencontrent de graves difficultés dans la lutte contre le trafic des enfants malgré leur volonté politique et leur détermination d'éradiquer ce fléau. Elles sont, en effet, confrontées au problème de la porosité des frontières due à l'insuffisance de ressources matérielles, humaines et financières face aux méthodes de plus en plus sophistiquées développées par les trafiquants d'enfants.
 
Dans ce domaine comme dans bien d'autres, une action coordonnée et concertée de la Communauté Internationale est nécessaire pour contrer cet abominable trafic. Cette lutte doit être menée aussi bien en amont qu'en aval, c'est-à- dire qu'elle doit être portée depuis le lieu d'origine jusqu'à la destination finale des victimes. Je saisis cette occasion pour exprimer la gratitude de mon Gouvernement à l'UNICEF qui nous assiste dans la lutte contre ce phénomène.

Monsieur le Président,

D'après le rapport du Secrétaire Général, au cours de ces dix dernières années, des avancées certaines ont été enregistrées mais de grands défis continuent de nous interpeller.

L'heure est donc à la prise de conscience: les Gouvernements, les Organisations Internationales, les Institutions, la Société Civile, le Secteur Privé et les personnes de bonne volonté doivent mobiliser leurs efforts pour lutter contre la pauvreté, fléau de notre temps et source de la destruction de tant de vies innocentes.
monde.

C'est le lieu ici d'en appeler à un vrai partenariat en faveur des enfants du

Ce ne sont ni les moyens financiers, ni les moyens scientifiques qui manquent, ce qui fait défaut, comme l'a souligné le rapport du Secrétaire Général, c'est la volonté politique de ceux qui détiennent les moyens pour sauver les enfants de notre planète.

Puisse ce sommet ranimer le désir de mettre nos moyens ensemble pour donner à chaque enfant la chance de vivre et de s'épanouir quelle que soit son origine, car, c'est en investissant sur nos enfants que nous investirons dans le progrès de l'humanité.

Oui, l'Enfant est l'Avenir de l'Humanité!

Je vous remercie.