CONFERENCE ISLAMIQUE
 

Déclaration

par

S.E le Dr. Abdelouahed Belkeziz
Secrétaire général de l'Organisation de la Conférence Islamique

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002

Majestés ;
Excellences, Altesses,
Excellences Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Monsieur le président,

Je voudrais tout d'abord vous adresser mes sincères félicitations pour votre élection à la présidence de cette session spéciale de l'Assemblée générale des Nations-Unies sur les problèmes de l'enfance auxquels l'Organisation de la Conférence Islamique porte un grand intérêt.

Je saisis cette occasion pour exprimer à M. Kofi Annan, Secrétaire général des Nations-Unies toute mon appréciation pour les efforts qu il a déployés dans l'élaboration de son rapport exhaustif intitulé : « Nous les enfants, et la revue de la fin de la décennie pour le suivi du Sommet mondial de l'enfant », document qui donne une idée claire des buts et objectifs que nous nous sommes fixés, de nos réalisations et de ce que nous n'avons malheureusement pas pu réaliser à ce propos.
C'est aussi avec un immense plaisir que je m'adresse à l'Assemblée générale sur cet important sujet qui détermine dans une large mesure l'avenir des générations montantes dans les Etats du monde islamique et qui a de grandes incidences sur les capacités d'une grande frange de leurs jeunes populations. En effet, le taux des enfants dans ces Etats est très élevé par rapport à beaucoup d'autres pays du monde.

L'Islam étant une religion complète qui s'"intéresse aussi bien à la vie spirituelle qu'à celle temporelle, il porte naturellement un intérêt tout particulier à l'enfant et à tout ce qui le touche depuis sa constitution prénatale jusqu'à l'âge de majorité, en passant par la phase de l'allaitement, de l'éducation et de la protection. L'Islam prend donc en charge l'enfant en lui assurant une protection totale et en lui reconnaissant des droits qui lui garantissent une formation spéciale et une bonne éducation dans un environnement sain marqué par la tendresse et l'affection, à savoir le milieu familial où le père, la mère les frères et soeurs entretiennent des relations d'amour propres à favoriser l'épanouissement . de l'enfant aux plans de la santé, de la morale, de l'éducation et de l'enseignement. En outre, l'Islam préserve tous les droits matériels de l'enfant, voue respect et considération à la mère et investit le père de la responsabilité de prendre en charge les dépenses afférentes à l'enfant. Tout cela a été défini dans un esprit sacré;

Si le document des Nations-Unies sur les droits de l'enfant n'a été adopté que depuis quelques années seulement, il faut noter que l Islam a déjà reconnu ces mêmes droits et a appelé à les respecter il y a de cela quatorze siècles. L'intérêt majeur que l'Islam porte à l'enfant et à sa bonne formation découle de la vision qu'il se fait de la vie. En effet, l'Islam considère l'être humain comme la plus noble des créatures et qu'à ce titre, il mérite d'être l'objet d'un grand intérêt depuis les premiers instants de sa vie afin qu'il puisse grandir dans une société humaine équilibrée qui préserve sa dignité et ses droits fondamentaux.

L Islam a toujours eu pour souci la formation d'une famille saine en tant que cellule de base de la société musulmane où l'enfant vit, évolue et grandit. C'est pour cette raison qu'il a défini des règles pour garantir la cohésion de cette famille et éliminer tous les facteurs de discorde. II a interdit le libertinage dans les relations entre l'homme et la femme afin que la société soit débarrassée d'enfants naturels à filiation inconnue et que ne se- propagent parmi ces enfants nés dans un milieu non approprié des maladies mentales nuisibles à la société et toutes autres sortes de tares sociales.

L'Islam exhorte à la protection de l'orphelin dont il a fait une obligation religieuse qu'il faut respecter tout comme il a fait du respect des parents par l'enfant un devoir fondamental dans la société jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de maturité en précisant que le paradis est sous les pieds des mères De même, il est un devoir pour les enfants de faire preuve de compassion à l'égard de leurs parents lorsqu'ils auront atteint un âge avancé. Toutes ces dispositions sont élaborées d'une manière harmonieuse et cohérente qui garantisse à l'individu de meilleures conditions de vie dans un environnement où règnent la concorde, le respect, la solidarité et l'entraide.

Partant de ces références culturelles, l'Organisation de la Conférence islamique a accordé un intérêt particulier à la question de la protection de l'enfant et a contribué efficacement avec les NationsUnies aux efforts déployés pour la protection de l'enfant depuis 1989 en ouvrant pour la promotion de la déclaration universelle sur l'enfant adoptée par les Nations-Unies en 1990. En outre, l'OCI a tenu sur cette question plusieurs réunions auxquelles ont pris part des représentants des organisations internationales, et a adopté des résolutions et recommandations dont notamment le document: « la déclaration sur les droits et la protection de l'enfant en Islam ». Présentement, l'OCI entreprend des consultations avec les instances concernées, particulièrement l'UNICEF pour la tenue d'une conférence ministérielle sur l'enfant et son bien-être social.

Monsieur le Président,

Depuis de nombreuses années, la communauté internationale a toujours été convaincue que le développement doit avoir pour objectif l'amélioration des conditions de vie de l'homme et que tout développement qui ne place pas l'homme au premier rang de ses priorités est infailliblement voué à l'échec. Et étant donné que les enfants représentent 40 % de la population des différentes sociétés composantes, nous comprenons donc aisément qu il est impérieux d'améliorer la situation de l'enfant afin de promouvoir les différentes communautés humaines de par le monde et ce, pour diverses raisons dont je citerai ce qui suit:

I. Les enfants sont l'espoir et les artisans de l'avenir et en les préparant à cet effet nous assurons l'avenir de nos futures générations.
II. Les enfants sont les couches les plus vulnérables de la société et les plus exposés aux maladies et aux autres fléaux et ce, en raison de leur fragilité. Ils constituent aussi la frange la plus sensible aux situations exceptionnelles que représentent la famine, les calamités naturelles, les guerres et autres.
III. Les enfants sont les membres de la société les plus exposés à l'exploitation humaine en matière de main d'oeuvre bon marché et d'autres formes d'exploitation. Ils sont aussi les plus portés vers la délinquance.

Tout ceci nous commande d'accorder aux enfants une attention particulière pour les aider à grandir dans la sécurité et la paix et dans les meilleures conditions possibles.

Il est donc d'un bon augure que cette importante réunion se tient pour faire le point sur ce qui a été réalisé parmi les objectifs fixés il y a plus de dix ans par la précédente conférence de l'enfant tenue à New York. Celle-ci plaçait au premier rang de ses objectifs la réduction de la malnutrition chez les enfants, la lutte contre les maladies, la réduction des facteurs qui provoquent des handicaps pour les enfants et l'amélioration des conditions de l'enseignement dans les pays sous-développés.

L'examen de la situation de l'enfant dans le monde au cours des dix dernières années fait apparaître que de réels progrès ont été réalisés dans plusieurs domaines concernant l'enfant, en particulier, la santé, l'enseignement et les services sociaux. Mais en dépit de tous ces progrès, des millions d'enfants dans le monde en développement souffrent encore de la maladie et de la malnutrition et des centaines de millions de cette catégorie de la population ne sont pas scolarisés. Ceci indique que les sommes annoncées au cours de la Conférence mondiale sur l'enfant n'ont pas été dégagées et que les investissements escomptés dans le domaine des services sociaux n'ont pas été réalisés.

Un grand nombre des pays au nom desquels j'ai l'insigne honneur de parler aujourd'hui, vivent encore une situation de pays en voie de développement. En effet, ces pays ont traversé des périodes très difficiles au cours des siècles passés où ils ont été victimes de la colonisation et soumis à l'exploitation, au pillage de leurs ressources naturelles et à l'obscurantisme. C'est pour cette raison qu'ils sont encore aujourd'hui confrontés à de graves problèmes politiques, économiques et sociaux qui ont dangereusement hypothéqué l'avenir dé leur enfants.

Au moment même où ces pays ont commencé à mieux se porter et à résoudre leurs problèmes après une longue période de gestation, il est apparu ce phénomène de la mondialisation qui consacre la domination des puissances capitalistes et élargit davantage le fossé entre les pays en développement et ceux industrialisés. Cela a engendré une situation plus que difficile pour les pays en voie de développement et a infligé un sérieux revers à leurs plans de développement économique et social. II en a également résulté une réduction des chances offertes aux enfants de ces pays de jouir des avantages et conditions leur permettant d'envisager l'avenir armés de savoir, d'une bonne santé et d'une bonne éducation. Les peuples de ces pays doivent travailler davantage et ont besoin d'assistance pour consolider leur développement économique, leur système d'enseignement et leur stabilité sociale.

Face à une telle situation, l'Organisation de la Conférence Islamique n'a jamais cessé, au cours de ses réunions de demander aux pays nantis la réduction du poids de la dette accumulée par les pays en développement qui doivent, en contrepartie, exécuter des programmes visant sauver les nouveau-nés pendant les premières années de leur naissance, et pour favoriser leur croissance dans de bonnes conditions. Par ailleurs l'Organisation a favorablement accueilli l'idée de consacrer les 20% des budgets nationaux aux services sociaux fondamentaux de base et de réserver le même taux de l'aide publique au développement a ces deux secteurs.

L'Organisation de la Conférence Islamique n'a cessé d'appeler à prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir l'accroissement des conflits armées. En examinant les mesures spéciales relatives à la prévention, au règlement et à la gestion des conflits, elle a insisté sur la nécessité de prêter une attention particulière aux besoins des enfants et des femmes qui sont les principales victimes des guerres modernes. Elle a préconisé d'observer des trêves pendant les conflits et la création de couloirs de paix pour permettre l'acheminement de l'assistance médicale, des produits d'approvisionnement, des secours et des produits de vaccination contre les maladies. Elle a également demandé l'interdiction de la fabrication, du stockage, de l'importation, de l'exportation et d'utilisation des mines et le déminage des terres, en considérant que ce sont les enfants, les femmes et. autres civils qui constituent les principales victimes des mines.

Ce sont toutes ces raisons qui m'ont amené à évoquer, ici, la situation tragique de l'enfant palestinien qui souffre des attaques israéliennes répétées contre les territoires palestiniens.

Cette situation accroît nos responsabilités vis-à-vis de ces enfants opprimés de Palestine et dans d'autres parties de la planète afin de mieux les protéger et de leur créer des conditions de vie en famille qui soient sures et stables: Ce n'est que par ces moyens que nous parviendrons à former des générations bien éduquées et bien instruites et à leur inculquer une rectitude morale fondée sur la compassion à l'égard des franges vulnérables, le respect d'autrui, l'affection et la tolérance. Notre réaliserons la prospérité dans le monde lorsque nous aurons assuré à nos enfants qui représentent un grand espoir pour I'humanité un environnement sain et une bonne éducation.