OIM
Organisation Internationale pour les Migrations
 

Déclaration

par

de Mme Ndioro Ndiaye
Directeur general adjoint

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi un grand honneur et un grand privilège de m'adresser à vous à l'occasion de cette session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée aux enfants, au nom de l'Organisation internationale des migrations. Pour une organisation internationale humanitaire qui s'occupe de groupes de population vulnérables, il n'est pas de sujet plus bouleversant que celui de l'exploitation et de la maltraitance, sous leurs formes les plus criantes, des plus vulnérables de toutes leurs victimes, c'est-à-dire les enfants.

C'est un sujet qui me tient à cour et, malheureusement, c'est un sujet extrêmement vaste. Aussi vais-je limiter mes remarques à deux aspects dramatiques qui pèsent sur la vie quotidienne des enfants : les enfants victimes de la guerre et des conflits, et les enfants victimes de la traite des êtres humains.

LES ENFANTS VICTIMES DES CONFLITS ARMES

Dans les pays engagés dans des conflits armés, des millions d'enfants sont délibérément pris pour cibles et des millions d'autres sont soit transformés en soldats, soit mis au service des combattants. Pendant les périodes d'hostilités, les enfants sont les premières victimes des déplacements forcés, de la malnutrition, de la maladie et des violences sexuelles. Pendant les années 90, près de deux millions d'enfants sont morts à cause de conflits armés, vingt millions ont été déplacés à l'intérieur des frontières de leur pays et, en permanence, plus de 300 000 ont été utilisés comme combattants. C'est cette situation que I'OIM a toujours présente à l'esprit lorsqu'elle conçoit et exécute des activités et des programmes d'intervention et de démobilisation après les conflits. Permettez-moi de vous en citer quelques exemples

En Angola, entre 1994 et 1996, l'OIM a attaché une importance particulière, dans ses activités de démobilisation, aux besoins des enfants soldats, aidant 360 mineurs des forces armées angolaises et 4724 enfants combattants de l'UNITA à rentrer chez eux sains et saufs et à se réintégrer dans la société civile. Au Cambodge, à partir de 1994, l'OIM a coordonné la réadaptation psychosociale des enfants et adolescents dans les communautés rurales où se trouvent de fortes concentrations de personnes déplacées qui ont été exposées à des luttes civiles intenses ces vingt dernières années. En Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, l'OIM s'est occupée de l'évacuation sanitaire à l'étranger des enfants ayant besoin de services médicaux qui n'existaient plus sur place. Et plus récemment, en Colombie, l'OIM déploie des efforts pour améliorer et développer l'infrastructure locale et créer un réseau décentralisé d'organisations en vue de répondre aux besoins des enfants soldats récemment démobilisés.

En quelques mots, l'OIM aide les enfants pendant les conflits armés par les activités, services et interventions suivants

. Fourniture d'une aide d'urgence aux jeunes combattants démobilisés et à leur famille, d'une aide éducative, de moyens de formation et de l'accès à des services de santé appropriés;
. Fourniture de colis spéciaux, contenant notamment des jouets, en vue de leur restituer une partie de l'enfance dont ils ont été privés.
. Organisation du retour volontaire des enfants touchés par la guerre dans le cadre du programme de réunification des familles, en coordination avec divers partenaires gouvernementaux et non gouvernementaux.
. Elaboration et exécution de programmes de soutien aux familles et aux enfants après les conflits, par des services de réadaptation psychosociale.
. Coordination des activités de réadaptation des enfants blessés de guerre, et organisation de l'évacuation sanitaire des enfants en vue dé leur traitement médical à l'étranger lorsqu'il n'existe plus de services de santé sur place en raison du conflit armé.


Certes, des progrès ont été réalisés, et des signes encourageants indiquent que des mesures plus adaptées sont maintenant prises aux niveaux local, régional et international par le système des Nations Unies, les ONG, les gouvernements et les organisations internationales pour aider les enfants dans les conflits armés, mais il est évident que beaucoup reste encore à faire. La tâche est énorme, même si nous joignons tous nos efforts. L'OIM est prête à faire sa part, avec les ressources dont elle dispose, pour contribuer à la cessation immédiate de l'utilisation et de l'abus des enfants dans les conflits armés, tout en restant profondément engagée au service de ceux qui en sont victimes.

M. le Président, permettez-moi d'aborder maintenant brièvement le problème des

ENFANTS VICTIMES DE LA TRAITE
Comme c'est le cas de toutes les formes de traite des êtres humains, la traite des enfants est due principalement à des causes économiques, car les enfants constituent la force économique la plus vulnérable à l'exploitation. La traite des enfants a des buts divers : les utiliser comme main d'oeuvre ou pour effectuer des actes illégaux, les faire participer à des conflits, les donner à adopter, les marier ou les exploiter sexuellement. Les droits fondamentaux des enfants victimes de la traite sont ainsi bafoués, et la plupart d'entre eux vivent dans une situation de quasi-servitude.

Le nombre exact des victimes de la traite reste inconnu. Rien qu'en Asie, on estime que, depuis 30 ans, 30 millions de femmes et d'enfants ont été victimes de traite à des fins d'exploitation sexuelle. Chaque année, entre 5000 et 7000 fillettes et jeunes filles népalaises font l'objet d'un trafic qui les amène en Inde. En 1997, les services de sécurité publique de la Chine ont signalé 6000 cas de trafic d'enfants. Au Guatemala, selon les estimations de l'Unicef, ce sont 1000 à 1500 bébés qui sortent du pays chaque année clandestinement pour être adoptés par des couples nord-américains ou européens. Des jeunes filles d'Asie et d'Europe de l'Est, âgées parfois d'à peine 13 ans, font l'objet d'un trafic de «fiancées par correspondance». En Afrique occidentale et centrale, «Il existe un trafic important d'enfants destinés à travailler comme domestiques, à être exploités sexuellement, à travailler dans des commerces ou à la ferme, ou comme chiffonniers dans les
décharges publiques, ou encore à faire le trottoir ».

Politique de l'Organisation internationale des migrations
L'OIM utilise la définition de la traite que donne le Protocole des Nations Unies visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, qui complète la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée. L'objectif de l'OIM est de réduire le trafic des migrants, en particulier des enfants, et de protéger les droits de ceux qui sont déjà victimes de cette pratique.

L'expérience de l'OIM en matière d'aide aux enfants et de protection des enfants
L'OIM a une vaste expérience de la conception et de l'exécution d'activités visant à prévenir la traite des personnes et aussi à venir en aide aux victimes et à les protéger, ce qu'elle fait par les moyens suivants

La prévention
Pour aider à prévenir la traite, l'OIM organise des séminaires et des entretiens internationaux et, pour sensibiliser l'opinion, elle diffuse les résultats de son expérience auprès des différentes parties intéressées, mène des recherches dont elle diffuse largement les résultats, coordonne et harmonise les politiques et les mesures, en créant des réseaux pour s'attaquer au problème. L'OIM fournit des moyens de formation en vue d'accroître la capacité des institutions gouvernementales et autres de lutter contre la traite. Elle a en outre mené de nombreuses campagnes d'information du grand public dans les pays d'origine pour essayer de sensibiliser les candidats à l'émigration aux risques de l'immigration clandestine et de la traite des personnes.

Assistance et protection
L'OIM fournit aussi assistance et conseils juridiques et médicaux aux enfants victimes de la traite dans les pays de transit et dans les pays destinataires. En coopération avec les ONG ou les ministres de la santé ou d'autres parties intéressées, nous nous efforçons de répondre aux besoins sanitaires des migrants victimes de trafic, tout en offrant une aide au retour volontaire et à la réintégration, adaptée à la situation de chaque enfant. En outre, nous cherchons des solutions pour aider les enfants qui ne peuvent pas retourner dans leur famille. L'OIM apporte actuellement une aide à 500 enfants environ par an au titre de ses différents projets de lutte contre le trafic.

Monsieur le Président,

Comme il est dit de façon si poignante dans la Déclaration et le Plan d'action du Forum panafricain sur les enfants, « L'Afrique pour les enfants », « Investir aujourd'hui dans les enfants, c'est assurer la paix, la stabilité, la sécurité, la démocratie et le développement durable de demain ». Faisons tous en sorte que les enfants du monde puissent vivre dans la dignité, être en bonne santé et heureux, afin de garantir leur avenir - et le nôtre.

Merci, Monsieur le Président.