COMITÉ INTERNATIONAL DE LA CROIX-ROUGE
DÉLÉGATION AUPRÈS DES NATIONS UNIES
 

Déclaration

par

M. Jean de Courten,
Vice-Président Comité international de la Croix-Rouge (CICR)

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002

Monsieur le Président,

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est reconnaissant de pouvoir prendre la parole dans le cadre de cette importante rencontre internationale.
Il souhaite vivement que cette session extraordinaire permette aux États de prendre des mesures énergiques et concrètes conduisant à une amélioration effective du sort des enfants à travers le monde. Pour sa part, il est déterminé à poursuivre avec vigueur son action humanitaire, dont les enfants représentent une forte proportion des bénéficiaires.

La Déclaration et le Plan d'action consacrent une place importante à la protection des enfants dans les conflits armés. Une telle attention est amplement justifiée. En effet, la guerre est un obstacle formidable à la réalisation de tout ce que la communauté internationale se propose de poursuivre dans ce document final. Elle est synonyme d'insécurité et de danger ainsi que de carences graves pour d'innombrables enfants. Répondre à leurs besoins est particulièrement difficile et nécessite des efforts accrus.

Le CICR, quant à lui, s'efforce, depuis de nombreuses années, d'apporter sa contribution. Il le fait tant par des activités en faveur de la population civile dans son ensemble, que par des mesures spécifiquement destinées aux enfants. En effet, l'expérience montre que la protection et l'assistance apportées aux communautés et aux familles sont souvent le meilleur moyen d'assurer à l'enfant sa sécurité ainsi que sa santé, physique et mentale. Le CICR y participe par des interventions auprès des parties au conflit en faveur des civils et des personnes détenues, ainsi que par son travail dans les domaines nutritionnel, sanitaire, médical et orthopédique. En outre, il porte une attention particulière au problème des enfants non accompagnés, favorisant le maintien des liens familiaux par l'échange de messages, la recherche de leurs proches et, dans la mesure du possible, par les réunions de familles.

Monsieur le Président,

Le Comité est également déterminé à poursuivre son oeuvre dans le domaine normatif. A cet égard, force est de constater que l'actuel régime juridique offre, en l'état, une substantielle protection aux enfants. Encore faut-il que ses règles soient appliquées. C'est là une tâche dont la responsabilité première incombe aux Etats. Pour assurer le respect du droit humanitaire, ceux-ci doivent, entre autres, faire connaître les normes existantes aux membres des forces armées, et dans la mesure du possible à l'ensemble de la population. Le CICR y contribue activement, en coopération avec les États, par son travail de formation et de diffusion. II se tient, en outre, à leur disposition pour les assister dans l'élaboration de lois nationales de mise en oeuvre du droit humanitaire.

Parmi les récents développements juridiques, les Protocoles facultatifs à la Convention relative aux droits de l'enfant méritent d'être salués. Ceux-ci mettent en exergue deux risques particulièrement graves auxquels sont exposés les enfants, à savoir l'exploitation sexuelle et la participation aux hostilités. Pour les prévenir, il convient non seulement d'adopter des mesures répressives, mais également de soutenir, voire de reconstituer le cadre social et familial des enfants. C'est précisément là une fonction importante d'un processus réussi de réhabilitation. Dans le cas des enfants soldats, la démarche peut s'avérer particulièrement difficile, du fait notamment des traumatismes vécus pendant les combats, de l'absence d'éducation, de la rupture avec le milieu familial, ou encore de la destruction matérielle et sociale.

Afin d'assurer aux enfants traumatisés par la violence un soutien dans la durée, plusieurs Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont développé, avec l'aide de leur Fédération internationale et du CICR, des programmes de réhabilitation psychologique et sociale.

Monsieur le Président,

Ce qui précède ne reflète, hélas, qu'une partie de la problématique. Tandis que nous sommes réunis ici, des enfants sont envoyés au combat ; d'autres sont mutilés par des mines ; d'autres encore sont violés, torturés, emprisonnés, abandonnés, déracinés et condamnés à mourir de faim et de maladies.

C'est pour eux, ne l'oublions pas, que nous devons agir sans plus tarder.

Je vous remercie, Monsieur le Président.