Organisation internationale de la Francophonie

Déclaration

par

Monsieur Ridha Bouabid
Chef de la délégation de l'Organisation internationale de la Francophonie

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002


Monsieur le Président,

Au terme de cette décennie, que vient couronner la présente session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée aux enfants, nous pouvons considérer qu'elle marque l'achèvement de dix années d'efforts pour la mise en couvre du Plan d'action adopté lors du Sommet mondial sur les enfants en septembre 1990, mais certainement pas la réalisation de tous nos engagements et moins encore, malheureusement, la disparition des inégalités et injustices qui ne cessent de nous interpeller, comme en témoignent les crises qui continuent de surgir ou de dévaster certaines parties du monde de façon aiguë et douloureuse. Il nous faut bien, hélas, constater que nous sommes toujours aussi démunis devant ces situations dont la persistance menace tant d'enfants, blessés, mutilés, ou tués, situations qui interdisent aux enfants de vivre leur enfance.

Je me dois de rappeler que l'Organisation internationale de la Francophonie, qui compte en son sein 55 Etats et gouvernements ayant le français en partage, s'est dès le départ mobilisée afin de soutenir la cause de l'enfance et d'accompagner, par un effort accru de concertation et de propositions, la démarche de la communauté internationale pour l'accomplissement de la « Déclaration mondiale en faveur de la survie, de la protection et du développement de l'enfant » adoptée au Sommet de New York en 1990.

Suite au Sommet de New York, les Chefs d'État et de gouvernement membres de la Francophonie, réunis au Sommet de Paris en 1991, ont décidé de convoquer une Conférence de leurs ministres chargés de l'enfance, en vue d'adopter une stratégie appropriée pour la mise en couvre de la Déclaration de New York.

Cette Conférence s'est tenue à Dakar en juillet 1993, les ministres francophones adoptant alors une Déclaration et un. Plan d'action traçant le cadre d'une politique commune de solidarité en faveur de l'enfant.

La Communauté francophone entendait, de ce fait, contribuer à la mise en couvre de la Déclaration de New York par un apport francophone significatif portant à la fois sur des actions d'information et de sensibilisation aux problèmes de l'enfance, des actions pour la promotion de l'égalité. de chances entre les filles et les garçons dans l'éducation au sein de l'espace francophone, des actions aussi pour la promotion et la protection des droits de l'enfant. Elle entendait, de surcroît, que la coopération multilatérale francophone mette en oeuvre ces actions en faveur de l'enfant en partenariat actif avec les autres institutions multilatérales gouvernementales et non gouvernementales agissant dans ces domaines.

Monsieur le Président,

La survie, la protection et le développement de l'enfant sont toujours aujourd'hui trois thèmes qui nous interpellent tous, et qui doivent commander nos actions.
La présente session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée aux enfants nous offre l'occasion de faire le bilan des progrès réalisés et de tirer des enseignements des actions entreprises depuis 1990. Elle nous offre encore plus l'occasion d'esquisser des perspectives nous permettant tous de contribuer à la création d'un monde digne des enfants. C'est cet objectif stimulant que le projet de document soumis à cette session extraordinaire propose en dégageant les stratégies et mesures nécessaires qui nous permettront de participer à sa réalisation.

Il nous propose de donner la priorité aux enfants, de miser sur les enfants en luttant contre la pauvreté, de permettre à chaque enfant d'accéder à l'éducation, de protéger les enfants contre les sévices et l'exploitation. L'Organisation internationale de la Francophonie ne peut que souscrire à ces objectifs. Elle compte bien poursuivre ses efforts en vue de leur réalisation, convaincue que l'investissement dans les enfants, comme on l'a souligné dans d'autres enceintes, c'est la paix, la stabilité, la sécurité, la démocratie, et le développement de demain.

C'est parce que la Francophonie est convaincue de la priorité à donner aux besoins des enfants, et plus généralement des jeunes, que le Sommet des Chefs d'État et de gouvernement réunis à Moncton, au Canada, en 1999, a été consacrée à la jeunesse. Les Chefs d'État et de gouvernement de la Francophonie s'étaient alors engagés à lutter tout particulièrement contre l'exploitation des enfants, un objectif également inscrit dans le projet de document qui sera adopté par cette session extraordinaire. Cet objectif commun devrait nous conduire à mener de plus en plus d'actions dans le cadre d'un partenariat renforcé avec les Nations Unies ainsi que les autres organisations internationales ou régionales intéressées.

Le projet de document qui sera adopté à la présente session réitère l'importance de permettre à chaque enfant d'accéder à l'éducation. Il s'agit là d'un domaine où la Francophonie jouit d'une solide expertise, l'éducation de base étant d'ailleurs l'un des axes prioritaires de ses actions de coopération. C'est ainsi qu'elle a développé de nombreux programmes, notamment par le canal de son Agence intergouvernementale de la Francophonie, dans le domaine de l'éducation et de la formation professionnelle et technique. Ces programmes sont fondés sur le constat que chaque enfant, et en particulier chaque jeune fille, a droit à une éducation de base de qualité. C'est dans le même esprit que les deux conférences ministérielles permanentes francophones, respectivement celle de l'éducation et celle de la Jeunesse et des sports, mènent des actions ayant pour but de renforcer la coopération francophone envers les jeunes.

La première Conférence des femmes de la Francophonie, tenue au Luxembourg en février 2000, a été une autre occasion de marquer notre détermination à contribuer à la promotion des femmes et à l'accès à l'éducation des jeunes filles tout comme à l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des enfants. La Conférence a décidé à cet effet l'intégration dans les programmes scolaires, d'une éducation des filles et des garçons à la citoyenneté, à la culture de la paix et aux droits et libertés. Elle a, par ailleurs, appelé les Etats et gouvernements membres de la Francophonie à poursuivre et à renforcer leurs actions en matière d'éducation, d'alphabétisation et de formation, et plus particulièrement en faveur des femmes et des jeunes filles. En effet, tout ce qui touche à la condition des femmes a un impact sur les conditions dans lesquelles vivent leurs enfants.

Ces actions d'éducation des enfants, et plus généralement des jeunes, préoccupent également l'Assemblée parlementaire de la Francophonie qui a réuni pour la première fois à Québec en juillet 2001, un Parlement francophone des jeunes qui a adopté la Charte du jeune citoyen francophone du 21 è` siècle, portant sur cinq thèmes prioritaires et de caractère universel, tels que l'éducation, la santé les libertés fondamentales, les technologies de l'information et des communications ainsi que les questions sociales et culturelles.

Mais toutes ces actions ne sauraient s'inscrire dans la durée sans un mouvement conséquent pour assurer la protection et la promotion des droits de l'enfant.
Beaucoup reste à faire pour mieux assurer le cadre juridique destiné à protéger les enfants, et renforcer notamment les moyens de lutter contre l'impunité des crimes commis à leur égard, qu'il s'agisse des enfants soldats, du trafic des enfants et du travail forcé, de l'exploitation sexuelle ou de toutes autres violations des droits des enfants.

C'est ainsi que l'on doit d'abord s'attacher, comme le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie a personnellement tenté d'y contribuer, à parfaire l'engagement des pays francophones à l'égard des principaux instruments internationaux et régionaux par une ratification plus large de ces instruments ainsi que par l'élaboration de mesures propres à faciliter la réception en droit interne des conventions internationales.

Monsieur le Président,

L'avenir de l'enfance ne peut être conçu en dehors d'une réflexion plus globale qui intéresse le devenir de notre planète, qu'il s'agisse de la lutte contre la pauvreté, de la promotion et de la défense de la diversité culturelle, ou encore de la démocratisation de l'accès aux technologies de l'information et de la communication. Autant de domaines auxquels les enfants, nos enfants, sont partie prenante. Et où la Francophonie agit et entend poursuivre son engagement, pour apporter là aussi sa contribution à la mise en oeuvre de la Déclaration sur l'enfance qui couronnera nos présents travaux.

Je vous remercie de votre attention.